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21/11/2012

Car les pierres ont mieux résisté que les âmes

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« Mais c’était la douceur savoureuse d’octobre, il l’emmenait quelquefois à la campagne un jour entier, toujours vers les forêts. Il n’avait jamais osé auparavant emmener une femme parmi les grands arbres. Il voulait la retirer des salons, des golfs, des restaurants. La France est un pays de forêts. Il y a encore autour de Paris, en tirant vers le nord ou vers l’ouest, de ces grands refuges. Là il aurait voulu la préparer au ton secrètement hautain des cathédrales, des châteaux et des palais qui sont les derniers points d’appui de la grâce, car les pierres ont mieux résisté que les âmes. Il était soudain fort éloigné de leur lit et de ses fièvres; elle retrouvait près de lui le climat nordique où les gens nourrissent si abondamment le rêve, qu’ils s’y épuisent et s’y effacent pendant de longs moments. Il n’était plus que floraison imaginaire. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

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20/11/2012

Oui, le cœur de l’Europe est à l’Est

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« Nous refusons la “petite Europe” bourgeoise et réactionnaire. Dans la bibliothèque du couvent Strahov, à Prague, il y a une gravure ancienne représentant l’Europe sous les traits d’une femme dont le cœur est la Bohême. Ce dessin exprime notre sentiment profond : oui, le cœur de l’Europe est à l’Est, dans cette antique et noble ville de Prague dont nous autres, bons Européens, nous ferons un jour notre capitale rayonnante. »

Gabriel Matzneff, Le défi

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18/11/2012

J'espère des aventures de rang égal, et plus haut encore

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« Il est faux de dire que j'attends le retour au passé, comme Chateaubriand, ou, comme Boutefeu, l'éternel retour : je laisse cette marotte aux conservateurs, en politique, et, dans l'espace cosmique, aux astrologues. Non : j'espère des aventures de rang égal, et plus haut encore, et non seulement dans le domaine humain. »

« Nous frôlons ici une autres des dissemblances entre [l'anarque] et l'anarchiste : la relation à l'autorité, au pouvoir legislateur. L'anarchiste en est l'ennemi mortel, tandis que l'anarque n'en reconnaît pas la légitimité. Il ne cherche, ni à s'en emparer, ni à la renverser, ni à la modifier - ses coups de boutoir passent à côté de lui.

C'est seulement des tourbillons provoqués par elle qu'il lui faut s'acommoder. »

Ernst Jünger, Eumeswil

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17/11/2012

Je suis résolu à ne me laisser captiver par rien

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« Etant anarque, je suis résolu à ne me laisser captiver par rien, à ne rien prendre au sérieux, en dernière analyse... non, certes, à la manière des nihilistes, mais plutôt en enfant perdu qui, dans le no man's land d'entre les lignes des marées, ouvre l'oeil et l'oreille.

Aussi ne puis-je non plus m'engager dans la direction du retour. C'est l'ultime refuge du conservateur, apèrs qu'il a perdu tout espoir en politique et en religion. Mille ans sont alors, pour lui, la plus petite unité monétaire ; il parie sur les cycles cosmiques. Un jour viendra où le Paraclet connaîtra son épiphanie, où l'Empereur magiquement endormi sortira de la montagne.

Mais en attendant, le devenir, le temps sont toujours là. L'être dans le temps se répête, et contraint les Dieux mêmes à assumer ses corvées - aussi ne peut-il y avoir de retour éternel ; c'est un paradoxe -, il n'y a pas de retour éternel. Le retour de l'éternel vaut bien mieux ; il ne peut se produire qu'une seule fois- et voilà le temps renversé dans la poussière.

(...) L'idée de l'éternel retour est une inspiration de poisson qui veut bondir hors de la poêle à frire. Il retombe sur la plaque de la cuisinière. »

Ernst Jünger, Eumeswil

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16/11/2012

Il ne s'agit pas d'endiguer ici et là le phénomène, mais de dompter le temps

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« Notre intention n'est pas, plus généralement, de nous en prendre aux coulisses de la politique et de la technique, ni à leurs groupements. Elles passent, tandis que la menace demeure, et même revient plus vite et plus violemment. Les adversaires finissent par se ressembler, au point qu'il n'est plus difficile de deviner en eux des déguisements d'une seule et même puissance. Il ne s'agit pas d'endiguer ici et là le phénomène, mais de dompter le temps. On ne peut le faire sans souveraineté. Or, elle se trouve moins, dans nos jours, dans les décisions générales qu'en l'homme qui abjure la crainte en son coeur. Les énormes préparatifs de la contrainte ne sont destinés qu'à lui, et pourtant, ils sont voués à faire éclater son triomphe ultime. C'est ce savoir qui le rend libre. Les dictatures tombent alors en poussière. Là reposent les réserves, presque vierges, de notre temps, et non pas seulement du nôtre; c'est le thème de toute l'histoire et sa délimitation, ce qui la sépare, et des empires et des démons, et du simple événement zoologique. Les mythes et les religions en donnent un modèle qui se reproduit sans cesse, et sans cesse les Géants et les Titans dressent leur puissance accablante. L'homme libre les abat; il le peut, même s'il n'est pas toujours prince et Héraclès. Le caillou lancé par une fronde de pâtre, l'oriflamme portée par une vierge, une arbalète ont déjà suffi à cette tâche. »

Ernst Jünger, Traité du rebelle, ou le recours aux forêts

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15/11/2012

Tout passe

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« Les affiches vont et viennent, mais le mur sur lequel on les colle demeure. »

Ernst Jünger, Eumeswil

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S'enivrer avec Omar Khayyam

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« Il y a des pilleurs de tombes, qui falsifient le poème et les actes, au profit du marché. Mieux vaut alors s'enivrer avec Omar Khayyam que d'offenser les morts en leur compagnie. »

Ernst Jünger, Eumeswil

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14/11/2012

Les périls eux-mêmes vous apportent leurs plaisirs

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« Entre le service et le loisir, c'est à peine si je fais la différence. L'un me plaît autant que l'autre. Ce qui répond à mon principe : éviter le temps mort, pas une minute sans tension et vigilance de l'esprit. Quand on parvient à faire de sa vie un jeu, on trouve du miel jusque dans l'ortie et la ciguë ; les contrariétés et les périls eux-mêmes vous apportent leurs plaisirs. »

Ernst Jünger, Eumeswil

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13/11/2012

Rayonner de beauté

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« Les nénuphars jaunes n'avaient pas encore fleuri ; mais dans les angles du pont de pierre qui enjambait en zigzag une allée proche du salon de cérémonie, des iris poussaient leurs inflorescences blanc et violacé hors du fourreau pointu de leur feuillage vert.

Son oeil fut attiré par le dos irisé d'un scarabée qui, après s'être tenu sur le rebord de la fenêtre maintenant s'avançait carrément dans la chambre. Deux raies d'un rouge cramoisi couraient le long de sa carapace ovale, où brillaient le vert et l'or. On le voyait agiter prudemment ses antennes avant de poursuivre sa marche en avant sur les petites dents de scies de ses pattes qui rappelaient à Kiyoaki de minuscules outils de bijoutier. Au milieu des remous dissolvants du temps, n'était-il pas absurde que cette tache minuscule de couleur richement concentrée demeurât en sécurité dans un monde à elle ? Peu à peu, cette scène le fascina. Petit à petit, le scarabée continuait à se faufiler, corps chatoyant qui s'approchait de lui comme si son cheminement sans but avait enseigné que dans la traversée d'un monde en changement perpétuel, l'unique chose qui importe était de rayonner de beauté. »

Yukio Mishima, Neige de printemps

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12/11/2012

L'abîme

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« Pourquoi donc faut-il que les hommes recherchent les profondeurs, l'abîme ? Pourquoi faut-il que la pensée, tel un fil de plomb, s' inquiète exclusivement de descente verticale ? Pourquoi n' est-il pas possible que la pensée change d' orientation et se mettre à grimper verticalement, vers le haut, vers la surface ? »

Yukio Mishima, Le Soleil et l'Acier

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11/11/2012

Cet énigmatique rapport à la présence et à l'absence commun à la religion et à l'écriture

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« Et par le christianisme j'entends non seulement la littérature superficielle ou proprement relgieuse, mais une culture (terme à présent aussi dévoyé que celui d'écrivain, et qui se confond avec divertissement) englobant les pensées juive, grecque et latine, et cet énigmatique rapport à la présence et à l'absence commun à la religion et à l'écriture, dont bien sûr le siècle ne veut plus entendre parler, tout entier voué à la promotion de l'individualisme petit-bourgeois. »

Richard Millet, Le dernier écrivain

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Au nom d'un ordre nouveau

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« Ce qui nourrit mon désespoir (un désespoir proche de l'allégresse des renonçants, non des victimes) a la force de l'évidence : tout ce à quoi je crois, dans quoi on m'a élevé et dont on m'a fait le scrupuleux héritier en me donnant pour devoir de le transmettre, d'en maintenir haut la puissance spéculaire, tout ce qui prend la figure de l'éternité sans l'idée de laquelle il est impossible de s'attarder ici-bas, c'est-à-dire la nation, la langue, la grandeur, la pureté, l'élitisme, la permanence, le paysage, le christianisme, la faculté de juger, l'esprit critique, la méditation, même si j'ai conscience que l'écrivain doit se tenir à l'écart des illusions et des doxas de la tradition humaniste, tout cela se trouve aujourd'hui piétiné, jeté aux orties, désigné à l'opprobre universel non seulement comme obsolète mais comme l'expression même du Mal et pied à pied combattu, contredit, moqué, liquidé au nom d'un ordre nouveau, que d'aucuns appellent post-humaniste, et dont les points de convergence se situent entre un très ancien fantasme de transparence absolue, la gnose de l'hybridation généralisée et la vieille affaire de la servitude volontaire ; de quoi la langue française cristallise exemplairement les ambiguités, non pas en tant que telle, par ses vertus instrumentales, mais dans sa monumentalité littéraire, avec la mythologie qu'elle suscite - la question de la langue n'étant d'ailleurs pas une spécificité française : Nietzsche voyait dans "la rage actuelle de surproduction et de hâte excessive", et dans "la détérioration du langage", "les symptômes d'une barbarie approchante", et Thomas Bernhard évoque, cent ans plus tard, ces apprentis musiciens germaniques si insensibles à leur langue qu'ils parlent un allemand "complètement détérioré". »

Richard Millet, Le dernier écrivain

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09/11/2012

J'ai vu le grand crucifix qui s'élevait au centre de mon village natal tomber dans l'herbe et n'être relevé par personne

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« J'ai vu le grand crucifix qui s'élevait au centre de mon village natal, dans le Haut-Limousin, tomber dans l'herbe et n'être relevé par personne, le bois pourrir, le corps rouillé du Christ oublié là dans le silence des derniers regards, dans la lente mort de la langue limousine et les métamorphoses délétères du français. Je vois s'effondrer la grande verticalité européenne au profit d'une horizontalité parcellaire : la fin du christianisme, c'est-à-dire, d'une certaine façon (plus mystérieuse encore qu'historique), celle de la littérature telle qu'elle nous a portés jusqu'en ce nouveau millénaire d'où elle semble se retirer, nous abandonnant à ce rivage plus nus que la surface de la mer infinie qu'elle fut pour nous, dans un mouvement d'expiation qui est l'ultime avatar d'une religion échappant à elle-même par le biais du protestantisme et de la laïcité, et qui, cette conscience expiatoire, confère aux individus le droit de n'exister que dans la négation de soi. »

Richard Millet, Le dernier écrivain

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La gauche refuse d'examiner la validité du socialisme

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« La gauche refuse d'examiner, sur le fond, la validité du socialisme en tant que tel, de tout socialisme, de peur d'avoir à découvrir ou, plutôt à reconnaître explicitement que son essence même est totalitaire. Les partis socialistes, dans les régimes de liberté, sont démocratiques dans la proportion même où ils sont moins socialistes. »

Jean-François Revel, La Grande Parade

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06/11/2012

Jeune cadre dynamique

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« Au cours de la matinée un septième personnage fera des apparitions épisodiques, venant égayer l'aréopage. Il s'agit du chef du service "Études informatiques" du ministère de l'Agriculture, celui que j'ai raté l'autre jour. L'individu semble s'être donné pour mission d'incarner une exagération survoltée du personnage du patron jeune et dynamique. Dans ce domaine, il bat de plusieurs longueurs tout ce que j'ai eu l'occasion d'observer auparavant. Sa chemise est ouverte, comme s'il n'avait vraiment pas eu le temps de la boutonner, et sa cravate penchée de côté, comme pliée par le vent de la course. En effet il ne marche pas dans les couloirs, il glisse. S'il pouvait voler il le ferait. Son visage est luisant, ses cheveux en désordre et humides, comme s'il sortait directement de la piscine. »

Michel Houellebecq, Extension du Domaine de la Lutte

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