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10/01/2012

Si belles-figures-pour-cortège-de-mariage

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« C'était merveille de voir leurs airs doucereusement contents de soi, leurs félicitations mutuelles, quand ils venaient de faire passer une motion toute niaise ou insane. Braves types à l'occasion, sales types à l'occasion, pauvres types toujours, il émanait d'eux, si compétents, si importants, si décorés, si belles-figures-pour-cortège-de-mariage, quelque chose de lourdement léger et d'ineffablement puéril. »

Henry de Montherlant, Le chaos et la nuit

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09/01/2012

Je suis optimiste quant à l’homme

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« De quel droit d’ailleurs un chrétien ou un marxiste m’accuserait-il par exemple de pessimisme... Ce n’est pas moi qui ai inventé la misère de la créature, ni les terribles formules de la malédiction divine. Ce n’est pas moi qui ai crié ce Nemo bonus, ni la damnation des enfants sans baptême. Ce n’est pas moi qui ai dit que l’homme était incapable de se sauver tout seul et que du fond de son abaissement il n’avait d’espérance que dans la grâce de Dieu. Quant au fameux optimisme marxiste ! Personne n’a poussé plus loin la méfiance à l’égard de l’homme et finalement les fatalités économiques de cet univers apparaissent plus terribles que les caprices divins.

Les chrétiens et les communistes me diront que leur optimisme est à plus longue portée, qu’il est supérieur à tout le reste et que Dieu ou l’histoire, selon les cas, sont les aboutissants satisfaisants de leur dialectique. J’ai le même raisonnement à faire. Si le christianisme est pessimiste quant à l’homme, il est optimiste quant à la destinée humaine. Eh bien ! je dirai que pessimiste quant à la destinée humaine, je suis optimiste quant à l’homme. Et non pas au nom d’un humanisme qui m’a toujours paru court, mais au nom d’une ignorance qui essaie de ne rien nier. »

Albert Camus, Ce texte est paru sous le titre Fragments d'un exposé fait au couvent des dominicains de Latour-Maubourg en 1948 dans : Albert Camus, Actuelles. Chroniques (1944-1948), Paris, Gallimard, 1950


Photo de mon pote Eric James Guillemain

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08/01/2012

L’amour de la France, aujourd’hui, ne saurait être qu’une longue tristesse

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Je vole, encore une fois sans hésiter, cet extrait  chez ILYS, mais cette fois à VAE VICTIS...

 

Je le vole parce que je me retrouve pas mal dans certains passages de Renaud Camus que je pourrais faire miens pleinement et que je souligne.

 

« La mélancolie “historique” est bien la dernière dont j’eusse cru, enfant, que je puisse être un jour affecté. Eussé-je vécu dans un pays heureux, dans un pays vivant une phase heureuse de son histoire, je ne m’en fusse probablement même pas aperçu, je n’eusse pas songé à m’en réjouir. Je me serais dit que les destins individuels sont tout ce qui compte, que l’important est de faire sa vie en y mettant autant de talent et d’énergie qu’on le peut, que la tâche essentielle est de construire son bonheur individuel ou à tout le moins son destin. De même, je n’eusse probablement même pas songé à être français. Ce n’est pas ma pente naturelle. Je suis aussi peu chauvin qu’il est possible, j’aime autant ou plus les arts, les cultures et les paysages d’autres nations que ceux de la mienne et, si un choix objectif m’avait été offert, j’eusse sans douté préféré être anglais, ou écossais, les tempérament nationaux d’outre-Manche, si différents qu’ils soient l’un de l’autre, me semblant mieux accordés au mien que celui de cette rive-ci. N’empêche : qu’on prétende m’empêcher d’être français, ou qu’on veuille me forcer à l’être d’une façon aussi totalement déculturée, affadie, désolante que celle qui a cours aujourd’hui parmi nous, cela m’a donné le goût et la conscience de l’être vraiment, ne serait-ce que par dignité, ou par esprit de contradiction, ce qui est souvent la même chose. Et ce goût ne pouvait être qu’un goût mélancolique, cette conscience une conscience malheureuse. Comme l’amour des paysages et l’amour de la langue, l’amour de la France, aujourd’hui, ne saurait être qu’une longue tristesse. Être citoyen d’un pays qui meurt, et qui meurt aussi salement, aussi bêtement, aussi bassement, je ne sais pas comment on pourrait ne pas en souffrir.
Des deux catastrophes qui se sont abattues en même temps sur mon pays, l’effondrement de sa culture par l’effet de l’égalitarisme social, du prétendu “enseignement de masse” et de la dictature de la petite bourgeoisie, et d’autre part la dissolution d’un peuple au profit d’un autre ou de plusieurs autres, sur le territoire national, je ne sais pas laquelle m’affecte davantage. À la vérité elles ne sont guère séparables. L’une était la condition de l’autre. L’autre était seule à même de parachever l’une. »

Renaud Camus, La Campagne de France

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Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ?

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« Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n'y aura plus de mots pour l'exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. (...) Le processus continuera encore longtemps après que vous et moi nous serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n'y a plus, dès maintenant, c'est certain, d'excuse ou de raison au crime par la pensée. C'est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même. Mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. (...) Vous est-il jamais arrivé de penser, Winston, qu'en l'année 2050, au plus tard, il n'y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant ? »

George Orwell, 1984

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07/01/2012

La foi n’est pas de l’ordre de l’avoir mais de l’ordre de l’être

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« En 1815, alors âgé de vingt-sept ans, résidant à Dresde, Arthur Schopenhauer a une conversation avec le poète Ludwig Tieck, de quinze ans son aîné. A un moment de la discussion Tieck se met à parler de Dieu. Schopenhauer, comme piqué par une tarentule, se lève d’un bond et avec un ricanement goguenard lui lance : "Quoi ? Vous avez besoin d’un Dieu ? "

A l’instar de l’oncle Arthur, je ne ressens pas un permanent besoin de Dieu, du terrible Dieu barbu cher aux monothéistes. En revanche, j’ai besoin de la dimension divine et sacrée de l’existence, j’ai besoin du Christ et de son Eglise. Certes, il y a d’autres dieux auxquels, en bon disciple d’Epicure, je suis affectionné, en premier lieu Vénus et Bacchus, Venere e Baccho, et je vous rappelle par parenthèse que le grand poème à la gloire de l’athéisme de mon cher Lucrèce, le De rerum natura, s’ouvre par une prière à la plus enchanteresse des divinités :

Aeneadum genetrix, hominum diuomque voluptas, Alma Venus…


Néanmoins, n’étant pas un contemporain de Pétrone, ni même de Julien l’Apostat, vivant en 2006 après Jésus-Christ, ayant dans mon enfance été baptisé au sein de l’Eglise orthodoxe, lorsque je dépose des fleurs sur un autel, c’est naturellement un autel de mon Eglise que je choisis.

Ai-je ou n’ai-je pas la foi ? Cela dépend des moments, et d’ailleurs c’est une question de médiocre intérêt. On ne peut pas dire "J’ai la foi", comme on dit "J’ai un compte en banque" ou "J’ai la Légion d’honneur" ou "J’ai la vérole". La foi n’est pas de l’ordre de l’avoir mais de l’ordre de l’être ; elle ne relève pas de la certitude mais de la quête, et nous n’avons besoin d’avoir estampillé "croyant" sur nos fronts pour que dans nos accès de désespoir vienne spontanément sur nos lèvres le cri du Psalmiste : De profundis clamavi ad te, Domine ; Domine exaudi vocem meam. Si affranchis du Christ que nous soyons, les clous de la croix nous retiennent à lui. Sur les champs de bataille, dans les hôpitaux, dans les prisons, il n’y a qu’un sang qui coule sur la terre, et c’est le sien. Toute souffrance nous est une eau baptismale. Nous pouvons être sceptiques, libertins, athées : chacune de nos nuits d’angoisse nous transporte au Jardin de Gethsémani.

Si Dieu n’existe pas, tant pis pour lui. Même si rien de ce qu’enseigne l’Eglise ne s’avérait, je ne regretterais pas d’avoir crié "Christ est ressuscité !" dans la nuit de Pâques, d’avoir donné le triple baiser de Pâques à mes jolies voisines. La religion est un des éléments poétiques de mon existence, j’en aime la folie, j’en aime la sensualité, et même si elle n’était en définitive qu’une illusion, qu’un magique passe-temps, elle me donne tant de plaisir que j’aurais eu raison de vivre comme je vis.

Je n’ai pas de goût pour la scolastique, pour la théologie des preuves de l’existence de Dieu chère à saint Anselme et à Descartes. Du christianisme conceptuel, abstrait, qui souvent réduit la folie de l’Evangile et son souffle libérateur à une morale sexuelle restrictive, je dirais ce que le grand acteur comique italien Toto dit des femmes trop maigres : "Les péchés de la chair se font avec la chair, non avec les os", i peccati della carne si fanno con la carne, non con le ossa.

Ce que j’aime, c’est la chair de l’Eglise, c’est le Verbe qui se fait chair, c’est le mystère de l’Incarnation. J’aime entrer dans une église, faire mon signe de croix, allumer un cierge, le placer devant l’icône de la fête du jour, baiser l’icône, puis me plonger dans le fleuve liturgique, me laisser bercer par la beauté des chants, le hiératique ballet des prêtres, le parfum de l’encens, la sublimité des prières ; participer à la mystagogie de tout mon cœur, de tout mon corps par des signes de croix, des enclins, des prosternations ; enfin m’approcher du calice, communier au Corps et au Sang du Christ.

Les deux seules réalités à travers lesquelles nous puissions pressentir, entrevoir la dimension divine de l’existence sont l’amour et la beauté. Ce sont cette beauté et cet amour que nous recevons lorsque nous participons aux mystères de l’Eglise, échappant ainsi aux limites que nous tracent notre égoïsme et notre orgueil. En communiant au Corps et au Sang du Christ j’acquiers les moyens de devenir cet homme total, appelé à la déification, dont nous parle l’Evangile. Après la communion, le chœur chante : "Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste", et cette prière de l’Eglise orthodoxe est un écho direct de l’hymne qu’après les agapes du culte de la déesse phrygienne Cybèle chantaient les fidèles : "J’ai mangé dans le tambourin, j’ai bu dans la cymbale, je suis devenu myste d’Attis". L’abbé de Saint-Cyran, le réformateur de Port-Royal, écrit que lorsque nous revenons de la table eucharistique nous devrions rugir comme des lions.

Sur les autels du Christ comme sur ceux de Vénus et de Bacchus, la théorie, on s’en fout : seule compte la pratique. Chacun de nous a rencontré au moins une fois dans sa vie un zozo (ou une zozotte car la bêtise est bisexuelle) qui se déclare fièrement "catholique non pratiquant". Un "catholique non pratiquant", c’est un théoricien de l’amour qui ne baise pas, un distingué œnologue qui ne boit pas de vin, un fana de foot qui regarde tous les matchs à la télé mais ne tape jamais dans un ballon. Le "catholique non pratiquant" est le digne rejeton de ce christianisme désincarné, cérébral que j’évoque ci-devant. Les "catholiques non pratiquants" sont à la religion ce que les érotomanes d’encrier qui écrivent des livres cochons mais qui ont une vie amoureuse misérable sont à la littérature : du pipi de chat.

Dans certaines églises orthodoxes, sous le Christ Pantocrator de la coupole est placée une vaste couronne de fer forgé où sont enchâssées des icônes. Les icônes représentent les fêtes de l’année liturgique, la couronne de fer la roue du temps, et les chrétiens orthodoxes, qu’ils soient prêtres ou laïcs, qu’ils vivent dans le monde ou qu’ils aient revêtu l’habit monastique, vivent au rythme de ce cycle liturgique. Ceux d’entre vous qui ont lu mon dernier roman, "Voici venir le Fiancé", y ont vu l’importance que revêt pour nous, orthodoxes, le carême pascal, que nous appelons le grand carême, et dont l’esprit est avec justesse exprimé par Nietzsche lorsqu’il écrit que la formule de la grandeur de l’homme n’est pas sum, mais sursum.

Les réjouissances du mardi gras n’ont de sens que parce qu’elles précèdent les austérités du mercredi des cendres. Les crétins de touristes qui vont à Venise se déguiser pendant le carnaval mais qui ensuite n’observent pas les règles du carême pascal ont du fromage blanc dans le ciboulot. Comment se fait-il qu’en France les orthodoxes et les mahométans soient les seuls à observer cette féconde et vivifiante invitation à la maîtrise et au dépassement de soi que constitue le carême ? D’une manière générale, pourquoi les catholiques et les protestants semblent-ils honteux de leurs traditions, impatients de jeter à la poubelle tout ce qui fait le charme du christianisme ?

J’adore Paris, mais si Paris se montre trop souvent une ville grise, grognonne, ennuyeuse, c’est parce que les Parisiens ont perdu ce rythme liturgique des fêtes. Nous sommes le 1er décembre. Si vous allez à Naples le 8 décembre, jour de l’Immacolata, ou à Manille le 25 décembre, jour de la Nativité, vous serez enveloppés par la joie et la ferveur de centaines de milliers de gens, et même si vous n’êtes pas chrétiens vous vous sentirez éclairés, stimulés par cette ferveur et par cette joie. Rien de tel à Paris où l’année s’écoule de manière uniforme, où les églises sont vides, où la Pentecôte n’est plus la fête de l’Esprit-Saint, mais un long week-end où l’on se tue en voiture sur les autoroutes, où, le vendredi saint, les bourgeois qui se tapent des entrecôtes à la Coupole ou chez Lipp ne le font pas dans un élan de révolte antichrétienne, qui serait un signe d’énergie vitale, mais tout simplement parce que ces braves gens ne savent même plus que ce jour-là on jeûne, on ne va pas au restaurant mais à l’église participer à la mort et à l’ensevelissement du Christ.

Nous avons connu au vingtième siècle deux régimes résolument antichrétiens : le communisme soviétique et le nazisme allemand. J’espère qu’aucun Européen n’a envie de revivre une expérience de ce genre. Il n’y a rien de pire qu’un peuple dépossédé de son héritage esthétique et spirituel ; rien de plus mortifère qu’une nation lobotomisée, sans racines et sans mémoire ; rien de plus sinistre qu’une église transformée en garage, en porcherie ou en musée. Je préfère mille fois un temple de Minerve ou de Mithra transformé en église, une église transformée en mosquée, à un autel déserté devant lequel ne s’élèvent plus ni l’encens ni les prières.

Sur le mont Palatin, dans le temple consacré à la Pierre noire d’Emèse, Héliogabale – mon cher Héliogabale proclamé empereur à quatorze ans, assassiné à dix-huit, auquel j’ai dédié l’un de mes livres – a célébré le mariage du dieu syrien Baal, dont il était le grand pontife, avec la déesse carthaginoise Tanit ; et dans ce lieu où il avait rassemblé divers emblèmes des cultes romains, il souhaitait réunir les autres cultes existants, le juif, le samaritain, le chrétien, confondre en une même adoration tous les visages du divin. L’empereur adolescent régna hélas trop courtement pour pouvoir accomplir son vœu, mais celui-ci demeure en nous comme une espérance inachevée. Emplissons les églises et les temples! Vive Vénus, reine de Cnide et de Paphos, vive Bacchus, dieu de la jeunesse doux comme le miel, vive le Christ ressuscité ! Evviva Venere ! Evviva Baccho ! Evviva Cristo ! »

Gabriel Matzneff, Emplissons les églises ! (Chronique du 01/12/2006)

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06/01/2012

Il existe des rapports secrets entre toutes les puissantes façons d'exister

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« Les hommes politiques qui sont aujourd'hui aux premières places ne sont en réalité que les gagnants d'une partie où il s'agit de se nantir du mieux qu'on peut ; ce sont des hommes qui ont réussi. Le pire mal n'est pas qu'ils passent leurs temps dans des intrigues qui n'ont rien de beau, c'est que, vivant de la sorte, ils n'en restent pas moins chargés de dire au peuple tous les grands mots qui glorifient un idéal. Mais parlant ainsi sans autorité, ils dégoûtent les gens de ce que ces mots représentent. Alors, au contraire, ceux des hommes qui étaient élévés au-dessus de tous les autres sentaient qu'ils n'étaient grands que par les choses qui vivaient en eux. Chargés de tous les insignes du pouvoir matériel, ils croyaient cependant à des supériorités plus pures qui dépassaient la leur et, parfois, ils les exaltaient eux-mêmes. Deux ans à peine après la mort de François (d'Assise), Grégoire IX le canonisa. »

« Il est bien vrai qu'en tout temps l'homme apporte à la vie les mêmes instincts. La seule affaire est de savoir ce que les hommes de chaque époque ont ajouté à ce fonds commun, et s'ils ont contenu et discipliné ces instincts, ou s'ils se sont bornés à les laisser libres. »

« Il existe en effet, des rapports secrets entre toutes les puissantes façons d'exister. Elles s'appellent, se provoquent, se sollicitent. Alors même qu'elles semblent s'opposer, elles se répondent. »

« Ce n'est pas dans les époques de mollesse que se manifestent les plus purs types de douceur. Le monde moderne se croit violent, mais il se vante, il n'est que grossier. Si la violence s'y produisait hardiment, peut-être verrait-on paraître des caractères opposés, pour lui donner la réplique. »

« L'homme moderne a pris toutes ses précautions contre le sublime. Il en était autrement au moyen âge ; les hommes y attendaient perpétuellement quelqu'un qui les dépassât. Celà les exposait à bien des erreurs et bien des risques, mais il y avait des portes ouvertes là où, maintenant, il y a des portes fermées. »

Abel Bonnard, Saint François d'Assise

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05/01/2012

Qu’est-ce que j’en ai à foutre du communisme ?

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« Voilà un mois, mon agent Maxim Lieber m’a refusé une nouvelle sous prétexte qu’elle était ironiquement pro-catholique. Je n’ai vraiment pas eu conscience du moindre préjugé en écrivant cette histoire. Tout cela m’est venu aisément et naturellement. Le style en est bon. Lieber me l’a dit. Il a même ajouté que c’était une excellente nouvelle et qu’il réussirait sans aucun doute à la vendre. Je suis encore fou de rage à l’idée qu’un agent, un simple agent, un foutu marxiste, un putain de corniaud de marxiste, rejette une nouvelle parce qu’elle ne correspond pas à ses caprices du moment. C’est la troisième fois que cela m’arrive. Je suis sûr que vous ne m’auriez pas fait une chose pareille; je me rappelle beaucoup de textes que vous avez publiés qui n’étaient pas en harmonie avec vos principes.

Une nouvelle est nouvelle ; si elle est bonne, elle doit être imprimée. Mais sous prétexte qu’une nouvelle a un thème catholique, il n’y a pas de raison pour qu’un putain d’agent à la con -- censé s’occuper de textes littéraires et non de propagande -- la refuse. J’en ai ma claque de ce bonhomme ; mieux, je vais lui faire la peau à la première occasion. Qu’est-ce que j’en ai à foutre du communisme ? Ils peuvent bien me coller le dos au mur et me fusiller; ce n’est pas pour ça que j’adhérerai au marxisme de pacotille d’une coterie imbécile de diplômés d’Harvard qui -parce qu’ils n’ont rien dans les tripes- gobent et défendent des principes auxquels ils pigent que dalle. »

John Fante, (Fante/Mencken-Correspondance)

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04/01/2012

La Politique selon Dave Mustain

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« Pour moi, les choses sont assez simples. Je veux pouvoir porter une arme ; écouter la musique que je veux ; manger, boire et être heureux ; et ne faire de mal à personne (sauf, bien entendu, si c'est de la légitime défense). C'est un résumé du Sermon sur la Montagne : traite autrui comme tu voudrais qu'il te traite. »

Dave Mustain, Splendeur et misère d'une icône trash

 

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Aujourd'hui j'ai vu Sainte-Sophie. A peine entré dans le monument, je n'ai plus eu à y faire un pas. Je lui appartenais tout entier.

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« Aujourd'hui j'ai vu Sainte-Sophie. A peine entré dans le monument, je n'ai plus eu à y faire un pas. Je lui appartenais tout entier. Les autres édifices, quand ils sont d'une aussi vaste étendue, demandent que le visiteur les parcoure, afin de s'emparer successivement de toutes leurs perspectives. Ici l'on est aussitôt sous la domination de l'immense coupole ; elle rend tout l'édifice unanime. Quand un monument arrive à cette beauté souveraine, il n'est plus au pouvoir de personne de lui arracher son âme. On a pu faire du Parthénon une église, puis une mosquée, il n'a jamais daigné le savoir. A Sainte-Sophie, l'Islam n'est rien. Il a eu beau pendre à ses parois d'énormes inscriptions, elle témoigne à jamais pour cette somptueuse civilisation byzantine où l'art ne se sépare pas du faste ; les chapiteaux sont plus brodés encore que sculptés, les tribunes se creusent comme des grottes enchantées, l'oeil cherche encore les mosaïques sous le badigeon qui les a couvertes. Sainte-Sophie reste à jamais la grande Église, celle qui mettait en présence l'Empereur et Dieu, l'Autocrator et le Pantocrator, et où la hiérarchie des fonctionnaires était si exactement continuée par celle des Dominations et des Trônes qu'on ne devait pas voir exactement où elles s'attachaient l'une à l'autre.

A l'exception de cet édifice, presque tout ce qui représentait Byzance a péri. On la retrouve encore dans une magnifique citerne, dans quelques églises que l'Islam, au lieu de les détruire, s'est contenté d'envahir, et dans les remparts. Il est une de ces églises qui est restée dans mon souvenir. C'est la Kharié-Djami. Elle dépendait d'un couvent et date du temps des Comnène, mais presque toutes les mosaïques dont elle est décorée sont moins anciennes et ne remontent qu'au XIVè siècle. On la trouve tout près des murailles, au bout d'un de ces quartiers qui traînent et se défont dans la solitude. Il était midi quand j'y arrivai. Le vieux muezzin, penché sur le balcon du minaret, distribuait d'une voix cassée son appel aux quatre horizons. Après quoi il redescendit dans la mosquée, où quelques fidèles faisaient leur prière, avec les prosternations prescrites. Cependant, les mosaïques des deux narthex me racontaient l'histoire du Christ et celle de la Vierge. »

Abel Bonnard, "Constantinople", in Le bouquet du monde

 

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03/01/2012

Nous ne renoncerons pas à Jésus-Christ, mais nous ne renoncerons pas davantage à Epicure et à Pyrrhon. Que les barbus se mettent bien ça dans le ciboulot.

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« Les idéologues musulmans puisent leur énergie missionnaire dans cette conviction que l’Europe déchristianisée, ignorante de sa propre tradition religieuse, est un fruit blet prêt à tomber dans le vert tablier de Mahomet. L’effacement de la foi chrétienne laisse un vide et il est naturel que les plus excités d’entre les islamistes soient persuadés que ce vide, ils n’auront aucune difficulté à le combler. L’ancien chancelier allemand Helmut Kohl a, lors d’un récent séjour à Rome, déclaré que s’il avait été un des auteurs de la Constitution européenne il se serait battu pour qu’y figurât une explicite référence à nos racines chrétiennes. Et il a ajouté : "Au lieu de céder au laïcisme à la française, nous devons le combattre."

C’est vrai, il y a des Français ringards qui s’imaginent qu’il suffit de tonner contre le Vatican pour acquérir un brevet d’esprit libre. Il y a une France jacobine pour qui l’histoire de notre pays commence en 1789 et qui nous casse les pieds avec les "valeurs républicaines" dont elle a en permanence la bouche pleine. Cette France sectaire et vieillotte nous ennuie.

Il convient toutefois ne pas tomber dans un excès opposé. Certes, le christianisme aura été, de Madrid à Moscou, de Stockholm à Palerme, un des creusets où s’est formé le génie européen, et pour s’en convaincre il suffit de visiter à Amsterdam l’exposition qui réunit présentement Rembrandt et le Caravage. Il n’est cependant pas le seul, et le paganisme gréco-romain en est un autre. Les Psaumes et le Sermon sur la Montagne sont pour nous, depuis plus de deux mille ans, une inépuisable source d’élévation spirituelle, mais le Contre les moralistes de Sextus Empiricus et les Lettres à Lucilius de Sénèque ne le sont pas moins. On m’affirme que dans l’Iran d’aujourd’hui la lecture de poètes tels que Saadi, Omar Khayyam, Abou Nawas, qui chantent le vin, l’amour, les jeunes personnes, le scepticisme, le dolce farniente, est proscrite. Si c’est vrai, je le déplore pour les Iraniens, mais nous, en Europe, personne ne nous empêchera de continuer à lire Théocrite et Horace qui font partie de notre héritage, de notre univers esthétique et moral au même titre que Dante et Bossuet. Nous ne renoncerons pas à Jésus-Christ, mais nous ne renoncerons pas davantage à Epicure et à Pyrrhon. Que les barbus se mettent bien ça dans le ciboulot. »

Gabriel Matzneff, Sextus Empiricus contre les barbus (Chronique du 21/03/2006 )

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02/01/2012

Le socialisme est réactionnaire au sens le plus profond

=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=

 

« Le socialisme est le frère cadet et fantasque du despotisme agonisant, dont il veut recueillir l'héritage ; ses aspirations sont donc réactionnaires au sens le plus profond. Car il désire la puissance étatique à ce degré de plénitude que seul le despotisme a jamais possédé, il surenchérit même sur le passé en visant à l'anéantissment pur et simple de l'individu ; lequel lui apparait comme un luxe injustifié de la nature qu'il se croit appelé à corriger pour en faire un organe utile de la communauté. A cause de cette affinité, il se montre toujours au voisinage de tous les déploiements excessifs de puissance, comme le vieux socialiste Platon, à la cour du tyran de Sicile.»

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, § 473

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01/01/2012

Chez les peuples usés mentalement

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« Chez des races vigoureuses, énergiques, arrivées au point culminant de leur développement, on observe, aussi bien sous des institutions républicaines que sous des institutions monarchiques, l’extension considérable de ce qui est confié à l’initiative personnelle, et la réduction progressive de ce qui est confié à l’Etat. "Chez les peuples usés mentalement", le gouvernement est toujours un pouvoir absorbant tout et régissant les moindres détails de la vie du citoyen. Le socialisme n’est que l’extension de cette conception. »

Gustave le Bon, Psychologie du Socialisme


Psychologie du socialisme par Gustave le Bon, chez Scribd

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31/12/2011

Le langage symbolique

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« Si l'on reconnaît l'insuffisance du langage ordinaire pour exprimer "l'inexprimable", il reste tout de même, pour approcher ce mystère, la ressource du langage symbolique, qui suggère beaucoup plus que ce qu'il dit, comme une parole qui meurt sous le poids trop grand de la contemplation silencieuse qu'elle contient. C'est pourquoi le langage symbolique, riche de la pluralité de son sens, constitue le langage initiatique par excellence, le véhicule indispensable de tout enseignement traditionnel. »

Lucien Méroz, René Guénon ou la sagesse initiatique

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30/12/2011

L'esprit du siècle

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« Il faut marcher avec son siècle, disent les hommes qui prennent pour un siècle les courts moments où ils ont vécu. Mais, depuis Tacite, on appelle l'esprit du siècle tous les désordres qui y dominent. Ce n'est pas avec un siècle, c'est avec tous les siècles qu'il faut marcher. »

Louis de Bonald, Réflexions sur l’intérêt général de l'Europe

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Au contact du nihilisme à l’œuvre en Occident

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« J’ai quitté l’enseignement public non seulement parce que je m’y ennuyais à mourir, mais parce que je n’y supportais plus d’y voir la langue française piétinée au point de n’être plus qu’un instrument de propagande de la pensée dominante. J’ai vu mourir une culture. J’ai dit, et je le maintiens, quoique cette affirmation m’ait naguère valu le pilori, que l’évacuation de la dimension littéraire de la langue au profit de sa démocratisation utilitaire a eu lieu en grande partie pour ne pas désespérer les enfants d’immigrés. Une langue sacrifiée à la paix civile, c’est la mort d’une culture millénaire. Je n’en rends nullement les immigrés responsables ; les semeurs de vent, ce sont les idéalistes post chrétiens et les marchands d’esclaves au pouvoir. Les reliquats hystériques du gauchisme ont fait le reste : évacuer la dimension spirituelle de la culture. On comprend dés lors que nous soyons méprisés par ces mêmes immigrés : comment l’Islam, quand bien même il n’en serait pas l’allié objectif, ne trouverait-il pas à se renforcer au contact du nihilisme à l’œuvre en Occident ? »

Richard Millet, L’opprobre

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