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05/11/2012

La douleur est dans ma poitrine

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« Je passe la journée comme quelqu’un qui a heurté un angle avec la rotule de son genou : toute la journée est comme cet instant intolérable. La douleur est dans ma poitrine qui me semble défoncée et encore avide, palpitante d’un sang qui s’enfuit sans recours, comme à la suite d’une énorme blessure. Naturellement, tout cela est une idée fixe. Mon Dieu, mais c’est parce que je suis seul et demain, je connaîtrai un bref bonheur, et puis de nouveau les frissons, l’étreinte, la torture. Je n’ai plus physiquement la force de rester seul. Une seule fois j’y suis parvenu, mais maintenant c’est une rechute et comme toutes les rechutes, elle est mortelle. »

Cesare Pavese, Le Métier de vivre

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04/11/2012

Je compris bien qu'il y avait là un homme qui avait changé l'écriture

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« J'étais jeune, affamé, ivrogne, essayant d'être un écrivain. J'ai passé le plus clair de mon temps à lire Downtown à la Bibliothèque municipale de Los Angeles et rien de ce que je lisais n'avait de rapport avec moi ou avec les rues ou les gens autour de moi. C'était comme si tout le monde jouait aux charades et que ceux qui n'avaient rien à dire étaient reconnus comme de grands écrivains. Leurs écrits étaient un mélange de subtilité, d'adresse et de convenance, qui étaient lus, enseignés, digérés et transmis.C'était une machination, une habile et prudente "culture mondiale". Il fallait retourner aux écrivains russes d'avant la Révolution pour trouver un peu de hasard, un peu de passion.(...) Je tirais livre après livre des étagères. Pourquoi est-ce que personne ne disait rien? Pourquoi est-ce que personne ne criait? J'essayais d'autres salles de la Bibliothèque. La section "religion" n'était qu'un vaste marécage pour moi. Au rayon "philosophie" je trouvai un ou deux Allemands amers qui me remontèrent le moral et ce fut terminé. J'essayai les mathématiques, mais les mathématiques supérieures étaient comme la religion : cela me passait à côté. Ce dont j'avais besoin n'était nulle part. J'essayai la géologie, domaine que je trouvai curieux, mais finalement pas nourrissant. J'ai trouvé des livres de chirurgie, j'aimais les livres de chirurgie, les mots étaient nouveaux et les illustrations merveilleuses. J'ai particulièrement aimé et je me souviens des opérations du mésocôlon.Je laissai tomber la chirurgie et retournai vers la grande salle avec les romanciers et les écrivains de nouvelles.(...) Un jour j'ai sorti un livre, je l'ai ouvert et c'était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l'or à la décharge publique. J'ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d'une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait sa forme à la page, une sensation de quelque chose de sculpté dans le texte. Voilà enfin un homme qui n'avait pas peur de l'émotion. L'humour et la douleur mélangés avec une superbe simplicité. Le début du livre était un gigantesque miracle pour moi. J'avais une carte de la Bibliothèque. Je sortis le livre et l'emportai dans ma chambre. Je me couchai sur le lit et le lus. Et je compris bien avant de le terminer qu'il y avait là un homme qui avait changé l'écriture.
Le livre était "Demande à la poussière" et l'auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m'influencer dans mon travail. »

Charles Bukowski, Préface au livre de Fante, "Demande à la poussière"

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Quelle valeur lui reste-t-il à part traverser la vie en évitant la douleur ?

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« Pour le hipster, Charlie Parker était la référence. Le hipster est un homme souterrain. Il est à la seconde guerre mondiale ce que le dadaïste était à la première.

Il est amoral, anarchiste, doux et civilisé au point d’en être décadent. Il est toujours dix pas en avant des autres à cause de sa conscience, ce qui peut le conduire à rejeter une femme après l’avoir rencontrée parce qu’il sait où tout cela va mener, alors pourquoi commencer ? Il connaît l’hypocrisie de la bureaucratie, la haine implicite des religions, quelle valeur lui reste-t-il à part traverser la vie en évitant la douleur, surveiller ses émotions, "être cool" et chercher des moyens de "planer". 

Il cherche quelque chose qui transcende toutes ces conneries et il le trouve dans le Jazz. »

Frank Tirro, JAZZ

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03/11/2012

Sans doute faudra-t-il des siècles pour admettre que le nazisme a bel et bien été un marxisme non perverti

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« ...La religion des ancêtres. La guerre moderne repose sur le culte nécrophile qui n’a pas besoin d’être avoué pour être évident. Ce n’est pas le 19e siècle qui est mort en 1914, c’est le 20e qui, à peine né, a plongé dans la découverte de lui-même comme dixneuviémité en acte. A travers l’enfer de fer, de feu, de boue, du national-occultisme-socialiste universel. La nationalisation intégrale de l’occulte dans sa socialisation achevée. Je l’ai déjà suggéré, Hitler n’est que la figure la plus cauchemardesque de tous les revivals dixneuviémistes de notre temps. Comme socialiste d’abord, réalisateur et accomplisseur fanatique du marxisme ayant simplement pris au sérieux, ainsi qu’il s’en vantait devant Rauschning, le programme envisagé timidement par “ces âmes de petits boutiquiers et de dactylos” qu’étaient à ses yeux les socialistes et donnant à leur “volonté de construction révolutionnaire” la logique du meurtre intégral. “Qu’avons-nous besoin de nationaliser les banques et les usines? s’écriait-il. Nous socialisons les hommes.” Disons les choses brutalement, quitte à scandaliser: le marxisme sous le Troisième Reich, a marché. Il a même couru comme la peste. Mais sans doute faudra-t-il des siècles pour admettre que le nazisme a bel et bien été un marxisme non perverti... C’est à dire une guerre de croyance parfaitement lucide. »

Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges

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Les prix des fillettes et des petits garçons étaient tombés depuis quelques jours, et continuaient à baisser

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« Des femmes livides, défaites, aux lèvres peintes, aux joues décharnées, couvertes d'une croûte de fard, horribles et pitoyables, se tenaient au coin des rues, offrant aux passants leur misérable marchandise : des garçons et des petites filles de huit ou dix ans, que les soldats marocains, hindous, malgaches, palpaient en relevant les robes ou en glissant leur main entre les boutons des culottes. Les femmes criaient : "Two dollars the boys, three dollars the girls !"

-Tu aimerais, dis, une petite fille à trois dollars, disais-je à Jack.

- Shut up, Malaparte.

- Ce n'est pas cher après tout, une petite fille pour trois dollars. Un kilo de viande d'agneau coûte bien plus cher. Je suis sûr qu'à Londres ou à New York une petite fille coûte plus cher qu'ici, n'est-ce pas, Jack ?

- Tu me dégoûtes, disait Jack.

- Trois dollars font à peine trois cent lires. Combien peut peser une fillette de huit à dix ans ? Vingt-cinq kilos ? Pense qu'un seul kilo d'agneau, au marché noir, coûte cinq cent lires, c'est-à-dire cinq dollars.

- Shut up, criait Jack !

Les prix des fillettes et des petits garçons étaient tombés depuis quelques jours, et continuaient à baisser. Tandis que les prix du sucre, de l'huile, de la farine, de la viande, du pain, étaient montés, et continuaient à augmenter, le prix de la chair humaine baissait de jour en jour. Une fille de vingt à vingt-cinq ans, qui, une semaine avant coûtait jusqu'à dix dollars, ne valait désormais que quatre dollars, os compris. La raison d'une telle baisse de prix de la chair humaine sur le marché Napolitain dépendait peut-être du fait que, de toutes les régions de l'Italie méridionale, les femmes accouraient à Naples. Pendant les dernières semaines, les grossistes avaient jeté sur le marché d'importantes livraisons de femmes Siciliennes. Ce n'était pas que de la viande fraîche, mais les spéculateurs savaient que les soldats nègres ont des goûts raffinés, et préfèrent la viande pas trop fraîche. Toutefois, la viande Sicilienne n'était pas très demandée, et même les nègres finirent par la refuser. Les nègres n'aiment pas les femmes blanches trop noires. »

Curzio Malaparte, La Peau

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02/11/2012

C’est une honte de gagner la guerre

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« - Chez nous, dis-je [Malaparte], en Europe, seuls les morts comptent.

- Je suis las de vivre parmi les morts, dit Jimmy ; je suis content de rentrer chez moi, en Amérique, parmi les hommes vivants. Pourquoi ne viendrais-tu pas, toi aussi, en Amérique ? Tu es un homme vivant, l’Amérique est un pays riche et heureux.

- Je le sais, Jimmy, que l’Amérique est un pays riche et heureux. Mais je ne partirai pas, il faut que je reste ici. Je ne suis pas un lâche, Jimmy. Et puis, la misère, la peur, la faim, l’espérance sont, elles aussi, des choses merveilleuses. Plus merveilleuses que la richesse et le bonheur.

- L’Europe est un tas d’ordures, dit Jimmy, un pauvre pays vaincu. Viens avec nous, l’Amérique est un pays libre.

- Je ne peux pas abandonner mes morts, Jimmy. Vous autres, vous amenez vos morts en Amérique. Il part tous les jours pour l’Amérique des bateaux chargés de morts. Ce sont des morts riches, heureux, libres. Mais mes morts à moi ne peuvent pas se payer un billet pour l’Amérique, ils sont trop pauvres. Ils ne sauront jamais ce qu’est la richesse, le bonheur, la liberté. Ils ont toujours vécu dans l’esclavage ; ils ont toujours souffert de la faim et de la peur. Même morts, ils seront toujours esclaves, ils souffriront toujours de la faim et de la peur. C’est leur destin, Jimmy. Si tu savais que le christ gît parmi eux, parmi ces pauvres morts, est-ce que tu l’abandonnerais ?

- Tu ne voudrais pas me faire croire, dit Jimmy, que le Christ a perdu la guerre ?

- C’est une honte de gagner la guerre, dis-je à voix basse »

Curzio Malaparte, La Peau

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01/11/2012

"Celui-ci sera meilleur pour le salut de votre âme."

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« Prenant le livre que je lui tendais, Nimier l’expédia droit dans une corbeille à papiers, disant d’un ton sec : "Ça ne vaut pas un clou." Puis, tirant un livre d’une pile qui se trouvait sur son bureau, il l’ouvrit, écrivit quelque chose sur la page de garde et me l’offrit : "Celui-ci sera meilleur pour le salut de votre âme."
Il s’agissait d’une œuvre récente de Montherlant, bizarrement intitulée Pages catholiques, à l’usage, sans doute, des premiers communiants.
La dédicace disait ceci : "À François Mauriac que je vais, hélas, décevoir. Ce sont des pages que l’on tourne, pas de jeunes pages que l’on retourne. Son dévoué, Montherlant." »

Christian Millau, Au galop des hussards

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31/10/2012

Un parti de logiciens, un parti logique

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« Les théoriciens de l’Action française veulent que l’affaire Dreyfus ait été dans son principe même, dans son origine non seulement une affaire pernicieuse, une affaire véreuse, mais une affaire intellectuelle, une invention, une construction intellectuelle ; un complot intellectuel. Je me permettrai de dire à mon tour, et en retour, que cette idée même me paraît être le résultat d’une construction intellectuelle. Si l’on engageait la conversation, je dis une conversation un peu suivie avec les hommes de ce parti, on (dé)montrerait peut-être aisément, on en viendrait, je crois, rapidement à poser qu’ils sont et surtout qu’ils se croient les grands ennemis du parti intellectuel et du monde moderne, mais qu’en réalité ils sont eux-mêmes une certaine sorte de parti intellectuel et de parti moderne. Très notamment un parti de logiciens, un parti logique. »

« Il ne fait aucun doute que pour nous la mystique dreyfusiste fut non pas seulement un cas particulier de la mystique chrétienne, mais qu’elle en fut un cas, éminent, une accélération, une crise temporelle, une sorte d’exemple et de passage que je dirai nécessaire. Comment le nier, à présent que nous sommes à douze et quinze ans de notre jeunesse et qu’enfin nous voyons clair dans notre cœur. Notre dreyfusisme était une religion, je prends le mot dans son sens le plus littéralement exact, une poussée religieuse, une crise religieuse, et je conseillerais même vivement à quiconque voudrait étudier, considérer, connaître un mouvement religieux dans les temps modernes, bien caractérisé, bien délimité, bien taillé, de saisir cet exemple unique. J’ajoute que pour nous, chez nous, en nous ce mouvement religieux était d’essence chrétienne, d’origine chrétienne, qu’il poussait de souche chrétienne, qu’il coulait de l’antique source. Nous pouvons aujourd’hui nous rendre ce témoignage. »

Charles Péguy, Notre jeunesse

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30/10/2012

D’une Europe à l’autre, il n’y a qu’un pas

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« Une forte odeur, une odeur violente et grasse, monte à ma rencontre, venant du Bratesc. Quelque charogne enfoncée dans la boue. De grosses mouches vertes et bleues, aux ailes irisées d’or, bourdonnent alentour avec insistance. Un détachement de sapeurs roumains prépare une mine pour faire sauter le pont unissant la rive de Galatz à la rive soviétique de Reni. Les soldats parlent et rient à haute voix. L’eau trouble du Bratesc éclaire de reflets jaunes un paysage en agonie, paresseux et fugace, un paysage pourri. On sent l’imminence de la guerre comme un orage en suspens, comme une chose indépendante de la volonté humaine, presque un fait naturel. Ici, l’Europe est déjà hors de ses propres limites, extérieure à toute architecture morale : elle n’est autre chose qu’un prétexte, l’Europe, ce continent de chairs pourries. À la tête du pont, au seuil de l’U.R.S.S., se dresse un rustique arc de triomphe soviétique surmonté du rituel trophée de la faucille et du marteau. Je n’ai qu’à traverser le pont, à faire quelques centaines de pas, pour sortir de cette Europe, et passer les frontières de l’autre Europe. D’une Europe à l’autre, il n’y a qu’un pas. Un mauvais pas, dirai-je. »

Curzio Malaparte, La Volga naît en Europe

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29/10/2012

L'impression écrasante, définitive, qu'un homme est noyé dans l'humanité...

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« D'autre part, au cours de ces interminables queues que nous faisions par millions le long des routes menant aux trop vastes champs de bataille, j'avais reçu, pour la première fois de ma vie, l'impression écrasante, définitive, qu'un homme est noyé dans l'humanité... »

« Dans les deux dernières années de l'occupation, je vivais dans un charme de plus en plus captivant. Depuis longtemps je m'étais séparé de la foule et de tous ceux qui pensent selon la foule... »

« Enfin seul, à jamais seul. Je pouvais jouir comme je n'en avais jamais joui de ma solitude, et de son véritable caractère, enfin découvert, de chemin vers la mort. »

« Et il n'en restait pas moins qu'en d'autres temps, quand rien de particulier ne me menaçait, j'ai conçu de mourir jeune, d'aller au devant de la mort. Et, entre deux peurs, celle d'être tuée et celle de mourir, j'ai vaincu celle de mourir. »

« La littérature est le contraire d'une sérieuse discipline philosophique et religieuse qui veut aller jusqu'à l'ascèse, et par là, acquérir la concentration sur des points de plus en plus imperceptibles. »

« Mes habitudes de pensée n'ont pas changé depuis mon enfance; presque tout mon temps est occupé par des imaginations qui piétinent sans cesse dans les mêmes ornières, ou bien j'imagine le corps d'une belle femme qui tire ses traits de mes divers souvenirs et je me décris mes relations quotidiennes avec elle, selon le mythe d'une liaison réussie et d'un mariage parfait (il entre là-dedans quelques velléités sentimentales...) ou bien j'imagine un appartement, une maison dont je trace tous les détails : telle table, tel lit, ou bien j'imagine tel état politique idéal. »

« J'aurais dû rester dans une sphère "supérieure", ne pas m'engager de temps en temps dans les comparaisons particulières ? Et bien non, je voulais être humain jusqu'au bout et prendre ma part de la merde des opinions partisanes, des fureurs éphémères, des animadversions locales. Oui, je voudrais avoir de la merde aux pieds... Mais pas plus haut. »

« Je fais des méchants poèmes qui m'amusent beaucoup : je sais qu'ils sont mauvais et pourtant... un mauvais poème rapproche le poète sinon le lecteur, de la beauté, parfois. »

« l y a quelques années que je suis las de la politique : dans cette sphère, ce que nous appelons la sottise humaine éclate avec une satisfaction monstrueuse. »

« Je ne crois pas dans la littérature et je pense que le temps de la littérature est passée. »

« Je perds chaque jour l'avantage sublime de cette concentration d'esprit qui pouvait se faire sur un décès de date certaine. »

Pierre Drieu la Rochelle, Récit Secret

 

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28/10/2012

Son propre visage...

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« La meilleure solution serait de ne jouer aucun rôle, de montrer son propre visage, n'est-ce pas ? Il n'y a rien de plus astucieux que son propre visage parce que personne n'y croit. »

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Les Démons

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L'acte de ceux qui n'ont pas su en accomplir d'autres

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« Il n'osait pas lui protester que la vie était bonne, faute de se sentir en possession d'arguments bien aigus. »

« Il se sentait de plus en plus encerclé par les circonstances qu'il avait laissées se poser autour de lui. »

« l aurait pu concevoir, dès lors, la fonction de l'écriture qui est d'ordonner le monde pour lui permettre de vivre. »

« Les actes sont rapides; la vie est vite finie; on en arrive bientôt à l'époque des conséquences et de l'irréparable. »

« Sa famille croyait qu'il avait des idées subversives. Mais il n'avait pas d'idées, il en manquait atrocement : son esprit, c'était une pauvre carcasse récurée par les vautours qui planent sur les grandes villes creuses. »

« Pourtant il lui fallait encore parler, d'abord pour empêcher un effrayant silence, et aussi parce qu'en défendant ces idées qu'il avait rencontrées et qui convenaient si bien à ses vices et à ses faiblesses, il défendait sa peau. »

 

Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu Follet

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27/10/2012

Ces mythes que sont les foules, les peuples, les états

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« Et puis, ajouta Bardy, je m'excite beaucoup plus sur ces mythes que sont les foules, les peuples, les états que sur ces mythes que sont les femmes. J'y trouve un assouvissement sensuel et sentimental beaucoup plus grand. »

« Nul mieux que lui ne savait que les recherches mystiques ne vous font pas sortir du camp de concentration de la comédie humaine dont une des sections est la comédie des caractères nationaux. »

« Ah, est-il vraiment d'étranges humains qui regardent les hommes avec le regard d'un dieu, et le dieu même avec le regard de Dieu, et Dieu avec l'orbite vide et vertigineuse du non-être ? »

« Sa vie n'était que réalisation et il avait besoin sans cesse de la saveur de la réalisation. »

« Les hommes d'action sont des artisans maniaques qui remettent sans cesse le même objet sur le tour. »

« - Au fond les germanophiles sont des gens qui ont pitié des Allemands, de leur isolement. Il n'en a pas toujours été ainsi. Au siècle dernier les Allemands ont été dans l'intimité de beaucoup de nations... mais au fond les Allemands n'ont communiqué avec le monde que par la philosophie et la musique, on ne leur pardonne pas les heures trop profondes qu'on a passées avec leurs grands esprits. ... C'est eux aussi qui ont fait l'histoire...

- L'histoire...

- Oui, ça n'intéresse plus personne, assura Constant. Les hommes prennent en horreur l'histoire dont ils ont abusé. L'époque des lumières est bien finie. Les hommes ont besoin d'oublier. »

Pierre Drieu la Rochelle, Les chiens de Paille

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25/10/2012

Glisser dans le dégoût

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« Mon désir éperdu devant tous les êtres est de séduire, et si je vis dans la solitude aujourd'hui, entre autres raisons, c'est que d'avoir exercé cette passion sur n'importe qui m'a de bonne heure fait glisser dans le dégoût. »

« Je sentais depuis un an auprès de cette fille, sans les compensations de la tendresse partagée, cette atroce solitude de l'homme devant la concupiscence de la femme qui reste toujours indifférente à ce qu'il a le plus à cœur, en dépit des simulations... »

« Se réveiller sans soucis, c'est une conjoncture extraordinaire et incompréhensible qui, à la réflexion, doit vous faire amasser une débordante inquiétude pour le lendemain. »

« Pour moi, pendant des années, je n'avais jamais vu poindre une silhouette de femme sans croire que la face de la terre commençait de se retourner. »

« Rien de plus trompeur que l'apparence physique à notre époque de transition où la robustesse, surtout chez les femmes, paraît encore une exception, un mérite, et, pour cela, une promesse de force morale. »

Pierre Drieu la Rochelle, Blèche

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24/10/2012

Le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte

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« Nous appelons ainsi celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l’univers, se voit enfin livré au néant. Tel pourrait être le destin d’un grand nombre d’hommes, et même de tous - il faut donc qu’un caractère s’y ajoute. C’est que le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte, fût-elle sans espoir. Est Rebelle, par conséquent, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne dans le temps à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, le fatalisme. A le prendre ainsi, nous serons aussitôt frappés par la place que tient le recours aux forêts, et dans la pensée, et dans la réalité de nos ans. »

Ernst Jünger, Le recours aux forêts

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