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06/01/2012

Il existe des rapports secrets entre toutes les puissantes façons d'exister

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« Les hommes politiques qui sont aujourd'hui aux premières places ne sont en réalité que les gagnants d'une partie où il s'agit de se nantir du mieux qu'on peut ; ce sont des hommes qui ont réussi. Le pire mal n'est pas qu'ils passent leurs temps dans des intrigues qui n'ont rien de beau, c'est que, vivant de la sorte, ils n'en restent pas moins chargés de dire au peuple tous les grands mots qui glorifient un idéal. Mais parlant ainsi sans autorité, ils dégoûtent les gens de ce que ces mots représentent. Alors, au contraire, ceux des hommes qui étaient élévés au-dessus de tous les autres sentaient qu'ils n'étaient grands que par les choses qui vivaient en eux. Chargés de tous les insignes du pouvoir matériel, ils croyaient cependant à des supériorités plus pures qui dépassaient la leur et, parfois, ils les exaltaient eux-mêmes. Deux ans à peine après la mort de François (d'Assise), Grégoire IX le canonisa. »

« Il est bien vrai qu'en tout temps l'homme apporte à la vie les mêmes instincts. La seule affaire est de savoir ce que les hommes de chaque époque ont ajouté à ce fonds commun, et s'ils ont contenu et discipliné ces instincts, ou s'ils se sont bornés à les laisser libres. »

« Il existe en effet, des rapports secrets entre toutes les puissantes façons d'exister. Elles s'appellent, se provoquent, se sollicitent. Alors même qu'elles semblent s'opposer, elles se répondent. »

« Ce n'est pas dans les époques de mollesse que se manifestent les plus purs types de douceur. Le monde moderne se croit violent, mais il se vante, il n'est que grossier. Si la violence s'y produisait hardiment, peut-être verrait-on paraître des caractères opposés, pour lui donner la réplique. »

« L'homme moderne a pris toutes ses précautions contre le sublime. Il en était autrement au moyen âge ; les hommes y attendaient perpétuellement quelqu'un qui les dépassât. Celà les exposait à bien des erreurs et bien des risques, mais il y avait des portes ouvertes là où, maintenant, il y a des portes fermées. »

Abel Bonnard, Saint François d'Assise

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05/01/2012

Qu’est-ce que j’en ai à foutre du communisme ?

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« Voilà un mois, mon agent Maxim Lieber m’a refusé une nouvelle sous prétexte qu’elle était ironiquement pro-catholique. Je n’ai vraiment pas eu conscience du moindre préjugé en écrivant cette histoire. Tout cela m’est venu aisément et naturellement. Le style en est bon. Lieber me l’a dit. Il a même ajouté que c’était une excellente nouvelle et qu’il réussirait sans aucun doute à la vendre. Je suis encore fou de rage à l’idée qu’un agent, un simple agent, un foutu marxiste, un putain de corniaud de marxiste, rejette une nouvelle parce qu’elle ne correspond pas à ses caprices du moment. C’est la troisième fois que cela m’arrive. Je suis sûr que vous ne m’auriez pas fait une chose pareille; je me rappelle beaucoup de textes que vous avez publiés qui n’étaient pas en harmonie avec vos principes.

Une nouvelle est nouvelle ; si elle est bonne, elle doit être imprimée. Mais sous prétexte qu’une nouvelle a un thème catholique, il n’y a pas de raison pour qu’un putain d’agent à la con -- censé s’occuper de textes littéraires et non de propagande -- la refuse. J’en ai ma claque de ce bonhomme ; mieux, je vais lui faire la peau à la première occasion. Qu’est-ce que j’en ai à foutre du communisme ? Ils peuvent bien me coller le dos au mur et me fusiller; ce n’est pas pour ça que j’adhérerai au marxisme de pacotille d’une coterie imbécile de diplômés d’Harvard qui -parce qu’ils n’ont rien dans les tripes- gobent et défendent des principes auxquels ils pigent que dalle. »

John Fante, (Fante/Mencken-Correspondance)

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04/01/2012

La Politique selon Dave Mustain

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« Pour moi, les choses sont assez simples. Je veux pouvoir porter une arme ; écouter la musique que je veux ; manger, boire et être heureux ; et ne faire de mal à personne (sauf, bien entendu, si c'est de la légitime défense). C'est un résumé du Sermon sur la Montagne : traite autrui comme tu voudrais qu'il te traite. »

Dave Mustain, Splendeur et misère d'une icône trash

 

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Aujourd'hui j'ai vu Sainte-Sophie. A peine entré dans le monument, je n'ai plus eu à y faire un pas. Je lui appartenais tout entier.

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« Aujourd'hui j'ai vu Sainte-Sophie. A peine entré dans le monument, je n'ai plus eu à y faire un pas. Je lui appartenais tout entier. Les autres édifices, quand ils sont d'une aussi vaste étendue, demandent que le visiteur les parcoure, afin de s'emparer successivement de toutes leurs perspectives. Ici l'on est aussitôt sous la domination de l'immense coupole ; elle rend tout l'édifice unanime. Quand un monument arrive à cette beauté souveraine, il n'est plus au pouvoir de personne de lui arracher son âme. On a pu faire du Parthénon une église, puis une mosquée, il n'a jamais daigné le savoir. A Sainte-Sophie, l'Islam n'est rien. Il a eu beau pendre à ses parois d'énormes inscriptions, elle témoigne à jamais pour cette somptueuse civilisation byzantine où l'art ne se sépare pas du faste ; les chapiteaux sont plus brodés encore que sculptés, les tribunes se creusent comme des grottes enchantées, l'oeil cherche encore les mosaïques sous le badigeon qui les a couvertes. Sainte-Sophie reste à jamais la grande Église, celle qui mettait en présence l'Empereur et Dieu, l'Autocrator et le Pantocrator, et où la hiérarchie des fonctionnaires était si exactement continuée par celle des Dominations et des Trônes qu'on ne devait pas voir exactement où elles s'attachaient l'une à l'autre.

A l'exception de cet édifice, presque tout ce qui représentait Byzance a péri. On la retrouve encore dans une magnifique citerne, dans quelques églises que l'Islam, au lieu de les détruire, s'est contenté d'envahir, et dans les remparts. Il est une de ces églises qui est restée dans mon souvenir. C'est la Kharié-Djami. Elle dépendait d'un couvent et date du temps des Comnène, mais presque toutes les mosaïques dont elle est décorée sont moins anciennes et ne remontent qu'au XIVè siècle. On la trouve tout près des murailles, au bout d'un de ces quartiers qui traînent et se défont dans la solitude. Il était midi quand j'y arrivai. Le vieux muezzin, penché sur le balcon du minaret, distribuait d'une voix cassée son appel aux quatre horizons. Après quoi il redescendit dans la mosquée, où quelques fidèles faisaient leur prière, avec les prosternations prescrites. Cependant, les mosaïques des deux narthex me racontaient l'histoire du Christ et celle de la Vierge. »

Abel Bonnard, "Constantinople", in Le bouquet du monde

 

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03/01/2012

Nous ne renoncerons pas à Jésus-Christ, mais nous ne renoncerons pas davantage à Epicure et à Pyrrhon. Que les barbus se mettent bien ça dans le ciboulot.

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« Les idéologues musulmans puisent leur énergie missionnaire dans cette conviction que l’Europe déchristianisée, ignorante de sa propre tradition religieuse, est un fruit blet prêt à tomber dans le vert tablier de Mahomet. L’effacement de la foi chrétienne laisse un vide et il est naturel que les plus excités d’entre les islamistes soient persuadés que ce vide, ils n’auront aucune difficulté à le combler. L’ancien chancelier allemand Helmut Kohl a, lors d’un récent séjour à Rome, déclaré que s’il avait été un des auteurs de la Constitution européenne il se serait battu pour qu’y figurât une explicite référence à nos racines chrétiennes. Et il a ajouté : "Au lieu de céder au laïcisme à la française, nous devons le combattre."

C’est vrai, il y a des Français ringards qui s’imaginent qu’il suffit de tonner contre le Vatican pour acquérir un brevet d’esprit libre. Il y a une France jacobine pour qui l’histoire de notre pays commence en 1789 et qui nous casse les pieds avec les "valeurs républicaines" dont elle a en permanence la bouche pleine. Cette France sectaire et vieillotte nous ennuie.

Il convient toutefois ne pas tomber dans un excès opposé. Certes, le christianisme aura été, de Madrid à Moscou, de Stockholm à Palerme, un des creusets où s’est formé le génie européen, et pour s’en convaincre il suffit de visiter à Amsterdam l’exposition qui réunit présentement Rembrandt et le Caravage. Il n’est cependant pas le seul, et le paganisme gréco-romain en est un autre. Les Psaumes et le Sermon sur la Montagne sont pour nous, depuis plus de deux mille ans, une inépuisable source d’élévation spirituelle, mais le Contre les moralistes de Sextus Empiricus et les Lettres à Lucilius de Sénèque ne le sont pas moins. On m’affirme que dans l’Iran d’aujourd’hui la lecture de poètes tels que Saadi, Omar Khayyam, Abou Nawas, qui chantent le vin, l’amour, les jeunes personnes, le scepticisme, le dolce farniente, est proscrite. Si c’est vrai, je le déplore pour les Iraniens, mais nous, en Europe, personne ne nous empêchera de continuer à lire Théocrite et Horace qui font partie de notre héritage, de notre univers esthétique et moral au même titre que Dante et Bossuet. Nous ne renoncerons pas à Jésus-Christ, mais nous ne renoncerons pas davantage à Epicure et à Pyrrhon. Que les barbus se mettent bien ça dans le ciboulot. »

Gabriel Matzneff, Sextus Empiricus contre les barbus (Chronique du 21/03/2006 )

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02/01/2012

Le socialisme est réactionnaire au sens le plus profond

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« Le socialisme est le frère cadet et fantasque du despotisme agonisant, dont il veut recueillir l'héritage ; ses aspirations sont donc réactionnaires au sens le plus profond. Car il désire la puissance étatique à ce degré de plénitude que seul le despotisme a jamais possédé, il surenchérit même sur le passé en visant à l'anéantissment pur et simple de l'individu ; lequel lui apparait comme un luxe injustifié de la nature qu'il se croit appelé à corriger pour en faire un organe utile de la communauté. A cause de cette affinité, il se montre toujours au voisinage de tous les déploiements excessifs de puissance, comme le vieux socialiste Platon, à la cour du tyran de Sicile.»

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, § 473

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01/01/2012

Chez les peuples usés mentalement

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« Chez des races vigoureuses, énergiques, arrivées au point culminant de leur développement, on observe, aussi bien sous des institutions républicaines que sous des institutions monarchiques, l’extension considérable de ce qui est confié à l’initiative personnelle, et la réduction progressive de ce qui est confié à l’Etat. "Chez les peuples usés mentalement", le gouvernement est toujours un pouvoir absorbant tout et régissant les moindres détails de la vie du citoyen. Le socialisme n’est que l’extension de cette conception. »

Gustave le Bon, Psychologie du Socialisme


Psychologie du socialisme par Gustave le Bon, chez Scribd

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31/12/2011

Le langage symbolique

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« Si l'on reconnaît l'insuffisance du langage ordinaire pour exprimer "l'inexprimable", il reste tout de même, pour approcher ce mystère, la ressource du langage symbolique, qui suggère beaucoup plus que ce qu'il dit, comme une parole qui meurt sous le poids trop grand de la contemplation silencieuse qu'elle contient. C'est pourquoi le langage symbolique, riche de la pluralité de son sens, constitue le langage initiatique par excellence, le véhicule indispensable de tout enseignement traditionnel. »

Lucien Méroz, René Guénon ou la sagesse initiatique

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30/12/2011

L'esprit du siècle

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« Il faut marcher avec son siècle, disent les hommes qui prennent pour un siècle les courts moments où ils ont vécu. Mais, depuis Tacite, on appelle l'esprit du siècle tous les désordres qui y dominent. Ce n'est pas avec un siècle, c'est avec tous les siècles qu'il faut marcher. »

Louis de Bonald, Réflexions sur l’intérêt général de l'Europe

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Au contact du nihilisme à l’œuvre en Occident

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« J’ai quitté l’enseignement public non seulement parce que je m’y ennuyais à mourir, mais parce que je n’y supportais plus d’y voir la langue française piétinée au point de n’être plus qu’un instrument de propagande de la pensée dominante. J’ai vu mourir une culture. J’ai dit, et je le maintiens, quoique cette affirmation m’ait naguère valu le pilori, que l’évacuation de la dimension littéraire de la langue au profit de sa démocratisation utilitaire a eu lieu en grande partie pour ne pas désespérer les enfants d’immigrés. Une langue sacrifiée à la paix civile, c’est la mort d’une culture millénaire. Je n’en rends nullement les immigrés responsables ; les semeurs de vent, ce sont les idéalistes post chrétiens et les marchands d’esclaves au pouvoir. Les reliquats hystériques du gauchisme ont fait le reste : évacuer la dimension spirituelle de la culture. On comprend dés lors que nous soyons méprisés par ces mêmes immigrés : comment l’Islam, quand bien même il n’en serait pas l’allié objectif, ne trouverait-il pas à se renforcer au contact du nihilisme à l’œuvre en Occident ? »

Richard Millet, L’opprobre

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29/12/2011

Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.

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« J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait de toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur. »

Albert Camus, L'étranger

Standing on the beach
With a gun in my hand
Staring at the sea
Staring at the sand
Staring down the barrel
At the arab on the ground
I can see his open mouth
But I hear no sound

I'm alive
I'm dead
I'm the stranger
Killing an arab

I can turn
And walk away
Or I can fire the gun
Staring at the sky
Staring at the sun
Whichever I chose
It amounts to the same
Absolutely nothing

I'm alive
I'm dead
I'm the stranger
Killing an arab

I feel the steel butt jump
Smooth in my hand
Staring at the sea
Staring at the sand
Staring at myself
Reflected in the eyes
Of the dead man on the beach
The dead man on the beach

I'm alive
I'm dead
I'm the stranger
Killing an arab

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28/12/2011

Un cas extrême de nouvel alignement

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« Une approche frappante de l’approche contemporaine de cette guerre de quatorze siècles a été donnée le 8 octobre 2002, par le premier ministre français de l’époque, Jean-pierre Raffarin, dans son discours sur l’Irak à l’assemblée nationale. Evoquant devant les députés la figure de Saddam Hussein, il releva qu’un des personnages historiques favoris de Saddam Hussein était son compatriote Saladin, lui aussi originaire de la ville de Tikrit. Au cas ou les députés auraient ignoré qui était Saladin, Jean-pierre Raffarin tînt à préciser qu’il fut celui "qui défit les croisés et libéra Jérusalem". Qu’un premier ministre catholique présente la prise de Jérusalem par Saladin comme une libération de la domination des croisés, français de surcroît pour la plupart, témoigne d’un cas extrême de nouvel alignement, sinon des loyautés, du moins des perceptions des choses. »

Bernard Lewis, L’Europe et l’Islam, Le débat, mai 2008

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27/12/2011

Qu'il soit anathème !

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« Si quelqu'un, même nous ou un ange du ciel, vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons annoncé, qu'il soit anathème. »

Saint Paul, Épitre aux Galates, 1 : 8 (Sainte Bible)

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26/12/2011

Un roman pour la vie

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La parole est à ma douce Irina...

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J'ai lu "La Grève" (Atlas Shrugged) d'Ayn Rand, je voulais en faire un compte-rendu parce que c'est un roman à côté duquel on ne peut pas passer, et puis un ami m'a fait lire son compte-rendu de lecture.
Non par paresse (enfin, quoique...) mais surtout parce que je l'ai trouvé pertinent, je souhaiterais vous le faire partager (en attendant de me coller à mon propre compte-rendu que je mettrai en ligne dès que je le pourrai).
Histoire quand même de vous mettre l'eau à la bouche, de vous faire franchir le pas, et surtout de passer outre aux critiques de toute sorte concernant l'idéologie d'Ayn Rand.
Certes, son système de pensée est pleinement développé dans ce roman et ceux qui la connaissent et l'apprécient y trouveront leurs repères. Mais c'est aussi un roman, bien écrit (et dans ce cas extrêmement bien traduit) où les personnages sont tous hauts en couleurs (y compris ceux qu'on apprend à détester au fil de la lecture), le suspense est là du début à la fin, l'amour aussi (un côté un peu "soap" d'ailleurs, mais il faut remettre ça dans le contexte, n'oublions pas que ce roman a été écrit dans les années 50) et la philosophie d'Ayn Rand, qui ne peut laisser indifférent.
Bref, que de bons ingrédients qui ne vous feront pas regretter votre achat (pour ceux qui franchiront le pas !)

Merci Vincent. 

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"  La Grève, d’Ayn Rand, est-elle un roman à thèse, en ce sens qu’elle y illustrerait et y défendrait ses idées ? Oui. Mais le condamner pour ce seul motif aurait quelque chose d’absurde, comme si le roman et l’expression de conceptions philosophiques était incompatibles, et comme si tout grand roman n’était pas, en son fond, l’expression, explicite ou non, d’une vision du réel et de l’homme. À ce compte, il faudrait condamner tout Balzac et Zola, jeter Camus à la poubelle. Le vrai problème serait-il qu’elle n’y défend pas les « bonnes » thèses ? Écartons ces polémiques stériles. Et tentons de répondre à cette question de la manière la plus factuelle possible : La Grève est-elle, oui ou non, un bon roman ?

  La charge critique de l’expression – en soi péjorative – de « roman à thèse » repose sur l’insinuation que le texte visé serait en réalité plus une thèse qu’un roman, le plaquage d’une narration artificielle sur une armature théorique préexistante qui constituerait le seul niveau de lecture pertinent. Un prétexte, en un mot, à l’expression plus ou moins directe des théories de l’auteur. Or, si Ayn Rand a des idées bien établies, si elle les exprime en certains endroits de manière explicite et si elles la poussent à recourir quelquefois à des facilités que l’on est en droit de regretter – ainsi les pseudo-défenseurs de l’intérêt général qu’elle met en scène sont l’incarnation d’une médiocrité intégrale, et j’aurais aimé qu’elle se donne une adversité plus consistante que ces fantoches –, ce serait réellement faire injure à son œuvre que de la réduire à ses seules dimensions théoriques. Si les déboires du réseau de chemin de fer transcontinental que dirige Dagny Taggart, une femme d’affaire dotée d’une force de caractère peu commune, semblent constituer de prime abord l’intrigue principale, le lecteur découvre progressivement qu’il n’en est rien. Elle n’est qu’une des nombreuses intrigues que contient ce roman luxuriant, qui toutes finissent par trouver leur unité et leur pleine signification avec la résolution de la question lancinante qui ponctue tout le texte : « Qui est John Galt ? » L’intérêt du lecteur est donc non seulement motivé par la curiosité qui le pousse à savoir comment Dagny Taggart et Hank Rearden, son partenaire sidérurgiste, vont résoudre les problèmes entrepreneuriaux qu’ils rencontrent, mais aussi par cette intrigue de type policière qui y est instillée. Roman industriel, roman policier, La Grève appartient aussi pour partie aux genres de la science et de la politique-fiction : ainsi, Hank Rearden est-il l’inventeur d’un métal révolutionnaire, le Rearden Metal, aux intrigants reflets bleu-vert, incomparablement plus léger et plus résistant que l’acier ; plus tard dans l’intrigue, il découvre avec Dagny, dans une usine abandonnée, les restes d’un moteur de type inédit, capable de produire une quantité d’énergie qui était jusque-là inconcevable ; tout cela sur fond de multiplication des républiques populaires et de tentatives de plus en plus poussées du gouvernement américain, au nom de l’« égalité des chances », pour régenter toute l’économie. Enfin, et ce serait manquer un aspect essentiel de La Grève que de ne pas en faire mention, ce roman est aussi un grand roman d’amour. Dagny, toute impitoyablement rationnelle qu’elle soit dans la conduite de ses affaires, n’est pas qu’un pur intellect. Elle est, au fil du roman, initiée à des sentiments de plus en plus élevé, fondé sur l’admiration qu’elle voue à ses partenaires et sur le partage de valeurs fondamentales – au premier chef, celle de l’amour de la vie –, qui s’incarne dans des relations charnelles passionnées, d’une très grande intensité. J’ai rarement lu des scènes érotiques aussi fortes et aussi bien menées. Même la description du désir masculin est d’une confondante précision. Dans ces pages, magnifiques, Ayn Rand parvient à chanter la quintessence de la vie comme peu d’autres auteurs l’ont réussi avant elle, et elle réussit dans ces instants de grâce à donner à son lecteur un avant-goût de ce vers quoi toute son œuvre tend : le paradis terrestre, ou plus précisément la restauration de la terre comme paradis.

  Outre de véritables morceaux de bravoures littéraires, comme l’extraordinaire description du voyage qu’effectuent Hank et Dagny à bord de la motrice du train inaugurant la première ligne construite en Rearden Metal, j’ai particulièrement apprécié l’art consommé des dialogues – excellemment traduits par Sophie Bastide-Foltz – qui se manifeste dans toute cette œuvre. Appuyés sur des analyses psychologiques d’une rare finesse, qui insufflent une âme à des personnages dont on aurait pu craindre qu’ils soient totalement engoncés dans un manichéisme sans nuance, ils donnent lieu à des échanges d’une vigueur que j’ai rarement vues. Je n’y ai pas trouvé de scories, de ces phrases insipides que l’on rencontre dans de trop nombreux romans et qui n’ont pour seul but que de produire un « effet de réel » superflu et lassant. Toutes les répliques se tiennent, notamment grâce à une implacable exigence logique qui permet d’aller creuser les fissures des mots et de révéler les impostures que certains dissimulent. De fait, ces dialogues, sous une forme très vivante et souvent jubilatoire – les duels verbaux de Dagny et de Lillane, la redoutable et perverse épouse de Hank, sont un chef-d’œuvre du genre –, constituent une authentique enquête sur le langage lui-même, à travers la mise en contraste de deux manières de l’employer : celui, clair, précis, objectif, des entrepreneurs confrontés à des faits auxquels ils se doivent de faire face, et celui, sans substance, vague, pleins de doubles sens et de sous-entendus, truffé de grandes notions incantatoires devant lesquelles toute volonté devrait plier à l’instant, des « parasites » et des « pillards » – entendons des politiques et de ces entrepreneurs corrompus qui comptent plus sur la manipulation et l’intrigue pour conquérir le pouvoir et bâtir leur fortune que sur leur travail et leur compétence.

  La moindre des surprises que réserve La Grève n’est pas, en effet, la découverte qu’Ayn Rand n’y déploie pas une apologie inconditionnelle du dollar mais qu’elle y mène une vaste réflexion morale nettement plus subtile. « Faire de l’argent » n’est pas pour elle un but qui justifie tous les moyens. Le traitement qu’elle inflige au frère de Dagny, Jim, ou à l’un des concurrents de Hank, Orren Boyle, est sans ambiguïté sur ce point : ces personnages sans talent, ces hommes sans qualité, ne parviennent à leurs fins qu’en usant de basses manœuvres et en manipulant la notion d’« intérêt général » à leur profit. Leur sens de la justice sociale n’est qu’un paravent destiné à casser des concurrents plus talentueux qu’eux. Mais ces personnages sont encore bien plus que de simples figures d’hypocrites manipulateurs : ils incarnent l’anti-individu par excellence. Ainsi Jim n’est animé par aucune intériorité, par aucun désir, par aucun but personnel, si ce n’est celui d’être aimé inconditionnellement, sans raison, pour rien. Sa conception pervertie de l’amour, fondée sur son néant spirituel, est un nihilisme de fait. Elle se couple à l’idée qu’on ne peut aimer au sens plein que des êtres faibles et méprisables, sous prétexte qu’il n’y a aucun « mérite » à aimer quelqu’un pour ses qualités. Par conséquent, si jamais la personne sur laquelle il a jeté son dévolu se révèle moins nulle qu’il ne l’imaginait, il s’emploie sadiquement à la détruire. Jim n’est qu’un conformiste : il ne fait que désirer ce que tout le monde désire (l’amour, le succès, la reconnaissance sociale), en estimant – comme tout le monde – qu’il n’y a pas moins droit que ses voisins, et qu’il est donc fondé à s’emparer de ce qui lui est dû. À l’inverse, un individu authentique est d’abord une personne qui n’est pas engluée dans le mimétisme social, et donc, parce qu’elle est capable de nager à contre-courant, qui est le vecteur de la création et de l’innovation. Conséquent avec lui-même, cet individu assume l’entière responsabilité, sociale et financière, de cette attitude. Il est prêt à accepter, temporairement ou définitivement, la condition de paria, comme il est prêt à accepter la ruine et la pauvreté. Il estime que rien ne lui est dû tant qu’il n’a pas établi la preuve objective de ses qualités. Mais si la réussite survient, grâce à ses compétences personnelles et à sa volonté acharnée, il entend en contrepartie en recueillir le maximum de fruits. Gagner de l’argent, dans ce cadre, est la matérialisation du mérite personnel, la juste récompense de l’effort consenti. Le dollar est donc bien plus que le symbole d’une monnaie : il est le symbole d’un système de valeurs où la qualité des individus reçoit sa pleine récompense, et où les droits du créateur sur les produits de son intelligence sont pleinement reconnus – y compris les droits de ne pas l’exploiter ou de le détruire. Le capitalisme est donc préférable au collectivisme non parce qu’il est plus efficace que lui, mais parce qu’il est, fondamentalement, plus moral. Comment, en effet, être heureux, comment avoir confiance dans la vie et dans les autres si, du jour au lendemain, des apôtres de l’étatisme peuvent faire main basse sur vos biens et vous priver de toute perspective de progrès personnel ? Comment, alors, ne pas se sentir dépossédé de sa propre existence ? Rappelons que, née en Russie en 1905, Ayn Rand eut une connaissance de première main de ce que signifiait concrètement vivre sous un régime collectiviste totalitaire.

  Certes, on pourrait reprocher à Ayn Rand d’avoir accentué l’aspect héroïque, presque surhumain, de ses principaux personnages : ils sont jeunes, beaux, supérieurement intelligents, et capables de maîtriser leurs passions même les plus violentes. Mais, outre que par ces aspects ils rattachent le texte, par-delà l’apothéose moderne du bon sens bourgeois et de la figure donquichottesque du raté magnifique, à la grande tradition de l’épopée classique, leur mentalité dénuée de toute complaisance, leurs propos d’apitoiement sur eux-mêmes lui confère une extraordinaire énergie. Si elle jette sur le monde un regard sans concession, Ayn Rand est tout sauf une cynique, et encore moins une désespérée. Dans La Grève le monde se nimbe d’un immense « c’est possible ». Et quel bien fou cela fait ! Cette mise en scène d’individus forts, animés par des idéaux exigeants dont ils assument personnellement les conséquences – au lieu de les faire subir aux autres sans le moindre scrupule –, a quelque chose de salvateur en ces temps de grisaille, de petitesse, de culpabilisation galopante et d’altruisme menteur. La prise en main de son existence, le refus d’une fatalité sourde, le désir de vivre réellement – c’est-à-dire, indissociablement avec l’intensité accrue de la vie, dans la connaissance rigoureuse du réel – sont des principes d’une incontestable valeur, dont l’expression aussi claire a quelque chose de soulageant : oui, il existe encore quelque chose de la grandeur humaine. Et l’effacement de l’individu n’est plus l’horizon indépassable du meilleur des mondes. Je n’ai plus besoin de disparaître pour que le monde devienne vivable : au contraire, pour perdurer il a besoin de moi.

  Brillant, atypique, iconoclaste, La Grève est donc plus qu’un roman qui prend la doxa collectivo-humanitariste à contrepied : elle est la seule véritable épopée que le xxe siècle ait produite, et la preuve que la littérature peut encore exister sans devoir afficher de posture ironique, arborer des grimaces nihilistes, s’embourber dans des marigots kitsch. La foi en l’homme qui y est exprimée, précisément parce qu’elle donne l’impression d’être surannée, fournit aussi l’occasion d’un retour salutaire sur le prétendu « humanisme » dont nous faisons profession : quelle humanité aimons-nous vraiment, si cette figure d’homme rationnel, indépendant et respectueux de la liberté d’autrui nous rebute a priori à ce point ? Quand bien même on ne la partagerait pas de manière intégrale, cette vision énergique et positive de l’homme laisse, malgré ses outrances, le lecteur bienveillant sur un réel enthousiasme, un enthousiasme dont je gage qu’il puisse devenir, pour certains, un viatique pour longtemps."

Vincent Morch

La Grève, aux éditions Les Belles Lettres

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Le désir de voir disparaître des types tels que moi

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« Quelle insanité ai-je proférée en constatant que ce pays n’est pas encore le Brésil ou Cuba mais une nation de race blanche avec des minorités étrangères ! Que l’émigration africaine soit, par exemple, un drame pour les immigrés comme pour les français de souche, qu’une immigration chrétienne soit préférable à une immigration musulmane, voilà qui ma parait relever du bon sens, tout comme le fait que la France ne doive pas se renier elle-même pour maintenir la paix civile menacée par ces minorités. Je me rappelle que le moment où j’ai compris que la France était morte (ou appelée à devenir tout autre chose que ce qu’on m’avait appris qu’elle était depuis des siècles) eut lieu lorsque, enseignant et évoquant tel épisode de l’histoire de France, j’ai cessé de pouvoir dire "nous", sans rien trouver qui remplaçât ce signe d’appartenance heureuse et, dès lors, entrant dans une sorte de déréliction que nul discours politique ne pouvait apaiser. La France que vous me proposez d’aimer, celle que vous me désignez comme la France de demain en me montrant ce groupe de jolies maghrébines et de jeunes noires habillées de manière provocante, cette France là m’est étrangère : pour reprendre votre langage pour le retourner contre vous qui me pensez "raciste" , je dirais que j’y vis dans un apartheid mental, moi que le destin muséal et multiculturel de ce pays horrifie, qui ne crois nullement au repli sur soi, qui ait été élevé dans le cosmopolitisme Beyrouthin. Mais je suis bien obligé de reconnaître que tout ce que j’aime est piétiné quotidiennement au nom du consensus antiraciste et par peur de déplaire à l’islam. C’est vous qui avez fait mourir ce pays en moi, bâtisseurs d’empires boursiers, gauchistes apostats et technocrates si inconséquents que vous avez laissé ce déliter cette langue qui, à elle seule, disait Joseph de Maistre, , définit une nation. George Orwell, lui, pour me référer à un auteur moins compromettant, disait que la dégradation d’une langue va de pair avec la décomposition politique. Qu’est-ce qui agitait donc l’angélique prêcheur qui me vantait la créolisation de la France ? Moins la haine de la France que son désir de voir disparaître des types tels que moi qui errent comme un loup sur les terres du passé, prétendait-il, alors que j’ai toujours été à la lisière, à l’orée, prêt à bondir dans le futur. »

Richard Millet, L’opprobre

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