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25/02/2012

La France des casaniers, des joueurs de belote et de boules, des ignorants de la géographie

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« La France des scouts, des routiers, des skieurs n’était pas assez forte pour s’imposer à la France des assis, des pêcheurs à la ligne, des buveurs de pernod, des bavards de comités, de syndicats ou de salons. La France des militants déterminés d’extrême gauche ou d’extrême droite n’était pas assez forte pour s’imposer aux bavards conservateurs qui se nommaient encore sans honte modérés, radicaux ou socialistes.

La France qui avait lu Sorel, Barrès, Maurras, Péguy, Bernanos, Céline, Giono, Malraux, Petitjean n’était pas assez forte pour s’imposer à la France qui lisait Anatole France, Duhamel, Giraudoux, Mauriac, Maurois.

La France du Maroc, de l’Indochine, des aviateurs et des missionnaires ne pouvait s’imposer à la France des casaniers, des joueurs de belote et de boules, des ignorants de la géographie. »

Pierre Drieu la Rochelle, Notes pour comprendre le siècle

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24/02/2012

Milliards de somnambules

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« Mais à quoi bon prêcher ces milliards de somnambules, qui marchent au chaos d’un pas égal, sous la houlette de leurs séducteurs spirituels et sous le bâton de leurs maîtres ? Ils sont coupables parce qu’ils sont innombrables, les masses de perdition doivent mourir, pour qu’une restauration de l’homme soit possible. Mon prochain n’est pas un insecte aveugle et sourd, n’est pas un automate spermatique. Que nous importe le néant de ces esclaves ? Nul ne les sauve ni d’eux-mêmes, ni de l’évidence, tout se dispose à les précipiter dans les ténèbres, ils furent engendrés au hasard des accouplements, puis naquirent à l’égal des briques sortant de leur moule, et les voici formant des rangées parallèles et dont les tas s’élèvent jusqu’aux nues. Sont-ce des hommes ? Non, la masse de perdition ne se compose jamais d’hommes. »

Albert Caraco, Bréviaire du chaos

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22/02/2012

Les Evangiles et Platon

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«  L’évangile nous enseigne que Dieu est amour - "Deus caritas est". Dieu a aimé les hommes ; nous imiterons Dieu en aimant nos frères en Dieu. Le premier et le plus grand des commandements, dit Jésus Christ, c’est d’aimer Dieu par dessus toutes choses, "le second qui est semblable au premier", c’est d’aimer son prochain comme soi-même. C’est en nous conformant à cette invitation, qui est aussi un ordre, que nous deviendrons parfaits comme notre Père céleste est parfait. Et nous aimerons non seulement nos amis et ceux qui nous font du bien, mais aussi nos ennemis et ceux qui nous font du mal, imitant en cela notre Père céleste qui fait luire son soleil et pleuvoir sa pluie sur les méchants comme sur les bons. Rien de plus clair que ce langage, et tout le Nouveau Testament en est un commentaire vivant.
Avec Platon, nous sommes transportés dans un tout autre monde ; et ce n’est pas étonnant puisqu’il ne se plaçait que sur le terrain de la raison et qu’il ignorait le principe surnaturel. Il voit surtout en Dieu la suprême intelligence se contemplant elle-même. Il en conclut que l’homme ressemblera à Dieu en s’adonnant à la contemplation. Voir, aimer, goûter la vérité, les choses éternelles, s’abstraire totalement des choses périssables, abdiquer les intérêts mondains, voilà le devoir de l’homme ici-bas. Dans une existence antérieure, il a vaguement communiqué avec Dieu, en le suivant dans les mondes en formation. Enchaîné au corps de la vie actuelle, il faut qu’il s’attache aux réminiscences qu’il conserve de sa vie antérieure, et qu’il s’élève par un travail incessant, à reconstituer par la pensée la vérité totale et la beauté souveraine qu’il a jadis entrevues.

Platon nous semble ici confondre l’état présent de la nature humaine avec l’état auquel elle est appelée dans l’avenir. Il est vrai qu’une des fins de notre être sera de contempler l’essence divine durant l’éternité. Mais la fin n’est pas le moyen ; elle implique le moyen ; elle est inséparable de lui-même, mais distincte. La fin de l’homme est bien la contemplation divine, mais pour se livrer sans réserve à cette contemplation, il faut qu’il s’en rende capable par cet effort vers Dieu que nous appelons vertu. Ainsi, autre est notre destinée finale dans l’autre vie, qui est la félicité résultant de la vue de Dieu ; autre notre loi d’ici-bas, qui est le travail, la vertu. Platon ne soupçonne pas cette distinction.

Remarquons en passant, combien le christianisme se montre plus intelligent de la vraie nature humaine que la philosophie platonicienne. L’Evangile admet la haute valeur de la contemplation ; il en proclame la supériorité sur l’action proprement dite ; supériorité qui ressort d’ailleurs de la nature même des choses, puisque la contemplation est la possession et la jouissance de l’objet dont l’action est la recherche. Et non seulement le christianisme proclame cela en principe, mais il l’applique en pratique, et l’histoire de l’Eglise n’est que l’histoire des Saints que le christianisme prépare pour la vision céleste, en les exerçant, "secundum mensuram donationis Christi", à la contemplation terrestre. Mais encore l’Eglise exige-t-elle l’action, et lui donne-t-elle, dans la vie chrétienne, une place incomparablement plus grande. La vie de l’Eglise est remplie bien plus encore par l’action que par la contemplation.  »

Jean-Baptiste Aubry, Mélanges de philosophie catholique

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21/02/2012

La disparition du droit divin des rois qui aurait dû permettre un sensationnel développement du bonheur des peuples a laissé la place à l’empoignade des égaux

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« On commence en voulant le bien et on finit en faisant le mal. La disparition du droit divin des rois qui aurait dû permettre un sensationnel développement du bonheur des peuples a laissé la place à l’empoignade des égaux, l’imitation féroce entre soi, l’étouffante anxiété des rivalités mutuelles. La montée du public actif qui veut se faire admirer et s’exaspère de ne pas l’être, exige qu’on l’applaudisse et s’aperçoit qu’il n’y a plus personne pour applaudir parce que tout le monde est grimpé sur scène; ce qui fait monter d’un cran l’énervement du public, candidat au vedettariat impossible pour cause de disparition du public. Et ainsi de suite. »

Philippe Muray, Le XIXème siècle à travers les âges

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19/02/2012

Des Livres qui promettent peu mais tiennent beaucoup

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« Ne croyez pas que j’étais le seul à lire sur le Neversink. Plusieurs autres marins étaient des lecteurs assidus, mais leur choix ne portait pas sur les belles-lettres. Leurs auteurs favoris étaient de ceux que l’on peut trouver dans les éventaires autour de Fulton Market : ils étaient plutôt d’un genre légèrement physiologique. Les expériences que j’ai faites sur la frégate prouvèrent un fait dont tous les amis des livres ont dû faire l’expérience avant moi, à savoir que, même si les bibliothèques publiques ont un aspect imposant et contiennent sans doute des volumes inestimables, cependant les livres qui vous conviennent le mieux, vous plaisent et s’avèrent de bonne compagnie, sont ceux que nous ramassons par hasard, d’un côté ou de l’autre, et qui semblent avoir été déposés entre nos mains par la Providence — en un mot, ceux qui promettent peu mais tiennent beaucoup. »

Herman Melville, La Vareuse blanche

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18/02/2012

L'existence du Travailleur, loin d'avoir besoin d'une interprétation, deviendra un critère de mesure

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« La vie recèle plus et autre chose encore que ce que le bourgeois entend par biens, et la plus haute exigence que puisse formuler le Travailleur ne consiste pas à être le support d'une nouvelle société mais celui d'un nouvel État.

A cet instant seulement il engage le combat à la vie et à la mort. Alors l'"individu" qui n'est au fond qu'un employé se transforme en homme de guerre, la masse se transforme en armée et l'établissement d'un nouveau système de commandement se substitue à une modification du contrat social. Cela arrache le Travailleur à la sphère des négociations, de la pitié, de la littérature, et l'élève jusqu'à celle de l'action, cela transforme ses liens juridiques en liens militaires - cela veut dire qu'il possédera des chefs au lieu d'avocats et que son existence propre, loin d'avoir besoin d'une interprétation, deviendra un critère de mesure. »

Ernst Jünger, Der Arbeiter

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16/02/2012

L’obsequium

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« L’obsequium, c’est le respect dû au maître par l’esclave. Il passa peu à peu au respect dû au prince par le citoyen. Voilà la plus grande mutation de l’Empire qui prépara le christianisme, l’extension du respect statutaire, de la piété que le Populus Romanus se mit à devoir au Genius du princeps, la fonctionnarisation de la liberté devenue obséquieuse pour toutes les classes et pour tous les statuts (y compris pour les Pères au sénat vis-à-vis du prince) et la naissance de la culpabilité (qui n’est que l’organisation psychique de l’obsequium). Tacite rapporte que Tibère, contraint d’être empereur, regrettant la république, chaque fois qu’il sortait de la curie disait en grec : "Ô hommes qui aimez l’esclavage !" et il marquait à ceux qui l’entouraient son écœurement de voir les Pères, les consuls, les chevaliers mendier le renoncement des libertés publiques et revendiquer le service du prince (c’est-à-dire l’officium, à la "frontière de l’impudeur passive et honteuse des affranchis, à la limite de l’obéissance des esclaves). Une population obsédée par la crainte du rex, qui avait fondé la république, bascula soudain. Elle repoussa la lutte fratricide civile (qui était pourtant le mythe fondateur). Elle se rua (ruere, le mot est de Tacite) dans la servitude : elle donna le pouvoir institutionnel le plus illimité dans l’espace qui se soit trouvé (une hégémonie mondiale, sans bloc adverse), le plus solitaire dans son exercice (dégageant entièrement celui qui en était investi de la contrainte des lois qui s’imposaient désormais aux chefs de clans devenus obséquieux) à un homme seul, sans mode de désignation, sans règle de succession. C’est ce que les modernes appellent l’empire - et que les Anciens appelaient le principat. »

Pascal Quignard, Le sexe et l'effroi

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15/02/2012

La houle d'un corps heureux

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« Elle glissa hors de la chemise longue, tendit aux mains et aux lèvres d’Antoine les fruits tendres de sa gorge et renversa sur l’oreiller, passive, un pur sourire de sainte qui défie les démons et les tourmenteurs...
Il la ménageait pourtant, l’ébranlait à peine d’un rythme lent, doux, profond… Elle entrouvrit les yeux : ceux d’Antoine, encore maître de lui, semblait chercher Minne au-delà d’elle-même… Elle se rappela les leçons d’Irène Chaulieu, soupira "Ah ! ah !" comme une pensionnaire qui s’évanouit puis se tut, honteuse. Absorbé, les sourcils noueux dans un dur et voluptueux masque de Pan, Antoine prolongeait sa joie silencieuse. "Ah ! ah... !" dit-elle encore malgré elle. Car une angoisse progressive, presque intolérable, serrait sa gorge, pareille à l’étouffement des sanglots prêts à jaillir… Une troisième fois, elle gémit, et Antoine s’arrêta, troublé d’entendre cette Mine qui n’avait jamais crié... L’immobilité, la retraite d’Antoine ne guérirent pas Mine, qui maintenant trépidait, les orteils courbés, et qui tournait la tête de gauche à droite comme une enfant atteinte de méningite. Elle serra les poings, et Antoine put voir les muscles de ses mâchoires délicates saillir, contractés.
Il demeurait craintif, soulevé sur ses poignets, n’osant la reprendre… Elle gronda sourdement, ouvrit des yeux sauvages et cria : "Va donc !"
Un court saisissement le figea au-dessus d’elle ; puis il l’envahit avec une force sournoise, une curiosité aigüe, meilleure que son propre plaisir. Il déploya une activité lucide, tandis qu’elle tordait des reins de sirène, les yeux refermés, les joues pâles et les oreilles pourpres… Tantôt elle joignait les mains, les rapprochait de sa bouche crispée, et semblait en proie à un enfantin désespoir… Tantôt elle haletait, bouche ouverte, enfonçant aux bras d’Antoine ses ongles véhéments… L’un de ses pieds, pendant hors du lit, se leva, brusque, et se posa une seconde sur la cuisse brune d’Antoine qui tressaillit de délice...
Enfin, elle tourna vers lui des yeux inconnus et chantonna : "Ta Minne… ta Minne à toi..." tandis qu’il sentait enfin, contre lui, la houle d’un corps heureux… »

Colette, L’ingénue libertine

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14/02/2012

Ensuite il faudra procéder à une nouvelle expulsion

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« En devenant trop nombreuse et malgré le génie de ses penseurs, une société ne se perpétue qu’en sécrétant la servitude. Lorsque les hommes commencent à se sentir à l’étroit dans leurs espaces géographique, social et mental, une solution simple risque de les séduire : celle qui consiste à refuser la qualité humaine à une partie de l’espèce. Pour quelques dizaines d’années, les autres retrouveront les coudées franches. Ensuite il faudra procéder à une nouvelle expulsion. Dans cette lumière, les événements dont l’Europe a été depuis vingt ans le théâtre, résumant un siècle au cours duquel son chiffre de population a doublé, ne peuvent plus m’apparaître comme le résultat de l’aberration d’un peuple, d’une doctrine ou d’un groupe d’hommes. J’y vois plutôt un signe annonciateur d’une évolution vers le monde fini, dont l’Asie du Sud a fait l’expérience un millénaire ou deux avant nous et dont, à moins de grandes décisions, nous ne parviendrons peut-être pas à nous affranchir. Car cette dévalorisation systématique de l’homme par l’homme se répand, et ce serait trop d’hypocrisie et d’inconscience que d’écarter le problème par l’excuse d’une contamination momentanée. Ce qui m’effraie en Asie, c’est l’image de notre futur, par elle anticipée. Avec l’Amérique indienne, je chéris le reflet fugitif même là-bas, d’une ère où l’espèce était à la mesure de son univers et où persistait un rapport adéquat entre l’exercice de la liberté et ses signes. »

Claude Lévy-Strauss, Tristes tropiques

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13/02/2012

De là, la coexistence dans le monde romain des actes les plus choquants et de la plus sourcilleuse rigueur morale

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« De là, la coexistence dans le monde romain des actes les plus choquants et de la plus sourcilleuse rigueur morale. Vertu (virtus) veut dire puissance sexuelle. La virilité (la virtus) étant le devoir de l’homme libre, la marque de sa puissance, le fiasco était marqué de honte ou de démonie. Le seul modèle de la sexualité romaine est la dominatio du dominus sur tout ce qui est autre. Le viol à l’intérieur des status inférieurs est la norme. Jouir sans mettre sa puissance au service de l’autre est respectable. Une épigramme de Martial définit la norme : "Je veux une fille facile, qui avant moi se donne à mon jeune esclave et qui, à elle seule, en fasse jouir trois à la fois. Quant à celle qui parle haut (grandia verba sonantem) qu’elle aille se faire foutre par la queue d’un imbécile de Bordelais (mentula crassae Burdigalae)." Tout homme actif et non sentimental est honnête. Toute jouissance mise au service (officium, obsequium) de l’autre est servile et de la part d’un homme constitue un signe de manque de virtus, de manque de virilité, donc d’impotentia. De là, la répression féroce des fautes qui nous paraissent par contraste légères en regard d’audaces qui nous semblent au contraire révoltantes. La jeune fille violée est sans tache mais la matrone violée doit encourir la mort. Le baiser de l’affranchi à l’enfant libre est puni de mort. Valère-Maxime rapporte que Publius Maenius tua un pédagogue qui avait donné un baiser à sa fille de douze ans.

L’esclave ne peut sodomiser son maître. C’est l’interdit majeur selon Artémidore. Même, cette vision surgissant au cours d’un rêve crée un certain nombre de problèmes à celui qui l’a vue dans la clandestinité de son âme et dans le silence de la nuit. La sodomie des esclaves par les maîtres était la norme. Les patriciens tendaient le doigt. Ils disaient : Te paedico (Je te sodomise) ou Te irrumo (J’emplis ta bouche de mon fascinus). C’était la sexualité de Cicéron à la fin de la République. C’est celle de Sénèque sous l’Empire. »

Pascal Quignard, Le sexe et l'effroi

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12/02/2012

Tout le drame de la vie est dans la recherche des êtres, plus fougueuse en amour et plus attentive en amitié

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« Qu'un homme qui a appris la vie ait un air de calme et de froideur, qu'il recoure tour à tour, pour écarter le vulgaire, à la politesse ou à l'ironie, il ne fait qu'user de ses droits. Mais prendre pour sa nature ce qui n'en est que les défenses, ce serait la même erreur que de ne pas distinguer une ville de ses remparts. La question n'est pas, pour nous, de ne plus jamais être fous, mais de réserver notre folie pour les occasions qui en sont dignes. Qu'un être paraisse qui, par quelques signes, nous donne à croire qu'il est de la race supérieure, nous déploieront, pour l'accueillir, un enthousiasme qui dépassera infiniment celui de nos premiers temps, car comment comparer la fougue instinctive d'un jeune homme avec la hautaine imprudence d'un homme qui n'ignore rien des dangers auxquels sa folie l'expose et qui trouve sa volupté à les affronter en les connaissant ?



Tout le drame de la vie est dans la recherche des êtres, plus fougueuse en amour et plus attentive en amitié. Ici encore, il convient que notre expérience nous instruise sans nous accabler. Si nombreux que soient les gens médiocres, il ne faut pas qu'ils aient le pouvoir de nous faire douter de ce qui les dépasse et, pleinement convaincus du peu que valent tant d'hommes, nous ne devons jamais oublier ce qu'un homme peut valoir. »

Abel Bonnard, L'Amitié

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Les troupeaux...

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« A quoi bon détruire les dictateurs si l’on continue, sous prétexte de discipline sociale et pour faciliter la tâche des gouvernements, à former des êtres faits pour vivre en troupeaux ? Ce ne sont pas les dictateurs qui font les dictatures, ce sont les troupeaux. »

Georges Bernanos, cité par Paul Sérant dans, Les dissidents de L’action Française, (G. Valois, L. Dimier, J. Maritain, G. Bernanos, R. Brasillach, T. Maulnier, C. Roy)

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11/02/2012

Notre société devrait susciter des résistants, des âmes fortes qui se démarquent d’elles, des visionnaires qui refusent le consensus et créent l’avenir

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« Tu veux aimer et être aimé.
Si il est un idéal qui résiste à tous les doutes, c’est celui-là. Sache qu’il t’a déjà mis dans la bonne direction. Pourtant nous sommes tous spectateurs de l’amour gâché. Toi-même, peut-être as-tu déjà un passé d’amertume. Rien n’est perdu, l’amour ne fait que commencer ; cependant, il n’y parvient qu’en s’appuyant sur la vérité. Le christ nous rend capables de choisir la vérité et de vivre l’amour. Si tu veux aimer et être aimé, cherche le Christ.

Tu n’es pas le premier à chercher ; le Christ a commencé avant toi. Il t’a trouvé : le cherches-tu en retour ? Il t’aime tel que tu es. C’est ainsi, tu n’y pourras jamais rien : il ne te regarde qu’en t’aimant. Etre lucide sans amour, c’est le fait de cette créature splendide qui tourna mal en décidant de se détourner de son créateur. Ce jour-là, Lucifer devint Satan. Ne l’imitons pas : acceptons de nous regarder nous-mêmes qu’en nous aimant, à l’imitation de ce regard que le Christ a sur nous, éternellement et maintenant. […].

Pourquoi fais-tu la moue ? Oui, je suis un prêtre et je te parle comme un prêtre. Tes yeux me disent que tu me vois venir, que mon discours n’est qu’une fiche d’inscription à la "vocation", noyée dans quelques bons sentiments. Sur ce point, tu te trompes. Tu ne tarderas pas à découvrir que les paroles ensorceleuses ne sont pas mon genre. Je préfère te mettre devant la vérité de toi-même. Je ne suis pas un panneau publicitaire, je suis un miroir, le miroir de ton âme : tu n’y vois que toi. As-tu le cran de regarder, ou bien signes-tu l’échec de ta vie en détournant déjà les yeux ? Tu n’auras pas trop de ton existence pour rattraper cette erreur. Hésites-t-u ? Je le comprends, ces choses sont graves. As-tu peur ? Ce n’est pas le Christ qui t’effraie ; il ne procède jamais par la peur. Si tu as peur, c’est de toi-même. Le moment est venu d’affronter, de prendre tes responsabilités.

- Prendre mes responsabilités ? t’exclames-tu. Quel ennui ! je veux vivre. Quel discours d’adulte ! Je suis jeune, j’ai droit à l’insouciance.

- Tu es jeune, en effet, mais tu sais que l’insouciance te fuit déjà. Quelqu’un a dit que l’on est jamais aussi sérieux qu’à dix-sept ans… Dix-sept, vingt, vingt-cinq, et même trente, peu importe ; c’est l’âge des décisions. Toute ta vie va tenir à quelques décisions, à celles que tu prends maintenant et, j’insiste, à celles que tu ne prends pas. Si tu gâches ta jeunesse, tu gâches ce qui lui succédera ; si tu construis ta jeunesse, ta vie entière sera solide.

Permets-moi d’être encore plus féroce que tu ne l’es lorsque tu juges les adultes. Les trouves-tu si admirables ? Pourquoi si peu d’entre eux te donnent-ils envie d’être comme eux ? Cela vaut pour leur mariage, leurs idées, leurs réponses… Bien sur, entre ton idéal et leur vie, il y a les revers, les échecs, les deuils, ou bien le simple atterrissage dans la vie réelle. Il te faut accepter d’en tenir compte, car cela t’arrivera aussi ; mais, tout de même, ils sont bien médiocres, ces adultes. Même quand ils ont réussi, tu me dise qu’ils sont ternes ?. tu as raison, mais tu ignores pourquoi. Laisse-moi te le confier : s’ils sont ternes, c’est souvent parce qu’ils ont gâché leur jeunesse.

Après tout, un adulte n’est rien de plus qu’un jeune comme toi, mais qui est jeune depuis longtemps. Il n’a pas changé, il a vieilli, identique à lui-même, dans la ligne de sa jeunesse. Il était insouciant, avançait sans gravité, brulant son énergie dans la recherche des soirées, de la séduction, des conquêtes ; ne pensant qu’à l’argent à venir, ou qui lui manquerait, se cultivant un peu ou s’abrutissant au travail, remettant à plus tard le Christ, s’oubliant soi-même, oubliant les autres et la grisailles des jours dans les plaisirs déjà marqués par l’ennui. Il était jeune, ce la ne se voyait pas trop, mais tout était là. Ces joies factices ont continué, ou bien se sont faites plus modérées, mais ce vieux jeune n’est plus sage, il n’est que ralenti. Lui ont manqué Dieu, la vérité, l’amour ; une générosité active, un peu de panache.

Certains pensent qu’au moins, ils en ont bien profité. En effet, ils ont dilapidé leur cœur et leur corps. Tu me trouve rabat-joie, tu plaides pour faire la fête ? Fais-là ! Cependant, je ne ferais pas semblant de croire que tu heureux, je sais que tu ne l’es pas. Tu protestes :

- N’ai-je pas droit d’être un jeune normal ?

- Normal ! C’est donc cela que tu n’osais t’avouer : ce que tu cherches, c’est être comme les autres.

Même chez les jeunes chrétiens, qui vivent au nom d’un ailleurs, la tentation est quotidienne. Etre comme les autres, écouter les mêmes musiques (les trouves-tu belles ?), parler avec les même mots (facile, il y en si peu !), vivre et penser comme eux, n’est-ce pas formidable ?

C’est nul.

Puisses-tu au moins, être un caractère. Juge par toi-même, donne le ton. Notre société devrait susciter des résistants, des âmes fortes qui se démarquent d’elles, des visionnaires qui refusent le consensus et créent l’avenir. L’Evangile devrait être l’arbitre de la vie sociale, et non sa honte.

Le moment est venu d’affronter, de prendre tes responsabilités. »

Thierry-Dominique Humbrecht, Lettre aux jeunes sur les vocations

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09/02/2012

L'univers visible, j'y manque d'air respirable

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« L'univers visible, celui qui est fils de l'instinct de conservation, me paraît étroit, m'est comme une prison exiguë contre les barreaux de laquelle vient en voletant heurter mon âme ; j'y manque d'air respirable. Mais, davantage et toujours davantage, je veux être moi, et sans cesser de l'être, être en outre autrui, intérioriser la totalité des choses visibles et invisibles, m'étendre à l'illimité de l'espace et me prolonger à l'infini du temps. N'être pas du tout et pour toujours, c'est comme si je n'étais pas ; ou au moins être tout moi, et l'être pour jamais. Et être tout moi, c'est être tous les autres. Tout ou rien ! »

Miguel de Unamuno, Le sentiment tragique de la vie

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08/02/2012

S'il était avéré qu'hérédité et culture fussent étroitement liées, on préférerait encore sacrifier la culture, par horreur de l'hérédité, antidémocratique par excellence dés lors qu'elle revêt la forme d'un privilège

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« (...) Que, de façon générale, et avec toutes les exceptions inviduelles qu'on voudra, au premier rang desquelles celles du génie, il faille deux ou trois générations pour faire un individu tout à fait accompli culturellement, voila bien, quoique c'ait été la conviction tranquille de presque tous les siècles avant les nötres et de la plupart des civilisations, le genre d'opinions qui ne sauraient en aucune façon être reçue parmi nous. S'il était avéré qu'hérédité et culture fussent étroitement liées, on préférerait encore sacrifier la culture, par horreur de l'hérédité, antidémocratique par excellence dés lors qu'elle revêt la forme d'un privilège. Or, c'est à peu prés ce qui est arrivé, car le lien est bel et bien attesté, comme en atteste à l'envie tout le vocabulaire métaphorique gravitant autour du mot "culture" : "héritage", "patrimoine", "transmission", etc. La culture est la culture des morts, des parents, des grands-parents, des aïeux, des ancêtres, du peuple, de la nation ; et même de cela qu'on ne peut même plus nommer, d'autant qu'il est convenu qu'elle n'existe pas,  "la race". Celle-là, il est significatif qu'elle soit interdite de séjour. Mais, à travers elle, entraîné dans sa chute et dans sa proscription, c'est tout ce qui relève de la lignée, de l'héritage, du patrimoine qui est visé ; et la culture, par voie de conséquence, qui est atteinte. »

Renaud Camus, La grande déculturation

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