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17/06/2012

Grâce et Sacrifice

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« Plus grande est la grâce qu'un homme reçoit de Dieu, plus grand est le sacrifice qu'il offrira en échange. En Jésus, le sacrifice et la grâce ont atteint leur sommet. »

Otto Weininger, Des fins ultimes

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Pas de différences entre les hommes...

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« A mesure qu'on a plus d'esprit, on trouve qu'il y a plus d'hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent pas de différence entre les hommes. »

Blaise Pascal, Pensées

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Une nouvelle image de Dieu

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« Ce que propose tout grand écrivain, c'est une nouvelle image de Dieu. »

Jean-René Huguenin, Journal

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Avenir... Passé...

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« La vulgarité est aujourd’hui d’être "moderne", à la page, de se tenir au courant, de flairer l’avenir… Je cherche au nom de quoi on condamnerait ceux qui sont hors de leur époque. Qu’y a-t-il dans l’avenir de supérieur au passé ? »

Henry de Montherlant, carnets

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16/06/2012

Chaque nerf en lui était en éveil

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« Il était dans un état mystérieux, empli de bien-être psychique ; chaque nerf en lui était en éveil, son sang chantait et il était en communion totale avec la nature tout entière : le soleil, les montagnes et tout le reste autour de lui ; son propre moi lui répondait à travers les arbres, les arbustes et les feuilles. Son âme, tel un orgue, résonnait en un crescendo, et jamais il n'oublierait la façon dont cette douce musique coulait dans ses veines. »

Knut Hamsun, Mystères

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15/06/2012

Il y a quelque chose qui est la spécificité, la singularité et le lourd privilège de l’Occident

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« Dans l’histoire de l’Occident, il y a une accumulation d’horreurs –contre les autres tout autant que contre lui-même. Ce n’est pas là le privilège de l’Occident : qu’il s’agisse de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique avant la colonisation ou des Aztèques, les accumulations d’horreurs sont partout. L’histoire de l’humanité n’est pas l’histoire de la lutte des classes, c’est l’histoire des horreurs bien qu’elle ne soit pas que cela. Il y a , il est vrai, une question à débattre, celle du totalitarisme : est-ce, comme je le pense, l’aboutissement de cette folie de la maîtrise dans une civilisation qui fournissait les moyens d’extermination et d’endoctrinement à une échelle jamais auparavant connue dans l’histoire, est-ce un destin pervers immanent à la modernité comme telle avec toutes les ambiguïtés dont elle est porteuse, est-ce encore autre chose ? (…)

Il y a quelque chose qui est la spécificité, la singularité et le lourd privilège de l’Occident : cette séquence social-historique qui commence avec la Grèce et reprend, à partir du XIème siècle, en Europe occidentale, est la seule dans laquelle on voit émerger un projet de liberté, d’autonomie individuelle et collective, de critique et d’autocritique : le discours de dénonciation de l’Occident en est la plus éclatante démonstration. Car on est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. Mais je n’ai jamais vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la seconde guerre mondiale. Les Arabes dénoncent ans arrêt leur colonisation par les Européens, lui imputant tous les maux dont ils souffrent –la misère, le manque de démocratie, l’arrêt du développement de la culture arable, etc. Mais la colonisation de certains pays arabes a duré, dans le pire des cas, cent trente ans : c’est le cas de l’Algérie de 1830 à 1962. Mais ces mêmes arabes ont été réduits à l’esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles. La domination Turque sur le Proche et le Moyen Orient commence au XVIème siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans –donc les arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêtée vers le XIème, au plus XIIième siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’arabes –pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIème siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage ont été introduites en Afrique par des marchands arabes à partir du XI-XIIième siècle (avec comme toujours la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci : que la spécificité de la civilisation Occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’auto-critiquer. Il y a dans l’histoire Occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a crée cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre êtres humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime. »

Cornélius Castoriadis, La montée de l’insignifiance

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Une auto dérision qui va jusqu’à la haine de soi

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« Les défaites implacables (de juin 1940 à Diên Biên Phu) et plus encore les vaines victoires (de 1918 à l’Algérie) ont popularisé l’idée de notre déclin. C’est même devenu un lieu commun. Parce que nous ne sommes plus la puissance dominante, note très pertinemment Hubert Védrine, nos compatriotes considèrent que nous ne sommes plus rien. Chacun, chaque communauté, chaque mémoire veut se venger de ce "rien" qu’on juge suffisamment affaibli pour pouvoir être attaqué et écrasé.
L’histoire du XXe siècle pourrait se résumer à cette interrogation française existentielle : Comment trouver un rôle dans la distribution mondiale, alors qu’on n’a plus le rôle-titre, qu’on le sait, qu’on pressent même qu’on aurait dû, et pu, le conserver, et que ce déclassement vous meurtrit, même si on dissimule cette meurtrissure derrière une auto dérision qui va jusqu’à la haine de soi ? »

Eric Zemmour, Mélancolie française

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14/06/2012

Le féminisme, injure au sexe féminin ?

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« Le féminisme, injure au sexe féminin ? Et pourtant ! Y a-t-il quoi que ce soit d’injurieux à considérer qu’au bout du compte hommes et femmes diffèrent sur de nombreux points ? Rendre justice à tous, ce n’est pas parer chacun d’attributs mythiques, c’est honorer des qualités réelles. Affirmer que les sexes sont en tout point similaires, c’est non seulement énoncer une absurdité, mais c’est aussi aliéner la femme puisque c’est elle que l’on situe par rapport à l’homme. Cela, le psychologue britannique Gleen Wilson l’a très bien vu. "Ce qui échappe aux féministes, explique-t-il, c’est que leur propre position pourrait constituer la plus grosse insulte jamais faite au sexe féminin. Elle implique en effet que les femmes sont des créatures si faibles et ayant si peu de personnalité qu’elles peuvent aisément adopter (sous la pression des hommes) un comportement contraire à leur inclination, et que le comportement masculin est à ce point idéal qu’elles doivent tout faire pour chercher à l’imiter". Et Gleen Wilson ajoute fort judicieusement : "Je crois qu’hommes et femmes sont égaux en ce sens qu’ils sont prédisposés par leur nature biologique à se comporter de façon particulière et que les rôles sexuels adoptés de façon caractéristique par les hommes et les femmes sont également utiles à l’espèce".

C’est la conclusion du bon sens ; mais c’est aussi celle qu’impose la connaissance des faits. Car ainsi que l’explique Evelyne Sullerot : Quand Simone de Beauvoir dit : "On ne naît pas femme, on le devient", c’est une thèse. Mais quand on dit : "On naît bel et bien femme", c’est une constatation. »

Yves Christen , L’égalité des sexes

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13/06/2012

Le chef-d’œuvre est individuel dans son expression

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« — Je ne sais pas si tu t’en es aperçu, continue Roger ; mais les toiles des grands maîtres qui illuminent les murs des musées, les poèmes de pierre ou de marbre qui resplendissent sous leurs voûtes, sont des appels à l’indépendance. Ce sont des cris vibrants vers la vie belle et libre, des cris pleins de haine et de dégoût pour les moralités esclavagistes et les légalités meurtrières.

— Non, dis-je, je ne m’en étais pas aperçu complètement ; mais j’en avais le sentiment vague. Je le vois maintenant : c’est vrai. Rien de plus anti-social — dans le sens actuel — qu’une belle œuvre. Et le chef-d’œuvre est individuel, aussi, dans son expression ; il existe par lui-même et, tout en existant pour tous, il sait n’exister que pour un ; ce qu’il a à faire, il le dit dans la langue de celui qui l’écoute, de celui qui sait l’écouter. Il est une protestation véhémente et superbe de la Liberté et de la Beauté contre la laideur et la Servitude ; et l’homme, quelles que soient la hideur qui le défigure et la servitude qui pèse sur lui, peut entendre, s’il le veut, comme il faut qu’il l’entende, cette voix qui chante la grandeur de l’Individu et la haute majesté de la Nature ; cette voix fière qui étouffe les bégaiements honteux des bandes de pleutres qui font les lois et des troupeaux de couards qui leur obéissent. Voilà pourquoi, sans doute, les gouvernements nés du capital et du monopole font tout ce qu’ils peuvent pour écraser l’Art qui les terrorise, et ont une réelle haine du chef-d’œuvre.

— Peut-être ; moi, je te dis ce que j’ai éprouvé ; mais je n’ai pas été seul à le ressentir. Je le sais. J’ai vu les figures des serfs de l’argent, les soirs des dimanches pluvieux, lorsqu’ils sortent des musées qu’ils ont été visiter ; j’ai vu leurs fronts fouettés par l’aile du rêve, leurs yeux captivés encore par un mirage qui s’évanouit. Leur esprit n’est point écrasé sous la puissance des œuvres qu’ils ne peuvent analyser et qu’ils ne comprennent même pas ; mais ils ont eu la vision fugitive de choses belles qui ont existé et qui existent ; ils ont eu la sensation éphémère de la possibilité d’une vie libre et splendide qui pourrait être la leur et qu’ils n’auront jamais, jamais, qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas avoir, et qu’il leur est interdit de rêver. Car ils sont les damnés qui doivent croire, dans les tourments de leur géhenne, à l’impossibilité des paradis ; qui doivent prendre — sous peine d’affranchissement immédiat — la vérité pour l’erreur et les réalités pour les chimères... Ah ! la tristesse de leurs figures, au bas de l’escalier du Louvre !

— Un philosophe allemand l’a dit : "Le besoin de servitude est beaucoup plus grand chez l’homme que le besoin de liberté : les forçats élisent des chefs."

— Il y a des exceptions. Moi, j’en suis une. J’ai l’horreur de l’esclavage et la passion de l’indépendance ; les années que j’avais passées à bord des navires de l’État ne m’avaient pas donné, comme à tant d’autres, l’habitude et le goût du collier ; au contraire. Je sentais qu’il me fallait prendre une résolution énergique et, puisque je ne voulais suivre aucune de ces routes qui mènent du bagne capitaliste à l’hôpital, m’engager résolument dans les chemins de traverse, au mépris des écriteaux qui déclarent que la chasse est réservée, et sans crainte des pièges à loups... Un jour, au Louvre, j’ai volé un tableau. Cela s’est fait le plus simplement du monde. L’après-midi était chaude ; les visiteurs étaient rares ; les gardiens prenaient l’air auprès des fenêtres ouvertes. J’ai décroché une toile de Lorenzo di Credi, une Vierge qui me plaisait beaucoup ; je l’ai cachée sous un pardessus que j’avais jeté sur mon bras et je suis sorti sans éveiller l’attention. Tu t’étonneras peut-être...

— Mais non ; je sais avec quelle rapidité les œuvres d’art disparaissent mystérieusement des musées français ; je suis porté à croire qu’avant peu il ne restera plus au Louvre que les faux Rubens qui le déshonorent et les Guidi Reni qui l’encombrent ; et que l’administration des Beaux-Arts prendra alors le parti raisonnable de placer la Source d’Ingres où elle devrait être, au milieu du Sahara. »

Georges Darien, Le Voleur

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12/06/2012

Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même

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« Tout au bout de ce long effort mesuré par l'espace sans ciel et le temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d'où il faudra la remonter vers les sommets. Il redescend dans la plaine.

C'est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m'intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même. Je vois cet homme redescendre d'un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est celle de la conscience. A chacun de ces instants, où il quitte les sommets et s'enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son destin. Il est plus fort que son rocher.

Si ce mythe est tragique, c'est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine, si à chaque pas l'espoir de réussir le soutenait ? L'ouvrier d'aujourd'hui travaille, tous les jours de sa vie, aux mêmes tâches et ce destin n'est pas moins absurde. Mais il n'est tragique qu'aux rares moments où il devient conscient. Sisyphe, prolétaire des dieux, impuissant et révolté, connaît toute l'étendue de sa misérable condition : c'est à elle qu'il pense pendant sa descente. La clairvoyance qui devait faire son tourment consomme du même coup sa victoire. Il n'est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris.

Si la descente ainsi se fait certains jours dans la douleur, elle peut se faire aussi dans la joie. Ce mot n'est pas de trop. J'imagine encore Sisyphe revenant vers son rocher, et la douleur était au début. Quand les images de la terre tiennent trop fort au souvenir, quand l'appel du bonheur se fait trop pressant, il arrive que la tristesse se lève au cœur de l'homme : c'est la victoire du rocher, c'est le rocher luimême. Ce sont nos nuits de Gethsémani. Mais les vérités écrasantes périssent d'être reconnues. Ainsi, Œdipe obéit d'abord au destin sans le savoir. A partir du moment où il sait, sa tragédie commence. Mais dans le même instant, aveugle et désespéré, il reconnaît que le seul lien qui le rattache au monde, c'est la main fraîche d'une jeune fille. Une parole démesurée retentit alors : " Malgré tant d'épreuves, mon âge avancé et la grandeur de mon âme me font juger que tout est bien. " L'Œdipe de Sophocle, comme le Kirilov de Dostoïevsky, donne ainsi la formule de la victoire absurde. La sagesse antique rejoint l'héroïsme moderne.

On ne découvre pas l'absurde sans être tenté d'écrire quelque manuel du bonheur. " Eh ! quoi, par des voies si étroites... ? " Mais il n'y a qu'un monde. Le bonheur et l'absurde sont deux fils de la même terre. Ils sont inséparables. L'erreur serait de dire que le bonheur naît forcément de la découverte absurde. Il arrive aussi bien que le sentiment de l'absurde naisse du bonheur. " Je juge que tout est bien ", dit Œdipe, et cette parole est sacrée. Elle retentit dans l'univers farouche et limité de l'homme. Elle enseigne que tout n'est pas, n'a pas été épuisé. Elle chasse de ce monde un dieu qui y était entré avec l'insatisfaction et le goût des douleurs inutiles. Elle fait du destin une affaire d'homme, qui doit être réglée entre les hommes.

Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l'univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s'élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont l'envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n'y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit.

L'homme absurde dit oui et son effort n'aura plus de cesse. S'il y a un destin personnel, il n'y a point de destinée supérieure ou du moins il n'en est qu'une dont il juge qu'elle est fatale et méprisable. Pour le reste, il se sait le maître de ses jours. A cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore.

Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe

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11/06/2012

N’attends pas la femme idéale, elle n’existe pas

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« N’attends pas la femme idéale, elle n’existe pas. il y a des femmes qui te font sentir plus vivant mais ce sont précisément les femmes qui te planteront sous les yeux de la foule. bien sûr je sais à quoi m’attendre, mais ça n’empêche pas le couteau de couper. la femelle s’amuse à passer d’un homme à l’autre, et si elle est en position de le faire, pas un n’arrive à lui résister. le mâle, malgré ses bravades et son goût pour l’exploration, est l’élément loyal du couple, celui qui est généralement amoureux. la femelle est douée pour la trahison, la torture et la damnation. n’envie jamais sa femme à un homme. derrière tout ça se cache un véritable enfer. »

Charles Bukowski, Cité par Howard Sounes in "Charles Bukoski, une vie de fou"

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10/06/2012

Après tant d’imposture et de fraude, il est réconfortant de contempler un mendiant

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« Après tant d’imposture et de fraude, il est réconfortant de contempler un mendiant. Lui, du moins, ne ment ni ne se ment: sa doctrine, s’il en a, il l’incarne; le travail, il ne l’aime pas et il le prouve; comme il ne désire rien posséder, il cultive son dénuement, condition de sa liberté. Sa pensée se résout en son être et son être en sa pensée. Il manque de tout, il est soi, il dure: vivre à même l’éternité c’est vivre au jour le jour. Aussi bien, pour lui, les autres sont-ils enfermés dans l’illusion… Sa paresse, d’une qualité très rare, en fait véritablement un “délivré”, égaré dans un monde de niais et de dupes. »

Emil Michel Cioran, La Tentation d'Exister

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09/06/2012

La "dépression" est partout

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« On peut raisonnablement estimer que, depuis la nuit des temps, tous les représentants de notre espèce connaissent épisodiquement des mo­ments de déprime ; le mal-être, le flou identitaire et la douleur d’exister font jusqu’à un certain point partie intégrante de notre condition. On peut imaginer aussi que certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres à ce que nous appelons aujourd’hui la "dépression", que ce soit pour des raisons purement psychologiques, liées à l’éducation, ou pour des raisons physiologiques, liées au circuit neurologique et hor­monal du corps.

Mais il y a néanmoins tout lieu de penser que notre époque est la proie d’un sentiment exacerbé de malaise intérieur. Depuis le tournant des années 1830 et l’entrée brutale dans la révolution industrielle, l’Occident semble ainsi submergé par une vague plus ou moins généralisée de "spleen", que les auteurs romantiques qualifiaient avec optimisme de "mal du siècle", sans savoir que nous l’éprouverions encore près de deux cents ans après eux… Notre art s’en est largement fait l’écho, tout au long du XXe siècle, de même que nos publications médicales, nos magazines, nos reportages télévisés et nos conver­sa­tions. La "dépression" est partout, superficiellement soignée par les traitements pharmacologiques à la mode, comme une rustine apposée sur un navire en voie de perdition. »

Thibault Isabel, A bout de souffle

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08/06/2012

Gauche et Droite

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« La gauche s’est ralliée au libéralisme économique parce qu’elle était déjà acquise à l’idée de progrès et au libéralisme "sociétal", tandis que la droite s’est ralliée au libéralisme des moeurs parce qu’elle a d’abord adopté le libéralisme économique. Il est en effet tout aussi illusoire de croire qu’on peut être durablement libéral sur le plan politique ou "sociétal" sans finir par le devenir aussi sur le plan économique (comme le croient la majorité des gens de gauche) ou qu’on peut être durablement libéral sur le plan économique sans finir par le devenir sur le plan politique ou "sociétal" (comme le croient la majorité des gens de droite). En d’autres termes, il y a une unité profonde du libéralisme. Le libéralisme forme un tout.

A la sottise des gens de gauche qui croient possible de combattre le capitalisme au nom du "progrès", répond l’imbécillité des gens de droite qui pensent possible de défendre à la fois des "valeurs traditionnelles" et une économie de marché qui ne cesse de les détruire. »

Alain de Benoist, "Le socialisme contre la gauche", in revue "Eléments"

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Quelques caresses qui rayonnèrent comme des prodiges

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« Je me sentis écrasé par mon immonde destinée. Je fis un signe à la première venue : une petite blonde maigrelette, à peine aperçue. Elle avait des cheveux de mousse qui sentaient le champagne bon marché, des jarrets fragiles.
Elle m’accorda quelques caresses sommaires qui rayonnèrent comme des prodiges. Puis ce fut la même brisure que la première fois, mais je la dissimulais avec un soin rageur. Comme c’est long de se rhabiller. »

Pierre Drieu la Rochelle, L’Homme couvert de femmes

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