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12/06/2007

"You're a Devil in disguise..."

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Ah! Le diable ! C’est une affaire de questions/réponses ! Ping-pong avec nos couilles dans les Sphères Méta-physiques ! Il fait de nous selon ce que nous faisons de lui ! Il n'est que notre projection « humaine trop humaine » et nous devenons bien vite la sienne. Il est vrai que lorsqu’ il nous échappe il prend ses aises qui s'avèrent souvent dévastatrices ! Mais c'est un Prince, disent les Saintes Écritures, et il faut lui rendre les honneurs d'un Prince, nous précisent-elles encore !

Je préfère de loin Dieu... même en tant qu'idée... pauvre agnostique que je suis. C'est le grand "Clandestin" de notre époque, comme dirait Sollers. Il se cache plus chez Rimbaud, Artaud et Picasso que dans les hosties et l'eau bénite !

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11/06/2007

Antenne brisée...

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Que ne donnerai-je pas pour être au meilleur de moi-même, afin d’avaler d’une bouchée, une seule, ce foutoir qui m’obsède, me torture et me fait me dresser dignement en de rares occasions où « quelque chose » de profond et de supérieur, s’empare de moi à son gré, malgré moi, sans me demander mon avis. Heureusement !

J’ai perdu le fil de ces instants particuliers que j’ai vécu maintes fois de par le passé, il n’y a pas si longtemps que ça d’ailleurs, mais qui me semblent aussi éloignées que le jour de ma naissance !

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10/06/2007

Spleen

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Le désespoir me tombe dessus sans aucune raison consciente. Il me faut l’accueillir tel quel. Que faire ?

« C’est peut-être cela que l’on cherche toute sa vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible, pour devenir soi-même avant de mourir. » Louis-Ferdinand CELINE

Toute la journée à demeurer sur le fil tranchant du rasoir. Il aurait suffi d’un léger vent pour que je bascule du mauvais côté. Un Spleen effroyable, toute la journée durant, m’a pilonné le cœur et la cervelle. Cette sensation désagréable m’a progressivement quitté en début de soirée sans aucune raison consciente. Ma séance d’enregistrement a dû jouer son rôle de catharsis. Cependant, comme toujours, une langueur morbide demeure. Me serre dans sa gangue. Me maintiens dans mes limites. Curieux comme je peux traverser divers cycles, très rapidement, au cours d’une simple journée. Soleil. Ténèbres. Crépuscule. Aurore lointaine et indistincte, à grande peine discernable.

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08/06/2007

Distance

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Tant de cons et de connes tout autour de nous... et en plus dans une promiscuité outrageuse ! Personne ne sait aimer... ou alors ce qu'ils nomment « amour » s'avère être bien souvent du CANNIBALISME couronné de NÉVROSES et décoré d'HYSTÉRIE ! De la joie ? NENNI ! De la légèreté ? NENNI ! De la tendresse ? Mon cul !!!! Rien que du PHAGOCYTAGE SANS HUMOUR! Même les plus chouettes des filles, femmes, amantes que je croise se dévoilent vite comme des POSSÉSSIVES, DOMINATRICES auxquelles il faut RENDRE DES COMPTES comme à des MAMANS !

Reproduction constante et éternelle des vieux schémas familiaux !

Destructeur !

Viendront un jour les dépressions, les chutes dans les gouffres, les cancers !


C’est triste, je trouve…

Avec le temps une distance s’impose à moi comme de toute première nécessité et de plus en plus et de plus en plus loin…
Être tranquille et en paix loin du remue-ménage quotidien…

L’écriture m’y aide, m’y invite constamment.
La chair des mots qui fait frémir les lettres du corps ?
Sans doute !

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07/06/2007

"Le Bonheur sur fond noir..."

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Un équilibre, en somme, que l'on cherche toute sa vie durant...avec plus ou moins de chance! Paraître ou être? Certes, certes, ÊTRE ! Mais... paraître, parfois, un certain temps, par stratégie... peut révéler une part de l'Être enfoui en nous ! Que la joie demeure !

Que les particules élémentaires tourbillonnent et circulent !
Déployons notre Verve Vivante…nos bénédictions ultimes en ces instants où le monde perd la tête.


Si épanchements d’âmes il y a…et bien, dans ce cas, qu’ils soient charnels ! Si les corps chancèlent…et bien, alors, que l’esprit demeure ! Mais que le plaisir règne…sinon… à quoi bon notre pitoyable incarnation ???!!! Je me le demande ! Une ascèse n’a de valeur que si elle est jouissive comme une danse au sabre… une maîtrise en somme de ce qui est et doit être et… sera… quelque chose qui conduit à une expansion de l’Être ! Un courant continu depuis la nuit des temps ! Energie Eternelle !

De l’allégresse…de la légèreté… de la douceur au terme d’une guerre ! La douceur est impossible pendant la guerre, car il faut compter ses balles ! Surtout quand on est encerclés par les cow-boys !

Un verre de Sauternes glacé… J’ouvre un livre (« La vie des femmes mariées » de Pierre Arétin- XVI ème Siècle)… L’aimée est là, à proximité, pleine de voluptueuses langueurs océanes… Jean Sébastien Bach par Pablo Casals en fond musical…

Oui… il faut jouir et être heureux, envers et contre tout…

…et parfois il faut faire la guerre ! Si possible sans haine…mais la faire !

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06/06/2007

Catacombes

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Pascal Quignard, dans « Les ombres errantes » : « Les sociétés secrètes d’hommes libres sont portées à devenir de plus en plus minuscules. Elles sont presque individuelles. Mes amis me sont de plus en plus chers et de moins en moins nombreux. »

Oui, certains jours je suis apprenti, compagnon et maître de loge à moi tout seul ! Une confrérie entière se tient dans ma bouche, au bout de ma queue et dans mon coeur !

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05/06/2007

Hurlement

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C’est comme si la terre entière, autour de moi, laissait échapper un hurlement lugubre et final de sa plaie béante. Comme si le point de non-retour était atteint. Comme si absolument tout s’écroulait. La confusion est générale et telle qu’on se demande, en ce monde, s’il y a une sortie. Ca se masturbe le bulbe de tous côtés !

J’ai bien envie, le moment est propice, de retourner à Montaigne.

Montesquieu écrivait : « Dans la plupart des auteurs, je vois l’homme qui écrit. Dans Montaigne, je vois l’homme qui pense. »

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04/06/2007

Sanctuaire

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Ma démarche est Spirituelle aussi. C’est une pénétration toute personnelle, un engagement (désengagé !) pour dire, formuler (dans l’exultation si possible) des liens supérieurs, la fracture intérieure vis-à-vis du monde, l’ouverture exacte et authentique, le dépassement de soi et de tout. Je suis seul face au monde et je peux m’y perdre. Je le désire probablement ! Il est vrai que c’est une errance. Bien entendu, je suis aussi structuré, bâti, étayé par ma relation au monde. Je cherche juste à pénétrer le sanctuaire d’une liturgie nouvelle. Son cœur.

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03/06/2007

Observance de la Parole...

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« Je trouve ma joie dans l’observance de la parole. » (Psaumes,119-14)

La texture du réel est là. La suivre de ma main comme une superbe étoffe en une caresse ou m’affirmer comme EN procédant est ce qui m’importe le plus. L’observance de la parole n’est pas pour les chiens obéissants. C’est une prière incarnée quand suinte autant le désastre. Les prêtres masqués ainsi que leurs dévots veillent. La guerre est bien-sûr déclarée.

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02/06/2007

Vivre et aimer...

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Un coup de dés qu’on lance. La fièvre dicte bien plus que la raison. Il reste l’Être et son expansion. La solitude est un Royaume béni des dieux. La transe souvent me devance dans mes découvertes. Toute cette réalité qu’on vit au quotidien est un gigantesque mensonge. Esclaves d’une totalité où règne la confusion. L’ordinateur n’aura pas de prise sur moi, ce n’est qu’un outil. La rébellion n’est pas dans la marge, elle est HORS LA MARGE, HORS LIMITES. La jouissance devrait être un bon cru tiré quotidiennement. Ecrire est peu de chose, s’incarner est beaucoup. Dire est plus essentiel que choisir ses mots, mais choisir ses mots est important quand on veut dire l’essentiel. La décadence est totale, multiple et unie. Le spectacle aveuglant est une constance de l’ère post-moderne. Nous tournons en rond dans une cage dorée où le pain et les jeux nous sont fournis presque à loisirs. D’un « click » de souris le monde ne s’ouvre pas à nous, il nous enferme.

A présent vivons et aimons si c’est possible.

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14/05/2007

Les Mots et les Maux

« Si l’on étudie volontiers aujourd’hui les structures linguistiques propres à une période historique révolue, en essayant de démontrer à quel point elles ont marqué le mode de pensée de l’époque en question, rien ne nous empêche de considérer de même notre siècle avec circonspection. » Czeslaw Milosz, Témoignage de la poésie.


Chaque époque finit toujours par être rongée par un mal qu’elle se plaît à accoucher elle-même jusqu’au bout, malgré toutes les attentions dont font preuve les esprits éclairés pour la mettre en garde. Ce n’est qu’au moment où, les siècles étant passés, l’historien se penche sur les berceaux des règnes et de leurs décadences que les reliefs apparaissent et participent à l’émergence d’un tableau qui nous indique ce qui fut, ce qui arriva et, d’une certaine manière, contribua aussi à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Ainsi, on s’accordera pour dire que le fourmillement des idées dans la Grèce antique, s’il a concouru à poser des axes de pensées encore valables de nos jours s’est vu, sur sa fin, partir en d’insondables bavardages pleins de contradictions, ce qui participa à sa décadence, car quand la parlotte s’empare des esprits, les Légions en profitent.

Ce furent les Romains qui tirèrent leur épingle du jeu en fondant leur Empire non pas par le biais des idées et du commerce, mais par une organisation plus proche de Sparte que d’Athènes, autrement dit : par les armes. Puis, à leur tour, le relâchement hédoniste sans contrôle de Rome, affirma le début de sa fin par la division de l’Empire en deux entités dont le monde occidental souffre encore de nos jours et qui n’a pas été sans conséquences dans nos rapports avec la partie asiatique et méditerranéenne du monde.

Par la suite, le moyen-âge eut de belles heures de gloire, la scolastique prit part à cette gloire, mais très vite se heurta à des gloses incessantes qui diminuèrent les savoirs en engouffrant le monde intellectuel d’alors dans des excès de paroles, l’usage des mots pour les mots… ainsi, l’histoire est connue, à l’ouest, par Rome, le fanatisme religieux en imposa à la multitude, la chrétienté devint conquérante (Dante ne place pas pour rien, dans sa sublime « Divine Comédie » des papes en enfer, pas si loin de « Mahomet l’hérétique » d’ailleurs), alors qu’à l’est, Byzance tomba aux mains des Turcs le 29 mai 1459, tandis qu’à l’intérieur de la ville se tenait un concile où la dispute allait bon train à propos du sexe des anges. De là vient d’ailleurs l’expression : « Querelles Byzantines » pour indiquer le gouffre qu’il peut y avoir entre des discussions irraisonnées et les exigences de la réalité.

Mais je ne vais pas parcourir tous les détours de l’Histoire, tas de fainéants, et je vais en venir directement à notre temps. Je m’avance trop même. Pas en 2007. Mais disons : tout de suite après 1789. Le stupide 19ème Siècle que vomissaient Flaubert, Baudelaire, Rimbaud et duquel, selon ce qu’en ont dit Philippe Muray ou Philippe Sollers, nous ne sommes pas encore sortis, alors que nous sommes à l’ère des computers, des téléphones portables, du câble télévisuel, des satellites espions, des guerres propres, de l’énergie nucléaire et… des pensées quantiques. Quel est le mal dont souffre notre civilisation de décennies en décennies depuis le temps des révolutions politiques, industrielles et techniques ?

J’use volontiers des termes de « canular », « tromperie », « mystification », « charlatanisme », « escroquerie », « imposture », « falsification ». Mieux : « Subversion ».

Bah, me direz-vous, les faux dévots ont existé de tout temps et ont toujours cherché à régenter la vie de leurs semblables. Voilà qui est acquis. L’hypocrisie et l’affection de dévotion et de vertu, les calculs sociaux et politiques ne datent pas d’hier. Oui. Vous avez raison. Or, la nouvelle donne, à partir de la terreur de Robespierre, fut bien la collectivisation de l’imposture. Paré de sa vertu sanglante, Maximilien nous imposa les louanges à l’Être Suprême, sous le couvert de la déesse Raison. Syncrétismes et carnavals. Orgies populacières et hypnotisme général. De ce temps, à grands coups de têtes tranchées, s’est imposé à nous, puis au reste du monde (la France a eu quelque rayonnement suffisant pour impressionner le reste du monde par des influences bonnes comme néfastes) l’érection en règle d’une certaine pensée, une certaine manière d’être qui s’est progressivement, mais sûrement distillée dans les consciences occidentales par des cheminements divers et variés pour aboutir, au lendemain de la seconde guerre mondiale, au « politiquement correct » qui souligne à merveille notre sinistre époque d’un trait faussement bariolé.

Car j’ai toujours à l’esprit ce souvenir : Enfant, avec de fines tiges de pâte à modeler de multiples couleurs, je m’étais aperçu qu’il n’y avait que deux façon de mélanger les coloris ;

- En enroulant tout d’abord les tiges judicieusement choisies entre elles je parvenais à créer des mariages qui me charmaient, où les nuances de « rouge » et de « vert » s’agençaient en des colonnes antiques imaginaires que je voulais Atlantes ou martiennes. Des guerriers apocalyptiques, sombres ou lumineux, charpentés en couleurs roses et claires, ou ocres et noires. Puis je les habillais d’une armure blanche ou bleue. Casque avec pic. Cheval de fortune gris, tacheté de noir. Épées grises. Lances d’or. Je confectionnais même des étendards avec des armoiries.

- Ou alors, les jours où l’inspiration me manquait, énervé par une vie enfantine grisâtre et ennuyeuse, je malaxais toutes les couleurs ensemble, par dépit, pour obtenir à chaque fois, systématiquement un amas kaki sans vie, uniforme, sans détails, sans nuances.

Et je savais déjà, bien que je n’étais point capable de le formuler, que ces deux manières d’effectuer des mélanges se faisaient d’un côté avec bon sens, raison, amour et rigueur, qui n’excluaient nullement la légèreté enfantine, la fantaisie, l’extravagance et la convocation de la créativité sous le couvert de l’inspiration ; de l’autre côté, sans retenue, sans contrôle, avec dégoût, abdication, renoncement mortifère, névrose juste évacuée sur une réalité qui, à son tour, nourrit la suite des évènements.

Ordre et Volupté ou désordre macabre et purge tripale.

Bref, un nouveau langage s’est infiltré dans les brèches successives s’appliquant à évincer des mots, des faits par des sens voilés, indirects et obliques parfois, allusifs toujours, en tout cas dissemblables ou divergents. Les mots, bien entendu, sont en première ligne.

La signification initiale d’un mot n’a parfois plus le même sens, une fois qu’il est passé au filtre de la censure merdeuse de nos marxistes affichés ou masqués.

Pour nous faire un beau mélange kaki, nos bien-pensants aiment à manipuler les signifiants et les signifiés.

Ainsi le beau mot de « libération » fut utilisé pour célébrer les massacres et les déportations du Cambodge, sous les auspices de feu Jean-Paul Sartre, dans un quotidien qui avait le même nom.
« Jean-Sol Patre » disaient, à juste titre, Boris Vian et Louis Ferdinand Céline.

Il nous faut réapprendre à lire entre les lignes. Prendre avec précaution les nouvelles propagées par nos quotidiens très sérieux. Les enjeux de l’avenir se trouvent en grande partie liés au langage. C’est dans le domaine culturel et idéologique que les prémices de l’affrontement final prennent leurs racines. Car les chamboulements ou les révolutions, les guérillas ou les guerres ouvertes ne se gagnent pas par les urnes et les magouilles politiciennes aux calculs hypocrites et machiavéliques, ils se fraient leur voie de façon nébuleuse dans les âmes. Il ne faut pas perdre ce fait de vue et il faut tenter toujours d’y répondre à sa juste mesure.

La liberté meurt de la séduction qu’exerce sur nous la subversion.

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Bande son du moment : Living Out Of Time par Robin Trower

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citations du jour : « Les mots faisaient primitivement partie de la magie, et de nos jours encore le mot garde beaucoup de sa puissance de jadis. Avec des mots un homme peut rendre son semblable heureux ou le pousser au désespoir, et c'est à l'aide de mots que le maître transmet son savoir à ses élèves, qu'un orateur entraîne ses auditeurs et détermine leurs jugements et décisions. Les mots provoquent des émotions et constituent pour les hommes le moyen général de s'influencer réciproquement. » Sigmund Freud (Introduction à la psychanalyse)

« Nous nous servons des mots avec l'habileté mais aussi l'imprudence des ouvriers qui manipulent chaque jour des explosifs. Il faut avoir peur des mots. » Gilbert CESBRON (Journal sans date)

Humeur du moment : En Retrait...

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19/04/2007

Seul contre tous… la beauté du geste…

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Léon Bloy : « Tous les fétides et tous les lâches contre un seul qui ne tremble pas. »



Misère rance et moisie de notre temps. Qu’un œil lumineux surgisse du lot nauséabond et lavasse de la quotidienneté politiquement correcte et tous les frileux à la posture morale irréprochable évacuent tout débat, avec l’heureux élu, par l’insulte suprême, celle qui colle le dos de celui qui la reçoit au mur sanglant du 20ème Siècle, ou le fait s’agenouiller devant les monceaux de cadavres que la propagande utilise sans aucun respect pour les victimes de l’Histoire afin d’assoire sa primauté : « Sale Fasciste ! » La belle affaire. Au son de ce mot, les têtes se tournent vers le désigné, les regards pointent du menton vers le malheureux en même temps que les doigts et le pauvre type, ou la pauvre fille, n’a plus qu’à baisser les yeux et à suivre son chemin, pour peu qu’on en reste là avec elle ou lui.

Pourtant, la personne en question n’a pas d’admiration pour Hitler. Non plus pour Mao ou Staline. Elle se fait un point d’honneur, sans état d’âme particulier, à renvoyer dos à dos ces enculés génocidaires. Elle les vomit. Quant aux nationalistes, aventuriers du champ politique puant de notre démocratie en état de décomposition avancée, la personne en question ne soutient ni leurs thèses ni leurs formules. Quelques saines lectures lui ont fait réaliser que le véritable champ politique de l’avenir se trouve dans une transcendance, un sursaut presque quantique, une danse dessus la plèbe, une rigolade au-dessus du troupeau. Ce qui cogne, comme une Légion aux portails de notre civilisation appelle une vision politique supérieure, un au-delà les petits projets étriqués, un changement radical, un dépassement supposé offrir une postérité à notre culture, pour peu que cela ait encore un sens dans la petite tête du citoyen producteur-consommateur moyen qui se précipite le soir chez lui pour assoire sa panse libidineuse devant la télévision, en digne sujet de l’endoctrinement généralisé. Minus habens.

La personne en question considère l’Avenir, use des technologies nouvelles, ne s’empêche nullement d’être fière de ses racines, de sa langue, de son histoire. Elle sait regarder les épiphénomènes dont les médias l’abreuvent avec un certain sens critique. Si des larmes lui viennent à l’audition solennelle de la Grand-Messe en Ut mineur de Mozart, elle tape aussi du pied sur une chanson d’AC/DC ou d’Elvis Costello, se fige sur la Voix de Björk ou de Siouxie Sioux, contemple avec émoi un tableau de Picasso ou George Mathieu, échange à l’occasion un joint avec un frère d’arme, comme au temps du bivouac autour du feu, dans les temps antédiluviens. Ni Bush ni Ben Laden ne trouvent grâce à ses yeux. Les Anarchistes encore moins. Cette personne est, tout simplement, hors du système en place. Trop Libertaire pour les anars eux-mêmes. Trop amoureuse de la terre où dorment ses ancêtres pour les idéologues simplistes en mal de frontières fermées. Trop Libertine pour les mauvais baiseurs consuméristes de culs tristes et de phallus névrosés.

Autant le dire tout de suite, cette personne est inclassable, donc dangereuse.

Elle a lu Marx et en a retenu la teneur prophétique.

Elle s’est aventurée sur la pente glissante des méditations mystiques.

Elle a sondé avec détermination les penseurs pré-socratiques, s’est délectée de Goethe ou Huysmans, a jubilé sur la 5ème Symphonie de Beethoven en même temps que sur la guitare de Jimi Hendrix, a bu les mots de Lautréamont et de Rimbaud comme des liqueurs fortes, s’est enivrée d’Oum Kalsoum et Farid El Attrache comme de poisons aux goûts de miel extatiques. Alcools forts. Eau de Feu.

Elle a été violée, pour son salut, par la pensée de Max Stirner et Friedrich Nietzsche, a été renversée, anéantie, avant que de mieux sentir les parfums, mieux voir les couleurs et les contrastes, mieux toucher les épidermes, mieux goûter le miel, le lait et le vin, mieux entendre la musique du silence et se redresser plus fort et plus altier. En quête de nuances. Elle a réalisé, un jour, qu’elle était un Corps, une pensée en actes, un être libre, souverain de sa voie. Aussi, aspire-t-elle à renverser, de même, le statu quo insultant, pour rétablir la situation selon des arcanes nouveaux. Elle n’est pas de droite. Elle n’est pas de gauche. Elle aspire à l’Homme Total, celui qui sait danser sur ses deux jambes, la droite et la gauche, afin qu’il n’y ait plus d’ère Totalitaire. Elle est jeunesse et vivacité. N’appartient à personne. Personne ne peut la soumettre à sa botte, même dans la Mort. La Mort, justement, à aucun moment elle ne l’esquive, elle la considère bien dans les yeux car elle a lu Pascal. Elle aime la terre, ses forêts, ses déserts de sable et de glace, ses océans, ses champs fertiles, ses minéraux, ses végétaux, la faune et la flore. Elle aime le danger parce qu’elle est animale. Mais elle transcende le danger parce qu’elle pense et jouit d’être vivante avant que de mourir. L’artifice culturel est une bénédiction. D’ici et Maintenant elle pense au-delà. De ce Lieu vers la perspective ouverte. Michel Onfray ou Maurice G. Dantec, Philippe Sollers ou Alain Soral, les complémentarités qu’elle y trouve en emmerdent plus d’un, à commencer par les défenseurs idéologiques des chapelles, les dévots consternés, les pétasses accrochées à leur eau bénite. Un frémissement jouissif se saisit d’elle lorsqu’elle entend les discours de Malraux ou relit « L’étranger » d’Albert Camus. Elle aime les chants de guerre des indiens des plaines en même temps que la musique des gnawas ou celle de Nusrat Fateh Ali Khan. Écoute Léo Ferré et Jacques Brel, en même temps que Noir Désir ou le groupe Marquis de Sade. Trace sa voie sans se préoccuper des affamés jaloux qui ne comprennent pas le sens d’une vision à 360°. Cure et Joy Division l’inspirent. Stravinsky et Mahler également. Elle relit la Bible, même quand elle est agnostique, éprouve toujours de la reconnaissance au moment du repas, et à chaque orgasme pense « Hosanna, au plus haut des Cieux ». Ernst Jünger lui a appris « le recours aux forêts », Proudhon et Bakounine qu’une nouvelle donne économique était possible. Tocqueville, qu’elle se devait de posséder un sens profond de l’observation et de l’analyse avant tout. Guy Debord, que plus que jamais elle se devait de s’arracher à la fausse représentation pour enlacer la Vie. Cette personne est une terroriste métaphysique en puissance.



Le grand nombre ? Les autres ? Ils se résignent au pacte... persuadés que leur mensonge qu’ils prennent pour la vérité perce l'aurore... fiers, solides, décidés et vaillants en groupe... emplis de cet orgueil qui nomme le clan et assure l'avenir de mille feux sereins.

Se résignant au pacte, ils encerclent le pauvre bougre et lancent leurs litanies, assurés qu'il finira par lâcher prise et se joindre peut-être à eux, finalement, quel réconfort ce serait, la légion s'en trouverait renforcée, comme accomplie.

C'est qu’il a beau écrire, jubiler avec les mots, jouir de dire quelque chose qui le dépasse, mettre sa pensée en spirale, les talents lui manquent, ils le lui affirment sans arrêt avec une détermination convaincue et convaincante, les yeux injectés de sang.

Ils viennent comme au temps jadis on venait chercher la sorcière, le diabolique ou l'hérétique, la torche à la main, la fourche brandie comme un crucifix improvisé...

Ils viennent avec leur haine fétide, leur souffle revanchard, leur ressentiment incurvé... cette haine d'eux-mêmes qu'ils retournent envers autrui pour ne pas s'autodétruire... mais tôt ou tard finissent par se détruire tout de même.

Ils viennent au grand jour, ils chantent, joyeux d'être ensemble, entassés les uns sur les autres avec leurs néfastes certitudes de pleutres et de chiens. Ils dansent, gais comme des ivrognes refaisant enfin le monde, à leur image, bien-sûr. Ils tournoient sur leurs flasques évidences, se persuadent que chacun est leur raté réciproque, élaborant de très sérieuses théories sur l'art, la morale, la collectivité, le prochain, la politique et la sacro-sainte tolérance... la merde sociale purulente. Ils se persuadent autant qu'ils cherchent à persuader autrui qu'ils n'ont pas de vocation, de prédisposition, que personne n'en a ou si peu, que l'exception est une invention, que nous sommes tous kif-kif-bouricaut-démerdez-vous-avec-ça. Car absolument tout se vaut. C’est là leur profonde résolution.

Lui porte sur ses semblables un regard tantôt hagard, tantôt acide. Souvent placide. Il est dans l'étrangeté de ses notes intimes. Dans un autre temps, une respiration parallèle, un cerveau profond, un influx détourné, un laboratoire, une épuration des mots pour capter le plus adéquat... toujours. Il tient un compte de ses visions, de ses larmes. Son carnet vivant. Ses notes intimes : cauchemars, rêves, idées, pensées, coup de grisou interne, éboulements, apparitions, éclaboussures, contractions, crispations, convulsions, soubresauts.
Un spasme intrinsèque, impossible à déterminer, à cause d’une odeur, d’une caresse d’air, d’une couleur particulière et le fond le touche avant même qu’il n’ait songé à le toucher lui-même.
Les disparus en viennent à le visiter, portant leur requête au seuil de sa conscience. Ce ne sont pas des fantômes. Ce ne sont pas des flux surnaturels. C’est le code intérieur. Le programme inévitable. La mémoire concrète qui mène sa propre danse. L’écrivain ne fait que surfer sur ses vagues de magma en fusion. C’est là la grande énigme. C’est là la grande ivresse. La vitesse dans une immobilité sereine. Le souffle de l’Esprit du monde, des astres, de la poussière cosmique. L’Univers vibre et tout se met à parler. Paysages. Visages. Corps. Le quotidien que défendent les couchés, les aplatis, la meute, est balayé, relégué aux oubliettes, pour toute conscience qui se veut telle. L’actualité et son flot de malaises sinistres. Chômage. Sang sous les titres. Explosions terroristes. Viols en tournantes. Soudain, les racines plongées dans le suc fiévreux des ancêtres exigent leur déploiement vers l’avenir. L’Arbre veut pousser, ses feuilles veulent jouir. Et la lumière est si belle. Le Roman est un processus. Le Récit est une obligation. La cohorte peut aboyer autant qu’elle le désire, le Verbe poursuit sa route.

Il les reçoit d’ailleurs tous sans baisser la tête. Fixité de ses yeux.

C’est qu’on accepte de mourir quand on est dans la Vérité. On accepte de mourir quand on a expérimenté la douleur, la jouissance, la ténèbres et la lumière. Quand on a vu. Même si la souffrance se présente à la porte de sortie il y a un sourire intérieur qui vaut toutes les morts violentes.

Quant à eux, ils trouvent toujours un mot à dire, surtout quand ils n’ont rien à dire. C’est plus fort que tout. Il faut que ÇA parle. Il faut que ÇA éructe. Il faut que ÇA se rassure. Le néant veut demeurer comme tel. De temps à autre ils se doivent d’édifier leur crasse, leur néfaste malédiction qu’ils considèrent toujours comme la bénédiction ultime. Et l’anonymat est la parure adéquate pour se déplacer dans leur tourmente. Compromettre, déconsidérer, porter atteinte dans l’intime, ruiner pour être vraiment dans la jouissance collective. Pour être à l’unisson, vraiment, ne former qu’un seul bloc monolithique, lourd et banal : nuire, éprouver la singularité pour la réduire. Vomir, gueuler de la criticaille, trouver toujours quelque chose à dire. Molarder du foutre de séniles petites frappes ou des pertes blanches d’hystériques mal-baisées. Délation. Complot officieux. Inutile d’officialiser quoi que ce soit. L’officieux fonctionne à merveille depuis la nuit des temps. Et l’officieux aime à border l’Être dans ses attestations, ses certificats, ses normes. Car à sa manière, l’officieux est chicaneur, pinailleur, pointilleux, mais le dandysme en moins. C’est-à-dire : obsédé. Son obsession est une vertu à ses yeux. Sa maladie une éthique. « Sus à l’extrémiste ! Sus au paranoïaque ! Celui qui nous rappelle ce que nous sommes, à mort ! À bas ! »

Les tontons macoutes de notre douce métropole veillent. Ils font tourner leurs zombies dans les sphères où l’on pense pour une surveillance de premier ordre. Et leur pensée est une pensée de porcs. À l’écoute, l’attention en alerte, le doigt sur la détente, ils flinguent à bonne distance, prêts pour la mitraille. Ils sont tellement nains, tellement « beaufs », tellement dénués de tact qu’ils ne se cachent même plus ou si peu, fiers d’approcher leurs cibles avec le système entier en paravent pour leur protection, sans qu’ils n’aient même pas besoin de se cacher. Leurs basses besognes se pratiquent de plus en plus au grand jour. D’officieux on passera bientôt à Officiel. Une fois que les cerveaux bien lavés seront aptes à recevoir les doses de came nécessaires à la bienséance globale. Ils le sont déjà dans une large mesure.

La tactique est notoire. Toute pensée non validée se doit d’être expurgée de toute proposition néfaste, si on y parvient pas, purgeons-la purement et simplement. « Pour que la purge soit efficiente discréditons, tous ensemble, en masse, en horde, en LÉGION, le sinistre paltoquet qui ose péter plus haut que notre cul, qui ose se proclamer Souverain (pourquoi pas Seigneur pendant qu’il y est !) en l’acculant au précipice de l’Histoire, en l’obligeant à se soumettre devant les monceaux de cadavres. Il est d’extrême droite, c’est sûr. » Les déviationnistes d’aujourd’hui seront lapidés. Les exécuteurs n’ont pas d’état d’âme. Que celui d’entre vous qui est sans péché jette la première pierre ? Il n’y a pas de péché. Il n’y a pas de hiérarchie. Le seul ordre qui vaille est celui de l’égalité. Le nivellement est une idée neuve en Europe. Mieux : une idée neuve dans le monde. D’ailleurs le Monde est une idée neuve et indéfiniment renouvelée. Voici une foi qui n’a rien au-dessus d’elle. Ces inquisiteurs qui s’ignorent ont le vent en poupe. Subsides, allocations et contributions les arment et gonflent leur espoir. Et leur espoir est redoutable. Il mord. Il mord tout ce qui cherche à propager une singularité altière. Il mord et met en pièces toute critique qui ne rentre pas dans le cadre de la livide bidoche qui lui fait office de cervelle. Car la tripaille est sa satisfaction. Fast-food littéraire. Fast-food philosophique. Fast-food et loisirs. L’Institution veille au grain. L’institution a fait rentrer dans son giron les rebelles. Les originaux ont droit de cité. L’Originalité est acceptée… tant qu’elle est « éthique ». Tant que la Matriarchie Républicaine peut s’y mirer comme en un miroir. Comprendre que c’est là son « éthique ». Et son « éthique » exige une surveillance générale, digne des pays de l’ex-bloc de l’Est au sein desquels tout le monde surveillait tout le monde.

Si votre originalité n’est pas conforme la horde viendra. La meute tribale. Les porcs désincarnés aux ordres de la nouvelle nomenklatura. Prêts au sale turbin moral.

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Bande son du moment : Le Groupe Murderer's Row

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citation du jour : « Dans "Cosmos Incorporated" la référence fondamentale est une vieille querelle scolastique du XIVème siècle, quand saint Thomas d'Aquin se dresse contre les tenants des théories d'Averroes, qui avait inventé le monopsychisme. Ça consiste à dire qu'il n'y a qu'un seul psychisme qui est une sorte de force démiurgique, ce qu'il appelle "l'intellect agent séparé", donc séparé aussi bien de Dieu que de l'âme humaine. Une sorte de force autonome, qui se pense à travers nous et qui nous pense. Cette théorie trouve alors écho à la Sorbonne auprès d'un certain nombre de théologiens catholiques de l'époque, et saint Thomas se dresse contre en disant que l'homme est un être pensant, un être libre. Pour moi, le monopsychisme, c'est le point d'ancrage en Occident du nihilisme, le moment où ça va déraper. Ça va donner ce que j'appelle les "fausses lumières", puisque pour moi, les vraies lumières ont lieu au Moyen-Age. Ça va se confirmer avec l'émergence des idéologies modernes, à partir de la Renaissance, c'est-à-dire le libéralisme, le nationalisme, la destruction de l'Europe, les guerres de religion, la Révolution française, le stupide XIXème siècle, comme disait Léon Daudet, les guerres mondiales, le XXème siècle, et puis là où on en est maintenant. » Maurice G. Dantec

Humeur du moment : Actif dans la Pensée... Pensif dans l'Action...

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30/03/2007

Vivre et Écrire - III

Dans les grandes lignes, Écrire n’a pas la moindre importance. De nos jours, le risque est de petite envergure. Affirmer qu’on trempe sa plume même dans du sang, c’est souvent prendre la posture qui convient. Le spectacle en société vaut le détour. Vous aurez beau, emprunté d’une pouézie moderniste-expérimentale, recouvrir votre page de haut en bas de mots du type « massacre », « holocauste », « génocide », « viol », « tuerie », pas une goutte de sang ne viendra poindre sur votre papier… ou sur l’écran de votre PC. L’écrivain poussera son cri en vain. Même dévoré par le démon de sa névrose, il pourra, une fois le cahier rangé dans son tiroir ou laissé en vrac sur sa table de travail, son écran éteint, aller aux putes se faire sucer la queue, au supermarché le plus proche s’acheter une bouteille de Whiskey, se mettre à table en compagnie de sa fratrie, pointer à l’ASSEDIC, se promener dans la ville, dans la campagne, ou dans le trou du cul du monde. Un œil jeté aux livres qui encombrent les étagères des librairies le confirme à merveille. « Ça » ne trempe sa plume nulle part. « Ça » trompe sa plume et « Ça » trompe son monde en se trompant soi-même. Là, « Je » n’est même pas un autre. Trifouillage de mots. Masque sur les maux. Les profondeurs de l’Être sont merdiques aussi. Mais « Ça » se révèle à qui sait lire. Phrases pauvres ou pompeuses et architecturales, emphase, dérèglement nerveux et distance d’avec les missives. Et « Ça » a des théories sur les autres toutes faites mais bon sang c’est bien-sûr !

Écrire. J’en viens à éprouver du dégoût pour cet Acte et à ne plus même en mesurer le sens initial. Aussi je sors à mon tour dans la fraîcheur du soir et pars trouver un meilleur usage de mon corps pour ne pas ressembler aux usurpateurs. Car Écrire devrait être le risque par excellence, celui par lequel on se confronte en premier lieu à soi-même et aux autres toujours à travers soi-même. Quand la douleur se présente et qu’on ne désire pas l’esquiver, mais la regarder bien en face dans la noirceur de ses yeux au lieu de contaminer les autres de son poison néfaste. Car l’exigence qui compte est celle de la Vérité. Mais il faut se mêler aux faits, y inscrire sa persévérance au lieu de s’enfoncer dans une logorrhéique surabondance de foutre verbal qui n’est qu’une catharsis arrêtée sur elle-même. Appliquer des formules sans cesse. Brasser des mots, juste pour faire de jolies phrases. Déployer sa syntaxe, son vocabulaire pour que sa basse-cour prenne soudain des airs de cour royale. On peut, avec un peu de chance et beaucoup de culot devenir chef de meute. Mais « Celui qui veut apprendre à voler, celui-là doit d'abord apprendre à se tenir debout et à marcher et à courir, à grimper et à danser. Ce n'est pas du premier coup d'aile que l'on conquiert l'envol ! »*

Oui. Écrire est autre chose. Ce n’est, en tout cas, pas se draper de dentelle, se calfeutrer de distance, même si pour survivre, parfois, souvent, l’homme doté de raison pratique avec délectation l’Art du détachement. « Écris avec ton sang et tu verras que le sang est esprit. »* C’est qu’il convient d’observer les phénomènes « à mi-pente »* selon cette « morale de la pente »** que Saint-Exupéry exprimait avec une grande lucidité pour la « Terre des hommes »**. « Ce pour quoi tu acceptes de mourir, c'est cela seul dont tu peux vivre. »**

Contre l'improbable abstraction, facile et seulement musicale se doivent de prévaloir l'appréciation, l’évaluation, le jugement qui font surgir l’idée qui nous fait maintenir le fil d’Ariane qui en vient à élargir notre vue qui honore notre sentiment qui nous couronne de la pensée. Cependant, loin d’être docile face au cortège d'émotions surannées, Écrire instaure le face-à-face de l'homme avec le monde, le duel propitiatoire, la confrontation légitime de l’individu avec la Cité. Joute éternellement recommencée depuis l’Antiquité lointaine.

Vient la Vision. L’œil révèle la représentation passée au prisme de la subjectivité. Le « Moi » se voit affiné, débarrassé de ses scories grossières il devient une loupe frontale, un scalpel méticuleux. L’Impression est le trésor à capter pour dire le flux énergétique qui transperce le monde. L’objectivité naît-elle de la rencontre de la rencontre de plusieurs subjectivités ? Car ce qui importe, dans l’acte d’écrire, c’est (avant l’effet exprimé) la vue, le sentiment, l’intuition, la sensation, les cinq sens et le sixième naissant du parfait équilibre des cinq premiers. C’est une perception de plus en plus fine, aiguë, cinglante, de la réalité cachant le Réel de l’Être.

Écrire est une rencontre avec le monde. Et le monde ne vient au monde que parce que l’écrivain le regarde, le conquiert, le saisit, le comprend. Le monde obtient ainsi son unité dans la diversité qui est la sienne. Il y a le futur qui appelle. Il y a la grâce lumineuse de l’Origine. Il y a l’Instant, le Lieu et la Formule. Ici et Maintenant. L’écriture peut-être sobre, directe, travaillée, journalistique, classique, mais la chose observée, le phénomène appréhendé se doit d’être transcendé par l’absolutisme de la Vision qui s’impose et que la Raison sait étreindre. Sinon c’est du verbiage. Du nombrilisme. De la posture.


Se contenter de décrire la nature ? Écrire automatiquement ? Jeter des phrases en l’air en mimant la maîtrise ? Le jeu peut découvrir des parts de nous obscures, mais cela ne suffit pas. Écrire nous fait toucher les secrets du monde et nous les fait livrer sur la page comme des offrandes. La Raison guide, mais il ne s’agit nullement de faire du rationalisme car, n’en déplaise aux scientistes et aux scribouillards prosaïques l’énigme, la profondeur, l’obscurité, l’Ombre Silencieuse qui hurle, l’arcane secrète, l’intangible et le sacré percent vers nous sans cesse. Les captons-nous ? L'essence de l’écriture est la poésie : un émerveillement, une admiration, une extase dans le frimas percé par une lumière que nous croyons d'ailleurs mais qui est d’ici. C’est le démesuré, l’incalculable qui nous anime. C’est un souffle de feu, une palpitation de tellurique, une pluie de larmes de joie ou de souffrance. On l’approche tout au plus. S'en emparer est impossible. Écrire est cette parole que ce souffle nourrit et manifeste, d'où son pouvoir sur nous.

En lecteur enchanté de la « Paideia » de Werner Jaeger, je peux vous confirmer que « Poïésis » signifie, en Grec ancien, « faire en fonction et à partir d’un savoir ». C’est une action qui transmue, tout en l’affirmant, le monde. Cependant, ce n’est pas une fabrication limitée à ses données techniques, ni un simple rendement, un vulgaire ouvrage. C’est le suc substantifique. L'œuvre issue de la « poïésis » réconcilie l’intelligence, la Raison, l’entendement, la méditation, la réflexion, la rêverie, la fantaisie, autant dire l’Esprit avec la substance et l’étoffe de nos carnes sur ce vieux caillou et avec le temps qui nous est imparti, et l'homme avec l’Univers sous l’œil malicieux des dieux… ou l’œil scrutateur du Dieu unique. Elle est le partage d’un bien commun, des corps se croisant et embrassant un chant dans une étreinte de l’esprit, une éclosion commune dans le cercle de l’engagement, de la rencontre, les juteuses harmoniques issues de l’altercation entre la matière, le temps et les hommes. De cet Athanor naquirent les Cités de la Grèce ancienne, les œuvres des poètes et penseurs pré-Socratiques. Même le sinistre Platon. Sur la scène du monde. La Poésie est cette action dans le monde qui fonde sans cesse le monde. Écrire n’est rien d’autre que cela. Par nous le monde s’accouche continuellement. Supprimez la Poésie et le monde implose sur lui-même. Supprimez la Poésie… ou exaltez-vous de mauvaise littérature.
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*Friedrich Nietzsche
**Antoine de Saint-Exupéry

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Bande son du moment : L'intégralité des albums de King Size


Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citation du jour : « Bien écrire, c'est le contraire d'écrire bien. » Paul Morand (Venises)

Humeur du moment : Le regroupement des forces... encore et toujours...

22/03/2007

Polyrythmies...

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16/01/2007

Conservateur

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«L’histoire, ce témoin des siècles, cette lumière de la vérité, cette vie de la mémoire, cette maîtresse de la vie.» Cicéron


Ce jour, suite à quelques sujets de discussions rapidement lâchés, dans la salle de pause, au travail, vous savez… l’intervention américaine en Irak… l’avortement… l’euthanasie… la peine de mort… le pape… à peine 3 ou quatre phrases sorties de ma bouche pour chaque sujet… bref, j’ai eu droit à la sentence banale à laquelle je suis habitué depuis plus de 20 ans : « Tu as des propos de réac’. T’es franchement conservateur ! » La personne en question, qui m’a chié cette phrase, vote à gôche, tendance Ségolène Royal et elle pense que si la France devait envoyer l’armée en Irak ce serait pour s’interposer entre l’armée américaine et la « résistance » irakienne… que l’avortement honore la femme… que l’euthanasie, ma grand-mère nous l’aurait demandé si elle avait pu, mais elle pouvait pas à cause de son semi-coma et nous sommes des égoïstes, ma mère et moi, nous l’avons gardé jusqu’au bout pour nous et uniquement pour nous… que Saddam Hussein, ben on n’aurait jamais du le pendre, parce que la peine de mort (même pour crime contre l’humanité) ben que c’est pas bien… et que le pape pourrait faire un effort, merde, c’est vrai quoi, il pourrait penser à l’Afrique, merde alors, et aider à la propagation du préservatif… par la même occasion, qu’il officialise des prêtres pédés… « On est en 2007 tout de même ! » Aux temps messianiques probablement.

Bon, je ne vais pas expliquer ce que je pense et de l’affaire Irakienne, et des petro dollars, et de la situation géopolitique de la mondialisation en cours, et de l’avortement, et de l’euthanasie, et de la peine de mort (en particulier pour crime de guerre et crime contre l'humanité), et de Benoît XVI. J’ai pas la tête à ça. Je me suis promis, dans un autre de mes posts, de sourire et porter le masque de circonstance. Non ?

En vérité je ne veux pas faire partie de la poulaille. La basse-cour pue. D’un bout à l’autre ça caquette et ça se tient chaud, plumes contre plumes et culs dans la fiente. Mon « trip » c’est d’être d’une race particulière, de celle qui est inévitablement détestée et abominée de beaucoup, mais gratifiée par quelques-uns. Cela me va comme un gant de velours recouvrant une poigne de fer. Et chemise en soie, s’il vous plaît, avec vouvoiement à la lettre, histoire de faire monter l’acidité gastrique dans l’œsophage du bobo contrit. Le tutoiement survient comme un couronnement… pour ceux qui le méritent.



« Je n'ai pas une minute à perdre
J'écris
Il est cinq heures et je précède
La nuit
Mon feutre noir sur le papier
Va vite
Pendant que ma lucidité
Me quitte

J'écris c'que j'ai vu
Diagramme des détresses
Le collier, la laisse
Je n'supporte plus
Vinyle de la rue
Fantôme de la vitesse
Tous ceux que je blesse
Je n'm'en souviens plus

J'ai atteint la date limite
Pour le suicide idéal
La date que j'avais inscrite
A quinze ans dans mon journal

Je croyais, la vie passe vite
Je croyais, je n'crois plus en rien

Es-tu prêt à mourir demain ?
Es-tu prêt à partir si vite ?
Les yeux baissés tu ne dis rien
J'ai atteint la date limite

Je ne suis plus de votre race
Je suis du clan Mongol
Je n'ai jamais suivi vos traces
Vos habitudes molles
J'ai forgé mon corps pour la casse
J'ai cassé ma voix pour le cri
Un autre est là qui prend ma place
Un autre dicte et moi j'écris

L'autre
Je suis l'autre

Venez entendre la fissure
Le cri
De la sensibilité pure
Celui
Qui se dédouble et qui s'affronte
La nuit
Celui du sang et de la honte
Folie

Folie que j'ai vue
A l'angle des stress
Dans la jungle épaisse
Des mots inconnus
Je vois ou j'ai vu
Hôpital silence
Tout ce que je pense
Je n'm'en souviens plus

J'ai dépassé la limite
Du scénar original
Rien à voir avec le mythe
Etalé dans le journal

Tu croyais, la vie passe vite
Tu croyais, tu n'crois plus en rien

Je suis prêt à mourir demain
Je suis prêt à partir très vite
Regard d'acier je ne dis rien
J'ai dépassé la limite

Je ne suis plus de votre race
Je suis du clan Mongol
Je n'ai jamais suivi vos traces
Vos habitudes molles
J'ai forgé mon corps pour la casse
J'ai cassé ma voix pour le cri
Un autre est là qui prend ma place
Un autre dicte et moi j'écris

L'autre
Je suis l'autre »

Le Clan Mongol
(Bernard Lavilliers)


 

Il me convient de faire partie de ces clowns métaphysiques qui ne craignent pas d’affirmer différence, originalité et individualité, d’indiquer les hiérarchies dans les pensées et les actes en dédaignant le déroulement des péripéties quand celui-ci s’écarte un peu trop du discernement et de l’entendement. L’effronterie et l’impertinence piquent au vif les crétins, les stupides, les débiles, les idiots, les sots, les bornés, les bêtes, les cons, les ineptes et les niais naïfs. Une pensée qui s’assume et assume la réalité est une menace pour ces petites larves qui se chient dessus dés qu’elles doivent faire face à quelque personne pourvue d’une devanture de dandy et d’une profondeur de l’Être.

Certes, ma dégaine brouille les pistes. Mes goûts musicaux entachent cette chiquenaude : « Conservateur » ! Le Rock and roll est pourtant, à bien y réfléchir, une musique qui, de par son parcours sinueux, est à la fois révolutionnaire et… conservatrice.

« Je reste persuadé que le rock a atteint son ultime apogée vers le milieu des années 1990, moment où sa FORME TERMINALE s’est définitivement cristallisée : la chanson Kowalsky de Primal Scream, ou le D’You Know What I Mean, d’Oasis par exemple sont des concentrés quintessenciels de ce que fut la musique électrique du XX ème siècle.
Depuis, malgré les talents indéniables de quelques auteurs et musiciens, le rock ne peut plus que RÉPÉTER, avec quelques variantes accessoires, les formules inventées pendant quarante-cinq années de révolution permanente.
Il n’y a rien de plus CONSERVATEUR qu’un groupe de rock-music. »


Maurice G. Dantec (Le théâtre des opérations : 2002-2006 American Black Box)

Je ne sais pas si ça va en rassurer quelques-uns qui, se grattant la nuque ou le front (peut-être même le cul), se demandent sur quel pied ils se doivent de danser pour aborder d’une façon ou d’une autre le phénomène paradoxal que je suis. Mais j’émets surtout cette citation histoire d’emmerder les quelques gauchistes qui considèrent que le rock est une affaire de révolutionnaires anti-occidentaux. Alors que, précisément, le rock and roll (avec le Jazz bien entendu, dans sa version bop, cool, free ou fusion) est l’exemple même de ce que l’occident a accouché de plus beau, artistiquement, ces 50 dernières années. Se reposant sur l’apport essentiel de la négritude afro-américaine dans ce qu’elle a de plus altier, de plus digne, sur la volonté blanche de s’arracher aux habitudes bourgeoises que la société de consommation était en train d’installer. La noble négritude électrifiée par la fureur blanche. Bon, ok, je ne suis fan ni de Primal Scream, ni d’Oasis, mais j’entrevois très bien ce que le sieur Dantec a voulu nous signifier. J’ y reviendrai. Et je précise qu’il faut aimer la vie pour être un descendant d’esclave et oser hurler dans un micro avec une détermination rageuse convaincue : « I Feel Good ! ». Paix à toi James Brown, godfather du Rhythm ‘n’ Blues, de la Soul et du Funk !

« Conservateur ».

Ce qui emmerde avant tout, c’est le langage qui va à contre courant de la chienlit nombriliste. Il faut, vaille que vaille, être d’un groupe, d’une formation, d’un rassemblement. Éventuellement chrétien, tendance calviniste ou catho cool orienté Vatican II. UMPS. Sainte Chiraquie valeureuse. Alter mondialiste convaincu. Anti-américain, surtout. Faut être à la page. Le conformisme nauséabond de notre temps tient de la nausée la plus suintante. De toutes parts ça dégouline et personne ne voit rien, ou alors, mieux, ou pire, tout le monde le voit et trouve ça normal et joli. C’est définitivement l’exception, quand elle surgit, qui vient confirmer la règle de ce nouveau parc humain : la haine de la particularité, de l’irrégularité, de l’anomalie, de la parole et de l’acte hors pair. Et la vengeance immédiate, d’une manière ou d’une autre, à son encontre.

« Conservateur ».

J’aime la douceur et l’écoute, le dialogue (dans le sens ou David Bohm l’a exprimé), la compagnie des femmes, le rire des enfants… ok… ok… ne sortez pas les violons… car pour tenir debout, j’aime surtout ce qui est dur et taillé pour le corps des athlètes, j’aime ce qui scintille et bruit comme « les bijoux sonores » de Baudelaire, j’aime les décorations de guerre quand elles sont méritées, et je méprise la grisaille, la pauvreté, l’avachissement, la mollesse, les échecs, la médiocrité crasse. J’aime le luxe, le calme et la volupté (voir le même Baudelaire). Bref, j’aime tout ce que notre époque déteste. Mon cœur vibre à l’évocation de Nietzsche. Mon âme se tasse quand on me parle de Sartre. Beaucoup me dépeignent comme un être désenchanté, sombre et triste. C’est exact. Mais c’est ne voir qu’un côté de la médaille. Tentez de la retourner, ça vaut le coup d’œil. Rires. Vins délicats. Viande blanche en sauce. Verbe léger et charmeur. Danse de l’esprit et des corps. Fraternité. J’aime l’idée que je danse au-dessus du cratère, non sans crainte, mais avec une peur mesurée. Avec de la bravoure, non de la « bravitude ». Chants et rires. Rires et chants. Insolence au programme. Tant pis pour les frileux. Une pensée leste et claire devient fatale pour les gueux. Lueur dans la nuit. Obscénité crue des propos. Mais pudeur calculée et consciente. La pudeur mène vers la raillerie et le persiflage. Épée. Plus précis : errance solaire, fleuret, plume et marteau. Art des masques dont les contours torturés inquiètent uniquement les chiens qu’ils sont sensés inquiéter, c’est-à-dire presque tout le monde. Ainsi, on pénètre l’arène en gladiateur libre d’avance et on use des termes qu’il faut avec qui il faut. La confrontation, de toute façon, est déséquilibrée dés le départ, il faut de la stratégie pour se faufiler au milieu de la meute. Le calme, la froideur, le détachement qui me caractérisent sont une manière de cacher la confusion, la pagaille, le bordel, les troubles de mon cœur, le chaos de mon âme, et de les distiller, à ma convenance, comme des poisons ou des contre-poisons afin d’imposer un agencement, une ordonnance, une économie, une organisation dans l’échange sous le couvert de la clarté et de l’élégance.

« Conservateur ».

Je sais, il est beaucoup de conservateurs qui dorment comme des chiens, le nez au chaud entre leurs couilles. Ils muséifient dans la poussière croyant protéger et promouvoir. Nécropoles intestinales. Ils appellent de leurs vœux le retour d’un passé qui est mort et enterré depuis longtemps. Mais, vous l’aurez compris, j’espère, je ne me réclame pas de ces insignifiants.

« Conservateur ». On devine aussi le terme « Fasciste » qui, parfois, tombe comme le marteau du juge. C’est vite évacué. ON est vite évacué. Le débat est vite évacué. Refus de complexifier la vie qui est pourtant bien complexe. Car si je suis, entre autre, « conservateur », c’est parce que je me sens dépositaire d’un legs et que je me dois, à ma modeste échelle, d’en assumer la succession. Je veux garder un œil ouvert sur le phare tandis que je m’aventure entre les récifs. Les falaises me parlent, là-bas, fouettées par les vagues, éternelles dans leur écrin de nacre et de sel, même si l’horizon inconnu m’appelle comme une obsession. Les empreintes de notre passage, là, devant ces falaises, je veux les conserver. Je veux me souvenir. Je refuse l’extinction de la mémoire. C’est bien d’un Acte dont il s’agit ici, non d’une réaction se rongeant le frein, arrêtée sur elle-même. Conserver ce qui se doit d’être préservé c’est faire un bras d’honneur à la mort, au temps, aux opinions terre-à-terre. Fi de la soumission éternelle. Je préfère l’éternité insoumise. Les racines tissant en voluptueux rhizomes le sens du glébeux que nous sommes. Le mouvement constant, le changement n’est possible qu’avec un sens de la Fondation. « Conservateur ». Pour aller sur Mars : la rage antique contre la peste moderne. « Conservateur ». C’est l’Ordre profond qui m’intéresse. La sentinelle de l’Humanité. Le gardien du lieu Saint que plus personne ne désire honorer. S’il y a des « rockers » parmi vous, peut-être comprennent-ils à présent la citation de Dantec.

Et un Jack Daniel's... un.

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Bande son du moment : « The Isle Of View » par The Pretenders

Lecture du moment : En parallèle : « Grande Jonction » et « American Black Box » de Maurice G. Dantec

Citation du jour : « On ne conserve pas des valeurs. On les transcende sans cesse. Sinon, elles meurent d'elles-mêmes. » Christian Boiron


Humeur du moment : Méditatif