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02/11/2012

C’est une honte de gagner la guerre

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« - Chez nous, dis-je [Malaparte], en Europe, seuls les morts comptent.

- Je suis las de vivre parmi les morts, dit Jimmy ; je suis content de rentrer chez moi, en Amérique, parmi les hommes vivants. Pourquoi ne viendrais-tu pas, toi aussi, en Amérique ? Tu es un homme vivant, l’Amérique est un pays riche et heureux.

- Je le sais, Jimmy, que l’Amérique est un pays riche et heureux. Mais je ne partirai pas, il faut que je reste ici. Je ne suis pas un lâche, Jimmy. Et puis, la misère, la peur, la faim, l’espérance sont, elles aussi, des choses merveilleuses. Plus merveilleuses que la richesse et le bonheur.

- L’Europe est un tas d’ordures, dit Jimmy, un pauvre pays vaincu. Viens avec nous, l’Amérique est un pays libre.

- Je ne peux pas abandonner mes morts, Jimmy. Vous autres, vous amenez vos morts en Amérique. Il part tous les jours pour l’Amérique des bateaux chargés de morts. Ce sont des morts riches, heureux, libres. Mais mes morts à moi ne peuvent pas se payer un billet pour l’Amérique, ils sont trop pauvres. Ils ne sauront jamais ce qu’est la richesse, le bonheur, la liberté. Ils ont toujours vécu dans l’esclavage ; ils ont toujours souffert de la faim et de la peur. Même morts, ils seront toujours esclaves, ils souffriront toujours de la faim et de la peur. C’est leur destin, Jimmy. Si tu savais que le christ gît parmi eux, parmi ces pauvres morts, est-ce que tu l’abandonnerais ?

- Tu ne voudrais pas me faire croire, dit Jimmy, que le Christ a perdu la guerre ?

- C’est une honte de gagner la guerre, dis-je à voix basse »

Curzio Malaparte, La Peau

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01/11/2012

"Celui-ci sera meilleur pour le salut de votre âme."

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« Prenant le livre que je lui tendais, Nimier l’expédia droit dans une corbeille à papiers, disant d’un ton sec : "Ça ne vaut pas un clou." Puis, tirant un livre d’une pile qui se trouvait sur son bureau, il l’ouvrit, écrivit quelque chose sur la page de garde et me l’offrit : "Celui-ci sera meilleur pour le salut de votre âme."
Il s’agissait d’une œuvre récente de Montherlant, bizarrement intitulée Pages catholiques, à l’usage, sans doute, des premiers communiants.
La dédicace disait ceci : "À François Mauriac que je vais, hélas, décevoir. Ce sont des pages que l’on tourne, pas de jeunes pages que l’on retourne. Son dévoué, Montherlant." »

Christian Millau, Au galop des hussards

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31/10/2012

Un parti de logiciens, un parti logique

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« Les théoriciens de l’Action française veulent que l’affaire Dreyfus ait été dans son principe même, dans son origine non seulement une affaire pernicieuse, une affaire véreuse, mais une affaire intellectuelle, une invention, une construction intellectuelle ; un complot intellectuel. Je me permettrai de dire à mon tour, et en retour, que cette idée même me paraît être le résultat d’une construction intellectuelle. Si l’on engageait la conversation, je dis une conversation un peu suivie avec les hommes de ce parti, on (dé)montrerait peut-être aisément, on en viendrait, je crois, rapidement à poser qu’ils sont et surtout qu’ils se croient les grands ennemis du parti intellectuel et du monde moderne, mais qu’en réalité ils sont eux-mêmes une certaine sorte de parti intellectuel et de parti moderne. Très notamment un parti de logiciens, un parti logique. »

« Il ne fait aucun doute que pour nous la mystique dreyfusiste fut non pas seulement un cas particulier de la mystique chrétienne, mais qu’elle en fut un cas, éminent, une accélération, une crise temporelle, une sorte d’exemple et de passage que je dirai nécessaire. Comment le nier, à présent que nous sommes à douze et quinze ans de notre jeunesse et qu’enfin nous voyons clair dans notre cœur. Notre dreyfusisme était une religion, je prends le mot dans son sens le plus littéralement exact, une poussée religieuse, une crise religieuse, et je conseillerais même vivement à quiconque voudrait étudier, considérer, connaître un mouvement religieux dans les temps modernes, bien caractérisé, bien délimité, bien taillé, de saisir cet exemple unique. J’ajoute que pour nous, chez nous, en nous ce mouvement religieux était d’essence chrétienne, d’origine chrétienne, qu’il poussait de souche chrétienne, qu’il coulait de l’antique source. Nous pouvons aujourd’hui nous rendre ce témoignage. »

Charles Péguy, Notre jeunesse

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30/10/2012

D’une Europe à l’autre, il n’y a qu’un pas

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« Une forte odeur, une odeur violente et grasse, monte à ma rencontre, venant du Bratesc. Quelque charogne enfoncée dans la boue. De grosses mouches vertes et bleues, aux ailes irisées d’or, bourdonnent alentour avec insistance. Un détachement de sapeurs roumains prépare une mine pour faire sauter le pont unissant la rive de Galatz à la rive soviétique de Reni. Les soldats parlent et rient à haute voix. L’eau trouble du Bratesc éclaire de reflets jaunes un paysage en agonie, paresseux et fugace, un paysage pourri. On sent l’imminence de la guerre comme un orage en suspens, comme une chose indépendante de la volonté humaine, presque un fait naturel. Ici, l’Europe est déjà hors de ses propres limites, extérieure à toute architecture morale : elle n’est autre chose qu’un prétexte, l’Europe, ce continent de chairs pourries. À la tête du pont, au seuil de l’U.R.S.S., se dresse un rustique arc de triomphe soviétique surmonté du rituel trophée de la faucille et du marteau. Je n’ai qu’à traverser le pont, à faire quelques centaines de pas, pour sortir de cette Europe, et passer les frontières de l’autre Europe. D’une Europe à l’autre, il n’y a qu’un pas. Un mauvais pas, dirai-je. »

Curzio Malaparte, La Volga naît en Europe

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29/10/2012

L'impression écrasante, définitive, qu'un homme est noyé dans l'humanité...

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« D'autre part, au cours de ces interminables queues que nous faisions par millions le long des routes menant aux trop vastes champs de bataille, j'avais reçu, pour la première fois de ma vie, l'impression écrasante, définitive, qu'un homme est noyé dans l'humanité... »

« Dans les deux dernières années de l'occupation, je vivais dans un charme de plus en plus captivant. Depuis longtemps je m'étais séparé de la foule et de tous ceux qui pensent selon la foule... »

« Enfin seul, à jamais seul. Je pouvais jouir comme je n'en avais jamais joui de ma solitude, et de son véritable caractère, enfin découvert, de chemin vers la mort. »

« Et il n'en restait pas moins qu'en d'autres temps, quand rien de particulier ne me menaçait, j'ai conçu de mourir jeune, d'aller au devant de la mort. Et, entre deux peurs, celle d'être tuée et celle de mourir, j'ai vaincu celle de mourir. »

« La littérature est le contraire d'une sérieuse discipline philosophique et religieuse qui veut aller jusqu'à l'ascèse, et par là, acquérir la concentration sur des points de plus en plus imperceptibles. »

« Mes habitudes de pensée n'ont pas changé depuis mon enfance; presque tout mon temps est occupé par des imaginations qui piétinent sans cesse dans les mêmes ornières, ou bien j'imagine le corps d'une belle femme qui tire ses traits de mes divers souvenirs et je me décris mes relations quotidiennes avec elle, selon le mythe d'une liaison réussie et d'un mariage parfait (il entre là-dedans quelques velléités sentimentales...) ou bien j'imagine un appartement, une maison dont je trace tous les détails : telle table, tel lit, ou bien j'imagine tel état politique idéal. »

« J'aurais dû rester dans une sphère "supérieure", ne pas m'engager de temps en temps dans les comparaisons particulières ? Et bien non, je voulais être humain jusqu'au bout et prendre ma part de la merde des opinions partisanes, des fureurs éphémères, des animadversions locales. Oui, je voudrais avoir de la merde aux pieds... Mais pas plus haut. »

« Je fais des méchants poèmes qui m'amusent beaucoup : je sais qu'ils sont mauvais et pourtant... un mauvais poème rapproche le poète sinon le lecteur, de la beauté, parfois. »

« l y a quelques années que je suis las de la politique : dans cette sphère, ce que nous appelons la sottise humaine éclate avec une satisfaction monstrueuse. »

« Je ne crois pas dans la littérature et je pense que le temps de la littérature est passée. »

« Je perds chaque jour l'avantage sublime de cette concentration d'esprit qui pouvait se faire sur un décès de date certaine. »

Pierre Drieu la Rochelle, Récit Secret

 

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28/10/2012

Son propre visage...

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« La meilleure solution serait de ne jouer aucun rôle, de montrer son propre visage, n'est-ce pas ? Il n'y a rien de plus astucieux que son propre visage parce que personne n'y croit. »

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Les Démons

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L'acte de ceux qui n'ont pas su en accomplir d'autres

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« Il n'osait pas lui protester que la vie était bonne, faute de se sentir en possession d'arguments bien aigus. »

« Il se sentait de plus en plus encerclé par les circonstances qu'il avait laissées se poser autour de lui. »

« l aurait pu concevoir, dès lors, la fonction de l'écriture qui est d'ordonner le monde pour lui permettre de vivre. »

« Les actes sont rapides; la vie est vite finie; on en arrive bientôt à l'époque des conséquences et de l'irréparable. »

« Sa famille croyait qu'il avait des idées subversives. Mais il n'avait pas d'idées, il en manquait atrocement : son esprit, c'était une pauvre carcasse récurée par les vautours qui planent sur les grandes villes creuses. »

« Pourtant il lui fallait encore parler, d'abord pour empêcher un effrayant silence, et aussi parce qu'en défendant ces idées qu'il avait rencontrées et qui convenaient si bien à ses vices et à ses faiblesses, il défendait sa peau. »

 

Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu Follet

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27/10/2012

Ces mythes que sont les foules, les peuples, les états

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« Et puis, ajouta Bardy, je m'excite beaucoup plus sur ces mythes que sont les foules, les peuples, les états que sur ces mythes que sont les femmes. J'y trouve un assouvissement sensuel et sentimental beaucoup plus grand. »

« Nul mieux que lui ne savait que les recherches mystiques ne vous font pas sortir du camp de concentration de la comédie humaine dont une des sections est la comédie des caractères nationaux. »

« Ah, est-il vraiment d'étranges humains qui regardent les hommes avec le regard d'un dieu, et le dieu même avec le regard de Dieu, et Dieu avec l'orbite vide et vertigineuse du non-être ? »

« Sa vie n'était que réalisation et il avait besoin sans cesse de la saveur de la réalisation. »

« Les hommes d'action sont des artisans maniaques qui remettent sans cesse le même objet sur le tour. »

« - Au fond les germanophiles sont des gens qui ont pitié des Allemands, de leur isolement. Il n'en a pas toujours été ainsi. Au siècle dernier les Allemands ont été dans l'intimité de beaucoup de nations... mais au fond les Allemands n'ont communiqué avec le monde que par la philosophie et la musique, on ne leur pardonne pas les heures trop profondes qu'on a passées avec leurs grands esprits. ... C'est eux aussi qui ont fait l'histoire...

- L'histoire...

- Oui, ça n'intéresse plus personne, assura Constant. Les hommes prennent en horreur l'histoire dont ils ont abusé. L'époque des lumières est bien finie. Les hommes ont besoin d'oublier. »

Pierre Drieu la Rochelle, Les chiens de Paille

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25/10/2012

Glisser dans le dégoût

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« Mon désir éperdu devant tous les êtres est de séduire, et si je vis dans la solitude aujourd'hui, entre autres raisons, c'est que d'avoir exercé cette passion sur n'importe qui m'a de bonne heure fait glisser dans le dégoût. »

« Je sentais depuis un an auprès de cette fille, sans les compensations de la tendresse partagée, cette atroce solitude de l'homme devant la concupiscence de la femme qui reste toujours indifférente à ce qu'il a le plus à cœur, en dépit des simulations... »

« Se réveiller sans soucis, c'est une conjoncture extraordinaire et incompréhensible qui, à la réflexion, doit vous faire amasser une débordante inquiétude pour le lendemain. »

« Pour moi, pendant des années, je n'avais jamais vu poindre une silhouette de femme sans croire que la face de la terre commençait de se retourner. »

« Rien de plus trompeur que l'apparence physique à notre époque de transition où la robustesse, surtout chez les femmes, paraît encore une exception, un mérite, et, pour cela, une promesse de force morale. »

Pierre Drieu la Rochelle, Blèche

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24/10/2012

Le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte

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« Nous appelons ainsi celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l’univers, se voit enfin livré au néant. Tel pourrait être le destin d’un grand nombre d’hommes, et même de tous - il faut donc qu’un caractère s’y ajoute. C’est que le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte, fût-elle sans espoir. Est Rebelle, par conséquent, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne dans le temps à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, le fatalisme. A le prendre ainsi, nous serons aussitôt frappés par la place que tient le recours aux forêts, et dans la pensée, et dans la réalité de nos ans. »

Ernst Jünger, Le recours aux forêts

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23/10/2012

Ce dont j'ai le plus souffert, c'est de l'inachèvement des hommes

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« J'avais cru vivre mon sacrifice et ma mort, mais de mon propre consentement. Je m'apercevais que là où je n'avais vu que du feu, les autres jouissaient de ma sueur servile et se vantaient de mon acquiescement sans réplique. »

« Les Américains ne sont que les pires Européens qui ont changé de continent pour jouer plus à l'aise leur jeu de brutes captées par l'abstrait. »

« Comment est-ce qu'on peut faire sortir la vie de rien ? Mais on ne fait jamais entièrement rien ; on peut faire peu de choses. C'est de ce peu que j'ai fini par noircir un livre. »

« Vos vies n'ont pas été exemplaires : je ne vous pardonne pas que l'on puisse séparer vos vies de vos œuvres. »

« Mais il y a dans l'ascétisme, une façon de laisser aller le monde, de le laisser devenir laid, qui me dégoûte, qui me révolte. »

« Pour écrire je n'ai pas vécu, je n'ai vécu que pour écrire, et aujourd'hui je puis écrire seulement que je n'ai pas vécu. »

« Maintenant je voyais clairement que je ne pouvais garder mon honneur d'homme. L'honneur d'un homme, c'est d'agir. Or il y avait beau temps que je ne pouvais plus agir. ... Depuis quelque temps cette inaction me semblait ma nature même et je commençais d'espérer qu'une puissance inconnue s'y cachât. »

« J'étais né esclave et fait pour la meule. Incapable des gestes de la liberté, je ne pouvais me déployer que dans une humilité exemplaire. »

« On ne peut se mêler à la vie comme spectateur mais comme acteur. »

« Comment accepter de propos délibéré que les actes qu'on accomplit ne soient pas susceptibles tous d'exercer un pouvoir exemplaire ? »

« Ton œuvre a besoin de ta vie, elle exige que tu vives, tant bien que mal.

(...)

J'aurais été pour eux un objet de scandale et de dérision.

(...)

Ce dont j'ai le plus souffert, c'est de l'inachèvement des hommes. »

« Mais enfin, la beauté, c'est tout ce qui nous est donné et je ne pardonnerai jamais à mes amis ni à moi de n'avoir pas tout fait pour être moins laids. »

« Je ne veux renoncer à rien. »

« Alors le cri certain tourne à n'être qu'une fanfaronnade malsaine, digne d'un sectaire de ruisseau, fasciste ou communiste. »

« Après tout, je ne suis pas qu'un écrivain, je suis un homme en proie au problème total. Toute cette écriture, toute cette tunique de signes qui s'accroche à mes reins, c'est votre tourment à tous, c'est votre vieille conscience fatiguée, exsangue. »

« Et cet adieu, comme j'ai envie de le prolonger, de le répéter, car produire des formes, c'est toute la passion de l'homme. »

« Que le chant de ma paresse emporte la rumeur de mes derniers soucis. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Jeune Européen

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22/10/2012

Une certaine tranquillité avec soi-même

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« C'est un privilège bien rare, et qui ne tient ni à la fortune, ni au rang, que d'être à l'aise dans la vie. Cela suppose une certaine tranquillité avec soi-même. »

« Un artiste qui a fait de l'art sa religion, sait très bien que l'injustice règne dans le monde des lettres et que personne n'est à sa place ; il n'attend d'aucune expiation pour les méchants auteurs, aucun salut pour les meilleurs. Cela admis, il peut s'accommoder de tout sur terre. »

« Aujourd'hui une bonne part de ma vie disparaît dans le sommeil, le reste est vite dissipé, la suite des jours prend une allure inquiétante, tout le monde, autour de moi, vieillit rapidement ; c'est à peine si je peux considérer une chose future, elle est tout de suite dépassée. »

« ... je n'ai vu que chez Drieu, le silencieux, cette façon de s'exprimer en mots éteints, presque insaisissables et qui vous transperçaient par je ne sais quelle vertu aigüe, quel poids dans l'indéterminé. »

« Si un écrivain a du style, ce qu'il dit n'a aucune importance. On le lira toujours avec plaisir. »

Jacques Chardonne, Vivre à Madère

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21/10/2012

Cette abdication, cette création, c'est l'amour

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« Il était emporté dans le sens de sa vie qui ne relevait ni de la raison ni du plaisir, fidélité mystérieuse, volonté subie, implacable comme la direction du train. »

« Tout ce que j'ai fait est inutile,... Eh bien, c'est étrange, je n'ai pas le sentiment d'une vie perdue ... Il n'y a pas de vie perdue, quand on a aimé ... ne fut-ce que ses outils ... Cet attachement, cet amour pour des êtres et pour de petites choses de rien, assurément périssables, et que la vie même, avant la mort, nous retire, je voudrais savoir ce qu'il signifie l'amour si vivace, rebelle à toute raison, à la plus vieille expérience ... et cet espérance qui est au fond de l'amour ... cet espérance qui est au fond de tout ... »

« ... il sait le néant des choses humaines, et aussi le vide de ce monde spirituel qu'il a cru d'essence si différente. »

« Une force de destruction semble s'acharner sans relâche sur toute tentative d'harmonie ou de stabilité, rouler des débris, salir les maisons, bousculer les êtres qui vont s'user au travail. »

« Le plus souvent l'amour suffit chez un seul ; cela facilite les rencontres. Avec beaucoup d'assiduité un homme finit par se faire agréer ;... - Il arrive aussi que l'amour soit partagé. - Voilà le mystère. - Le cas est si rare que l'on pourrait se dispenser d'en parler. Cependant tout se passe dans la société comme si l'exception était la règle, l'amour partagé et durable, ce que le mariage suppose ... Tout est organisé en faveur de l'exception merveilleuse.

(...)

"Aimer une femme, c'est le bonheur", se disait Jean. Par une femme, seulement, on adhère à la vie, on saisit un objet réel, on connaît la beauté, on a une raison d'être. Mais cet amour suppose un cœur apte à le recevoir et une complète soumission, afin que la femme domine par sa douceur même. Pauline n'aura jamais tort, elle ne sera jamais vieille, elle sera toujours la plus charmante, la plus sage, la plus noble. Elle n'impose rien. Son pouvoir vient de Jean ; elle n'existe que pour lui. Cette abdication, cette création, c'est l'amour. »

Jacques Chardonne, Les Destinées Sentimentales

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20/10/2012

Il faut de l'âge pour savoir au juste ce que l'on aime

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« Il faut de l'âge pour savoir au juste ce que l'on aime. Les blessures et les fatigues de la vie ont affiné le tact. On ressemble à ces connaisseurs délicats que tout rebute : ce qu'ils apprécient avec discernement les ravit comme personne. »

« Ceux qui nous ressemblent ne nous intéressent qu'un instant ; ils nous montrent bientôt notre faiblesse. »

« On ne saisit la réalité humaine que dans sa propre vie et à travers son expérience, mais elle n'est pas communicable. L'homme est infini et impossible à représenter. »

Jacques Chardonne, Claire

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L'engagement n'a pas d'autre motif que la trouille de se retrouver seul avec soi-même

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« C'est parce que je n'ai pas la crainte de la solitude, même si elle m'est parfois à charge, que je n'éprouve pas le besoin d'imiter mes camarades de fac qui militent dans des mouvements : l'engagement, qu'il soit chrétien et marxiste, n'a souvent pas d'autre motif que la trouille de se retrouver seul, en tête à tête avec soi-même. Le groupe, ça distrait et ça tient chaud. »

Gabriel Matzneff, Cette camisole de flammes, journal 1953-1962

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