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23/01/2012

L’immense majorité du troupeau consume sa poésie à espérer qu’il sera fonctionnaire

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« On se demande où mènent les fastidieuse études qu’on impose à la jeune bourgeoisie : elles mènent au café. Mobilier malpropre, service bruyant et familier, chaleur de gaz intolérable ! Comment demeurer là, sinon par veulerie ? C’est compromettre son hygiène morale plus fâcheusement qu’en aucun vice, puisqu’on n’y trouve ni passion, ni jouissance, mais seulement de mornes habitudes. Voilà pourtant le chenil des jeunes bacheliers qui sortent des internats pour s’adapter à la société moderne… A marcher, le fusil en main, auprès des camarades, dans les hautes herbes, avec du danger tout autour, on nouerait une amitié de frères d’armes. Si cette vie primitive n’existe plus, si l’homme désormais doit ignorer ce que mettent de nuances sur la nature les saisons et les heures diverses du soleil, certains jeunes gens du moins cherchent, dans des entreprises hardies, appropriées à leur époque, mais où ils payent de leur personne, à dépenser leur vigueur ; et ils échangent avec les associés de leurs risques une sorte d’estime… bien différente de celle qu’on prodigue à la respectabilité d’un chevalier de la Légion d’honneur.

Comme ils sont une minorité, ces oseurs ! L’immense majorité du troupeau consume sa poésie à espérer qu’il sera fonctionnaire. Cartonnant, cancanant et consommant, ces demi-mâles, ou plutôt ces molles créatures que l’administration s’est préparées comme elle les aime, attendent au café, dans un vil désoeuvrement, rien que leur nomination. »

Maurice Barrès, Les déracinés

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Mille brasiers d’un modernisme fracassant

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« L’américanophobie, on le sait, est un très vilain défaut ; mais l’allergie à l’Empire, ce que l’on pourrait appeler l’empirophobie, a peut-être de beaux jours devant elle. Serions-nous en train de nous ressaisir tandis qu’ils s’apprêtent à allumer, aux quatre coins de la planète, mille brasiers d’un modernisme fracassant dont ils espèrent bien qu’on leur demandera ensuite de les éteindre, et cela jusqu’à la consommation des temps ? »

Philippe Muray, Festivus Festivus

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21/01/2012

Nous disons non à tous les visages de la mort

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« Nous ne sommes ni de droite, ni de gauche, nous ne sommes même pas d’en haut, nous sommes de partout. Nous sommes las de mutiler l’homme ; que ce soit pour l’accabler comme à droite ou pour l’adorer comme à gauche, nous sommes las de le séparer de Dieu. Nous n’abandonnerons pas un atome de la vérité totale qui est la nôtre. Au nom de quoi nous attaque-t-on ? Nos adversaires sont-ils pour le peuple ? Nous le sommes. Pour la liberté ? Nous le sommes. Pour la race, pour l’Etat, pour la justice ? Nous sommes pour tout cela, mais pour chaque chose à sa place. On ne peut nous frapper qu’en nous arrachant nos propres membres. Nous sommes pour chaque partie, étant pour le tout. Nous ne voulons rien diviniser de la réalité humaine et sociale parce que nous avons déjà un Dieu ; nous ne voulons rien repousser non plus parce que tout est sorti de ce Dieu. Nous ne sommes contre rien. Ou plutôt, car le néant est agissant aujourd’hui, nous sommes contre le rien. Devant chaque idole, nous défendons la réalité que l’idole écrase. Sous quelque fard qu’ils se présentent, nous disons non à tous les visages de la mort. »

Gustave Thibon, Retour au réel

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20/01/2012

Le relativisme absolu conduit à un indifférentisme

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Jacques Dewitte

« Alors qu’il voyageait au Mexique et visitait des sites archéologiques amérindiens en compagnie d’un écrivain mexicain, le philosophe polonais Kolakowski en est venu à se demander "où sont les barbares ?". Sont-ils du coté des conquistadores, lesquels sont barbares parce qu’ils ont voulu détruire une culture extra-européenne ? Ou bien ne seraient-ce pas plutôt du coté de ces Européens qui, devenus indifférents à leur propre tradition, posent l’équivalence absolue de toutes les cultures ? Dans ce cas on devrait paradoxalement admettre que les conquistadores seraient non seulement les derniers Européens, mais les derniers non-barbares. Car le relativisme absolu conduit à un indifférentisme et à une dissolution de tout ce à quoi l’on peut adhérer en quelque manière.

Il s’agit d’une boutade permettant surtout de prendre en considération ce problème capital : jusqu’où peut on aller dans la remise en question critique de soi-même. Peut-on aller, sans contradiction, jusqu’à approuver, le cas échéant, la barbarie dans un souci de respect des "autres" et de leur "altérité". Il s’agit en effet de déjouer le piège dans lequel tombe le relativisme culturel en finissant par nier la différence même entre lui-même et ses ennemis.

Etre barbare, c’est être emprisonné dans son exclusivisme et son fanatisme. Si l’on est fier d’en être sorti, si l’on se pique d’avoir surmonté l’enfermement dans la clôture ethnocentrique, alors on ne peut s’interdire de condamner la barbarie éventuelle des autres.

Faute de quoi l’universalisme se contredit lui-même :

"Il se nie s’il est généreux au point de méconnaitre la différence entre l’universalisme et l’exclusivisme […] entre soi-même et la barbarie ; il se nie si, pour ne pas tomber dans la tentation de la barbarie, il donne aux autres le droit d’être barbare".

L’universalisme ne peut donc rester à l’intérieur de la culture qui l’a produit [la culture européenne] et s’arrêter aux frontières des autres cultures, par "respect de leur différence". S’il ne veut pas se nier lui-même, il ne peut pas ne pas impliquer un certain prosélytisme. "L’universalisme se paralyse lui-même s’il ne se croit pas universel, c'est-à-dire propre à être propagé partout".

Kolakowski évoque de manière frappante une situation concrète qui est plus actuelle que jamais, dans les pays européens ayant accueilli d’importantes populations musulmanes et où certaines organisations tentent de faire reconnaître la charia à l’encontre du droit européen : quelle attitude adopter face aux règles de la loi islamique qui prescrit notamment la lapidation pour la femme adultère (ou la flagellation pour les hommes), ou bien l’amputation de la main pour la fraude fiscale ?

"Si l’on dit, dans un cas pareil, "c’est la loi coranique, il faut respecter les autres traditions", on dit en fait : "ce serait terrible pour nous, mais c’est bon pour ces sauvages" ; par conséquent, ce qu’on exprime, c’est moins le respect que le mépris des autres traditions, et la phrase "toutes les cultures sont égales" est la moins propre à décrire cette attitude". »

Leszek Kolakowski, "Où sont les barbares ?", Le village introuvable, Bruxelles, Complexe, 1978, p. 110-111, commenté ici par Jacques Dewitte dans L’exception européenne. Ces mérites qui nous distinguent, Paris, Michalon, 2008, p. 34-35


Leszek KOLAKOWSKI

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18/01/2012

Sa vraie patrie n'est-elle pas quelque part du côté de la constellation d'Orion ?

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« Ce 28 octobre 2005, au parc de la Muette, rencontre, dans l'après-midi, avec Yves Adrien et Édouard Burgalat [note de Tomblands : vraisemblablement faut-il comprendre Bertrand Burgalat]. C'est un bien grand jour. Yves Adrien et moi nous nous surveillons, nous nous attendons depuis une trentaine d'années, sans que nous nous soyons, à ce jour, rencontrés. C'est le "noble voyageur", personnage hors du temps et des temps, "venu d'ailleurs", qui subit avec une indifférence affectée les stigmates transparents de son état de grâce, qui se trouve là, devant moi ; l'incroyable accomplissement, tout arrive. Un ange à double identité, noire et blanche, la blanche l'emportant de loin sur la noire qui, subtilement, ne sert que de faire-valoir. Cette ambiguïté est-elle autre chose qu'une étincelante voilure ?

Une grâce aristocratique le commande, impitoyablement ; selon un mot de Charles Dickens, elle "porte l'estampille du ciel", et sa soumission est la garantie de son excellence prédestinée. Une grâce aérienne commande à son être, à tout instant. Et c'est sans doute ce qui crée un certain malaise, une certaine peur. Sans cesse il impose à ce monde une présence étrangère, d'outre-monde. Qui sont ses étranges, ses mystérieuses protections occultes, qui parvienne tà le maintenir hors des atteintes des "centrales du Chaos" ? Un jour, on saura peut-être qui était Yves Adrien, mais ce sera trop tard, bien trop tard.

En attendant, il est chose certaine que les opérations confidentielles dont il a la charge en ce monde contribuent à rétablir en permanence les déficiences imposées à celui-ci par les ténèbres menant leurs jeux cachés. Sa vraie patrie n'est-elle pas quelque part du côté de la constellation d'Orion ? Ce qu'il faut savoir, c'est que les temps d'Orion reviennent, et ceux de ses anciennes zones d'influence religieuse et civilisationnelle ; et qu'il ne s'agit pas seulement de l'Égypte, mais aussi du cœur irradiant de l'Eurasie, de la "Grande Europe".

Yves Adrien m'a confié qu'il ne se séparait jamais d'une petite image de sainte Thérèse de Lisieux la représentant sur son lit de mort, les yeux clos, la bouche entrouverte, on dirait qu'elle respire encore ; le visage secrètement brûlé, comme taché par la grande fièvre de la mort ; au-dessous de l'image, une brève citation des écrits de la sainte : " ...ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente". La même image de Thérèse n'a pas un seul instant quitté, depuis une trentaine d'années et plus, ma table de chevet.

Nous autres, l'"armée clandestine" des dévots inconditionnels de sainte Thérèse de Lisieux, constituons actuellement une des armatures les plus sûres de l'Église, le visage de la petite sainte illuminant nos vies en profondeur, comme un vivant soleil de grâce. Comme une garantie de salut, de victoire d'avance acquise par sa veille toute-puissante. Je ne peux encore en être certain, mais il se peut que cette nuit même - la nuit du 8 au 9 novembre 2005 - sainte Thérèse de Lisieux m'ait enfin accordé son pardon. (ce mystérieux pardon serait-il à mettre en relation avec ma rencontre avec Yves Adrien ? Je me le demande.) »

Jean Parvulesco, Un Retour en Colchide

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17/01/2012

Ce qu’il nous faut, c’est un roi en haillons ! Un vagabond sublime ! Un délirant profond !

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« "Oubliez les Bourbon, les Orléans, toute cette racaille. Ils sont démocrates, ils font de l’informatique et vont skier l’hiver. Leur idéal, c’est l’inauguration des maternelles. La solution aujourd’hui c’est de révolutionner la monarchie et d’inventer un nouveau roi pour les mille ans à venir."
"Un nouveau roi ?"
"Parfaitement ! Ce qu’il nous faut, c’est un roi en haillons ! Un vagabond sublime ! Un délirant profond ! Un lumpen-roi avec une couronne taillée dans une boîte de conserve !"
"Une boite de conserve ?"
"Ha ha ! La République est une salope ! Elle nous a chié dans les bottes !" a gueulé Lucien.
"Ouais, mais on va le trouver où, le roi des vagabonds ?" a demandé Pierre-Henri.
"Ca c’est une bonne question !" a répondu Lucien en claquant à nouveau des doigts.
"Peut-être bien qu’il faudra aller le chercher dans les catacombes, les gars."
"Dans les catacombes ?"
"C’est ce que j’ai dit."

Il y a eu un autre silence. Pierre-Henri se grattait la tête.

"Dans les catacombes" il a répété.
"Toute façon, on n’a pas le choix" a repris Lucien. "C’est une question de vie ou de mort." »

Olivier Maulin, Petit monarque et catacombes

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16/01/2012

L'évènement est l'ordinaire par excellence

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« A une société statistiquement envisagée, il n'arrive rien, sinon d'infimes et négligeables oscillations des courbes. C'est pour cette raison que malgré le caractère négligeable des variations, le journal télévisé peut présenter les statistiques des tués sur les routes, du chômage, du prix du baril, du niveau du CAC 40, etc, comme des évènements ; mais à qui donc arrivent-ils ? On comprend mieux que l'homme contemporain n'ait plus besoin de méditation symbolique, de création artistique, langagière, iconique: la réalité de la condition humaine - temporalité, incertitude, mortalité - qui les rendait nécessaires se trouve, dans ce fonctionnement social, parfaitement escamotée. Foucault montre bien ce qui, au niveau du rapport à l'évènement, distingue les techniques disciplinaires des techniques de contrôle : la discipline essaie de faire en sorte que l'évènement ne se produise pas ; le contrôle, au contraire, laisse arriver l'évènement : on ne peut pas empêcher l'évènement de se produire, mais on peut faire en sorte qu'il ne veuille rien dire, qu'il ne soit pas significatif, qu'il ne soit plus un évènement. On y parvient en abordant les choses d'un point de vue statistique : car alors, loin d'ébranler l'ordinaire, l'évènement est l'ordinaire par excellence, intégralement soumis à des lois. On fait donc en sorte que, s'il y a bien évènement, cet évènement n'arrive au fond à personne, sinon à ce "on" qui n'est qu'un personnage statistique.
Cette convergence, indiquée par Foucault, entre la statistique et le pouvoir laisse apparaître le mécanisme par lequel est prise en charge la temporalité de la vie humaine. Si l'évènement a lieu, mais ne le concerne plus, si le devenir suit son cours mais n'est plus le sien, alors l'individu est tout bonnement exproprié de la contingence de sa propre existence: sa vie reste bien ce pur quelconque sans rime ni raison, mais peu importe, il n'a plus d'effroi à en éprouver, puisque ce n'est plus sa vie, mais une vie panoptique intégrale, par là d'emblée justifiée dans sa contingence même, et dont celui qui était jadis sujet est devenu l'objet. La contingence des faits de l'existence est compensée par le caractère scientifique de leur occurrence, dont le sujet est expulsé.
Loin d'offrir la possibilité d'une symbolisation, la société intégrale, parce qu'elle transit le temps tout entier, qu'elle restitue ensuite par segments inertes, vidé de son événementialité, de son arrivée, laisse l'individu aux prises avec une contingence d'autant plus cruelle et sauvage qu'il ne peut s'y individuer, qu'elle ne s'offre pas comme expérience possible, qu'il ne peut pas composer avec l'évènement. La condition scientifique et biologique de l'existence humaine, réduite à celle de l'espèce aux prises avec un "environnement", a privé les évènements de leur possibilité de faire sens. Tout au plus est-ce bon ou mauvais pour la santé, qu'il s'agisse de la sienne propre ou de celle du "gros animal" social, comme disait déjà Platon. »

Cédric Lagandré, La société intégrale

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15/01/2012

La comédie gôchiste

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« Quand on est un bourgeois de gauche, on n’est pas un révolutionnaire mais on a une "sensibilité révolutionnaire". Cela signifie qu’on n’ira risquer ni sa peau, ni sa fortune pour la révolution prolétarienne, mais qu’on est toujours prêt à toutes les faiblesses, à toutes les compromissions, les lâchetés, pour avancer l’heure de son triomphe. Une telle disposition procure au sujet la flatteuse sensation qu’il a conscience du péril personnel où il se trouve engagé, mais qu’il se laisse déborder par son tempérament poétique. On fait généralement de ce genre d’imbéciles une grande réputation d’intelligence. (...) Tout écrivain, s’il veut être pris au sérieux, fût-il apparenté aux 200 familles, se doit d’avoir la fibre révolutionnaire. »

Marcel Aymé, Le confort intellectuel

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14/01/2012

La violence dans l’amitié a quelque chose de sain

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« La violence dans l’amitié a quelque chose de sain, de réconfortant. Cela équivaut, sur le plan de la pensée, à ces bagarres à coups de poing qui éclatent entre les jeunes gens. Après avoir cogné de tout leur cœur, les adversaires vont boire fraternellement un verre au café : leur amitié est sortie fortifiée de leur bataille ; elle s’accompagne d’une admiration nouvelle pour leurs muscles et leur courage. Ah, le délicieux sentiment que l’amitié ! D’un ami, que l’on a élu parce qu’on a trouvé en lui une conformité de pensée et de sentiments, parce qu’on l’a reconnu de même race que soi, un frère du cœur et de l’esprit, on accepte tout sans mettre en doute ses motifs. L’amitié est un sentiment viril : plus elle semble rude et impitoyable, plus elle est tendre au fond, et sourcilleuse, et attentive. C’est une âme de jeune mère dans un corps de rhinocéros. »

Jean Dutourd, L'âme sensible

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13/01/2012

Les amantes qui quittent notre vie

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« Les amantes qui quittent notre vie sont plus pathétiques que les mortes, car les amantes en allées sont celles que nous avons enterrées vivantes. »

Edgar Lee Masters, Autobiographie

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12/01/2012

Et ils glorifiaient le Bon Dieu qui les faisait riches

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« Cette conception (accordant le primat à la technique) a énormément facilité l’établissement du régime en justifiant les hideux profits de ses premiers bénéficiaires. Il y a cent cinquante ans, tous ces marchands de coton de Manchester — Mecque du capitalisme universel — qui faisaient travailler dans leurs usines, seize heures par jour, des enfants de douze ans que les contremaîtres devaient, la nuit venue, tenir éveillés à coups de baguette, couchaient tout de même avec la Bible sous leur oreiller. Lorsqu’il leur arrivait de penser à ces milliers de misérables que la spéculation sur les salaires condamnait à une mort lente et sûre, ils se disaient qu’on ne peut rien contre les lois du déterminisme économique voulues par la Sainte Providence, et ils glorifiaient le Bon Dieu qui les faisait riches…Les marchands de coton de Manchester sont morts depuis longtemps, mais le monde moderne ne peut les renier, car ils l’ont engendré matériellement et spirituellement. (…) Leur réalisme biblique, devenue athée, a maintenant des méthodes plus rationnelles. (…) La politique de production à outrance ménage aujourd’hui sa main-d’œuvre, mais la furie de spéculation qu’elle provoque déchaîne périodiquement des crises économiques ou des guerres qui jettent à la rue des millions de chômeurs, ou des millions de soldats au charnier… Oh ! je sais bien que des journalistes, peu respectueux de leur public, prétendent distinguer entre ces deux sortes de catastrophes, mettant les crises économiques au compte du Système, et les guerres à celui des dictateurs. Mais le déterminisme économique est aussi bon pour justifier les crises que les guerres, la destruction d’immenses stocks de produits alimentaires en vue seulement de maintenir les prix comme le sacrifice de troupeaux d’hommes. »

Georges Bernanos, La France contre les Robots

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11/01/2012

Un animal économique

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« Qu’il s’intitule capitaliste ou socialiste, ce monde s’est fondé sur une certaine conception de l’homme, commune aux économistes anglais du XVIIe siècle, comme à Marx ou à Lénine. On a dit parfois de l’homme qu’il était un animal religieux. Le système l’a défini une fois pour toutes un animal économique, non seulement l’esclave mais l’objet, la matière presque inerte, irresponsable, du déterminisme économique, et sans espoir de s’en affranchir, puisqu’il ne connaît d’autre mobile certain que l’intérêt, le profit. Rivé à lui-même par l’égoïsme, l’individu n’apparaît plus que comme une quantité négligeable, soumise à la loi des grands nombres ; on ne saurait prétendre l’employer que par masses, grâce à la connaissance des lois qui le régissent. Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain. »

Georges Bernanos, La France contre les Robots

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10/01/2012

Si belles-figures-pour-cortège-de-mariage

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« C'était merveille de voir leurs airs doucereusement contents de soi, leurs félicitations mutuelles, quand ils venaient de faire passer une motion toute niaise ou insane. Braves types à l'occasion, sales types à l'occasion, pauvres types toujours, il émanait d'eux, si compétents, si importants, si décorés, si belles-figures-pour-cortège-de-mariage, quelque chose de lourdement léger et d'ineffablement puéril. »

Henry de Montherlant, Le chaos et la nuit

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09/01/2012

Je suis optimiste quant à l’homme

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« De quel droit d’ailleurs un chrétien ou un marxiste m’accuserait-il par exemple de pessimisme... Ce n’est pas moi qui ai inventé la misère de la créature, ni les terribles formules de la malédiction divine. Ce n’est pas moi qui ai crié ce Nemo bonus, ni la damnation des enfants sans baptême. Ce n’est pas moi qui ai dit que l’homme était incapable de se sauver tout seul et que du fond de son abaissement il n’avait d’espérance que dans la grâce de Dieu. Quant au fameux optimisme marxiste ! Personne n’a poussé plus loin la méfiance à l’égard de l’homme et finalement les fatalités économiques de cet univers apparaissent plus terribles que les caprices divins.

Les chrétiens et les communistes me diront que leur optimisme est à plus longue portée, qu’il est supérieur à tout le reste et que Dieu ou l’histoire, selon les cas, sont les aboutissants satisfaisants de leur dialectique. J’ai le même raisonnement à faire. Si le christianisme est pessimiste quant à l’homme, il est optimiste quant à la destinée humaine. Eh bien ! je dirai que pessimiste quant à la destinée humaine, je suis optimiste quant à l’homme. Et non pas au nom d’un humanisme qui m’a toujours paru court, mais au nom d’une ignorance qui essaie de ne rien nier. »

Albert Camus, Ce texte est paru sous le titre Fragments d'un exposé fait au couvent des dominicains de Latour-Maubourg en 1948 dans : Albert Camus, Actuelles. Chroniques (1944-1948), Paris, Gallimard, 1950


Photo de mon pote Eric James Guillemain

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08/01/2012

L’amour de la France, aujourd’hui, ne saurait être qu’une longue tristesse

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Je vole, encore une fois sans hésiter, cet extrait  chez ILYS, mais cette fois à VAE VICTIS...

 

Je le vole parce que je me retrouve pas mal dans certains passages de Renaud Camus que je pourrais faire miens pleinement et que je souligne.

 

« La mélancolie “historique” est bien la dernière dont j’eusse cru, enfant, que je puisse être un jour affecté. Eussé-je vécu dans un pays heureux, dans un pays vivant une phase heureuse de son histoire, je ne m’en fusse probablement même pas aperçu, je n’eusse pas songé à m’en réjouir. Je me serais dit que les destins individuels sont tout ce qui compte, que l’important est de faire sa vie en y mettant autant de talent et d’énergie qu’on le peut, que la tâche essentielle est de construire son bonheur individuel ou à tout le moins son destin. De même, je n’eusse probablement même pas songé à être français. Ce n’est pas ma pente naturelle. Je suis aussi peu chauvin qu’il est possible, j’aime autant ou plus les arts, les cultures et les paysages d’autres nations que ceux de la mienne et, si un choix objectif m’avait été offert, j’eusse sans douté préféré être anglais, ou écossais, les tempérament nationaux d’outre-Manche, si différents qu’ils soient l’un de l’autre, me semblant mieux accordés au mien que celui de cette rive-ci. N’empêche : qu’on prétende m’empêcher d’être français, ou qu’on veuille me forcer à l’être d’une façon aussi totalement déculturée, affadie, désolante que celle qui a cours aujourd’hui parmi nous, cela m’a donné le goût et la conscience de l’être vraiment, ne serait-ce que par dignité, ou par esprit de contradiction, ce qui est souvent la même chose. Et ce goût ne pouvait être qu’un goût mélancolique, cette conscience une conscience malheureuse. Comme l’amour des paysages et l’amour de la langue, l’amour de la France, aujourd’hui, ne saurait être qu’une longue tristesse. Être citoyen d’un pays qui meurt, et qui meurt aussi salement, aussi bêtement, aussi bassement, je ne sais pas comment on pourrait ne pas en souffrir.
Des deux catastrophes qui se sont abattues en même temps sur mon pays, l’effondrement de sa culture par l’effet de l’égalitarisme social, du prétendu “enseignement de masse” et de la dictature de la petite bourgeoisie, et d’autre part la dissolution d’un peuple au profit d’un autre ou de plusieurs autres, sur le territoire national, je ne sais pas laquelle m’affecte davantage. À la vérité elles ne sont guère séparables. L’une était la condition de l’autre. L’autre était seule à même de parachever l’une. »

Renaud Camus, La Campagne de France

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