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04/10/2012

Le miracle et l'horreur de l'amour

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« Le miracle de l'amour, c'est de resserrer le monde autour d'un être qui vous enchante. L'horreur de l'amour, c'est de resserrer le monde autour d'un être qui vous enchaîne. »

Pascal Bruckner, Les voleurs de beauté

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03/10/2012

Dérives

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« Pendant cette singulière maladie qui ravage les races à bout de sang, de soudaines accalmies succèdent aux crises ; sans qu’il pût s’expliquer pourquoi, des Esseintes se réveilla tout valide, un beau matin ; plus de toux déracinante, plus de coins enfoncés à coup de maillet dans la nuque, mais une sensation ineffable de bien-être, une légèreté de cervelle dont les pensées s’éclaircissaient et, d’opaques et glauques, devenaient fluides et irisées, de même que des bulles de savon de nuances tendres.

Cet état dura quelques jours, puis subitement, une après-midi, les hallucinations de l’odorat se montrèrent.

Sa chambre embauma la frangipane ; il vérifia si un flacon ne traînait pas, débouché ; il n’y avait point de flacon dans la pièce ; il passa dans son cabinet de travail, dans la salle à manger : l’odeur persista.

Il sonna son domestique : — Vous ne sentez rien, dit-il ? L’autre renifla une prise d’air et déclara ne respirer aucune fleur : le doute ne pouvait exister ; la névrose revenait, une fois de plus, sous l’apparence d’une nouvelle illusion des sens.

Fatigué par la ténacité de cet imaginaire arôme, il résolut de se plonger dans des parfums véritables, espérant que cette homéopathie nasale le guérirait ou du moins qu’elle retarderait la poursuite de l’importune frangipane.

Il se rendit dans son cabinet de toilette. Là, près d’un ancien baptistère qui lui servait de cuvette, sous une longue glace en fer forgé, emprisonnant ainsi que d’une margelle argentée de lune, l’eau verte et comme morte du miroir, des bouteilles de toute grandeur, de toute forme, s’étageaient sur des rayons d’ivoire.

Il les plaça sur une table et les divisa en deux séries : celle des parfums simples, c’est-à-dire des extraits ou des esprits, et celle des parfums composés, désignée sous le terme générique de bouquets.

Il s’enfonça dans un fauteuil et se recueillit. »

Joris-Karl Huysmans, À rebours

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02/10/2012

Là où ça sent la merde ça sent l'être

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« Là où ça sent la merde ça sent l'être. »

« Tout vrai sentiment est en réalité intraduisible. L’exprimer, c’est le trahir. Mais le traduire, c’est le dissimuler. L’expression vraie cache ce qu’elle manifeste. Elle oppose l’esprit au vide réel de la nature…. Tout sentiment puissant provoque en nous l’idée du vide. Et le langage clair qui empêche ce vide, empêche aussi la poésie d’apparaître dans la pensée. C’est pourquoi une image, une allégorie, une figure qui masque ce qu’elle voudrait révéler ont plus de signification pour l’esprit que les clartés apportées par l’analyse de la parole. »

Antonin Artaud, Le Théâtre et son double

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01/10/2012

Provincialisme...

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« Le provincialisme réside dans l’incapacité (ou le refus) d’envisager sa culture dans le grand contexte. Il y a quelques années, un journal parisien fit une enquête auprès de trente personnalités appartenant à une sorte d’establishment intellectuel du moment, journalistes, historiens, sociologues, éditeurs et quelques écrivains. Chacun devait citer, par ordre d’importance, les dix livres les plus remarquables de toute l’histoire de France ; de ces trente listes de dix livres fut ensuite tiré un palmarès de cent livres (…) et le résultat donne une image assez juste de ce qu’une élite intellectuelle française considère aujourd’hui comme important dans la littérature de son pays. De cette compétition, "Les Misérables" de Victor Hugo sont sortis vainqueurs. Un écrivain étranger sera surpris. N’ayant jamais considéré ce livre important pour lui ni pour l’histoire de la littérature, il comprendra que la littérature française qu’il adore n’est pas celle qu’on adore en France. En onzième place, "Les Mémoires de guerre" de De Gaulle. Accorder au livre d’un homme d’Etat, d’un militaire, une telle valeur, cela pourrait difficilement arriver hors de France. Pourtant, ce n’est pas cela qui est déconcertant, mais le fait que les plus grands chefs-d’oeuvre n’arrivent qu’après. Rabelais n’est cité qu’en quatorzième place ! (…) Et le XXème siècle ? (…) Comme si l’immense influence de la France sur l’art moderne n’avait jamais eu lieu ! (…) Plus étonnant encore : l’absence de Beckett et Ionesco. Combien de dramaturges du siècle dernier ont eu leur force ? Un ? Deux ? Pas plus. (…) L’indifférence envers la valeur esthétique repousse fatalement toute la culture dans le provincialisme. »

Milan Kundera, Le Rideau

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30/09/2012

Me sachant condamné à l'horrible solitude

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« Quant à moi, maintenant, j'ai fermé mon âme. Je ne dis plus à personne ce que je crois, ce que je pense et ce que j'aime. Me sachant condamné à l'horrible solitude, je regarde les choses, sans jamais émettre mon avis. Que m'importent les opinions, les querelles, les plaisirs, les croyances ! Ne pouvant rien partager avec personne, je me suis désintéressé de tout. Ma pensée, invisible, demeure inexplorée. J'ai des phrases banales pour répondre aux interrogations de chaque jour, et un sourire qui dit oui, quand je ne veux même pas prendre la peine de parler. »

Guy de Maupassant, Le Horla et autres nouvelles fantastiques

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29/09/2012

Cette demeure...

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« Le soleil incitait mes pensées, presque en les arrachant, à se détacher de leur nuit de sensations viscérales, pour suivre le gonflement des muscles sertis sous le hâle de l' épiderme. Le voici qui m' ordonnait d' édifier une demeure nouvelle et robuste où l' esprit, à mesure qu' il s' élèverait peu à peu vers la surface, pourrait vivre en sûreté. Cette demeure, c'était une peau bronzée et luisante, des muscles puissants, délicatement ondulés. »

Yukio Mishima, Le soleil et l' acier

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28/09/2012

Vous les allégerez du poids des remords

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« Par un sévère châtiment, par la prison, par le bagne, vous sauverez peut-être la moitié de ces pauvres êtres. Vous les allégerez du poids des remords. La purification par la souffrance est, croyez-moi, moins douloureuse que la situation que vous faites à des coupables par des acquittements inconsidérés. Vous ne ferez naître que le cynisme dans l’âme d’un criminel trop facilement renvoyé indemne. Il se moquera de vous et vous le laisserez travaillé d’un espoir dangereux. Vous ne me croyez pas ? Tâchez de connaître l’état d’âme de l’un de ces acquittés. Je suis certain, moi, qu’il sort du tribunal en se disant : "À la bonne heure ! On est maintenant moins sévère et sans doute plus intelligent. Peut-être bien qu’on a peur, aussi. Alors je pourrai recommencer impunément une autre fois. Je suis dans une telle misère qu’on ne saurait vraiment exiger que je ne vole pas."

Vous figurez-vous qu’en passant l’éponge sur tout méfait vous donniez au malfaiteur une chance de se racheter ? Il croira que tout lui est permis. Voilà ce que vous y gagnerez, à la fin des fins. Vous en viendrez même à ce que le sentiment du juste et de ce qui est honnête disparaisse complètement de l’âme du peuple. »

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Journal d’un écrivain

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L'Amour est irrationnel

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« Quand tu sais pourquoi tu aimes quelqu'un, c'est que tu ne l'aimes pas. »

Frédéric Beigbeder, L'Égoïste Romantique

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27/09/2012

Une vie simple et très belle

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« J’écris ce livre pour tous ces gens qui ont une vie simple et très belle... Mais qui finissent par en douter parce qu'on ne leur propose que du spectaculaire... »

Christian Bobin, Prisonnier du berceau

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Etroitesse et Infini

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« Il y a ce que l'on connaît, qui est étroit. Il y a ce que l'on sent, qui est infini. »

Christian Bobin, Lettres d'or

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Sa route

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« Il est des routes qui vont au feu, d’autres aux cimes, d’autres aux villages. À chacun la sienne. J’ignore ce qu’est la pureté, mais je sais que la folie est de ne pas suivre sa route. »

Henri Gougaud, L’Inquisiteur

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26/09/2012

Le miel de l'orgueil

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« Quiconque a vécu consciemment, en tant qu'Allemand, les années suivant la Première Guerre mondiale, a dû se convaincre que jamais dans l'histoire un peuple n'a été injurié avec autant d'excès, d'unanimité et de continuité. On accumula sur les Allemands une culpabilité si démesurée que toute tentative de se disculper devait paraître futile. Il ne restait aux Allemands qu'à faire profession de cette mentalité et à tirer de cet aveu le miel de l'orgueil. »

Ernst Von Salomon, Le destin de A.D

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25/09/2012

L'Art est un volcan...

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« L’art est un volcan, ses amateurs doivent atteindre des températures élevées ou ne pas s’en approcher. »

Louis Calaferte, Carnets XI - Circonstances

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24/09/2012

En se féminisant, les hommes se stérilisent

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« Les femmes conduisent quand la vitesse est limitée ; elles fument quand le tabac tue ; elles obtiennent la parité quand la politique ne sert plus à grand-chose ; elles votent à gauche quand la Révolution est finie ; elles deviennent un argument de marketing littéraire quand la littérature se meurt ; elles découvrent le football quand la magie de mon enfance est devenue un tiroir-caisse. Il y a une malédiction féminine qui est l'envers d'une bénédiction. Elles ne détruisent pas, elles protègent. Elles ne créent pas, elles entretiennent. Elles n'i­ventent pas, elles conservent. Elles ne forcent pas, elles préservent. Elles ne transgressent pas, elles civilisent. Elles ne régnent pas, elles régentent. En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s'interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression. Ils se contentent de conserver. On explique en général la stagnation intellectuelle et économique de l'Europe par le vieillissement de sa population. Mais Cervantes écrivit Don Quichotte à soixante-quinze ans ; de Gaulle revint au pouvoir à soixante-huit, et le chancelier allemand Adenauer à plus de soixante-dix. On ne songe jamais — ou on n'ose jamais songer — à sa féminisation.

Les rares hommes qui veulent conserver la réalité phallique du pouvoir se barricadent efficacement contre la féminisation de leur profession. Ils agissent comme s'ils étaient des îlots de virilité dans un monde féminisé. On les traite de « machos », ils n'en ont cure. Ils approuvent les lois sur la parité que votent les politiques en se gardant bien de faire de même au sein des conseils d'administration. Parce que le pouvoir, c'est la capacité au moment ultime de tuer l'adversaire. C'est, au final, l'instinct de mort. C'est pourquoi le pouvoir est le grand tabou de notre époque. »

Eric Zemmour, Le premier sexe

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23/09/2012

Une interminable défaite

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« - Quand je suis entré dans ce métier, je l’ai fait abstraitement, en quelque sorte, parce que j’en avais besoin, parce que c’était une situation comme les autres, une de celles que les jeunes gens se proposent. Peut-être aussi parce que c’était particulièrement difficile pour un fils d’ouvrier comme moi. Et puis il a fallu voir mourir. Savez-vous qu’il y a des gens qui refusent de mourir ? Avez-vous jamais entendu une femme crier : « Jamais ! » au moment de mourir ? Moi, oui. Et je me suis aperçu alors que je ne pouvais pas m’y habituer. J’étais jeune et mon dégoût croyait s’adresser à l’ordre même du monde. Depuis, je suis devenu plus modeste. Simplement, je ne suis toujours pas habitué à voir mourir. Je ne sais rien de plus. Mais après tout...
Rieux se tut et se rassit. Il se sentait la bouche sèche.
- Après tout ? dit doucement Tarrou.
- Après tout..., reprit le docteur, et il hésita encore, regardant Tarrou avec attention, c’est une chose qu’un homme comme vous peut comprendre, n’est-ce pas, mais puisque l’ordre de monde est réglé par la mort, peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croie pas en lui et qu’on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers le ciel où il se tait.
- Oui, approuva Tarrou, je peux comprendre. Mais vos victoires seront toujours provisoires, voilà tout.
Rieux parut s’assombrir.
- Toujours, je le sais. Ce n’est pas une raison pour cesser de lutter.
- Non, ce n’est pas une raison. Mais j’imagine alors ce que doit être cette peste pour vous.
- Oui, dit Rieux. Une interminable défaite. »

Albert Camus, La Peste

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