12/05/2012
Le Juif lève la tète et il continue de vivre
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« Qu’il est loin, qu’il est perdu, ce petit village des Carpathes ! Et pourtant la vie qu’on y mène, est-elle au fond bien différente de celle qu’on mène partout ailleurs dans le monde ? Le Hongrois fouille la terre, abat les arbres dans la forêt, mène paître ses troupeaux ; le Tzigane bat le fer quand ça lui chante, vole en toute saison et racle du violon ; et le Juif prie, fait ses affaires et se sert des uns et des autres. Qui fournirait au Tzigane de vieux fers pour les chevaux ? Qui achèterait au paysan son blé, ses volailles et ses œufs ? Qui lui prêterait de l’argent ? Qui l’enivrerait le dimanche ? Qui serait l’esprit, la parole, l’avocat, le médecin, l’usurier, le cabaretier de tout ce monde ? Qui serait sa providence, sa morale, son vice, son bon et son mauvais génie ? En vérité, c’est Dieu lui-même qui a donné le Juif au village pour sa perte ou son salut. Ce maigre personnage en caftan, à la barbe jamais coupée, aux longues papillottes qui tire-bouchonnent le long des joues, c’est la forme bizarre qu’a prise ici la civilisation ; c’est sous cet habit sordide qu’elle dissimule ses nouveautés, ses tentations, ses roueries. Qui l’aurait cru ? Ce petit Moïse, ce petit Salomon que l’on a tant rossé quand il était petit, le voici avec l’âge devenu un personnage. On l’écoute, on suit ses conseils. Il est presque un objet d’orgueil ! "Notre village a vingt Juifs ! - Oui ; mais le nôtre en a trente ! Mais nos Juifs ont des maisons avec des tuiles rouges !..." Ainsi parle le Hongrois. Seulement, qu’un accident survienne, le puits a été empoisonné, un bois a pris feu aux environs, une épidémie s’est abattue sur le bétail, quelque chose enfin de fâcheux, d’inexpliqué, s’est-il produit dans le village ? Il faut bien trouver un coupable ! Qui a empoisonné le puits ? Qui a allumé le feu ? Qui a jeté un sort sur les bêtes ? On soupçonne bien le Tzigane, mais c’est le Juif qu’on accuse. On ne devient pas riche ainsi, on n’a pas tant d’esprit, tant de finesse, tant de tours dans sa poche, sans quelque pacte avec le diable. Il n’en est pas, le vilain Juif, à sa première trahison ! Injures et coups pleuvent sur lui, mais sans l’atteindre profondément, car il a trop le mépris du paysan qui le frappe, il se juge trop supérieur pour être seulement humilié. Il sourit, courbe l’échine ; l’orage passe, l’herbe se redresse : le Juif aussi lève la tète, et il continue de vivre. »
Jerôme et Jean Tharaud, L’ombre de la Croix
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11/05/2012
La foi n’est pas l’affirmation théorique de quelque chose d’incertain, elle est l’acceptation existentielle de quelque chose qui transcende l’expérience ordinaire
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« La foi n’est pas l’affirmation théorique de quelque chose d’incertain, elle est l’acceptation existentielle de quelque chose qui transcende l’expérience ordinaire. La foi n’est pas une opinion mais un état. Elle est l’état d’être saisi par la puissance de l’être qui transcende tout ce qui est et à laquelle participe tout ce qui est. Celui qui est saisi par cette puissance est capable de s’affirmer parce qu’il sait qu’il est affirmé par la puissance de l’être-même. [...]
La foi qui rend possible le courage du désespoir est l’acceptation de la puissance de l’être, même dans l’étreinte du non-être. Même dans le désespoir concernant le sens, l’être s’affirme lui-même à travers nous. L’acte d’accepter l’absence de sens est en lui-même un acte plein de sens : il est un acte de foi. Nous avons vu que celui qui possède le courage d’affirmer son être en dépit du destin et de la culpabilité de les a pas supprimés : il demeure sous leur menace et il subit leurs coups. Mais il accepte d’être accepté par la puissance de l’être-même à laquelle il participe et qui lui donne le courage d’assumer les angoisses du destin et de la culpabilité. Il en est de même de l’angoisse du doute et de l’absurde. La foi qui crée le courage de les intégrer n’a pas de contenu spécifique : c’est la foi, tout simplement, sans direction précise, absolue. Elle ne se définit pas, puisque tout ce qui se définit se dissout dans le doute et l’absurde. Néanmoins, même absolue, la foi est autre chose qu’un surgissement d’émotions subjectives ou une disposition sans fondement objectif. »
Paul Tillich, Le courage d’être
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Deutschland, Deutschland über alles
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A méditer...
Les secrets de la réussite du travailleur allemand : ces petits plaisirs qui nous sont défendus
Par Olivier Hirsch from CAUSEUR
On a disséqué les raisons de la compétitivité de l’économie allemande de long en large : tissu dense de PME, savoir-faire professionnel et culture technique, ou travail placé culturellement au dessus de tout. Tout cela est bien connu.
Ces analyses négligent pourtant certains aspects essentiels de la condition du travailleur allemand, qui frappent le frontalier lorsqu’il pénètre en territoire allemand. Vue de l’autre côté du Rhin, la France apparaît réellement comme la grande nurserie que décrivait le regretté Philippe Muray. Car enfin, voici un pays qui donne des leçons à l’Europe entière, et qui dans le même temps célèbre la bière à l’occasion d’une fête mondialement connue1, où fumer un joint entre amis n’entraîne aucun risque de poursuite pénale, où les clopes sont vendues dans la rue par des automates, et se trouvent dans des versions low cost au Lidl du coin, où l’hygiénisme alimentaire n’a pas encore condamnné la si délicieuse Bratwurst à 1,50€. Outre-Rhin, il est aussi très facile de dîner de plats simples, mais robustes pour 5 ou 6 euros dans de nombreux restaurants. Comment ne pas y voir un lien de cause à effet sur le bien-être général ?
Mais il y a bien plus. En Allemagne, la frustration sexuelle, cause de tant de “dépressions” n’existe quasiment pas. Pour le prix de deux coupes de cheveux, le travailleur célibataire ou mal marié peut se soulager auprès de ces agents rationnels à l’avantage compétitif certain que sont les jeunes prostituées de l’Est. Celles-ci se relaient dans les “Häuser” qui ont fleuri jusque dans la moindre petite ville de tous les Länder2. La prostitution y relève quasiment de la pension de famille, bon enfant, loin de la clandestinité sordide où l’a poussée la législation sarkozyste en France. Dans des conditions de sécurité et de salubrité qui n’ont strictement rien à voir avec la précarité des professionnelles officiant sous nos cieux.
Enfin, comment ne pas évoquer les Autobahn ? Un pays dont la police roule en Porsche 911, au pire en break Audi, semble avoir bien compris que le plaisir de conduire vite est un acquis de l’homme libre à l’ère du pétrole. Certes les panneaux “conseillent” une vitesse de 130 km/h, au risque de complications assurantielles pour les fauteurs d’accidents. Mais cette responsabilité n’est-elle pas la condition même de la liberté ?
Lorsque le travailleur allemand n’est pas au turbin, il peut donc boire, fumer, bouffer, baiser et se taper une pointe – pas nécessairement dans cet ordre – dans des conditions qui n’ont strictement rien à voir avec celles que connaît son malheureux voisin français. Parce qu’on le considère comme un adulte.
Et si c’était ça, le secret de la productivité allemande ?
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10/05/2012
C'est l'histoire d'un mec...
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La Gauche a l'intelligence dans le fond des chaussettes avec même, parfois, lorsque elle a le tâlon trop délicat, l'ancéphalograme plat. Son Logiciel n'arrive pas encore à lire comme il se doit la réalité, à l'analyser et, surtout, à l'accepter avec tout le recul nécessaire. Voici un texte trouvé du côté de L'Horreur du Château, Blog dont le titre kafkaïen en dit assez long sur la vision de l'auteur. En tout cas ça dépote.
L'électorat FN, en particulier le jeune électorat FN, est en pleine mutation. Moi je n'ai pas voté FN. J'ai 47 ans et j'ai passé le cap de pas mal de désillusions en tout et surtout en politique. J'ai voté Sarkozy pour la deuxième fois et je l'assume sans état d'âme militant. Je ne suis militant de rien ni de personne et je passe ma vie à pratiquer une course de fond qui consiste à se désengager. Par contre je ne méprise pas les électeurs FN. Je comprends d'où ils parlent. Je saisis leur angoisse et j'entends leur appel.
L'électeur FN beauf et con, frontiste bas du plafond, il en existe encore quelques spécimens... mais sachez qu'ils sont de plus en plus rares et que leur profil de gros skinheads rêvant de tuer de l'arabe c'est, pour ainsi dire, presque terminé.
Le gros cons racistes, les fascistes qui assument de l'être, la violence crasse, la beaufitude dans toute sa splendeur, la crétinerie intellectuelle, le sexisme primaire, ça n'est plus du côté des Dupont la Joie qu'on les trouve, mais du côté de pauvres types comme Mohamed Merah. Il serait peut-être temps que les donneurs de leçons en vertu républicaine parviennent à le comprendre.
Car ce que le PS ne comprend pas l'amènera, forcément, à se réveiller un matin avec le cul en étoile de mer et la gueule de bois, ce qui, moi, me fera rire et me réjouira à coup sûr. On va bien s'amuser. Servez-vous encore un verre...
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Un électeur FN, normalement, c'est une personne âgée assez aisée, qui aimerait interdire le rock, la techno et toutes les musiques de "jeunes", qui vit dans un village paumé à la campagne et qui n'a jamais vu un Arabe de sa vie, une personne xénophobe pleine de préjugés qui regarde trop TF1. Ou bien c'est un pauvre gars inculte faisant partie de la frange la moins éduquée de la population, qui ne comprend pas le monde dans lequel il vit.

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Il avait rêvé que le monde entier était condamné à devenir la victime d’un fléau inouï
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« Il resta à l’hôpital pendant toute la fin du Carême et la Semaine Sainte. Déjà convalescent, il se souvint de ses rêves du temps où il était couché fiévreux et délirant. Il avait rêvé que le monde entier était condamné à devenir la victime d’un fléau inouï et effrayant qui venait d’Asie et envahissait l’Europe. Tous devaient y succomber, excepté certains élus, fort peu nombreux. Des trichines d’une espèce nouvelle avaient fait leur apparition ; c’étaient des vers microscopiques qui s’insinuaient dans l’organisme de l’homme, mais ces êtres étaient des esprits pourvus d’intelligence et de volonté. Les gens qui les avaient ingérés devenaient immédiatement possédés et déments. Mais jamais personne ne s’était considéré comme aussi intelligent et aussi infaillible que les gens qui étaient contaminés. Jamais ils n’avaient considéré comme plus infaillibles leurs jugements, leurs déductions scientifiques, leurs convictions et leurs croyances morales. Des villages, des villes, des peuples entiers étaient infectés et succombaient à la folie.
Tous étaient dans l’inquiétude et ne se comprenaient plus entre eux ; chacun pensait que lui seul était porteur de la vérité et chacun se tourmentait à la vue de l’erreur des autres, se frappait la poitrine, versait des larmes et se tordait les bras. On ne savait plus comment juger ; on ne pouvait plus s’entendre sur le point de savoir où était le mal et où était le bien. On ne savait plus qui accuser ni qui justifier. Les gens s’entretuaient, en proie à une haine mutuelle inexplicable. Ils se rassemblaient en armées entières ; mais à peine en campagne, ces armées se disloquaient, les rangs se rompaient, les guerriers se jetaient les uns sur les autres, se taillaient en pièces, se pourfendaient, se mordaient et se dévoraient. Le tocsin sonnait sans interruption dans les villes ; on appelait, mais personne ne savait qui appelait et pour quelle raison, et tous étaient dans une grande inquiétude. Les métiers les plus ordinaires furent abandonnés parce que chacun offrait ses idées, ses réformes et que l’on ne parvenait pas à s’entendre ; l’agriculture fut délaissée. Par endroits, les gens se rassemblaient en groupes, convenaient quelque chose tous ensemble, juraient de ne pas se séparer mais immédiatement après, ils entreprenaient de faire autre chose que ce qu’ils s’étaient proposé de faire, ils se mettaient à s’accuser entre eux, se battaient et s’égorgeaient. Des incendies s’allumèrent, la famine apparut. Le fléau croissait en intensité et s’étendait de plus en plus. Tout et tous périrent. Seuls, de toute l’humanité, quelques hommes purent se sauver, c’étaient les purs, les élus, destinés à engendrer une nouvelle humanité et une nouvelle vie, à renouveler et à purifier la terre : niais personne n’avait jamais vu ces hommes, personne n’avait même entendu leur parole ni leur voix. »
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09/05/2012
Une société qui réduirait la raison à un simple calcul
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« Naturellement, à partir du moment où l’on reconnaît que le système capitaliste porte en lui — comme la nuée l’orage — le bouleversement perpétuel des conditions existantes, un certain nombre de conséquences indésirables ou iconoclastes ne peuvent manquer de se présenter. Sous ce rapport, l’un des passages les plus dérangeants de "La Culture du narcissisme" demeure, de toute évidence, celui où Lasch développe l’idée que le génie spécifique de Sade — l’une des vaches sacrées de l’intelligentsia de gauche — serait d’être parvenu, « d’une manière étrange », à anticiper dès la fin du XVIIIe siècle toutes les implications morales et culturelles de l’hypothèse capitaliste, telle qu’elle avait été formulée pour la première fois par Adam Smith, il est vrai dans un tout autre esprit. « Sade — écrit ainsi Lasch — imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui ; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci. Dans l’état d’anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre — un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l’agression sans freins. Dans une société qui réduirait la raison à un simple calcul, celle-ci ne saurait imposer aucune limite à la poursuite du plaisir, ni à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir, aussi pervers, fou, criminel ou simplement immoral qu’il fût. En effet, comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises. »
Jean-Claude Michéa, Préface à "La culture du narcissisme" de Christopher Lasch
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08/05/2012
Partout la transformation est à l’ordre du jour
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« Partout la transformation est à l’ordre du jour, notamment chez ceux qu’on on appelle aux Etats-Unis, les néo-conservateurs. Le besoin de stabilité n’a plus droit de cité. Cette disposition d’âme se terre dans l’inavouable et la doctrine particulière qui s’en inspire est devenue un repoussoir universel. Si le conservatisme subsiste en effet, c’est à titre non de credo mais de péché. Péché qui consiste, pour la gauche, dans la défense des privilèges ; pour la droite, dans la défense des avantages acquis et pour l’individu hypermoderne, de droite comme de gauche, dans le goût des convenances, des formes ou pire encore, des uniformes. (…) On aurait tort cependant de déduire de cette disparition que le conformisme est mort et que les défenseurs du statu-quo ont quitté la scène. Ils se bousculent au contraire, et ils triomphent. Qu’est-ce, en effet, que le statu-quo, de nos jours, sinon la mobilité perpétuelle ? Le progrès n’est plus un arrachement à la tradition, il est notre tradition même. Il ne résulte plus d’une décision, il vit sa vie, automatique et autonome. Il n’est plus maitrisé, il est compulsif. Il n’est plus prométhéen, il est irrépressible. Nous sommes soumis à la loi du changement comme nos ancêtres pouvaient l’être à la loi immuable. En tous domaines ou presque, l’obsolescence a eu raison de la permanence. »
Alain Finkielkraut, Nous autres, modernes
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