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27/10/2012

Ces mythes que sont les foules, les peuples, les états

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« Et puis, ajouta Bardy, je m'excite beaucoup plus sur ces mythes que sont les foules, les peuples, les états que sur ces mythes que sont les femmes. J'y trouve un assouvissement sensuel et sentimental beaucoup plus grand. »

« Nul mieux que lui ne savait que les recherches mystiques ne vous font pas sortir du camp de concentration de la comédie humaine dont une des sections est la comédie des caractères nationaux. »

« Ah, est-il vraiment d'étranges humains qui regardent les hommes avec le regard d'un dieu, et le dieu même avec le regard de Dieu, et Dieu avec l'orbite vide et vertigineuse du non-être ? »

« Sa vie n'était que réalisation et il avait besoin sans cesse de la saveur de la réalisation. »

« Les hommes d'action sont des artisans maniaques qui remettent sans cesse le même objet sur le tour. »

« - Au fond les germanophiles sont des gens qui ont pitié des Allemands, de leur isolement. Il n'en a pas toujours été ainsi. Au siècle dernier les Allemands ont été dans l'intimité de beaucoup de nations... mais au fond les Allemands n'ont communiqué avec le monde que par la philosophie et la musique, on ne leur pardonne pas les heures trop profondes qu'on a passées avec leurs grands esprits. ... C'est eux aussi qui ont fait l'histoire...

- L'histoire...

- Oui, ça n'intéresse plus personne, assura Constant. Les hommes prennent en horreur l'histoire dont ils ont abusé. L'époque des lumières est bien finie. Les hommes ont besoin d'oublier. »

Pierre Drieu la Rochelle, Les chiens de Paille

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25/10/2012

Glisser dans le dégoût

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« Mon désir éperdu devant tous les êtres est de séduire, et si je vis dans la solitude aujourd'hui, entre autres raisons, c'est que d'avoir exercé cette passion sur n'importe qui m'a de bonne heure fait glisser dans le dégoût. »

« Je sentais depuis un an auprès de cette fille, sans les compensations de la tendresse partagée, cette atroce solitude de l'homme devant la concupiscence de la femme qui reste toujours indifférente à ce qu'il a le plus à cœur, en dépit des simulations... »

« Se réveiller sans soucis, c'est une conjoncture extraordinaire et incompréhensible qui, à la réflexion, doit vous faire amasser une débordante inquiétude pour le lendemain. »

« Pour moi, pendant des années, je n'avais jamais vu poindre une silhouette de femme sans croire que la face de la terre commençait de se retourner. »

« Rien de plus trompeur que l'apparence physique à notre époque de transition où la robustesse, surtout chez les femmes, paraît encore une exception, un mérite, et, pour cela, une promesse de force morale. »

Pierre Drieu la Rochelle, Blèche

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24/10/2012

Le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte

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« Nous appelons ainsi celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l’univers, se voit enfin livré au néant. Tel pourrait être le destin d’un grand nombre d’hommes, et même de tous - il faut donc qu’un caractère s’y ajoute. C’est que le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte, fût-elle sans espoir. Est Rebelle, par conséquent, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne dans le temps à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, le fatalisme. A le prendre ainsi, nous serons aussitôt frappés par la place que tient le recours aux forêts, et dans la pensée, et dans la réalité de nos ans. »

Ernst Jünger, Le recours aux forêts

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23/10/2012

Ce dont j'ai le plus souffert, c'est de l'inachèvement des hommes

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« J'avais cru vivre mon sacrifice et ma mort, mais de mon propre consentement. Je m'apercevais que là où je n'avais vu que du feu, les autres jouissaient de ma sueur servile et se vantaient de mon acquiescement sans réplique. »

« Les Américains ne sont que les pires Européens qui ont changé de continent pour jouer plus à l'aise leur jeu de brutes captées par l'abstrait. »

« Comment est-ce qu'on peut faire sortir la vie de rien ? Mais on ne fait jamais entièrement rien ; on peut faire peu de choses. C'est de ce peu que j'ai fini par noircir un livre. »

« Vos vies n'ont pas été exemplaires : je ne vous pardonne pas que l'on puisse séparer vos vies de vos œuvres. »

« Mais il y a dans l'ascétisme, une façon de laisser aller le monde, de le laisser devenir laid, qui me dégoûte, qui me révolte. »

« Pour écrire je n'ai pas vécu, je n'ai vécu que pour écrire, et aujourd'hui je puis écrire seulement que je n'ai pas vécu. »

« Maintenant je voyais clairement que je ne pouvais garder mon honneur d'homme. L'honneur d'un homme, c'est d'agir. Or il y avait beau temps que je ne pouvais plus agir. ... Depuis quelque temps cette inaction me semblait ma nature même et je commençais d'espérer qu'une puissance inconnue s'y cachât. »

« J'étais né esclave et fait pour la meule. Incapable des gestes de la liberté, je ne pouvais me déployer que dans une humilité exemplaire. »

« On ne peut se mêler à la vie comme spectateur mais comme acteur. »

« Comment accepter de propos délibéré que les actes qu'on accomplit ne soient pas susceptibles tous d'exercer un pouvoir exemplaire ? »

« Ton œuvre a besoin de ta vie, elle exige que tu vives, tant bien que mal.

(...)

J'aurais été pour eux un objet de scandale et de dérision.

(...)

Ce dont j'ai le plus souffert, c'est de l'inachèvement des hommes. »

« Mais enfin, la beauté, c'est tout ce qui nous est donné et je ne pardonnerai jamais à mes amis ni à moi de n'avoir pas tout fait pour être moins laids. »

« Je ne veux renoncer à rien. »

« Alors le cri certain tourne à n'être qu'une fanfaronnade malsaine, digne d'un sectaire de ruisseau, fasciste ou communiste. »

« Après tout, je ne suis pas qu'un écrivain, je suis un homme en proie au problème total. Toute cette écriture, toute cette tunique de signes qui s'accroche à mes reins, c'est votre tourment à tous, c'est votre vieille conscience fatiguée, exsangue. »

« Et cet adieu, comme j'ai envie de le prolonger, de le répéter, car produire des formes, c'est toute la passion de l'homme. »

« Que le chant de ma paresse emporte la rumeur de mes derniers soucis. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Jeune Européen

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22/10/2012

Une certaine tranquillité avec soi-même

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« C'est un privilège bien rare, et qui ne tient ni à la fortune, ni au rang, que d'être à l'aise dans la vie. Cela suppose une certaine tranquillité avec soi-même. »

« Un artiste qui a fait de l'art sa religion, sait très bien que l'injustice règne dans le monde des lettres et que personne n'est à sa place ; il n'attend d'aucune expiation pour les méchants auteurs, aucun salut pour les meilleurs. Cela admis, il peut s'accommoder de tout sur terre. »

« Aujourd'hui une bonne part de ma vie disparaît dans le sommeil, le reste est vite dissipé, la suite des jours prend une allure inquiétante, tout le monde, autour de moi, vieillit rapidement ; c'est à peine si je peux considérer une chose future, elle est tout de suite dépassée. »

« ... je n'ai vu que chez Drieu, le silencieux, cette façon de s'exprimer en mots éteints, presque insaisissables et qui vous transperçaient par je ne sais quelle vertu aigüe, quel poids dans l'indéterminé. »

« Si un écrivain a du style, ce qu'il dit n'a aucune importance. On le lira toujours avec plaisir. »

Jacques Chardonne, Vivre à Madère

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21/10/2012

Cette abdication, cette création, c'est l'amour

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« Il était emporté dans le sens de sa vie qui ne relevait ni de la raison ni du plaisir, fidélité mystérieuse, volonté subie, implacable comme la direction du train. »

« Tout ce que j'ai fait est inutile,... Eh bien, c'est étrange, je n'ai pas le sentiment d'une vie perdue ... Il n'y a pas de vie perdue, quand on a aimé ... ne fut-ce que ses outils ... Cet attachement, cet amour pour des êtres et pour de petites choses de rien, assurément périssables, et que la vie même, avant la mort, nous retire, je voudrais savoir ce qu'il signifie l'amour si vivace, rebelle à toute raison, à la plus vieille expérience ... et cet espérance qui est au fond de l'amour ... cet espérance qui est au fond de tout ... »

« ... il sait le néant des choses humaines, et aussi le vide de ce monde spirituel qu'il a cru d'essence si différente. »

« Une force de destruction semble s'acharner sans relâche sur toute tentative d'harmonie ou de stabilité, rouler des débris, salir les maisons, bousculer les êtres qui vont s'user au travail. »

« Le plus souvent l'amour suffit chez un seul ; cela facilite les rencontres. Avec beaucoup d'assiduité un homme finit par se faire agréer ;... - Il arrive aussi que l'amour soit partagé. - Voilà le mystère. - Le cas est si rare que l'on pourrait se dispenser d'en parler. Cependant tout se passe dans la société comme si l'exception était la règle, l'amour partagé et durable, ce que le mariage suppose ... Tout est organisé en faveur de l'exception merveilleuse.

(...)

"Aimer une femme, c'est le bonheur", se disait Jean. Par une femme, seulement, on adhère à la vie, on saisit un objet réel, on connaît la beauté, on a une raison d'être. Mais cet amour suppose un cœur apte à le recevoir et une complète soumission, afin que la femme domine par sa douceur même. Pauline n'aura jamais tort, elle ne sera jamais vieille, elle sera toujours la plus charmante, la plus sage, la plus noble. Elle n'impose rien. Son pouvoir vient de Jean ; elle n'existe que pour lui. Cette abdication, cette création, c'est l'amour. »

Jacques Chardonne, Les Destinées Sentimentales

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20/10/2012

Il faut de l'âge pour savoir au juste ce que l'on aime

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« Il faut de l'âge pour savoir au juste ce que l'on aime. Les blessures et les fatigues de la vie ont affiné le tact. On ressemble à ces connaisseurs délicats que tout rebute : ce qu'ils apprécient avec discernement les ravit comme personne. »

« Ceux qui nous ressemblent ne nous intéressent qu'un instant ; ils nous montrent bientôt notre faiblesse. »

« On ne saisit la réalité humaine que dans sa propre vie et à travers son expérience, mais elle n'est pas communicable. L'homme est infini et impossible à représenter. »

Jacques Chardonne, Claire

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L'engagement n'a pas d'autre motif que la trouille de se retrouver seul avec soi-même

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« C'est parce que je n'ai pas la crainte de la solitude, même si elle m'est parfois à charge, que je n'éprouve pas le besoin d'imiter mes camarades de fac qui militent dans des mouvements : l'engagement, qu'il soit chrétien et marxiste, n'a souvent pas d'autre motif que la trouille de se retrouver seul, en tête à tête avec soi-même. Le groupe, ça distrait et ça tient chaud. »

Gabriel Matzneff, Cette camisole de flammes, journal 1953-1962

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19/10/2012

Du sang, oh, il y en avait dans cette nuit de vengeance

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« Il était 4 heures du matin lorsque les chars alliés forcèrent la porte du camp. Les SS s'étaient réfugiés dans les miradors et se barricadaient. De tous les "lags" ce fut une ruée vers les tanks. Bientôt ceux-ci furent entourés d'une foule compacte aux cheveux courts et qui bégayait d'admiration. Les hommes en kaki nous contemplaient. "American, American, American..."

Nos yeux morts regardaient leurs yeux d'un autre univers. Et subitement ce fut une explosion d'enthousiasme. Nous bondîmes sur eux, avec des baisers, des cris, des sanglots et des rires. Des chocolats, des cigarettes, des rations K sortirent de toutes leurs vestes. On mangea comme des brutes et on se retourna contre nos bourreaux. Ah, quelle chasse ! J'avais une barre de fer dans les mains et tout ce qui était gris je le fracassais. Les SS mettaient les bras contre leur figure, la barre volait et cassait l'homme qui s'abattait en petits soubresauts craintifs.

Les "Lags" on y mettait le feu, on déversait de l'essence à seaux et avec des pelles et des fourches, 220 gammés connurent la mort. Ils couraient comme des lapins en furie, on leur sautait à la gorge et dessous le menton s'enfonçait l'acier. Il y en eut qui furent sabrés depuis le ventre jusqu'au coeur. Les Russes coupaient des oreilles et des bras. Un feldwebel eut les deux jambes arrachées et perdit son sang en quelques minutes avec des hurlements de bête hallucinée. Sa femme fut attachée, jupes au vent à quatre piquets fichés au sol et tour à tour une légion de damnés en pantalons ouverts vint prendre sa jouissance. Au début, la gueuse cria. A la fin, elle remuait encore faiblement la poitrine, ses seins étaient lacérés de griffes et ses cuisses où les deux jarretelles pendaient lamentablement étaient recouvertes de glu.

Un petit boche qui nous enlevait les ongles un par un fut ligoté à un poteau. Une corde fut mise à sa tête et huit hommes tirèrent sur cette corde jusqu'au moment où le crâne se détacha du tronc.

Du sang, oh, il y en avait dans cette nuit de vengeance. On cassait des reins, des os, on broyait des muscles dans une atmosphère d'extermination. Le gardien qui me fit fouetter pour une tentative de révolte, cent détenus lui donnèrent des coups furieux et un chien le dépeça. Je revois encore son visage craquer dans la gueule de la bête. »

« Oui, j'ai tué avec rage, avec haine, avec foi, avec une lucidité terrible. J'ai tué parce que j'avais mal, dans mes yeux, dans mon crâne, dans mes oreilles, dans ma poitrine, et dans mon ventre et dans mon âme. J'ai tué pendant deux semaines avec toute ma violence et tout mon mépris pour recouvrer le droit de vivre.

Et cependant, moi et mes camarades n'étions rien, n'étions que des loques et des squelettes nauséabonds et ridicules, n'étions que du vent, des ombres, des plaies et des pleurs, n'étions que la peau sur l'os et la bure rayée sur la peau. Et le miracle fut de tenir, de tenir durement, sans pitié, seize jours pleins et furieux.

Nous avons eu des dégoûts, des apitoiements, des gestes horribles ; nous avons brûlé des maisons, pillé des villages, brûlé des fermes, écartelé des êtres. Nous avons rendu une justice effroyable et primitive, nous avons ri du sang. Nous avons fait naître la peur, les humiliations, la détresse, la révolte et la mort et la prière ; nous avons chanté devant les cadavres, chanté devant les filles nues et les adolescents pâles ; nous avons creusé des trous dans la douleur allemande. Nous avons renversé des "Gretchen" blondes et rousses, et jeunes et belles, nous les avons prises sauvagement et sans faiblesses en fouillant dans leur chair avec la ferveur des justiciers. Nous avons méprisé la loi des hommes, foulé les sentiments ; nous avons accompli notre travail. »

Jean Bradley, "Jours francs"

Vous pouvez télécharger l'intégralité de "Jours Francs" (avec sa Préface de Joseph Kessel) en fichier PDF, ICI

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18/10/2012

Voilà le drapeau de l’Europe

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« (…) A Janpol, sur le Dniestr, en Ukraine, au mois de juillet 1941, il m’était arrivé de voir dans la poussière de la route, au beau milieu du village, un tapis en peau humaine. C’était un homme écrasé par les chenilles d’un char. Des bandes de juifs en caftan noir, armés de bêches et de pioches ramassaient ça et là les morts abandonnés par les Russes dans le village. [Quelques-uns] arrivèrent et se mirent à décoller de la poussière ce profil d’homme mort. Ils soulevèrent tout doucement avec la pointe de leur bêche les bords de ce dessin, comme on soulève les bords d’un tapis. (…) La scène était atroce, légère, délicate, lointaine. Les juifs parlaient entre eux et leurs voix me parvenaient douces et éteintes. Quand le tapis de peau humaine fut complètement détaché de la poussière, un de ces juifs piqua la pointe de sa bêche, du côté de la tête, et se mit en route avec ce  drapeau. Il marchait la tête haute (…) [avec] cette peau humaine qui pendait et se balançait dans le vent comme un véritable étendard. Et je dis à Lino Pellegrini qui était assis près de moi : ”Voilà le drapeau de l’Europe, voilà notre drapeau. (…) Un drapeau de peau humaine. Notre véritable patrie est notre peau.” »

Curzio Malaparte, La Peau

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17/10/2012

Les sucettes marrons

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« Au bas de la rue, la municipalité de Paris avait implanté deux de ces modestes sucettes marron qui indiquent les lieux historiques. Qui a inventé la sucette pour l'histoire ? On aimerait le connaître, l'inventeur de la sucette marron ! Qu'il se dénonce ! Deux sucettes marron, rue de Belleville, indiquent l'une, le bal Desnoyez, l'autre, le bistrot du bagnard Maxime Lisbonne. Qu'est-ce que c'était, le bal Desnoyez ? Qui était Maxime Lisbonne ? Allez voir. Les sucettes marron vous le diront. De toute façon, il n'y a plus rien derrière elles. C'était la vie d'avant. La sucette marron désigne invariablement ce qui est mort une bonne fois pour toutes. La sucette marron, ou : Paris cimetière. La sucette marron est l'ultime signal de la vie d'avant. D'avant quoi ? D'avant rien. D'avant la sucette marron. Quand on installe des sucettes marron pour signaler la vie, c'est qu'il n'y a plus de vie. Passez muscade ! »

François Taillandier, Il n'y a personne dans les tombes – La Grande Intrigue III

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16/10/2012

L'électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant

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« Une chose m’étonne prodigieusement — j’oserai dire qu’elle me stupéfie — c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?

Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ? et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l’attendons.

(…)

Et s’il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t’aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n’accordes jamais qu’à l’audace cynique, à l’insulte et au mensonge.

Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève. »

Octave Mirbeau, 1888, La grève des électeurs, Le Figaro

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15/10/2012

Tendu vers la pureté, dépouillé de tout esprit de calcul

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« Il est de bon ton à présent de brocarder ce passé-là. C'était une foi de charbonnier, intransigeante, tatillonne, qui n'empêchait bien sûr ni l'hypocrisie ni les autodafés. Mais il me semble que toute société secrète son conformisme. La foi de ma jeunesse a été remplacée par la loi du marché, qui tente aujourd'hui d'imposer sa férule. Des vies entières sont ainsi dominées par le calcul économique, la concurrence et les réflexes financiers. Le progrès me paraît douteux. J'ai du mal à rejeter d'un bloc le monde d'hier dans les ténèbres et à placer celui d'aujourd'hui dans la lumière. La vérité d'un jour nous aveugle. Les règles que les sociétés s'imposent à elles-mêmes changent avec l'écorce du monde en perpétuelle évolution, sans modifier la difficulté de la condition humaine. La liberté intérieure est un idéal à conquérir, qui ne dépend pas de la société environnante, mais de soi. La vraie liberté était possible hier comme elle est possible aujourd'hui.La religion envahissante encourageait chez les enfants que nous étions la peur et le mensonge mais aussi la valeur de l'engagement. J'ai rencontré à cette époque beaucoup d'hommes et de femmes tendus vers la pureté, dépouillés de tout esprit de calcul. »

Hélie de Saint-Marc, Les champs de braise

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14/10/2012

Lorsqu'un homme désire entreprendre quelque chose, il doit s'y engager jusqu'au bout

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« Lorsqu'un homme désire entreprendre quelque chose, il doit s'y engager jusqu'au bout, mais il doit avoir la pleine responsabilité de ce qu'il fait. Peu importe ce qu'il fait, il doit en tout premier lieu savoir pourquoi il le fait, et ensuite il lui faut accomplir ce que cela suppose sans jamais avoir le moindre doute, le moindre remords. (...) Considère mon cas personnel, je n'éprouve ni doute ni remords. Tout ce que j'accomplis, je le décide et j'en prends l'entière responsabilité. La plus simple des choses que j'entreprends ... peut parfaitement signifier ma mort. Ma mort me traque. Par conséquent, je n'ai ni le temps du doute ni celui du remords. Si je dois mourir ... alors que je meure. Toi, à l'opposé, tu as l'impression d'être immortel, et les décisions d'un immortel peuvent s'annuler, être regrettées, faire l'objet du doute. Mon ami, dans un monde où la mort est un chasseur il n'y a de temps ni pour regret ni pour doute. Il y a seulement le temps de décider. »

Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan

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13/10/2012

Les illusions

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« Olivier a perdu ses illusions, c'est une chose excellente, c'est comme les dents de lait ; ensuite il en vient d'autres, des illusions de grandes personnes, l'ambition, l'amour, etc. Il ne croit plus que son père ait jamais ressemblé à un héros, ni que sa mère soit une sainte. Suprême infortune, il ne pense pas que M. Le Barsac soit une canaille. Les ordres chevaleresques et religieux : un jour il faut partir, s'arracher de ce monde comme d'une peau répugnante. »

Roger Nimier, Les enfants tristes

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