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02/05/2008

Écrire - X

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Ce sentiment, parfois, d’avoir des souvenirs qui ne sont plus vraiment à moi, comme s’ils étaient d’un autre corps, d’une autre voix, d’une langue qui n’est pas la mienne. Je suis déjà tombé sur des bouts de papiers non datés, clairsemés d’une écriture que je ne parviens même pas à déchiffrer, des mots qui disent l’agonie avec délectation et candeur, et quand je réalise par je ne sais quel sinueux parcours mental que j’en fus l’auteur je reste estomaqué par la fureur de cet acte de survie, lointain et probablement nocturne, alcoolisé et fiévreux, alors je soupire ou je souris, mais aussi, parfois, je pleure.

Je sais néanmoins, même si cela ne sert à rien, que la seule quiétude que j’ai pu trouver ici-bas, je l’ai enfermée dans cet immense amas de feuilles, de nappes de table, de cahiers écornés, de carnets décolorés par la violence de la lumière des longs jours qui reposent dans un monstrueux désordre dans la boite en carton débordée de toutes parts.

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01/05/2008

Meuh !

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Les vaches grasses qui peuplent ce monde (et je ne parle pas de ces vaches dont se sert Nietzsche pour inviter ses lecteurs à s’exercer dans l’art de la rumination afin de bien peser ce qu’ils absorbent), les bovidés tatoués, installés confortablement, le cul dans leur bouse, qui mâchent leur herbe et leur foin en regardant passer les trains ont le sens de la pérennisation, puisque, croient-ils, c’est en se goinfrant, en tapissant leurs bourses de billets et en l’alourdissant de pièces de monnaie, en pondant de la marmaille qui mâchera et chiera à son tour qu’ils se préserveront de la disparition inéluctable. À les considérer j’éprouve bien souvent un gouffre sidéral, en moi, monstrueux, aux effluves de métal froid. Abasourdi par leur bêtise sale et hautaine, je tente parfois une prière pour me laver de mon dégoût. Puis je m’allume un joint en ouvrant un livre avant, tard le soir, d’écrire mes mots éteints que je tente, maladroitement, d’allumer comme un âtre désespéré par son bois humide. Le temps compte soudain triple dans ces conditions de détresse. Je bois du picon-bière et dresse mes propres latitudes. En feu. Je me retrouve terrassé, déchiré, à la dérive et me répète, comme pour me donner du courage, ou est-ce pour justifier l’injustifiable ? que ma situation destructrice est mille fois préférable à la terreur métaphysique que suscite en moi l’état confortable de ces bovidés mâchant sous le ciel de Dieu. Ô putréfaction onctueuse des étables garnies de paille. De la viande aux étals à perte de vue.

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30/04/2008

Oui

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« Ta joie est ton chagrin démasqué, et le même puits d’où jaillit ton rire fut maintes fois empli de tes larmes. »
Khalil Gibran

C’est le même moi qui versa des larmes pour les raisons qui, à présent, me font sourire, l’expérience ayant creusé son sillon et les moissons douloureuses ayant donné du bon pain. Le bonheur, comme l’imaginent aisément les consciences naïves n’est pas et, probablement, n’a jamais été. On le croit en possession par d’autres que nous afin de se donner le faux espoir d’un jour être en mesure de le posséder nous-mêmes. Ce qui existe, en outre, ce sont les petits instants de bonheur qu’il ne tient qu’à nous de cueillir chaque fois qu’ils se présentent à nous, les cueillir pour nous, les offrir aussi dans une gratuité totale, par simple soucis jubilatoire. Un proverbe chinois dit : « Une seule joie disperse cent chagrins. » Jouir de cette incarnation, profonde, intime, c’est parvenir à remplir les grains de sable du temps tueur de sens et ne s’embarrasser d’aucune entrave, ne laisser aucune brèche pour un remord ou, même, un faux consentement. Être dans une acceptation légère, dansante, sans petit « oui » ni petit « non ». Dans un grand « oui » total.

« Considérons comme perdu chaque jour où nous n’avons pas dansé au moins une fois. Et considérons comme fausse chaque vérité qui ne fut pas accompagnée d’un rire. »
Friedrich Nietzsche

Combien de fausses vérités ai-je, ainsi, embrassé et combien de jours ai-je perdu ? oui !

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29/04/2008

Shalom

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J’ai rêvé que j’étais un juif, marchant dans le froid humide du ghetto de Venise. Usurier le jour, seule charge professionnelle autorisée par le Doge. Dieu donne et il reprend, qu’il soit béni. Formidable religion flirtant avec le blasphème, où Dieu, Adonaï, Eternel, tétragramme imprononçable, qui bénit et vous donne le don de le bénir en retour. Kabbaliste au soir descendant, avec quelques autres sages, je parcours la sainte Torah en souriant, ivre de son Amour et de ses mystères. C’est l’hiver. Seules nous réchauffent les candélabres à sept branches qui nous rappellent depuis Moïse le feu du Buisson Ardent. Porteur de l’Ancienne Alliance. Je la porte, là, gravée dans ma chair, ce prépuce cisaillé proprement par le vieux barbier du quartier, mort avant qu’ayant grandi je puisse me le remémorer, au huitième jour de ma vie, alliance scellée par la prière du Rabin de la communauté, un vieillard à présent qui s’inquiète des avancées de mes travaux mystiques et n’a de cesse, souriant, irradié de me mettre en garde contre la tentation de franchir la frontière, car l’Ancienne Alliance est toujours à la limite. À l’extrême limite des confins de la vie et de la mort.

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28/04/2008

Connection

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Alcools forts. Toujours à me connecter à mon alchimie interne selon des voies néfastes. L’album du jour, THE VINES, Vision Valley. Dehors le froid nocturne d'Avril. La nuit épaisse. La fumée qui me glace, le joint une fois éteint. Les mots qui, soudain, se bousculent et me basculent dans le précipice d’une musique que l’écrivain seul connaît. Je me garde le reste des impressions, par peur de faire se tarir le jaillissement nuptial qui invite au rire et à la danse.

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27/04/2008

En attendant la Rédemption...

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« Pour écrire, pour dormir et pour penser, j’allais au drugstore local et j’achetais de la Sympatine pour m’exciter, du Diosan pour le rêve à la codéine et du Sonéryl pour dormir. — En outre, Burroughs et moi achetions également de l’opium à un gars coiffé d’un fez rouge dans le Zoco Chico, et nous préparions des pipes maison avec de vieux bidons à huile d’olive. Et nous fumions en chantant : Willie le Mendiant ; le lendemain, nous mélangions du haschisch et du kif avec du miel et des épices et nous faisions de gros gâteaux « Majoun » que nous mastiquions lentement, en buvant du thé brûlant ; et nous partions faire de longues promenades prophétiques vers les champs de petites fleurs blanches. — Un après-midi gorgé de haschisch, je méditais sur mon toit, au soleil, et je me disais : « Toutes les choses qui se meuvent sont Dieu, et toutes les choses qui ne se meuvent pas sont Dieu » et, à cette nouvelle expression du secret ancien, tous les objets qui se mouvaient et faisaient du bruit dans l’après-midi de Tanger parurent se réjouir soudain, et tout ce qui demeurait immobile sembla satisfait.
Tanger est une ville charmante, fraiche, délicieuse, pleine de merveilleux restaurants continentaux comme El Paname et L’Escargot, avec une cuisine qui vous fait venir l’eau à la bouche ; on y dort très bien, il y a du soleil et on y voit des théories de saints prêtres catholiques, près de là où je m’étais installé, qui prient tous les soirs, tournés vers la mer. — Qu’il y ait des oraisons partout ! —
Pendant ce temps, Burroughs, génie démentiel, tapait, échevelé, dans sa chambre qui s’ouvrait sur un jardin, les mots suivants : — « Motel Motel Motel la solitude traverse le continent en gémissant comme le brouillard au-dessus des fleuves calmes et huileux qui envahissent les eaux de la marée… »
(Il voulait parler de l’Amérique.) (On se souvient toujours de l’Amérique quand on est en exil.)
Le jour de l’anniversaire de l’indépendance marocaine, ma bonne, une grande négresse arabe, séduisante malgré ses cinquante ans, a nettoyé ma chambre et plié mon T. shirt crasseux, sans le laver, bien proprement sur une chaise…
Et pourtant Tanger parfois était intolérablement morne ; aucune vibration ; alors je faisais à pied trois kilomètres le long de la plage au milieu des pêcheurs qui scandaient les rythmes ancestraux, ils tenaient les filets, en groupe, chantant quelque ancien refrain le long du ressac, laissant tomber le poisson sur le sable de la mer ; et parfois je regardais les formidables matchs de football que jouaient de jeunes fous arabes, dans le sable ; parfois il y en avait qui marquaient des buts, en envoyant le ballon dans le filet avec l’arrière de la tête ; des galeries d’enfants applaudissaient à ce spectacle. —
Et je marchais, à travers cette terre maghrébine, cette terre de huttes qui est aussi belle que le vieux Mexique avec ces vertes collines, les ânons, les vieux arbres, les jardins. —
Un après-midi, je m’assis dans le lit d’un cours d’eau qui se jetait dans la mer, non loin de là, et je regardai la marée montante, envahir la rivière qui allait grossir, dépasser la hauteur de ma tête ; un orage soudain me fit partir en courant le long de la plage, pour rentrer en ville comme un champion de petit trot, trempé comme une soupe ; tout d’un coup, sur les boulevards bordés de cafés et d’hôtels, le soleil apparut, illumina les palmiers mouillés et je ressentis alors une impression qui m’était familière. — J’avais déjà éprouvé cela — je pensai à tous les hommes. »

Jack KerouacGrand voyage en Europe

Je rêve de retrouver, parfois, cette douce perdition, cette dérive, ce flottement, ce largage calme dans le tumulte rugissant du monde des hommes, comme au temps de ma dernière jeunesse, 17/20 ans et armé juste de désir, me laisser mener par les courants du fleuve impétueux du « Bateau ivre » en mâchant la fièvre du Harrar par une curieuse synesthésie. Relire Les Mémoires de Zeus de Maurice Druon en me saoulant au Sauternes en fumant et en parlant aux dieux comme un prophète d’une race nouvelle sur son chemin de Damas, dans le désert des visions et des révélations souveraines. Hirsute. Pâle malgré le brûlant soleil. Ivre de cette sainte fatigue que ne connaissent que les ermites, les camés, les artistes. Pèlerin. Esclave en fuite. Roi sans royaume. Crève-la-faim. Mendiant Céleste. Voyou en cavale. Imprécateur hilare. Clown métaphysique. Virus Divin. Porteur de flambeau, seul dans la nuit. Cerné d’une cohorte de fantômes. Traqué par les démons anciens, protégé par les anges. Confiant. Inconscient. Singulier. Hors-la-loi. Hors la norme. Apôtre. Se purifiant. Bénissant. Aimant. Fou. Proie du Verbe. En érection. Jusqu’à la Rédemption.

Pâques Orthodoxe ce jour.

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26/04/2008

Eden intérieur

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« Il n’est rien de plus noble que de s’accomoder de quelques désagréments comme les serpents et la poussière pour jouir d’une liberté absolue. »
Jack Kerouac
Le Vagabond américain en voie de disparition


Je vis, à ma manière dans la poussière, entouré de serpents et ce n’est que par une retraite intérieure que je parviens à relever le défi qui consiste à me confronter à la grande illusion quotidienne que tout le monde vit sans moufeter. Triste et nauséabonde pitance agitée comme une laisse. Il y a une part en moi, inatteignable, un Eden Secret sans Mal ni moraline où je me délecte de la Beauté, en jouissant comme bon me semble : lecture, écriture, pensée vive, tendresse et courtoisie, bien-être. Dieu merci. À croire que Dieu existe vraiment. Champs des possibles. Paix.

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Cheminement humain trop humain

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Demain c'est la Pâques Orthodoxe. Et ce sera la fin de mon deuxième carême. Le deuxième de ma vie. J’ai eu quelques écarts. Dieu est grand et je suis tout petit petit minus de peu de consistance. Qu'il me pardonne.

J’ai traversé les quarante jours de mon premier carême en songeant au Christ au moins pendant quelques secondes, si ce n’est quelques minutes, à chaque repas, tous les jours. La lecture qui m’avait accompagné : La Colline inspirée de Maurice Barrès. De quoi faire se hérisser le système pileux de tous les crétins tellement heureux de leur hédonisme consumériste post-moderne, de leurs certitudes démocratiques, de leurs croyances parfumées. François, Quirin et Théobald, ombres crépusculaires aveuglées par une foi destructrice et païenne, croyant avoir trouvé le lieu et la formule, noyés dans l’onde de leur avancée mortelle, ô Gloire, ô Chute, ô Rédemption. Âtre. Foyer. Appartenance. Souvenir. Fondation. Sauvés, au final, par leur sincère dévotion par-delà l’agonie. Noces du pardon. Écarlate blancheur.

Le soir de Noël, repas en famille, chez ma mère. La présence de ma défunte petite mamie dans mon cœur. La bougie que fait brûler ma mère pour elle dans ce qui fut la chambre de son agonie. Parfois, au détour d’un objet, un peu de son odeur est venue me clouer, me transpercer de part en part.
Je ne suis rien, rien du tout. Je ne sais rien, rien du tout. Mais je ressens tout, je respire et souris, ris encore avec le temps qui me flingue, et si tu es là, Seigneur, ou plus près, ou plus loin, que sais-je ? puisque je ne sais rien, sers ma petite mamie, ou son souvenir pour le jour des rétributions, contre ton cœur, contre ton feu ardent qui ne brûle pas mais réchauffe, éclaire, illumine par l’Amour, ô prend soin d’elle, pardonne, abrège le mal en elle, révèle, touche, atteint au plus profond, atténue, équilibre, forme, façonne, Verbe Saint, Christ-Roi, Justice, Vérité.

Curieusement, mélange de tristesse, de satisfaction, de désœuvrement.

Pour ce deuxième carême, j'ai médité un peu plus. Un appel sourd vers le dedans de mon âme... si elle existe. Curieux cheminement humain trop humain... et parcours biblique tâtonnant. Je fais ce que je peux.

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25/04/2008

"Je Veux"

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Comme Sartre, je pourrais retenir du fameux mythe de Sisyphe que le rocher, à l’approche du sommet, dégringole de la pente laissant l’homme laborieux face à l’absurde et l’obligeant par la damnation des dieux à redescendre en bas pour se remettre à l’ouvrage malgré la folie de l’acte qui se répète de tentative en tentative vouées à l’échec. Nulle foi n’anime cette cause à défendre qui n’en est même pas une. La foi est abolie. Sartre, parlant de Merleau-Ponty, chrétien dans sa jeunesse, affirme qu’il cessa de l’être car : « On croit qu’on croit mais on ne croit pas », par cette formule faussement lapidaire — dont l’existentialisme a le talent pailleté d’un faussaire — pense contribuer à saper l’édifice de la civilisation dont il fut l’avorton. Mais Camus veille. Dans son "Mythe de Sisyphe" il retient, lui, que Sisyphe y retourne. Il a même le culot de l’imaginer heureux. Il faut en tout cas beaucoup de volonté, contrairement à ce que pense mon ami Pierre, pour retourner dans la fournaise infernale de la damnation, même si le calvaire que les dieux ont imposé à Sisyphe semble éternellement le lier, l’attacher à un destin funeste écrit d’avance. À ce titre, Merleau-Ponty a une analyse non dépourvue d’intérêt lorsqu’il dit dans La Structure du comportement (1942) : « À partir du moment où le comportement humain est pris "dans son unité" et dans son ensemble, ce n’est plus à une réalité matérielle qu'on a affaire et pas d'avantage d'ailleurs à une réalité psychique, mais à un ensemble significatif ou à une structure qui n’appartient en propre ni au monde extérieur, ni à la vie intérieure. C’est le réalisme en général qu’il faut mettre en cause. »

Le réalisme en général, c’est-à-dire la totalité phénoménologique de la réalité car selon Merleau-Ponty, ce qui importe c’est « le sens qui transparait à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui, par l’engrenage des unes et des autres. » Ce potentiel de significations à découvrir, de champs des possibles, éloigne Merleau-Ponty de Sartre pour lequel « l’homme n’est qu’une situation… Totalement conditionné par sa classe, son salaire, la nature de son travail, conditionné jusqu’à ses sentiments, jusqu’à ses pensées. » (Situations, II) et qu’il ne peut exercer sa volonté qu’en fonction de ce déterminisme. À mes yeux « l’intersection » dont parle Merleau-Ponty éloigne considérablement son existentialisme de celui de Sartre. Je ne sais s’il a perdu vraiment la foi selon la formule sartrienne que j’ai citée plus haut mais cette notion d’« intersection » a quelque chose de chrétien par-delà la négation existentialiste supposée. Il est évident que nous sommes fondés par un milieu socio-culturel, une langue, une ethnie, une région, un pays. Je frémis d’ailleurs, au passage, de ce que seront les générations à venir sans culture digne de cette appellation, analphabêtisées par une novlangue cybernétique et « SMS-isée », sans aucune idée de l’Histoire et apatrides. De nouveaux mythes apparaîtront. Néanmoins, ne croyant pas en une volonté pure, encore moins en une volonté de volonté, je reste persuadé que l’homme a le choix et la capacité de se dépasser en créant et en se créant, aussi, soi-même. En poursuivant l’écriture de ce qui a été écrit précédemment.
Dans la nuit des temps à l’instant même du big-bang l’univers a-t-il eut la volonté d’advenir pour que ce caillou bleu advienne à son tour et que la conscience émerge du dehors de la valse des étoiles dans le déploiement de l’infini ? La volonté de l’univers ou bien celle de Dieu ?

Curieux comme la vie des bactéries incite les scientifiques à parler, les concernant, déjà, de « vouloir vivre ». De ce « vouloir vivre » primitif (comme un premier pallier à un programme d’hominisation ?), essentiel à toute matière organique de base, s’est dégagé au fil du temps la volonté qui a tendu vers une indépendance plus grande, rêvant même d’atteindre à l’indépendance du pur esprit. Mais la matière, la chair ont de curieuses raisons et, quant à moi, je bande souvent, et sans volonté, de façon purement mécanique, malgré moi. Nietzsche, comme toutes les grandes sagesses, a tenté de penser un être parvenu à un ultime niveau de possession de soi capable de chevaucher son destin avant que celui-ci ne le chevauche. Selon mon ami Pierre c’est une chimère. Et une chimère est difficile à appréhender, c’est dans sa nature, alors sa dissection semble encore plus compromise. Notre esprit est aussi, ne l’oublions pas, une lourde incarnation, modelée par un environnement dont nous ne pouvons faire l’économie de la considération. Information esprit-corps, corps-esprit ; affects, organisme. Le « vouloir vivre » devenu volonté créatrice de civilisations, se perd parfois, s’immobilise, se sclérose, se noue. La volonté a des anomalies de fonctionnement. D’ailleurs, quand je parle de volonté, je ne la conçois pas comme un ordinateur froidement calculateur. Je laisse ces fantasmes aux tyrans et aux despotes, la pureté n’est pas de mon ressort. Cette volonté de puissance est, à mon sens, destructrice. Loin de vouloir faire croire que la volonté annihile les puissances divines ou démoniaques qui tentent perpétuellement de nous façonner, je crois plutôt qu’elle les organise, les met en ordre et les utilise pour augmenter la conscience sous le couvert de la raison. Les personnes volontaristes vivent d’ailleurs un apprentissage sans fin, je n’ai pas peur de le dire : une initiation.

J’ai un côté taoïste aussi. La volonté ultime ne serait-elle pas dans le fait de non pas être apte à prendre une décision tranchante ou d’entreprendre une action éclatante mais bien plutôt dans la capacité à organiser les choses, sans même employer la force, sans même la montrer, selon une pente naturelle et ordonnée ? Nous avons tous des instants de volontarisme évidents, lorsque les circonstances de la vie l’exigent et qu’il faut pouvoir faire face. Mais la plupart du temps la volonté se dissout dans une attitude programmée par des habitudes réfléchies qui deviennent vite des banalités irréfléchies, par des sentiments et des opinions balisées. Ce cercle existentiel vulgaire est bien plus puissant que les éclats rayonnants et les explosions volontaristes. La volonté étant liée à la raison, c’est dans ce cercle quotidien qu’il convient aussi de la travailler et de la faire surgir.
« L’empreinte chez l’homme n’est pas un déterminant absolu comme le croyait Lorenz puisque chaque stade de son développement est gouverné par des déterminants de nature différente. Encore faut-il qu’à chaque niveau de la croissance le cerveau établisse des transactions avec les enveloppes sensorielles, verbales et culturelles. » (Boris Cyrulnik, De chair et d’âme)
« L’intersection » dont parlait Merleau-Ponty.

En 1940, il y avait 2500 habitants à Dieulefit, un village en Drôme provençale. Durant l’occupation le nombre d’habitants monta jusqu’à 5000. À la mairie de Dieulefit on fabriqua de faux papiers. L’école accueillit des enfants juifs, puis leurs parents arrivèrent aussi, enfin un nombre considérable de peintres, de poètes, de penseurs, de photographes, de médecins. Tous Juifs. Le village doubla sa population dans le miracle d’une résistance silencieuse qui ne fit pas la moindre vague. Les 2500 habitants de Dieulefit envahis par 2500 Juifs pourchassés ne dénoncèrent personne. Le village entier de Dieulefit fut un village de justes qui surent probablement l’importance de « l’intersection » qu’évoquait Merleau-Ponty avec justesse. Durant 4 ans Juifs et villageois vécurent en bonne intelligence par la grâce de Dieu. Pierre Vidal-Naquet, réfugié dans le village durant ces années sombres, parle même de Dieulefit comme de la « capitale intellectuelle de la France » tellement les intellectuels de sa communauté s’y sentirent bien tandis qu’au dehors de ce cercle régnaient la grisaille et se propageait la moisissure.
Je ne sais pas qu’elle fut la nature de l’empreinte des Dieulefitois et dans quelle mesure on pourrait dire que les décisions du moindre villageois furent prédestinées. Je pense qu’il a fallu exercer un libre-arbitre digne de ce nom pour prendre les décisions qui s’imposaient et traverser les quatre années d’une France collaborationniste dans un mutisme angélique sans attirer la moindre attention. Que les SS eurent découvert les agissements de ce village et Oradour-sur-Glane passerait pour un pétard mouillé. Libre arbitre mais volonté aussi et résistance ordonnée pour que chacun collabore à la résistance en question. Confronté à des situations extrêmes la vie devient une conquête permanente jamais fixée d’avance ni par nos gênes, ni par notre fondation psycho-socio-familiale. Rien n’interdit l’évolution sur le champ des possibles. Et chaque saut qualitatif arrive en temps et en heure au terme parfois d’une vie de préparation dans une banale quotidienneté.

« Quel est le grand dragon que l'esprit ne veut plus appeler ni Dieu ni maître ? "Tu dois" s'appelle le grand dragon. Mais l'esprit du lion dit : "Je veux".» Friedrich Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra

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24/04/2008

Démerde-toi Camarade

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Aux pires instants de ma vie j’ai brûlé tant de feuillets épars, déchiré des cahiers maudits, égaré volontairement des carnets confidentiels. Je me suis allégé comme j’ai pu, pour ne pas devenir fou. Parfois des phrases me reviennent, des mots écrasés, des vers délabrés qui me surprennent comme une lointaine musique dont je n’arrive pas à déterminer le titre et l’auteur, jusqu’au moment où, surpris, je réalise que ce sont mes mots à moi, mes maux jamais vraiment guéris, qui remontent comme de lointains vestiges. Oui. Dans la sincérité la plus absolue possible on finit toujours par tricher pour ne pas avoir à couler dans les abysses. Profond, profond, profond sous le niveau de conscience un démon redoutable mène la danse qu’il veut. Démerde-toi Camarade.

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23/04/2008

Déjà le 23 Avril...

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Déjà le 23 Avril. J'ai le sentiment d'être au lendemain du 1er Janvier. Wagons de jours qui passent. Les voeux sont morts et enterrés. Bonne année, bien-sûr. Identique rengaine qui se répète d’année en année. Souhaiter quoi à qui ? Les mêmes banalités à n’en plus finir. En début d’année on mesure surtout tout ce qu’on n’a pas su faire, tout ce qu’on a pas su entreprendre pour atteindre un but qui ait de l’épaisseur lors de l’année écoulée. On brûle, de toute façon, sa vie comme on peut, vous permettez ?

Parfois je me dis, sans blague, que toute ma vie fut une série de cuisants échecs. Il n’y aurait mon couple et mes enfants, je n’aurais qu’à m’autoriser à sombrer dans le nihilisme le plus radical. Je me torture tout seul à trouver un sillon lumineux à cette dépravation hasardeuse qu’est ma vie, un bouquet de Rédemption. Pas même un bouquet, juste une pétale. Une pétale de Rédemption qui m’allégerait le corps et l’âme. Je ne dis rien, mais intérieurement je rumine comme un vieux fou (que je suis probablement déjà) quémandant un peu de repos.

Dormir longtemps, d’un sommeil serein et profond, sans alcools, sans substance autre que celle de la sève vivante que je ne parviens plus, depuis bien trop longtemps, à capter, à sucer comme une glace de l’enfance ou comme des seins de femme dressés tels des autels, délicats et durs, suc de l’abondance. Dormir d’un sommeil calme, léger. Un sommeil d’eau limpide. Un sommeil aquatique clair, reconstitutif de mes dérives terrestres désastreuses.

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21/04/2008

Les cadres aussi sont mortels

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Je me surprends, vraiment, quand dans le calme je me considère avec distance, à ne pas savoir comment ni où je parviens à puiser la force pour affronter la bêtise quotidienne de mes collègues de travail et de mes supérieurs hiérarchiques qui n’ont rien de supérieur et de hiérarchique que le statut. Recevoir des ordres de ces pauvres satisfaits qui se branlent juste de se savoir là où ils sont est un enfer pour moi. Bien entendu je me fais une raison. Il faut toujours se faire une raison, seul moyen de survivre à la crasse mentale qui m’assiège au jour le jour. La manière qu’a "untel", ô triste cadre, « cadrillon de service » empreint de félicité sociale de me demander chaque jour si « ça va ? » et de me lâcher quelque information professionnelle plus pour afficher devant moi sa maîtrise, oui, la maîtrise qu’il a de sa vie, de son travail, de son accomplissement, que pour être dans l’échange et le partage humain est d’un comique malheureux. Du vent tout cela, mon pauvre trouduc. En temps voulu le sol se dérobera sous tes talons, ou alors tu te retrouveras assailli par les vagues et tu n’auras plus pieds. Je sais ce qu’il pense, c’est écrit dans ses yeux vides qui ont même perdu la verve adolescente qu’ils recelaient il y a encore 5 ou 6 ans de ça : « alors lecteur de Nietzsche de mes deux, seigneur de pacotille, tu as lu 1000 livres que je ne pourrais même pas concevoir mais je suis CADRE A LA FNAC et toi un magasinier sinistre, avec ta vie de merde, tes soucis de fric et ta grande gueule qui ne peut que te desservir. J’ai réussi à éloigner qui il faut de toi, de ton sombre labyrinthe, de tes idées néfastes. Je suis vainqueur par K.O. technique et c’est tout ce que tu mérites, que je te le rappelle à chaque fois que je te croise. »

Oui oui oui, "machin", c’est bien.

J’imagine très bien les chuchotements, à mon égard, cinq jours sur sept, quand à la cantine je m’assois seul avec mon plateau, accompagné de Roger Nimier, Edouard Mörike ou Barrès. Ça doit se concentrer pour ne pas avaler de travers et puiser quelque satisfaction intérieure pour se donner une conscience convenable face à son reflet dans le miroir des chiottes de l’entreprise. Ah ! Ils peuvent tous se targuer d’avoir réussi la saison, d’avoir réceptionné et servi la marchandise en temps et en heure, la prime d’intéressement, la prime de participation n’en seront que plus convaincantes. Ils se foutent du Peintre Nolten ou de savoir si Les épées brillent encore au sommet de La Colline inspirée. Ils veulent du CASH, des divertissements et la fausse assurance qu’ils tiennent leur vie en laisse. ABSURDE. Ils sont tellement mortels.

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20/04/2008

Point Mort...

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Être brûlé par ces lectures dont les mots tissent une trame à chaque fois singulière, à chaque fois nouvelle qui m’érige un peu plus loin, un peu plus haut hors la glèbe du potier. Je n’ai rien d’autre, ma fatigue mise à part.

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10/01/2008

Vivant - II -

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Attendu que l’homme est un être scrutant l’horizon, aussi bien parce que Dieu aurait mis le goût de l’Infini dans son cœur, que parce que notre village mondial cherche à le nomadiser envers et contre tout, l’imminent et le prochain ne requièrent point son attention. Le proche se dérobe à sa pensée. L’immédiat est absent. Il le traverse en aveugle.

De même, l’Antique Fondation (murs de millénaires comme des murs de marbre, massifs, lisses, de cette lourdeur protectrice infranchissable) agrée de son silence notre oubli. Nous avons perdu les premiers matins du monde, quand l’Homme, probablement, estimait son souffle.

De l’Athanor de sang et de Glèbe fûmes tirés, promesse brisée comme une rose des sables.

Ancestral et muet, le soubassement même de notre résidence résignée ne collabore-t-il pas à cette amnésie ? Force qui nous balaye au lieu de nous ancrer.

Car il y a une dimension opaque qui perce, par moments, un flux qui vient poindre, obscurément, une présence qui s’absente, retirée du monde et de nous-mêmes, dont on devine la subtile émanation.

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Lectures du moment :
*La Colline Inspirée de Maurice Barrès
*Récits d'un pèlerin Russe (Auteur Russe anonyme - 19ème Siècle)
*L'Absurde et la Grâce de Jean-Yves Leloup
Bande son :
*The Mission : Carved in Sand
*Frank Marino and Mahogany Rush : Mahogany Rush IV
Citation du jour : « Ce sont les paroles les moins tapageuses qui apportent la tempête, et les pensées qui mènent le monde viennent sur des pattes de colombe. » Friedrich Nietzsche (Ainsi Parlait Zarathoustra)

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09/01/2008

Vivant

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À tout j’ai subsisté et je demeure. Ma durée s’inscrit. Mon fardeau m’a sculpté. J’ai contourné les écriteaux et panneaux de toutes sortes
qui énoncent la sagesse législative :

« Interdiction d’empoigner !
Il est proscrit de hurler !
Crachats exclus !
Regardez vos chaussures !
Les aboiements sont pour les chiens ! »

J’en ai ri sous le soleil de Dieu, en me frottant la panse contre des ventres si doux. Ô mes suaves, ô mes perverses. Des baies prohibées dégueulaient une lumière crue. Je dansais après avoir chié à la belle étoile, le cul dans la rosée avec mes couilles alchimiques. Mon vit boursouflé par la verve concrète, des chiennes lubriques me faisaient de l’œil avec leurs croupes soumises.

Les reins défoncés par la fatigue d’être, je bondissais néanmoins d’esquif en esquif. Je mettais les voiles, les guibolles autour du cou, en bouffant du vent à chaque enjambée, à chaque coup de rame, le cœur en sueur, le corps ensanglanté. Il est bon de s’élancer pour nulle part. L’Errance et les fièvres. Sans dire adieu. En mâchant un brin d’herbe. La bouteille de rosée dans la besace. Et l’haleine à fromage.
Dionysos gambadant tantôt à mes côtés, tantôt devant moi, m’ouvrant le chemin. Pèlerin sans ambages. Charmeur de serpents. Va-nu-pieds séraphique. Aux ordres de personne. Encore moins d’une femme. Le couteau dans la botte. Le souffle de gitan.

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Lectures du moment :
*La Colline Inspirée de Maurice Barrès
*Récits d'un pèlerin Russe (Auteur Russe anonyme - 19ème Siècle)
*L'Absurde et la Grâce de Jean-Yves Leloup
Bande son :
*Ted Nugent : Spirit Of The Wild
*Neil Young and The Crazy Horse : Re-ac-tor
Citation du jour :"Nul ne ment autant qu'un homme indigné." Friedrich Nietzsche

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