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03/04/2011

La Liberté Créatrice

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« La liberté a toujours été odieuse à tous les dogmatistes, à tous les intellectualistes, à tous ceux qui rêvent d'enfermer la société dans des cadres figés et qui ne tolèrent d'autre liberté que celle du bien – le bien décrété par leur "despotisme éclairé". Tous ces gens, fanatiques d'unité, supportent mal l'inévitable variété des êtres et des choses; ils voudraient tout résorber dans l'Un. Pourquoi, en effet, des patries? Pourquoi des langues diverses? Pourquoi des classes? Pourquoi des sexes? Pourquoi pas une seule humanité, une seule langue, un seul sexe, une association unique, sans guerres, sans antagonismes,sans luttes, dans la bienheureuse paix d'une idylle éternelle? Tout devrait être interchangeable, les races, les patries, les classes, les sexes. Mais voilà, il y a la liberté, c'est-à-dire la capacité à inventer du nouveau, de frayer hors des chemins battus, d'ouvrir de nouveaux horizons, d'errer aussi, de tomber, de trébucher, comme de monter et de marcher droit. Si nous ne parlons pas tous encore espéranto, c'est que nous sommes, malheureusement, des êtres libres, et qu'étant libres, il nous faut ces langues diverses où s'exprime la diversité de nos âmes nationales. Si nous ne formons pas encore une seule humanité, c'est encore et toujours parce que nous sommes libres et que les patries, comme les a très bien définies Georges Valois, ce sont "les formes diverses de l'expérience humaine". Si nous ne voulons pas nous laisser absorber tous par l'Etat, c'est encore et toujours parce que nous sommes libres, et qu'étant libres, nous formons des classes diverses invincibles à l'uniformité étatique. Si même il y a deux sexes, et si cette dualité est invincible à tous les féminismes du monde, c'est encore que nous sommes libres et que la diversité sexuelle était nécessaire à la formation du couple conjugal, organe de la Justice. Donc, partout et toujours, la liberté, "ce grand Juge et ce souverain Arbitre des destinées humaines", comme l'appelle Proudhon. »

Edouard Berth, Les méfaits des intellectuels

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02/04/2011

Principe

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« Il est indéniable que, à bien des égards, la déchéance des institutions traditionnelles est due à celle de leurs chefs de leurs représentants. Ce n'en est pas la seule cause : pour en arriver à une véritable dissolution et à une véritable involution, il a fallu qu'à cette déchéance s'ajoute la tactique de la substitution du principe à la personne, nouvel instrument de la guerre occulte : dès que le représentant de tel principe déterminé se montre indigne, ou on fait le procès du principe en lui-même en attaquant ce représentant, ou on étend la critique de la personne au principe; on n'en conclut pas que ce représentant n'est pas à la hauteur du principe et qu'il faut donc le remplacer par une autre personne, qui pourrait réellement le représenter, mais on en vient à dire que le principe est faux ou délétère et qu'il faut le remplacer par un autre.

Combien de fois une attaque contre tel ou tel aristocrate dégénéré, vaniteux ou corrompu, ne s'est-elle pas bien souvent transformée en une attaque contre le principe aristocratique lui-même et en un instrument démagogique ?
L'action subversive et hérétique de Luther, qui a pris pour prétexte la corruption des représentants de l'Eglise romaine, eut-elle un autre sens ?

Là encore, l'histoire est riche d'épisodes de ce genre, qui correspondent à autant de moments de la subversion mondiale. »

Julius Evola, Phénoménologie de la subversion

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31/03/2011

Pouvoir

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« On aimait l'or parce qu'il donnait le pouvoir et qu'avec le pouvoir on faisait de grandes choses. Maintenant on aime le pouvoir parce qu'il donne l'or et qu'avec cet or on en fait de petites. »

Henry de Montherlant, Le Maître de Santiago

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29/03/2011

Miroir mon beau miroir...

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« Le milieu traditionnel paysan ignore la glace, peut-être même la craint-il : elle est un peu sorcière. L’intérieur bourgeois au contraire, et ce qu’il en reste dans le mobilier actuel de série, multiplie les miroirs aux murs, sur les armoires, les dessertes, les buffet, les panneaux. Comme la source lumineuse, la glace est un lieu privilégié de la pièce. A ce titre, elle joue partout dans la domesticité aisée son rôle idéologique de redondance, de superfluité, de reflet : c’est un objet riche, où la pratique respectueuse d’elle-même de la personne bourgeoise trouve le privilège de multiplier son apparence et de jouer avec ses biens. Disons plus généralement que le miroir, objet d’ordre symbolique, non seulement reflète les traits de l’individu, mais accompagne dans son essor l’essor historique de la conscience individuelle. Il porte donc la sanction de tout un ordre social : ce n’est pas par hasard si le Siècle de Louis XIV se résume dans la Galerie des Glaces, et si, plus récemment, la prolifération de la glace d’appartement coïncide avec celle du pharisaïsme triomphant de la conscience bourgeoise, de Napoléon III au Modern Style. »

Jean BAUDRILLARD, Le système des objets, (1968)

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28/03/2011

Insurrection de l'Esprit !

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« Il est absurde de prétendre libérer ce monde par une révolution économique. L'organisation économique du monde est admirablement logique et cohérente, dès qu'on raisonne en économiste, c'est-à-dire sans tenir compte des valeurs morales impossibles à chiffrer. Pour venir à bout du système, il faudrait une révolution spirituelle analogue à celle d'il y a deux mille ans, je veux dire une nouvelle explosion des forces spirituelles dans le monde. Il faudrait d'abord et avant tout respiritualiser l'homme. Pour une telle tâche, il est temps, il est grandement temps de mobiliser en hâte, coûte que coûte, toutes les forces de l'esprit. Dieu veuille que ce mot d'ordre parte de mon pays aujourd'hui humilié, Dieu veuille que la France donne au monde ce message qu'il attend, et qui sonnera partout le signal de l'insurrection de l'Esprit ! »

Georges Bernanos, L'insurrection de l'Esprit


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Et je résolus de ne point m’abandonner à la crainte, non plus à l’orgueil

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« La lune s’était levée, et dans sa clarté je m’abandonnais aux pensées qui nous assaillent lorsque nous nous enfonçons dans l’incertain. En moi s’éveillaient les souvenirs de magnifiques heures matinales, où nous chevauchions à l’avant garde de nos colonnes, tandis que derrière nous, dans la fraîcheur de l’aube, s’élevait le chant des jeunes cavaliers. Nous sentions alors notre cœur battre solennellement, et tous les trésors de la terre eussent pâli devant la joue qui nous attendait dans la glorieuse rigueur de l’action imminente. Oh! Quelle différence entre ces heures lointaines et cette nuit où, dans la pâle clarté, je voyais luire des armes pareilles aux griffes et aux boutoirs de quelque monstre. Nous nous enfoncions dans les forêts des Lémures qui sont sans droit et sans ordre humains, et chez qui nulle gloire ne se pouvait cueillir. Et j’éprouvais la vanité de tout éclat, de tout honneur, et une grande amertume m’emplissait.
C’était cependant une consolation pour moi de ne point être, comme la première fois, alors que je cherchais Fortunio, le jouet d’aventures magiques, mais le champion d’une juste cause, appelé à la lutte par la haute contrainte de l’esprit. Et je résolus de ne point m’abandonner à la crainte, non plus à l’orgueil. »

Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre

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Ce qui autrefois m’avait donné la première notion de l’existence

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« Il arriva donc que livré à la monotonie matérialiste de ce monde banal, seul en face du rythme inconnu et entraînant d’une vie en apparence complètement insensée et pourtant réglée par un mécanisme inexorable, je recourus d’abord à ce qui autrefois m’avait donné la première notion de l’existence, c'est-à-dire au livre. Avant de m’être mis en route comme le Persifal de la légende, je m’étais construis avec les livres une barrière contre les vicissitudes quotidiennes de mon éducation quelque peu difficile.
Et maintenant à cette heure où tout ce que je voyais et sentais me semblais si pâle et si incolore, l’étalage d’une librairie était pour moi comme un appel secret et pouvait éveiller en moi le désir ardent de ces visions immédiates et éblouissantes que les livres m’avaient toujours apportées avant que j’eusse essayé de suivre mon frère Simplizius Simplicissimus autrement qu’en imagination seulement.
Dans cet étalage se trouvait un peu renfoncé dans un coin et un peu poussiéreux, un livre : Des choses futures. Etrangement ému et attiré par ce titre, j’entrai dans la boutique et j’achetai le livre. Je remontai dans ma mansarde, j’allumai ma dernière grande bougie, je m’assis dans le vieux fauteuil de velours dont j’avais déjà brûlé un pied pour me chauffer, non sans avoir calé le meuble grinçant contre une caisse de grenades et, grelottant, je me mis à lire. Ma lecture se prolongea pendant la nuit entière. »

Ernst Von SALOMON, Les réprouvés (1931)

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27/03/2011

Le rôle civilisateur et héroïque de la femme

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« Toujours il avait eu de l’hostilité contre la conception chevaleresque du Moyen Age. Le Gentilhomme qui accomplit un exploit pour sa dame lui paraissait diminuer par là son exploit ; il était choqué par ces fadaises, et détestait l’état d’esprit qui place l’homme, l’homme fort et raisonnable, sous la suprématie de la déficience féminine. Son idéal était la vie antique, où la fleurette fut inconnue. Et voici que maintenant, sous le choc de la réalité, il s’apercevait que le cliché était vrai, - comme le sont sans doute, la plupart des clichés : pour obtenir l’admiration d’une femme, alors même qu’il n’était pas épris de cette femme, un homme décuplait sa valeur. Au petit pas, la chemise trempé de sueur, la main gracieusement sur la hanche, […] Alban, découvrait dans le campo sévillan le rôle civilisateur et héroïque de la femme. »

Henri de MONTHERLANT, Les Bestiaires, (1926)

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26/03/2011

Ce qui compte désormais est ce qui peut être compté

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« L'émergence de la bourgeoisie, son expansion et sa victoire finale marchent de pair avec l'émergence, la propagation et la victoire finale d'une nouvelle “idée”, l'idée que la croissance illimitée de la production et des forces productives est en fait le but central de la vie humaine. Cette “idée” est ce que j'appelle une signification imaginaire sociale. Lui correspondent de nouvelles attitudes, valeurs et normes, une nouvelle définition sociale de la réalité et de l'être, de ce qui compte et de ce qui ne compte pas. Brièvement parlant, ce qui compte désormais est ce qui peut être compté. »

Cornélius Castoriadis, Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe II 

 

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25/03/2011

Transcendere

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« En tant que traditionnalistes, nous ne pouvons que prendre parti pour ceux qui combattent la tyrannie de l'or, l'asservissement au capital et à la finance anonyme et apatride. Mais nous nous empressons de faire remarquer qu'on peut dépasser tout cela dans deux directions différentes et même opposées : en premier lieu en descendant encore plus bas que la classe bourgeoise, en lui retirant le pouvoir au nom de la simple masse, du "prolétariat", du "peuple", c'est à dire de cette entité démocratique insaisissable qu'a dénoncé Mussolini. Et c'est alors qu'on a le socialisme, le communisme, le marxisme, le soviétisme originel et toutes ces idéologies corruptrices dans lesquelles la "justice sociale" et, même, dans certains cas, "l'intérêt général de la nation" dissimulent uniquement une volonté tenace et sadique de lutte contre la hiérarchie et de nivellement. La seconde possibilité est de dépasser la bourgeoisie et l'oligarchie capitaliste en la transcendant.

Etymologiquement, le latin "transcendere" signifie dépasser par le haut – et non par le bas. S'élever, ici, c'est restaurer ces valeurs qui sont supérieures à l'or, au capital, à la terre brute et à la simple propriété, parce que ce sont des valeurs supra-éconolmiques, héroïques, aristocratiques. Ce sont donc les valeurs de cette classe, ou caste, qui, dans les hiérarchies traditionnelles, dominait toujours légitimement celle des marchands et celle des ténébreuses masses prolétariennes. Dans ce cas, tous les problèmes apparaissent sous un jour différent, y compris la question de la justice sociale. »

Julius Evola, Phénoménologie de la subversion

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24/03/2011

Tradition contre modernité

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« L'opposition entre les civilisations modernes et les civilisations traditionnelles peut s'exprimer comme suit : les civilisations modernes sont dévoratrices de l'espace, les civilisations traditionnelles furent dévoratrices du temps. Les premières donnent le vertige par leur fièvre de mouvement et de conquête de l'espace, génératrice d'un arsenal inépuisable de moyens mécaniques capables de réduire toutes les distances, de raccourcir tout intervalle, de contenir dans une sensation d'ubiquité tout ce qui est épars dans la multitude des lieux. Orgasme d'un désir de possession ; angoisse obscure devant tout ce qui est détaché, isolé, profond ou lointain ; impulsion à l'expansion, à la circulation, à l'association, désir de se retrouver en tous lieux - mais jamais en soi-même. La science et la technique, favorisées par cette impulsion existentielle irrationnelle, la renforcent à leur tour, la nourrissent, l'exaspèrent : échanges, communications, vitesses par delà le mur du son, radio, télévision, standardisation, cosmopolitisme, internationalisme, production illimitée, esprit américain, esprit "moderne". Rapidement le réseau s'étend, se renforce, se perfectionne. L'espace terrestre n'offre pratiquement plus de mystères. Les voies du sol, de l'eau, de l'éther sont ouvertes. Le regard humain a sondé les cieux les plus éloignés, l'infiniment grand et l'infiniment petit. On ne parle déjà plus d'autres terres, mais d'autres planètes. Sur notre ordre, l'action se produit, foudroyante, où nous voulons. Tumulte confus de mille voix qui se fondent peu à peu dans un rythme uniforme, atonal, impersonnel. Ce sont les derniers effets de ce qu'on a appelé la vocation "faustienne" de l'Occident, laquelle n'échappe pas au mythe révolutionnaire sous ses différents aspects, y compris l'aspect technocratique formulé dans le cadre d'un messianisme dégradé.
A l'inverse, les civilisations traditionnelles donnent le vertige par leur stabilité, leur identité, leur fermeté intangible et immuable au milieu du courant du temps et de l'histoire : si bien qu'elles furent capables d'exprimer jusqu'en des formes sensibles et tangibles comme un symbole de l'éternité. Elles furent des files, des éclairs dans le temps ; en elles agirent des forces qui consumaient le temps et l'histoire. »

Julius Evola, L’Arc et la massue, 1968

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23/03/2011

Un ennemi de plus pour cette hideuse société qui nous rançonne

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« Il y avait de cela quelques années, il s'était croisé, rue de Rivoli, un soir, avec un galopin d'environ seize ans, un enfant pâlot et fûté, tentant de même qu'une fille. Il suçait péniblement une cigarette dont le papier crevait, percé par les bûches pointues du caporal. Tout en pestant, il frottait sur sa cuisse des allumettes de cuisine qui ne partaient point; il les usa toutes. Apercevant alors des Esseintes qui l'observait, il s'approcha, la main sur la visière de sa casquette et lui demanda poliment du feu. Des Esseintes lui offrit d'aromatiques cigarettes de dubèque, puis il entama la conversation et incita l'enfant à lui conter son histoire.
Elle était des plus simples, il s'appelait Auguste Langlois, travaillait chez un cartonnier, avait perdu sa mère et possédait un père qui le battait comme plâtre.
Des Esseintes l'écoutait pensif : - Viens boire dit-il. Et il l'emmena dans un café où il lui fit servir de violents punchs. - L'enfant buvait, sans dire mot. - Voyons, fit tout à coup des Esseintes, veux-tu t'amuser, ce soir ? c'est moi qui paye. Et il avait emmené le petit chez madame Laure, une dame qui tenait, rue Mosnier, au troisième, un assortiment de fleuristes, dans une série de pièces rouges, ornées de glaces rondes, meublées de canapés et de cuvettes.
Là, très ébahi, Auguste avait regardé, en pétrissant le drap de sa casquette, un bataillon de femmes dont les bouches peintes s'ouvrirent toutes ensemble - Ah le môme ! Tiens, il est gentil ! - Mais, dis donc, mon petit, tu n'as pas l'âge, avait ajouté une grande brune, aux yeux à fleur de tête, au nez busqué, qui remplissait chez Madame Laure l'indispensable rôle de la belle juive. Installé, presque chez lui, des Esseintes causait avec la patronne, à voix basse.
- N'aie donc pas peur, bêta, reprit-il, s'adressant à l'enfant. Allons, fais ton choix, je régale. Et il poussa doucement le gamin qui tomba sur un divan, entre deux femmes. Elles se serrèrent un peu, sur un signe de madame, enveloppant les genoux d'Auguste, avec leurs peignoirs lui mettant sous le nez leurs épaules poudrées d'un givre entêtant et tiède, et il ne bougeait plus, le sang aux joues, la bouche rêche, les yeux baissés, hasardant, en dessous, des regards curieux qui s'attachaient obstinément au haut des jambes.(...)
- Alors ce n'est pas pour ton compte que tu viens, ce soir, dit à des Esseintes madame Laure.
Mais où diable as-tu levé ce bambin ? reprit-elle, quand Auguste eut disparu, emmené par la belle juive.
- Dans la rue, ma chère.
- Tu n'es pourtant pas gris, murmura la vieille dame. Puis, après réflexion, elle ajouta, avec un sourire maternel : - Je comprends ; mâtin, dis-donc, il te les faut jeunes, à toi !
Des Esseintes haussa les épaules.
- Tu n'y es pas ; oh ! mais pas du tout, fit-il ; la vérité c'est que je tâche simplement de préparer un assassin.
Suis bien en effet mon raisonnement. Ce garçon est vierge et a atteint l'âge où le sang bouillonne ; il pourrait courir après les fillettes de son quartier, demeurer honnête, tout en s'amusant, avoir, en somme, sa petite part du monotone bonheur réservé aux pauvres. Au contraire, en l'amenant ici, au milieu d'un luxe qu'il ne soupçonnait même pas et qui se gravera forcément dans sa mémoire ; en lui offrant, tous les quinze jours, une telle aubaine, il prendra l'habitude de ces jouissances que ses moyens lui interdisent ; admettons qu'il faille trois mois pour qu'elles lui soient devenues absolument nécessaires - et, en les espaçant comme je le fais, je ne risque pas de le rassasier ; - eh bien, au bout de ces trois mois, je supprime la petite rente que je vais te verser d'avance pour cette bonne action, et alors il volera, afin de séjourner ici ; il fera les cent dix-neuf coups, pour se rouler sur ce divan et sous ce gaz !
En poussant les choses à l'extrême, il tuera, je l'espère, le monsieur qui apparaîtra mal à propos tandis qu'il tentera de forcer son secrétaire : - alors, mon but sera atteint, j'aurai contribué, dans la mesure de mes ressources, à créer un gredin, un ennemi de plus pour cette hideuse société qui nous rançonne. »

Joris-Karl Huysmans, A Rebours (1884)

 

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22/03/2011

Le refus de la diversité réelle

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« La menace principale, aujourd’hui, quelle est-elle ? Elle est la disparition progressive de la diversité du monde, le nivellement des personnes, la réduction de toutes les cultures à une "civilisation mondiale" bâtie sur ce qu’il y a de plus commun. Déjà, d’un bout à l’autre de la planète, on voit s’élever le même type de constructions, s’instaurer les mêmes habitudes mentales. De Holiday In en Howard Johnson, on voit se dessiner les contours d’un monde uniformément gris. J’ai beaucoup voyagé – sur plusieurs continents. La joie que l’on éprouve au cours d’un voyage, c’est de voire des modes de vie variés encore enracinés, c’est de voir vivre à leur rythme des peuples différents, d’une autre couleur de peau, d’une autre culture, d’une autre mentalité – et qui sont fiers de leur différence.
Je crois que cette diversité est la richesse du monde, et que l’égalitarisme est en train de la tuer. C’est pour cela qu’il importe, non seulement de "respecter les autres" - du bout des lèvres – mais de susciter partout le désir le plus légitime qui puisse être : le désir d’affirmer une personnalité à nulle autre pareille, de défendre un héritage, de se gouverner soi-même selon ce qu’on est. Et cela implique de lutter, de front, contre un pseudo-antiracisme négateur des différences, et contre un racisme menaçant, qui n’est lui aussi, que le refus de l’Autre – le refus de la diversité. »

Alain de BENOIST, Vu de Droite. Anthologie critique des idées contemporaines

 

 

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Cosmopolites

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« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres, des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins. »

Jean-Jacques Rousseau, L'Emile

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13/03/2011

"L’islam face à la mort de Dieu"

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Schizophrénie des intellectuels musulmans.

Abdennour Bidar, dans son livre "L’islam face à la mort de Dieu", cite Jean Jaurès : « Cette joie sublime d’amener tous les hommes à la plénitude de l’humanité. » Ce fut précisément l’argument principal du socialiste Jean Jaurès pour justifier la colonisation de la République Française sensée apporter les Lumières et l’émancipation aux peuples inférieurs.
Dans le même livre, Abdennour Bidar cite le philosophe musulman Mohamed Iqbal, fin connaisseur de la philosophie occidentale, poète important et initiateur de la partition pakistanaise qui allait donner naissance à ce pays, qui confessait : « Ma vie a été principalement consacrée à l’étude de la philosophie occidentale, et cette manière de penser est presque devenue chez moi une seconde nature. Je ne parviens pas à exprimer en ourdou ce qui est dans mon cœur. »

Je me demande ce qu’il penserait aujourd’hui, Mohamed Iqbal, de ce Pakistan en proie aux pires fléaux archaïques, avec ses zones tribales au sein desquels les seigneurs de guerre font la loi, appliquent la Sharia et vomissent, eux, tout ce que l’Occident a pu accoucher de lumineux. Il a rêvé, comme tout homme éclairé, d’une "individuation" possible du musulman, mais c’était sans compter sur le poids culturel et cultuel considérable qu’impose le monde islamique à sa Oumma. Car il y a une antinomie réelle entre la voie occidentale et la voie islamique quelle que soit la forme que prend cette dernière et cette antinomie est de taille. Abdennour Bidar cite d’ailleurs Carl Gustav Jung à ce sujet : « J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un individu devient un individu psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité. La voie de l’individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s’agit de la réalisation de son Soi dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d’ "individuation" par "réalisation de soi-même" ou "réalisation de son Soi". » (L’énergique psychique, in Ma vie)

La tentative de tous ces intellectuels étrangers à l’univers mental occidental et qui ont goûté à ses saveurs particulières est un essai intéressant, mais au final maladroit, de dépasser leur métaphysique traditionnelle et menacée par l’entropie. Ils sont parvenus à atteindre un niveau d’abstraction essentiel pour comprendre et saisir les postulats des penseurs qui ont éclairé l’Occident puis ont essayé de se servir des outils acquis dans leur confrontation à ce monde contraire pour repenser la Voie qui était la leur. Seulement à part y insuffler des constructions nouvelles, souvent poétiques et charmeuses, je n’ai pas le sentiment qu’ils soient arrivés à leurs inavouables fins : helléniser leur psychisme et faire accéder les personnes de leurs communautés à l’individuation dont parle Jung. C’est une différence fondamentale entre l’islam et l’Occident qui n’a pas fini de provoquer les controverses que vous devinez. Je puis certes me tromper dans la mesure où je ne suis aucunement un spécialiste en un domaine qui nécessiterait un travail méticuleux de comparaison, mais avec le peu de connaissances acquises en la matière je peux arguer qu’il y a là de quoi comprendre l’écart considérable qui existe entre le monde occidental et le monde musulman, et ce malgré l’existence d’hommes d’esprit comme Abdennour Bidar ou Mohamed Iqbal, sans parler des Rûmî, Hallaj ou Khayyam qui ont illuminé un passé islamique de leur intelligence en recueillant les foudres des muftis, imams et mollahs de leurs temps.

Le simple fait qu’à l’origine de notre Culture se trouve ce postulat théologique qui stipule que l’Homme serait fait à l’image de Dieu fonde, même aujourd’hui pour les non-croyants, ce fameux principe d’individuation évoqué par Jung comme base de notre développement individuel et commun. C’est l’irruption civilisationnelle qui est la nôtre et qui invite à la Singularité, à la distinction pas seulement dans le cadre des hiérarchies sociales, mais aussi des chemins spirituels et intellectuels qui ont porté l’Occident à la place qui est la sienne dans l’Histoire de l’humanité. Ainsi lorsque Iqbal postule que l’ego humain ne serait pas parvenu au faîte de lui-même, il cherche par le biais du Soufisme à atteindre à la même conception de l’Être Humain qu’au sein de notre Civilisation qui l’a fécondé pour lui faire tirer du Coran une herméneutique dont les tenants de l’islam conventionnel ne veulent pas entendre parler. Abdennour Bidar précise : « Hallaj a été supplicié à Bagdad en 922 pour s’être écrié "Je suis la Vérité créatrice". L’interprétation d’Iqbal manifeste toute la portée de ce qui fut considéré alors comme un attentat blasphématoire contre la transcendance de Dieu. Il montre que cette parole signifie non seulement que l’homme est devenu "partie de Dieu" ou "égal de Dieu" (ce qui est déjà insupportable pour l’orthodoxie religieuse), mais que la totalité du divin s’est trouvée littéralement aspirée et infusée en l’homme. Il y a là un résultat que même les maîtres soufis de Hallaj ne pouvaient accepter, et ce sont eux d’ailleurs qui le livrèrent au châtiment des autorités… Dans sa filiation, la conception iqbalienne de l’Ego ultime représente un renversement complet de la conception soufie classique, selon laquelle le saint accompli s’est "éteint" en Dieu et agit ensuite "par Dieu" en toutes choses. Ils nomment cela fana (extinction) et baqa (subsistance en Dieu et par Dieu). Le commentateur Javed Majeed a pu écrire à cet égard qu’Iqbal "bouleverse considérablement la notion soufi de fana ("extinction de l’homme en Dieu’’) puisqu’il la renverse en extinction de Dieu en l’homme". Tandis que le soufisme considère que l’individualité de l’homme devenu saint s’éteint dans la personnalité suprême de Dieu, Iqbal ose concevoir l’inverse : c’est dieu qui disparaît en l’homme, la personnalité divine qui passe toute entière dans l’individualité de l’homme. Le saint n’a donc pas perdu son Ego, mais il en jouit désormais comme plénitude absolue d’un Soi (Khûdî) qui est la totalité de ce que la religion populaire comme la métaphysique soufie classique appellent "l’être en Dieu".

(…)

La vie spirituelle chemine ainsi dans le sens de la découverte et de l’appropriation d’un degré suprême d’individuation. »

Si demain les choses venaient à se gâter davantage dans ce pays, d’une manière ou d’une autre, et je dis dans ce pays mais, au train où vont les choses ces derniers temps je pourrais dire au sein de l’Europe, il est évident que les grands perdants du clash qui s’en viendrait seraient, à n’en pas douter, ces quelques explorateurs musulmans qui osent défricher leur culture et leur tradition avec un esprit curieux et audacieux car il y a un réveil identitaire en ce moment sur ce continent, en Grande-Bretagne, en Italie, en Suisse, en Belgique, en Allemagne et même en France, ce pays qui a accouché avec la Révolution Française du prêt-à-penser délivré en kit dès 1789 et la terreur qui s’en est suivie. Un consensus perce tout juste la couche opaque des clivages politiques qui ont fait oublier un peu trop facilement et pendant trop longtemps aux divers militants de gauche comme de droite, et d’un extrême à l’autre, que bien qu’opposés sur la question de la manière à mettre en œuvre pour gérer les affaires de la Cité, ils étaient avant tout les habitants d’un même pays liés de façon organique pour les ressortissants de souche par des valeurs, une langue et un art de vivre et pour les immigrés, comme moi, ayant réussi leur « intégration » voire leur « assimilation » en s’enracinant respectueusement dans cette terre d’accueil et en en épousant l’Histoire, le sens et la vision. Ce consensus qui perce dit : « Ya basta ». Ça suffit. Les histoires de Bisounours nous racontant que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, on en a jusqu’à la nausée. Nous voulons que la France reste le pays de Montaigne et de Rimbaud, des moralistes au grand style et des bals populaires, des sacrifiés de la Commune et des cathédrales lumineuses, des libertins licencieux et des surréalistes sublimes. Et non pas Dar al islam, Frankistan balkanisé et libanisé, cohortes de « dhimmis » rasant toute leur vie des murs. Je dis que ces musulmans vraiment modérés, trop rares (car je ne souscris pas à l’idée faussement répandue que « la grande majorité des musulmans en France » serait modérée), seraient les grands perdants car je ne pense pas que la tourmente prenne des gants quand il s’agit d’agir et il n’y a rien de pire en sanglante tripaille que les troubles sociaux quand, poussés à leur paroxysme (comme c’est de plus en plus le cas aujourd’hui), ils basculent dans la guerre civile. Chaque fois que les musulmans de France ont eu l’occasion de fermement montrer leur attachement à ce pays contre leurs co-religionaires dangereux et archaïques ils se sont faits discrets voire inexistants. Ce qui, par une vue d’ensemble, me semble être plutôt un assentiment aux vociférations hystériques et névrosées des imams et muftis agitant leurs menaces et dégueulant leurs fatwas contre tout ce que l’occident a de lumineux en comparaison à leur monde qui, politiquement, culturellement et socialement, est un désert.

Abdennour Bidar fait partie de ces hommes cherchant à faire accéder sa communauté à la modernité critique tout comme Senghor rêvait, secrètement, que l’Afrique noire tout en conservant son identité s’hellénise. Paradoxe des paradoxes, le concept de « négritude » doit beaucoup à Barrès et à la Grèce antique.

Abdennour Bidar dans "L’Islam face à la mort de Dieu", par son analyse de la pensée de Mohammed Iqbal fait référence à une conception de la foi musulmane qui n’a jamais existé que dans les cœurs des esprits libres qui ont tenté, tant bien que mal, de changer radicalement la conception étriquée et sclérosée de la réception littérale du Coran. Après la lecture du Coran, on est en droit de se demander comment les soufis ont pu s’y prendre, mais lorsque l’on sait, par exemple, que le soufisme indien a été fortement influencé par d’anciens Brahmanes convertis à l’islam et qui ont su utiliser les outils acquis par la pratique de leur religion initiale pour penser leur religion nouvelle, on comprend aussitôt pourquoi les tenants du salafisme, du wahabisme et autres saloperies totalitaires estiment que ce sont là des éléments étrangers à la Sharia et que, de ce fait, le soufisme ne peut être perçu que comme une hérésie sectaire et dangereuse pour l’établissement d’un éventuel Califat sensé apporter la Paix de Dieu par la soumission aux cinq piliers révélés par le prophète Mohammed. Mais Iqbal, dit Bidar, fait référence à Rûmi en personne :

« "Comme Roumi j’ai fait l’appel à la prière dans la Ka’aba/Et j’ai appris de lui les secrets de l’âme/Il était fait pour relever le défi du temps passé/Je suis fait pour relever le défi du temps présent."
Restons quelques instants sur cette vision d’Iqbal en muezzin de La Mecque.

Cette fonction de muezzin dans le lieu le plus saint de l’islam est une allusion symbolique à celui que le soufisme désigne comme le Qouth, le sage suprême d’une époque, "Chef" ou "Pôle spirituel de son temps". Qui est-il ? Quelle sagesse détient-il ? Selon les soufis, chaque époque a sa sagesse. Il faudrait même dire que pour eux chaque instant a sa sagesse. Ils se nomment d’ailleurs eux-mêmes les "fils de l’instant". Autrement dit, la sagesse n’est pas un savoir établi, un secret déposé quelque part et qui traverserait les âges sans varier. Pourquoi n’en est-il pas ainsi ? Parce que la sagesse est la connaissance de la façon dont l’absolu se manifeste dans le relatif, dont l’infini entre dans le fini, dont l’éternité entre dans le temps. Chaque époque, chaque culture, chaque individualité, chaque instant de chaque individualité, sont l’expression d’un nouveau visage de l’absolu — qui est donc à la fois toujours lui-même, et toujours autre que lui-même. Or c’est exactement de cela que le Qouth d’un temps est suprêmement conscient. Il voit l’absolu dans la moindre bribe de son existence et du monde. Il reconnaît l’intention du Soi créateur dans l’esprit et les formes de son temps. Les soufis disent qu’il est détenteur du Sirr (secret) de son époque et du Idhn (autorisation) de communiquer aux autres hommes ce qu’ils peuvent en recevoir. »

Et quel est le penseur qui a permis à Mohammed Iqbal de repenser sa religion ? La réponse est dans le titre du livre que Bidar a consacré à Iqbal : "L’Islam face à la mort de Dieu" : Friedrich Nietzsche.

A lire impérativement : MOHAMMAD IQBAL, A PROPOS DE NIETZSCHE

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