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14/08/2011

Bonheur

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« Il peut pleuvoir et tempêter, ce n'est pas cela qui importe, souvent une petite joie peut s'emparer de vous par un jour de pluie et vous inciter à vous retirer à l'écart avec votre bonheur. Alors on se redresse et on se met à regarder droit devant soi, de temps à autre on rit silencieusement et on jette les yeux autour de soi. A quoi pense-t-on? A une vitrine éclairée dans une fenêtre, à un rayon de soleil dans la vitrine, à une échappée sur un petit ruisseau, et peut-être à une déchirure bleue dans le ciel. Il n'en faut pas davantage. »

Knut Hamsun, Pan

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12/08/2011

Un idéal du passé

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« Les difficultés inédites et croissantes que l’entreprise éducative rencontre au sein de nos sociétés ne sont en rien des difficultés de méthode qu’une « modernisation » bien comprise permettrait de résoudre. Elles sont des difficultés de principe que les réformes mirifiques destinées à les traiter se bornent invariablement à amplifier, faute de les reconnaître pour ce qu’elles sont. Elles tiennent au stade atteint par l’individualisation du processus. Elles représentent d’ailleurs un remarquable révélateur des contradictions inhérentes à l’articulation de l’individu et de la société dans sa configuration actuelle, très au-delà de l’éducation. Il est entendu que l’éducation a pour fin de former l’individu, de le pourvoir de moyens aussi larges que possible d’exercer une indépendance aussi complète que possible. C’est l’originalité de l’enseignement moderne que d’avoir systématisé cette visée. Mais à partir du moment où l’on met cette indépendance au point de départ, comme si elle relevait de l’état de nature, où l’on prétend en faire le ressort même des acquisitions, on rend profondément problématique la construction culturelle de cette indépendance. On s’interdit, en effet, de poser la culture ou les savoirs dont il s’agit d’acquérir la maîtrise, dès à commencer par la langue, d’extériorité, d’englobement par rapport à l’individu, de telle sorte qu’il ne peut que rester au dehors de ce qu’il lui faudrait s’incorporer et s’approprier. On fabrique en fait des dépendants à prétentions d’indépendance. Une situation révélatrice, encore une fois, d’une relation plus générale à l’appartenance collective, qui tend à devenir impensable aux individus, dans leur volonté d’être des individus, alors qu’ils en dépendent plus que jamais. Nous ne sommes probablement qu’au début de nos peines, au regard de la régression qui s’annonce. La diffusion des Lumières, que nous avions la candeur de croire automatiquement associée aux progrès de la démocratie, pourrait vite se révéler un idéal du passé. »

Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même

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11/08/2011

Amitié

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« Oui, ma mère, je sais qu´il a fait tout ce que j´ai demandé, le dieu Olympien.
Mais à quoi est-ce que cela me sert ? Maintenant qu´il est mort, l´ami qui était le mien,
Mon Patrocle, celui qui de tous les compagnons m´était le plus cher,
Ah ! Aussi cher que ma tête ! Je l´ai perdu, Hector l´a immolé dans la poussière,
Il l´a dépouillé de ses belles armes, de ses armes merveilleuses à contempler !...
Que je meure tout de suite, s´il est écrit que je ne puis porter
Secours à mon ami qui a été tué, qui a été tué loin de la terre où étaient les siens.
Et qui ne m´a pas trouvé pour que dans le malheur je fusse son soutien !
Aujourd´hui donc, il est clair que je ne reverrai pas les rives de ma patrie,
Pas plus que je n´ai su être la lumière du salut pour Patrocle ou pour mes amis,
Pour aucun de ceux des miens que le divin Hector a abattus par centaines,
Tandis que moi, je me tenais inactif près des bâtiments, poids inutile sur la plaine,
Moi qu´aucun Grec pourtant, dans sa cotte de bronze, n´égale dans la bagarre,
Même si quelques uns sont meilleurs que moi dans les palabres !
Aujourd´hui donc, j´irai jusqu´à ce que je tienne le meurtrier d´une tête si chère,
Je tuerais Hector, et la mort ensuite, je la recevrai,
Le jour où Zeus et les autres immortels voudront bien me la donner. »

Homère, L'Iliade, chant XVIII

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10/08/2011

Une attaque à main armée se passe dans une sorte de brouillard

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« Une attaque à main armée se passe dans une sorte de brouillard, enfin pour ce qui me concerne. Tout autour tout semble comme ralenti et les bruits comme atténués. Alors que, au contraire, en vous, c'est la grande accélération, on entend son cœur battre, le sang couler dans ses veines. Tous vos gestes semblent plus rapides, plus condensés, on a chaud, les mains transpirent dans les gants en caoutchouc. On sort de la bagnole, on fait les premiers pas, la destinée semble s'accélérer. À quelques mètres on ne voit que la porte d'entrée. On aimerait trouver une raison pour ne pas y aller. Le cœur se serre en repensant furtivement aux derniers bras de femme qui nous ont aimé, notre esprit se met en position de fœtus. […] Si un jour on me juge pour ce crime, tout un cérémonial sera mis en place, des années d'instruction, deux jours d'assises où je serai sans doute traité de dangereux-criminel-professionnel. Quel est le cinéaste abruti qui a pu faire croire à tous que braquer pouvait être une profession? Même les voyous ont fini par le croire. »

Jean Chauma, Bras Cassés

Voyez aussi ceci... pour comprendre qui est Jean Chauma...

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09/08/2011

L'abjection

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« Quelle malédiction a frappé l'Occident pour qu'au terme de son essor il ne produise que ces hommes d'affaires, ces épiciers, ces combinards aux regards nuls et aux sourires atrophiés, que l'on rencontre partout, en Italie comme en France, en Angleterre de même qu'en Allemagne ? Est-ce à cette vermine que devait aboutir une civilisation aussi délicate, aussi complexe ?

Peut-être fallait-il en passer par là, par l'abjection, pour pouvoir imaginer un autre genre d'hommes. »

E. M. Cioran, Histoire et Utopie

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08/08/2011

Simplicité

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« Un retour à la simplicité n'a rien d'invraisemblable. La science elle-même pourrait bien nous en montrer le chemin. Tandis que physique et chimie nous aident à satisfaire et nous invitent à multiplier nos besoins, on peut prévoir que physiologie et médecine nous révéleront de mieux en mieux ce qu'il y a de dangereux dans cette multiplication et de décevant dans la plupart de nos satisfactions. J'apprécie un bon plat de viande: tel végétarien qui l'aimait jadis autant que moi, ne peut aujourd'hui regarder de la viande sans être pris de dégoût. On dira que nous avons raison l'un et l'autre et qu'il ne fait plus disputer des goût que des couleurs. Peut-être ; mais je ne puis m'empêcher de constater la certitude inébranlable où il est, lui végétarien, de ne jamais revenir à son ancienne disposition, alors que je me sens beaucoup moins sûr de conserver toujours la mienne. Il a fait deux expériences ; je n'en ai fait qu'une. Sa répugnance s'intensifie quand son attention se fixe sur elle, tandis que ma satisfaction tient de la distraction et pâlit plutôt à la lumière ; je crois qu'elle s'évanouirait si des expériences décisives venait prouver, comme ce n'est pas impossible, qu'on s'empoisonne spécifiquement, lentement, à manger de la viande...

La seule réforme de notre alimentation aurait des répercussion sans nombre sur notre industrie, notre commerce, notre agriculture, qui en seraient considérablement simplifiés. Que dire de nos autres besoins ? Les exigences du sens génésique sont impérieuse, mais on en finirait vite avec elles si l'on s'en tenait à la nature. Seulement, autour d'une sensation forte mais pauvre, prise comme note fondamentale... c'est un appel constant au sens par l'intermédiaire de l'imagination. »

Henri Bergson, Les Deux Sources de la Morale et de la Religion

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07/08/2011

Luc et Bernard tournèrent sur eux-mêmes et se mirent à fumer

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« Luc et Bernard tournèrent sur eux-mêmes, des griffes fragiles, et se mirent à fumer un peu d’opium.
Mais dans cette fumée où macère l’hystérie des ports, la voracité des marins – une pièce d’or fondant dans une main moite – une plainte s’échappa. Ils dirent le supplice du désir déchaîné qui se tord sur lui même, s’exaspère et se ronge. Toutes les barrières tombées entre les âmes, la chair de tous les corps se cherchant et réunie dans un seul spasme incessant, infiniment facile, usure universelle et terrible, restait pourtant un point où chacun aurait pu être soi-même, un petit grelot plaintif, un souvenir. Et cette grêle sonnaille faisait dans la nuit toute la présence d’un pauvre troupeau perdu. Gille fut témoin, chez ces humains-là, d’un regret irrémédiable, d’un reproche inexpiable : chacun, abandonné à tous, maudissait tout le monde de lui voler, de lui arracher le cœur de chacun. Dans cette immense matière informe où glisse de tout son poids la chair, il y a des éclats d’âme comme des échardes qui çà et là cochent encore un peu de souffrance. Cette souffrance fugitive est la dernière trace de conscience.

Gille se sentit pour ses voisins une pitié atroce et avilissante. Il songea alors au mépris et à s’en rehausser comme d’un verre d’alcool. Mais sa propre ignominie lui revenait aux lèvres, et le verre qu’il en approchait, il le jeta, il le fracassa. »

Pierre Drieu la Rochelle, L’homme couvert de femmes

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06/08/2011

Aimer

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« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : "J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui" »

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour

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05/08/2011

Les donjons abattus

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« Ce serait une erreur de croire que les populations eussent été hostiles à ce morcellement de la souveraineté. Tout ce qu'elle demandait, c'était des défenseurs. La féodalité, issue du vieux patronat, fondée sur la réciprocité des services, naissait de l'anarchie et du besoin d'un gouvernement, comme au temps de l'humanité primitive. Représentons-nous des hommes dont la vie était menacée tous les jours, qui fuyaient les pirates normands et les bandits de tout espèce, dont les maisons étaient brûlées et les terres ravagées. Dès qu'un individu puissant et vigoureux s'offrait pour protéger les personnes et les biens, on était trop heureux de se livrer à lui, jusqu'au servage, préférable à une existence de bête traquée. De quel prix était la liberté quand la ruine et la mort menaçaient à toute heure et partout ? En rendant des services, dont le plus apprécié était la défense de la sécurité publique, le seigneur féodal légitima son usurpation. Parfois même il promettait des garanties particulières à ceux qui reconnaissaient son autorité. Par là dura l'esprit des franchises provinciales et municipales, destinées à une renaissance prochaine.

Tout cela se fit peu à peu, spontanément, sans méthode, avec la plus grande diversité. Ainsi naquit une multitude de monarchies locales fondées sur un consentement donné par la détresse. Les abus de la féodalité ne furent sentis que plus tard, quand les conditions eurent changé, quand l'ordre commença à revenir, et les abus ne s'en développèrent aussi qu'à la longue. La valeur du service ayant diminué et le prix qu'on le payait étant resté le même. C'est ce que nous voyons de nos jours pour le régime capitaliste. Qui se souvient des premiers actionnaires qui ont risqué leur argent pour construire des chemins de fer ? A ce moment-là, ils ont été indispensables. Depuis, par voie d'héritage ou d'acquisition, leurs droits ont passé à d'autres qui ont l'air de parasites. Il en fut de même des droits féodaux et des charges qu'ils avaient pour contrepartie. Transformés, usés par les siècles, les droits féodaux n'ont disparu tout à fait qu'en 1789, ce qui laisse une belle marge au capitalisme de notre temps. Mais de même que la création des chemins de fer par des sociétés privées fut saluée comme un progrès, ce fut un progrès, au dixième siècle, de vivre à l'abri d'un château fort. Les donjons abattus plus tard avec rage avaient été construits d'abord avec le zèle qu'on met à élever des fortifications contre l'ennemi. »

Jacques Bainville, Histoire de France

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04/08/2011

Ce n’est pas avec de telles images que se constitue une culture

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« Supposons que la télévision offre des programmes culturel de qualité, et qu’elle les donne en quantité suffisante par rapport aux émissions de pur divertissement. Pourrions-nous considérer alors que la télévision apporte vraiment quelque chose à l’ensemble du public ? Devrions-nous donc la considérer comme le moyen d’un réel enrichissement intellectuel ? Pour qu’il en soit ainsi, il faudrait que nous puissions assimiler ce qu’elle nous présente. Or, que chacun fasse un bilan des centaines d’heures passées devant un récepteur et réfléchisse à ce qu’il a acquis dans tel ou tel domaine : vie des animaux, histoire des dernières décennies, œuvre des écrivains ou des artistes contemporains, etc. Il constate alors qu’il n’en va pas ici comme des heures de lecture. La télévision nous donne en effet l’impression de savoir parce qu’elle nous laisse en mémoire quelques images vives qui nous reviennent avec leur valeur émotive. La télévision ne nous atteint donc pas au même niveau mental que les livres. Quoi d’étonnant, puisque l’audiovisuel n’est pas le conceptuel ! Il y a loin de toute la richesse de données instructives que la télévision nous apporte, jour après jour, à la culture qu’on pourrait en retirer si, chaque fois, on assimilait quelque chose : il y a vraiment loin de la coupe aux lèvres. Les images que la télévision nous offre, non seulement à travers ses programmes culturels, mais aussi à travers les informations et les films, nous procurent une certaine ouverture d’esprit. La télévision a singulièrement élargi les horizons de la jeunesse. Aujourd’hui, les enfants n’ont pas dix ans qu’ils ont déjà vu New York, la muraille de Chine, des courses automobiles, des villes sous les bombardements et des hommes sur la Lune. Rien ne peut plus les étonner. Est-ce à dire qu’ils savent tout ? Ils ont tout vu, mais ils n’ont rien saisi. On pourrait presque dire qu’ils sont parfois d’une ignorance encyclopédique.

Le fait mérite réflexion. Comment, de tant d’heures passées à voir tant de choses, peut-il ne rester que de si vagues traces dans les esprits ? Et n’est-ce pas navrant de penser que telle ou telle émission, qui semblait nous présenter si bien un problème, soit, comme les autres, tombée dans l’oubli ? Quel savoir n’aurions-nous pas si nous avions retenu tout ce qui méritait d’être retenu et quel dommage qu’en réalité presque tout nous échappe ! Que se passe-t-il donc ? Il se passe que l’on voit trop de choses et qu’on les voit trop vite. Comment les retiendrions-nous ? Pour empêcher que l’intérêt ne se relâche, la télévision doit sans cesse varier le spectacle. Elle nous donne tout juste le temps d’être frappés par le pittoresque des images qui défilent sous nos yeux ; il est impossible de nous en faire, comme on dit, une idée. Or, c’est seulement l’idée – c’est-à-dire le schéma intellectuel élaboré par la perception intelligente – qui nous permettrait de restituer plus tard tel ou tel aspect des chose vues, s’il est vrai que se souvenir n’est pas laisser une image renaitre automatiquement, mais, dans une large mesure, reconstruire un objet d’expérience passée en fonction des besoins présents.

Dira-t-on que certaines images s’impriment comme d’elles-mêmes dans notre mémoire ? Il en existe, en effet : celles qui ont impressionné notre sensibilité et acquièrent ainsi une puissance quasi obsessionnelle. La télévision nous en laisse beaucoup dans l’esprit – mais, quand elles nous reviennent, elles flottent comme des visions isolées qui ne se rattachent à aucun contexte. Elles n’ont rien de commun avec le souvenir que nous gardons de ce que nous connaissons bien. Elles en diffèrent comme de vieilles cartes postales diffèrent d’un livre de géographie. Ce n’est pas avec de telles images que se constitue une culture. »

Jean Cluzel, La télévision

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03/08/2011

Respirer la grande paix du soir ou nous allons entrer ensemble

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« Je me dis aussi que la jeunesse est un don de Dieu, et comme tous les dons de Dieu, il est sans repentance . Ne sont jeunes, ne sont vraiment jeunes, que ceux qu'il a désigné pour ne pas survivre à leur jeunesse. J'appartiens à cette race d'hommes. Je me demandais:"Que ferai-je à cinquante, à soixante ans ?" Et naturellement, je ne trouvais pas de réponse.Je ne pouvais même pas en imaginer une. Il n'y avait pas de vieillard en moi.
Cette assurance m'est douce. Pour la première fois depuis des années, depuis toujours peut-être, il me semble que je suis en face de ma jeunesse, que je la regarde sans méfiance. Je crois reconnaître son visage, un visage oublié. Elle me regarde aussi, elle me pardonne. Accablé du sentiment de ma maladresse foncière qui me rendait incapable d'aucun progrès, je prétendais exiger d'elle ce qu'elle ne pouvait donner, je la trouvais ridicule, j'en avais honte. Et maintenant, las tous deux de nos vaines querelles, nous pouvons nous asseoir au bord du chemin, respirer un moment, sans rien dire, la grande paix du soir ou nous allons entrer ensemble. »

Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne

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02/08/2011

L'imbécile

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« L'imbécile est d'abord un être d'habitude et de parti pris.
Arraché à son milieu il garde, entre ses deux valves étroitement closes, l'eau du lagon qui l'a nourri.
Mais la vie moderne ne transporte pas seulement les imbéciles d'un lieu à un autre, elle les brasse avec une sorte de fureur. »

Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune, Essais et écrits de combat, I, Paris, Gallimard, Pléiade

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01/08/2011

Bloy, Moreau, Rouault

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« 1er mai – Visité, pour la première fois, le musée Gustave Moreau. Ma stupéfaction de voir la quantité prodigieuse des œuvres de ce maître qui fut un travailleur colossal. Presque toutes les toiles peintes, car le nombre des dessins est infini, sont à l’état d’ébauches plus ou moins avancées. Quelques-une telles que le Retour d’Ulysse ou le Triomphe d’Alexandre me hanteront. Je ne pense pas qu’il y ait jamais eu un artiste d’une imagination aussi somptueuse. C’est un fou furieux de magnificence.
Pourquoi faut-il que la mythologie, les temps héroïques l’aient confisqué à peu près complètement. Si j’avais à écrire sur Gustave Moreau, je m’étonnerais de ne pas trouver un seul tableau de lui inspiré par l’histoire de Byzance. Le grandiose chrétien semble lui avoir été étranger. A peine deux ou trois projets de calvaires, hélas !
Mais j’aurais gagné ma journée, n’eussé-vu que le tableau de Rouault, provisoirement déposé là : Le Christ enfant au milieu des Docteurs. Un Dieu de douze ans et trois hypocrites qui en ont ensemble cent quatre-vingts. Jésus leur dit la Vérité qui est lui-même et, à mesure qu’il parle, on croit voir sortir, de chacun de ces hommes crucifiants, la bête horrible qui le possède et qui doit, un jour, le dévorer. Je ne savais pas que Rouault avait un talent immense. Je le sais maintenant et je le lui ai dit avec enthousiasme. »

Léon Bloy, Journal, mai 1905

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Empêcher que le monde se défasse

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« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

Albert Camus, Discours de réception du prix Noble de littérature

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La honte d'être un homme

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« (...) il faut beaucoup d’innocence, ou de rouerie, à une philosophie de la communication qui prétend restaurer la société des amis ou même des sages en formant une opinion universelle comme "consensus" capable de moraliser les nations, les Etats et le marché. Les droits de l’homme ne disent rien sur les modes d’existence immanents de l’homme pourvu de droits. Et la honte d’être un homme, nous ne l’éprouvons pas seulement dans les situations extrêmes décrites par Primo Levi, mais dans des conditions insignifiantes, devant la bassesse et la vulgarité d’existence qui hantent les démocraties, devant la propagation de ces modes d’existence et de pensée-pour-le-marché, devant les valeurs, les idéaux et les opinions de notre époque. L’ignominie des possibilités de vie qui nous sont offertes apparaît du dedans. Nous ne nous sentons pas hors de notre époque, au contraire nous ne cessons de passer avec elle des compromis honteux. Ce sentiment de honte est un des plus puissants motifs de la philosophie. Nous ne sommes pas responsables des victimes, mais devant les victimes. Et il n’y a pas d’autre moyen que de faire l’animal (grogner, fouir, ricaner, se convulser) pour échapper à l’ignoble : La pensée même est parfois plus proche d’un animal qui meurt que d’un homme vivant, même démocrate. »

Gilles Châtelet, Vivre et Penser comme des porcs

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