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10/03/2013

La bourgeoisie pour tout le monde...

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« En fait, Marx n’explicite pas vraiment ce qu’il appelle "la classe bourgeoise", sinon pour dire qu’elle est la classe détentrice du capital. Sur ses origines historiques et sociologique, il est pratiquement muet. C’est qu’il ne voit pas que le bourgeois est d’abord l’homme économique. Or dans la mesure ou il accorde lui-même à l’économie une importance déterminante, il ne peut critiquer la bourgeoisie que sous un horizon qui ne cesse jamais d’être le sien. Son économisme, en d’autres termes, l’empêche de faire une critique radicale des valeurs bourgeoises. On voit bien, d’ailleurs, que celles-ci le fascinent. La bourgeoisie après tout n’a-t-elle pas été la première à vouloir changer le monde, au lieu de se borner à le comprendre ? Tout en appellant à mettre fin à l’exploitation dont la bourgeoisie est responsable, il reste donc très en retrait par rapport aux valeurs bourgeoises : la société sans classes, à bien des égards, c’est la bourgeoisie pour tout le monde. »

Alain de Benoist, Critiques théoriques

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La France... son avenir est à la platitude...

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« La France ne m’est rien, ce peuple de vieillards sceptiques et narquois me laisse indifférent, leur avenir est à la platitude, ils ne m’estimeront jamais, car ils devraient se mépriser eux-mêmes. »

« Mon coeur n’est pas à gauche, l’entrée du peuple dans l’Histoire est le malheur des temps modernes, ceux qui rêvaient d’aristocratiser la foule ont déchaîné la barbarie, laquelle les engloutira. »

Albert Caraco, Ma confession

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09/03/2013

Entre Calais et Nice, j’étouffe : je voudrais m’allonger jusqu’à l’Oural...

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« Je dis que les patries ne vivent plus pour nous, Européens, que comme des idées pures que nous ne pouvons plus prier que dans le ciel et non plus sur la terre. (…) Et dans cet esprit, notre tâche immédiate est de faire l’Europe. Il faut faire l’Europe parce qu’il faut respirer quand on ne veut pas mourir. (…) Entre Calais et Nice, j’étouffe : je voudrais m’allonger jusqu’à l’Oural. Mon cœur nourri de Goethe et de Dostoïevski filoute les douanes, trahit les drapeaux, se trompe de timbre-poste dans ses lettres d’amour. Je veux être grand et achever le monument européen pour la plus grande gloire du monde. Nous sommes 360 millions. »

Pierre Drieu la Rochelle, Genève ou Moscou

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08/03/2013

C’est toute la douleur du monde qui est venue s’asseoir à ma table

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« C’est toute la douleur du monde
qui est venue s’asseoir à ma table
-et pouvais-je lui dire : Non ?

Je m’étais fait si petit,
une petite chenille, et j’ai éteint la lampe
-mais pouvais-je savoir qu’elle mûrissait dedans
et pouvais-je m’empêcher qu’elle sortît un jour,
une chanson entre ses ailes ?

J’ai dit à la douleur du monde
qui s’est couchée sous mon ventre :
N’ai-je pas assez de la mienne ?

Vois : j’ai ma propre soif !
On ne peut pas toujours demeurer une chenille
la terre m’est rugueuse au ventre
elle me fait mal votre terre
je suis né pour voler...

D’un bond je lui tournai le dos-
mais elle était déjà dans mon songe.
-Est-ce mon sang qu’elle voulait ?

J’ai dit la douleur du monde
-C’est une ruse, une sale ruse.
Voilà que tu chantes en t’en allant...

-Mais à ma place, dites, l’auriez-vous oubliée ? »

Benjamin Fondane, Au temps du poème


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La République Hypocrite

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L'institution de la police nationale

Le salaire minimum

L'institution du carnet de santé

Le certificat prénuptial...

La réorganisation statutaire du cinéma

La réorganisation statutaire des professions de médecin avec la création d'un Ordre de ceux-ci

La réorganisation statutaire d'architecte

La création de l'hôpital public

La création de la carte hebdomadaire ouvrant droit à une réduction dans les transports

La mise en place d'une loi « sur la protection des naissances » que l'on traduira par « accouchement sous X »...

Les cantines d'entreprises

Le sport au Baccalauréat...

La création des comités d'établissements devenus plus tard comités d'entreprises...

La médecine du travail

Tout cela on le doit à qui mes kikis ?
On le doit à Vichy !

*´¨) ¸.•´¸.•*´¨) ¸.•*¨) (¸.•´ (¸.•` ¤ Maréchââââl... nous voilââââââ ! *´¨) ¸.•´¸.•*´¨) ¸.•*¨) (¸.•´ (¸.•` ¤

Elle n'est pas un peu hypocrite, la République, quand elle parle de parenthèse ? 

 

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Buvons au Passé...

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« C’est cette nécessité de protéger la civilité et le langage traditionnels contre les effets de la domination de classe, qui est, vraisemblablement, à l’origine du besoin si souvent ressenti par Orwell de réhabiliter une certaine quantité de conservatisme. Aucune société décente, en effet, ne peut advenir ni même être imaginée, si nous persistons, dans la tradition apocalyptique ouverte par Saint Jean et Saint Augustin, à célébrer l’avènement de l’homme nouveau et à prêcher la nécessité permanente de faire du passé table rase. En réalité, on ne peut espérer changer la vie si nous n’acceptons pas de prendre les appuis appropriés sur un vaste héritage anthropologique, moral et linguistique, dont l’oubli et le refus ont toujours conduit les intellectuels révolutionnaires à édifier les systèmes politiques les plus pervers et les plus étouffants qui soient. C’est une autre manière de dire qu’aucune société digne des possibilités modernes de l’espèce humaine n’a la moindre chance de voir le jour si le mouvement radical demeure incapable d’assumer clairement un certain nombre d’exigences conservatrices. Telle est, de ce point de vue, la dernière et la plus fondamentale leçon de 1984 : le sens du passé, qui inclut forcément une certaine aptitude à la nostalgie, est une condition absolument décisive de toute entreprise révolutionnaire qui se propose d’être autre chose qu’une variante supplémentaire des erreurs et des crimes déjà commis.

"- A quoi devons nous boire cette fois [demanda O’Brien] ? A la confusion de la police de la pensée ? A la mort de Big Brother ? A l’humanité ? A l’avenir ?
- Au passé, répondit Winston.
- Le passé est plus important, consentit O’Brien gravement." »

Jean-Claude Michéa, Orwell anarchiste tory

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Cette foi avait été la sienne

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« Dans les églises, jamais il ne lisait, sauf parfois, et alors tout à fait au hasard, des livres religieux qu'il avait trouvés là, missels ou recueils de chants liturgiques. Il aurait jugé déplacé, irrespectueux, vulgaire, de lire en de pareils endroits les livres dont il était toujours muni. Ce n'était pas la foi qui l'attirait sous ses voûtes, mais il respectait celle des autres, celles des vivants et plus encore celle des morts. Il allait même jusqu'à respecter Dieu, ce Dieu auquel il ne croyait pas croire. Rien ne lui eût semblé plus méprisable et surtout plus bête que le sacrilège, ou seulement que l'irrévérence. Les croyants lui donnaient l'hospitalité, il lui eût semblé indigne de se servir d'elle contre eux, ou de manquer de considération à leur égard. C'étaient eux qui avaient bâti ces églises. Ces agencements de piliers, d'ombres, d'emblèmes et de voûtes étaient ceux qu'impliquaient leurs croyances. Tout y témoignait de leurs convictions, qu'il ne souhaitait heurter en rien, même s'il ne les partageait pas. D'ailleurs il ne se sentait pas étranger, à leur égard, ni dans ces lieux. Cette foi avait été la sienne, il avait été élevé en elle, il en connaissait les rites et les expressions, ils étaient ceux de ses aïeux. »

Renaud Camus, Loin

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07/03/2013

La littérature engagée

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« La lit­téra­ture engagée, avec son air mar­tial et ses bonnes réso­lu­tions, est sym­pa­thique dans la mesure où les fay­ots sont sym­pa­thiques dans un rég­i­ment de cav­a­lerie. »

Roger Nimier, Les écrivains sont-ils bêtes ?

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06/03/2013

La source enfouie de son chant profond

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« "Humain" est aujourd’hui le mot à la mode. Ils n’ont que ce mot-là à la bouche, du moins ceux qui font du bruit. Et, frelatés et racornis comme ils le sont, c’est l’humain justement qui ne peut plus les toucher. Voyez-les au cinéma : lorsqu’il y a (dans un film russe ou allemand) quelque chose qui va loin, ils rient. Aussi, ce qu’ils appellent l’humain, parlons-en ! Et de même d’autres mots, qui signifient ce qu’il y a de plus beau sur la terre - "pureté", "gratuité", - qu’ils ont vidés de leur sens et font servir à on ne sait quel usage... Ils parlent du peuple (qu’ils appellent "prolétariat", parce que "peuple" est trop simple), et le peuple à l’état nature les dégoûte, ils ne l’aiment que rendu artificiel, comme ils n’aiment les visages des femmes que falsifiés. Ils parlent de liberté, et tous sont à la chaîne, d’ailleurs ne bougeant plus, même quand leur chaîne est défaite. Ils parlent d’affranchissement des mœurs, et ils sont comme le stupide cheval, qu’une feuille de papier à cigarette au milieu de la route fait broncher. Ils vous pourfendent de leur catholicisme, et il n’est pas une heure dans leur vie entière où ils aient agi en chrétiens. Ils rabâchent de la révolution, et s’ils la font ils la rapetisseront elle aussi, parce qu’ils y resteront eux-mêmes. Il n’y a que la guerre qu’ils n’aient pas pu amoindrir. Elle, elle les prit, les souleva, et les laissa retomber. A l’armistice ils ne déclinèrent pas : ils redevinrent ce qu’ils étaient vraiment. "La guerre tue moins d’âmes que la paix", a écrit Veuillot. Certes, et surtout en France. L’Allemagne a besoin de la guerre pour y donner cours à ses instincts. La France a besoin de la guerre pour s’y sauver de ses instincts. Elle est comme ces fleurs qui embaument quand un lien les pressure en bouquet, et qui perdent leur parfum quand le lien se relâche : il faut qu’on la brutalise pour qu’elle donne son odeur. Et cependant la paix doit être maintenue ; il faut se débrouiller avec la paix. Mais quoi donc, alors, ou qui donc, en temps de paix, secouera assez cette nation pour qu’elle se déchire et s’entrouvre, et qu’il en jaillisse la source enfouie de son chant profond ? »

Henry de Montherlant, Service inutile

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05/03/2013

Sonnet sur le cul d'une demoiselle

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« Beau cul de marbre vif, dont l'amour fait sa gloire,
Cul dont les doux regards sont d'attraits embellis,
Cul qui par sur tout autre oblige mes écrits,
De sacrer vos honneurs au temple de Mémoire ;

Cul qui sur tous les culs remportes la victoire,
Cul qui passe en blancheur et la rose et les lys,
Cul de qui le mérite oblige mes écrits
De sacrer vos honneurs au temple de Mémoire,

Beau cul, bien que tant d'heur se marque assez en vous,
Ce n'est pas le sujet qui fait qu'aux yeux de tous,
J'étale en ces écrits, vos beautés que j'admire,

Mais surtout, je vous aime ô beau cul tout divin
Peut être le plus proche et l'unique voisin
De ce doux paradis où l'Amour se retire ! »

Robert Angot de L'Éperonnière, Les nouveaux satires et exercices gaillards de Robert Angot, sieur de l'Éperonnière

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Ils cherchent sans cesse ce qui relierait leur vie aux artères de la grande vie dans une transfusion magique de sang vivant

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« Ici ma façon de voir les choses me contraint à sûrement commencer par vous surprendre en affirmant que la lecture, cette habitude immodérée, cette immense maladie de la lecture, si vous voulez, ce phénomène de notre temps qu'on abandonne trop à la statistique et à la théorie des échanges commerciaux et dont on considère trop peu les côtés plus subtils, n'exprime rien d'autre qu'une aspiration insatiable à jouir de la poésie. Cela doit vous surprendre et vous me dites qu'à aucune époque précédente, la poésie n'a joué un rôle aussi modeste que celui qu'elle joue dans la lecture de notre époque, où elle disparaît sous la masse énorme de ce qu'on lit. Vous me dites que mon affirmation convient peut-être aux auditeurs des conteurs arabes ou en tout cas aux contemporains de La Princesse de Clèves ou à la génération de Werther, mais sûrement très peu à notre temps, celui des manuels scientifiques, des encyclopédies et des innombrables revues où il n'y a pas place pour la poésie. Vous me rappelez que ce sont les femmes et les enfants qui lisent aujourd'hui des drames et des poèmes. Mais je vous ai demandé la permission de parler des choses qui n'effleurent pas tout à fait et j'aimerais que nous pensions un instant combien la manière de lire de notre temps est différente de celle des époques antérieures. Plus la manière de lire de notre temps est agitée, sans but vraisemblable, plus elle me paraît remarquable. Nous sommes infiniment loin de l'amoureux paisible des belles lettres, de l'amateur d'une science populaire, du lecteur de Mémoires, d'une époque antérieure plus paisible. Justement par ce qu'elle a de fiévreux, par son absence de choix, son incessant abandon des livres à peine pris en main, par l'activité qu'elle consacre à fouiller, à chercher, la lecture à notre époque me paraît un acte de la vie, une attitude digne d'attention, un geste.

Je vois presque comme le geste de notre temps l'homme tenant un livre entre ses mains, comme l'homme agenouillé, les mains jointes, fut le geste d'un autre temps. Naturellement, je ne pense pas à ceux qui veulent apprendre une chose déterminée dans des livres déterminés. Je parle de ceux qui, selon le différent degré de leurs connaissances, lisent des livres tout à fait différents, sans plan déterminé, changeant incessamment, goûtant rarement un long repos dans un livre, poussés par un désir incessant, jamais bien assouvi. Mais le désir de ceux-là, semblerait-il, ne se porte nullement vers le poète. C'est l'homme de science qui est capable d'assouvir ce désir ou, pour quatre-vingt-dix pour cent d'entre eux, le journaliste. Ils aiment encore mieux lire des journaux que des livres et, bien qu'ils ne sachent pas précisément ce qu'ils cherchent, ce n'est sûrement en aucun cas la poésie mais des renseignements superficiels, tranquilisants, pour le moment présent, l'assemblage de faits réels, des "vérités" compréhensibles et en apparence nouvelles, la matière brute de l'existence. Je dis cela comme nous le disons couramment et comme nous le croyons à la légère. Mais je crois, non, je sais que cela c'est seulement l'apparence; Car ils cherchent plus, ils cherchent quelque chose d'autre, ces centaines de milliers, dans les milliers de livres qui se transmettent de main en main jusqu'à ce qu'ils tombent en morceaux, salis, usés par la lecture. Ils cherchent quelque chose d'autre que les choses prises isolément, que les théories courtes de souffle, flottant dans l'air, que leur offrent les livres l'un après l'autre. Ils cherchent mais ils ne leur est pas donné de dialectique assez subtile pour s'interroger et dire ce qu'ils cherchent, pas de vue d'ensemble, de puissance de synthèse. La seule chose par laquelle ils peuvent exprimer ce qui se passe en eux est le geste d'une muette éloquence avec lequel ils abandonnent le livre ouvert et en ouvrent un nouveau. Et il est impossible que cela s'arrête car ne cherchent-ils pas de livre en livre ce que le contenu d'aucun de leurs mille livres ne peut leur donner? Ils cherchent une chose qui flotte entre les contenus de chacun des livres isolés, une chose qui serait capable de nouer ensemble ces contenus en une unité. Ils engloutissent les livres les plus positifs, la littérature la plus dépourvue d'âme entre toutes et cherchent une chose douée de la plus haute spiritualité. Ils cherchent sans cesse ce qui relierait leur vie aux artères de la grande vie dans une transfusion magique de sang vivant. Ils cherchent dans les livres ce qu'ils cherchaient jadis devant les autels fumants - dans la pénombre des églises tirées vers les cieux par une fervente aspiration. Ils cherchent ce qui peut les attacher au monde plus fortement que tout et qui, en même temps, leur ôte subitement la pression du monde. Ils cherchent un Moi, sur la poitrine duquel leur Moi s'appuie pour se tranquiliser. Ils cherchent, en un mot, toute la magie de la poésie. »

Hugo von Hofmannsthal, Le poète et l'époque présente

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04/03/2013

Je me fis le serment de ne plus jamais oublier désormais ce que je dois aux aïeux

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« Après ma première et rapide visite de la veille, je m’attardai ce matin dans la haute nef, qui me parut aussi merveilleuse qu’au premier jour. Je ne crois pas qu’on puisse sous-estimer ce monument. Je fus surtout saisi par la simplicité des lignes, par la sobriété avec laquelle les colonnes s’effeuillent dans les chapiteaux. On pressent ici la puissance formidable de siècles futurs qui ne sont encore qu’en germe. Au sommet de la tour, d’où j’embrassais du regard les voies ferrées, les routes encombrées de voitures en marche, les aérodromes, où les avions ne cessaient de se poser pour bientôt reprendre leur vol, je sentis l’accord entre ce temps passé et notre époque. Je sentis surtout que le passé ne doit pas m’échapper et je me fis le serment de ne plus jamais oublier désormais ce que je dois aux aïeux (…) Pour la première fois, aujourd’hui, je regarde ces cathédrales comme des oeuvres, des oeuvres vivantes, loin des mesures mortes du monde des musées. La pensée surgissait aussi que cette église m’était donnée en garde ; je la serrais contre mon coeur comme si elle était soudain devenue toute petite. »

Ernst Jünger, Jardins et routes

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03/03/2013

"Des socialistes"...

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« On a parfois l’impression que les simples mots de socialisme ou communisme ont en eux une vertu magnétique qui attire irrésistiblement tous les buveurs de jus de fruits, nudistes, porteurs de sandales, obsédés sexuels, Quakers, adeptes de la vie saine, pacifistes et féministes que compte l’Angleterre. Cet été, alors que je me déplaçais dans la région de Letchworth, je vis monter dans mon autocar deux vieillards à l’air épouvantable. Ils avaient tous les deux la soixantaine, tout petit, roses, grassouillets, et allaient tête nue. L’un arborait une calvitie obscène, l’autre avait de longs cheveux gris coiffés à la Lloyd George. Ils portaient tous deux une chemise de couleur pistache et un short kaki moulant si étroitement leurs énormes fesses qu’on discernait chaque repli de la peau. Leur apparition dans l’autocar provoqua une sorte de malaise horrifié parmi les passagers. Mon voisin immédiat, le type même du voyageur de commerce, coula un regard vers moi, détailla les deux phénomènes, se tourna à nouveau vers moi et murmura "des socialistes", du ton dont il aurait dit par exemple : "des Peaux-Rouges". Il avait sans doute deviné juste – le parti travailliste indépendant tenait son école d’été à Letchworth. Mais l’important est que, pour ce brave homme, excentrique était synonyme de socialiste, et réciproquement. »

George Orwell, Le quai de Wigan

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02/03/2013

Il restait vers la fin du jour une cendre de temps subtile

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« Il y avait là-haut, dans une rue point très secrète, mais dans tel pli secret de la rue, un tout petit café... Je le vois. - Au fond de ce café, en contrebas, commençait une seconde pièce, étroite semblait-il, et prenant jour sur le café, de la place où j’étais, on ne la voyait pas tout entière ; elle continuait en retrait. Parfois un Arabe y descendait, qui venait tout droit de la rue et que je ne voyais plus reparaître. Je suppose qu’au fond du réduit un escalier secret menait vers d’autres profondeurs...
Chaque jour j’attendais, espérant en voir davantage. Je retournais là tous les jours. J’y retournai le soir ; j’y retournai la nuit. Je m’étendais à demi sur la natte.
J’attendais et suivais, sans bouger, la lente désagrégation des heures ; il restait vers la fin du jour une cendre de temps subtile, amère au goût, douce au toucher, assez semblable comme aspect à la cendre de ce foyer, entre les colonnettes, là, près du sous-sol mystérieux ; à gauche - où parfois, écartant la cendre, le cafetier ranime un charbon mal éteint, sous l’amoncellement de la cendre...
Parfois, s’accompagnant sur la guembra, un des Arabes chante un chant lent comme l’heure. La pipe de haschisch circule. Je regarde obstinément, malgré moi, l’ombre close là-bas, la natte du mur du retrait où j’ai vu ce suspect descendre...
Trois mois après, la police avait fait fermer le café. »

André Gide, Amyntas

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La vie entière n’est qu’un grand malentendu

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« J’ai appris depuis longtemps que la vie entière n’est qu’un grand malentendu, qu’il ne faut pas s’en soucier, et surtout qu’il est inutile de se fatiguer à détromper l’opinion. Quoi qu’on fasse, celle-ci n’acceptera pas de reconnaître vos vrais motifs, pour la seule raison qu’ils sont vrais. »

Jean Dutourd, Le vieil homme et la France

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