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25/04/2011

Notre monde est informe et refuse la forme qui est contrainte

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« Notre agonie est d'autant plus colorée qu'elle est haletante car la couleur permet de se passer de dessein et stupéfie si bien le regard qu'aucune réflexion ne se met en marche. On ne choisit plus, on ne décide plus. On s'abandonne à l'effet. On est drogué par l'image violente contemplée, yeux ouverts, comme vision psychédelique , couleurs sur les écrans, dans la rue, sur les vêtements, couleurs carnavalesques dans ces lieux hideux et fous que sont les hyper-marchés. Matraquage des regards pour qu'ils s'agrandissent au rythme même ou ils se vident . Ils ne s'agit plus d'enchanter et de séduire mais de droguer. Et même le noir n'est plus couleur de tragédie mais (cf.les motards vêtus de cuir) de violence vide et parade creuse. Autrement dit, notre monde est informe et refuse la forme qui est contrainte, enserre le bouillonnnat et nécessaire désodre dans ses traits et bride la licence , car "tout ce qui façonne pour la licence façonne pour la servitude"(Rousseau). »

Jean CAU, Contre-attaques

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La Tristesse est mon éternelle invitée

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« La tristesse est mon éternelle invitée. Combien je l'aime.
Elle n'est ni richement, ni pauvrement vêtue. Plutôt maigrichonne. Je crois qu'elle ressemble à ma mère. Elle parle peu ou pas. Tout chez elle est dans le regard, ni amer, ni faché. Mais existe-t-il des mots pour la décrire? Elle est infinie.
- La tristesse, c'est l'infini !
Elle vient le soir avec l'obscurité, silencieuse, imperceptiblement. Elle est déjà "là" au moment où on la croit encore loin. Ne se livrant jamais à la moindre objection, à la moindre contestation, elle mêle à tout ce que vous pensez sa touche discrète: et cette "touche" est infinie.
La tristesse est un reproche, une plainte, un manque. Je crois qu'elle s'est approchée de l'homme le soir où Adam a "goûté" au fruit de l'arbre et a été chassé du Paradis. Depuis lors, elle n'est jamais bien loin de lui. Toujours là "quelque part": mais elle ne se montre qu'au crépuscule. »

Vassily Vassilievich ROZANOV, Feuilles tombées

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23/04/2011

Nous baissons le regard et chacun rentre chez soi

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« Les ciels magnifiques de novembre n’allument plus que des reflets douloureux dans nos cœurs, d’être incarcérés en un monde sans issue. Si nous nous souvenions de ce que nous sommes, notre vaste passé pleins d’aventures et l’imprévu que c’est d’être dans l’univers, ces belles fins de journées aux lumières glorieuses nous pousseraient à des actes de désespoirs ; soit à nous réunir en d’intraitables conspirations. Mais rien, nous baissons le regard et chacun rentre chez soi. »

Baudouin de BODINAT, La vie sur Terre. Reflexion sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes

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22/04/2011

Hémiplégies morales

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« Etre de gauche ou de droite, c'est choisir l'une des innombrables manières qui s'offrent à l'homme d'être un imbécile; toutes deux en effet sont des formes d'hémiplégies morales. »

José ORTEGA Y GASSET, La révolte des masses, préface, 1937

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21/04/2011

Des heures factices et vides

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« Ici, où l’économie rationnelle nous a déportés, tout est de la veille, hâtif, électrique et nouveau, et semble-t-il truqué, bruyant et fébrile, qu’une rapide décrépitude emporte. Les rues nouvelles ne se souviennent pas de nous, ni les cafés plusieurs fois neufs depuis que notre jeunesse s’y hasardait suivant les fantômes de l’autre siècle : assis là parmi cette laideur de toc et de clinquant, de bruits idiots, on s’y sent plus anciens et moins provisoire, on ne reconnaît rien autour de soi, ni les gens. On cherche à se souvenir de cet autrefois où nous étions, à la réflexion si proche ; comment l’après-midi s’égouttait paisiblement dans les cafés pleins d’ombre, comment l’âme trouvait à s’y délasser et comment revenant sur nos pas bien plus tard il nous semblait aller à sa rencontre. Mais les décors criards et les camelotes du retour d’investissement n’offrent que des heures factices et vides, la pensée s’y décourage, part en lambeaux, tout devient indifférent et comme posthume, et même celle qu’on y attend. »

Baudouin de BODINAT, La vie sur Terre - Reflexion sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes

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20/04/2011

Contre la Culture...

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« Le monde moderne ne s'oppose pas seulement a l'ancien régime français, il s'oppose, il se contrarie à toutes les anciennes cultures ensemble, à tous les anciens regimes ensemble, à toutes les anciennes cités ensemble, à tout ce qui est culture, à tout ce qui est cité. C'est en effet la première fois dans l'histoire du monde que tout un monde vit et prospère, parait prospérer contre toute culture. »

Charles PEGUY, Notre jeunesse, Douzieme cahier de la onzieme serie, 12 juillet 1910

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19/04/2011

Le Cimetière des chiens

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« Après le cimetière des pauvres, c’est une sensation plus que bizarre de visiter le Cimetière des chiens. Beaucoup de personnes ignorent probablement qu’il existe.

Un certain effort n’est pas inutile pour s’habituer à cette pensée d’une nécropole de chiens. Cela existe, pourtant, à Asnières, dans une île, autrefois charmante, de la Seine. Oui, les chiens ont un cimetière, un vrai et beau cimetière avec concessions de trois à trente ans, caveau provisoire, monuments plus ou moins somptueux et même fosse commune pour les idolâtres économes, mais surtout, on le suppose, pour que les pauvres appartenant à l’espèce humaine soient mieux insultés.

L’article 5 du règlement est admirable : "Tous emblèmes religieux et tous monuments affectant la forme de sépultures humaines sont absolument prohibés dans le cimetière zoologique." Le public est averti, par ce dernier mot, que le fondateur ou la fondatrice est une personne savante qui ne parle pas en vain. On n’est pas des chiens soi-même ni des sentimentaux imbéciles, mais des zoologues, des penseurs. Et cela éclaire singulièrement la prohibition, quelque peu jésuitique, des emblèmes religieux. Il semblerait en effet que cette défense ait en vue d’empêcher des profanations, alors qu’il suffit d’un coup d’œil sur les monuments pour s’assurer d’un athéisme volontaire et solidement corseté. Exemple :

Si ton âme, ô Sapho, n’accompagne la mienne

O chère et noble Amie, aux ignorés séjours,

Je ne veux pas du Ciel ! Je veux, quoiqu’il advienne,

M’endormir comme Toi, sans réveil, pour toujours.

Ces vers, héroïquement chevillés, d’une vieux bas bleu millionnaire sur la charogne de sa chienne aimée, en disent assez et même un peu plus. Mais la zoologie sauve tout. Pour ce qui est de "la forme absolument prohibée de sépultures humaines", tout ce qu’on en peut dire, c’est que cette clause est une bien jolie blague. Un myope, incapable de déchiffrer les inscriptions et non averti, pensera nécessairement qu’il est dans un cimetière, païen à coup sûr et fort bizarre, mais humain et on ne voit pas ce qui pourrait le détromper. Il y a là des monuments grotesques et coûteux dont le ridicule n’a rien d’excessif ni d’humiliant pour la meilleure compagnie et qui conviendraient parfaitement aux carcasses des gentilshommes les plus distingués. Les épitaphes, il faut l’avouer, ne laissent aucun doute, mais seulement les épitaphes.

La monotonie des « regrets éternels » est un peu fatigante. La formule de fidélité, plus canine que les chiens eux-mêmes : "Je te pleurerai toujours et ne te remplacerai jamais" surabonde péniblement. Néanmoins le visiteur patient est récompensé.

Ma Ponette, protège toujours ta maîtresse. – Kiki, Trop bon pour vivre. – Drack, Il nous aimait trop et ne pouvait vivre. – Linda, Morte d’attachement, de fidélité, d’intelligence et d’originalité – Sur ton corps le printemps effeuillera les roses – Elle était toute notre vie – A Folette, O ma mignonne tant aimée, De ma vie tu fus le sourire – Et celle-ci, oh ! celle-ci : "Mimiss, sa mémère à son troune-niousseniousse !"

On ne saurait trop recommander un monument glorieux qu’on pourrait croire celui d’un Desaix ou d’un Kléber, et je ne sais quel chapiteau colossal au centre duquel se voit un énorme ex-voto blasonné du nom d’un chien en lettres d’or. Il y a aussi des couronnes de marquis, de comtes, de vicomtes, un tortil et même une couronne fermée surmontée de la croix, prohibée pourtant. Mais on ne refuse rien aux princes et on est dans la pourriture aristocratique des chiens, à plusieurs millions de lieues des prolétaires.

On est forcé de se demander si la sottise décidément n’est pas plus haïssable que la méchanceté même. Je ne pense pas que le mépris des pauvres ait jamais pu être plus nettement, plus insolemment déclaré. Est-ce l’effet d’une idolâtrie démoniaque ou d’une imbécillité transcendante ? Il y a là des monuments qui ont coûté la subsistance de vingt familles ! J’ai vu, en hiver, sur quelques-unes de ces tombes d’animaux, des gerbes de fleurs dont le prix aurait rassasié cinquante pauvres tout un jour ! Et ces regrets éternels, ces attendrissements lyriques des salauds et des salaudes qui ne donneraient pas un centime à un de leurs frères mourant de faim ! "Plus je vois les hommes, plus j’aime mon chien", dit le monument à Jappy, misérable cabot bâtard dont l’ignoble effigie de marbre crie vengeance au ciel. La plupart de ces niches sans abois sont agrémentées, pour la consolation des survivants, d’une photographie du pourrissant animal. Presque toutes sont hideuses, en conformité probable avec les puantes âmes des maîtres ou des maîtresses.

Je n’ai pas eu le bonheur d’assister à un enterrement de première classe. Quel spectacle perdu ! Les longs voiles de deuil, les buissons de fleurs, les clameurs et les sanglots de désespoir, les discours peut-être. Malheureusement, il n’y a pas de chapelle. Avec un peu de musique, la Marche funèbre de Beethoven, par exemple, il m’eut été facile d’évoquer le souvenir des lamentables créatures à l’image de Dieu portées, après leur mort, dans les charniers de l’Assistance publique et enterrées à coups de souliers par des ivrognes.

"Toute caisse contenant un animal mort", dit l’article 9 du règlement déjà cité, « sera ouverte, pour vérification, à son entrée au cimetière. » Ce très sage article a, sans doute, prévu le cas où quelque putain richissime y voudrait faire enterrer son père. »

Léon Bloy, Le Sang des pauvres

Note personnelle : de rire je me suis presque pissé dessus en lisant ça. Bloy, précis, cinglant, comique face à la bêtise humaine, cynique jusqu'aux larmes.

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17/04/2011

Le Seigneur Vient...

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« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Voici que ton roi vient à toi. Il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur un ânon, petit d'une ânesse. » Zacharie 9 : 9

 

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« Essayons maintenant de recueillir quelques-uns des enseignements de ce dimanche.

    "Voici que ton Roi vient à toi...". Jésus vient aujourd'hui à nous comme notre roi. Il est plus que le Maître instruisant ses disciples. Il réclame de nous que nous acceptions en toutes choses sa volonté et que nous renoncions à nos désirs propres. Il vient à nous pour prendre solennellement possession de notre âme, pour être intronisé dans notre coeur.

    "A toi...". C'est non seulement vers l'humanité en général que Jésus vient. Il vient vers chacun de nous en particulier. "Ton Roi...". Jésus veut être mon roi. Il est le roi de chacun de nous dans un sens unique, entièrement personnel et exceptionnel. Il demande une adhésion, une obéissance intérieures et intimes.

    Ce roi est "humble". Il vient à nous sur un pauvre animal, symbole d'humilité et de douceur. Un jour il reviendra dans sa gloire pour juger le monde. Mais aujourd'hui il écarte tout appareil de majesté ou de puissance.
Il ne demande aucun royaume visible. Il ne veut régner que sur nos coeurs : "Mon fils, donne-moi ton coeur".

    Et cependant la foule avait instinctivement raison quand elle acclamait Jésus comme le roi visible d'Israël. Jésus est le roi non seulement des individus, mais des sociétés humaines. Sa royauté est sociale. Elle s' étend au domaine politique et économique aussi bien qu'au domaine moral et spirituel. Rien n'est étranger à la Seigneurie de Jésus.

    La foule qui acclamait Jésus portait des palmes et des branches. Ces branches étaient probablement des rameaux d'olivier, - l'arbre que l'on rencontre le plus fréquemment près de Jérusalem. Les palmes et les rameaux d'olivier ont chacun leur signification symbolique. La palme exprime la victoire, l'olivier exprime la paix et l'onction. Allons au-devant de Jésus en rendant hommage à la fois à sa force et à sa tendresse, en lui offrant à la fois nos victoires (qui sont ses victoires) sur nous-mêmes et sur le péché et notre paix intérieure ( qui est sa paix).

    "Les gens, en très grande foule étendirent leurs manteaux sur le chemin...". Jetons aux pieds de Jésus nos vêtements, nos possessions, notre sécurité, nos biens extérieurs, et aussi nos fausses apparences et par-dessus tout nos idées, nos désirs, nos sentiments. Que le roi triomphant foule à ses pieds tout ce qui est à nous. Que tout ce qui nous est précieux lui soit soumis et offert.

    La foule criait : "Hosanna, Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". Si je suis capable de prononcer cette phrase en toute sincérité et en toute soumission, si elle exprime un élan de tout mon être vers le Roi que désormais j' accepte, je me suis, à cette seconde même, détourné de mes péchés et j' ai reçu en moi Jésus Christ. Qu'il soit donc bienvenu et béni, celui qui vient à moi. »

Texte extrait du livre "L'an de grâce du Seigneur" du Père Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'orient") aux éditions du Cerf


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Portes fermées

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« On peut, certes, sans se risquer, assurer que l’homme est toujours le même. Il s’agit là de l’une de ces affirmations incontestables et insignifiantes qu’on laisse derrière soi, dès que l’on commence à penser. Il est bien vrai qu’en tout temps l’homme apporte à la vie les mêmes instincts. La seule affaire est de savoir ce que les hommes de chaque époque ont ajouté à ce fonds commun, et s’ils ont contenu et disciplinés ces instincts, ou s’ils se sont bornés à les laisser libres. Quoi qu’on pense de la société du moyen âge, on ne peut nier qu’elle n’ait été construite en hauteur. Qu’on voie s’y manifester avec vigueur les types les plus différents, cela même doit être compté à son avantage. Il existe, en effet, des rapports secrets entre toutes les puissantes façons d’exister. Elles s’appellent, se provoquent, se sollicitent. Alors même qu’elles semblent s’opposer, elles se répondent. Saint François montra toujours beaucoup de bienveillance pour les hommes dont le caractère était le plus éloigné du sien. Il en usait ainsi par affabilité naturelle, et sans se douter que s’il n’y avait pas eu ces guerriers, ces tyrans, ces bandits, peut-être lui-même n’aurait pas existé non plus. Ce n’est pas dans les époques de mollesse que se manifestent les plus purs types de douceur. Le monde moderne se croit violent mais il se vante, il n’est que grossier. Si la violence s’y produisait hardiment, peut-être verrait-on paraître des caractères opposés, pour lui donner la réplique. Encore faut-il observer que nous sommes aujourd’hui dans des conditions bien moins favorables que du temps de saint François. Nous vivons dans un monde tout matériel, où l’abus des grands mots cache l’absence de toute doctrine ; que la violence y prenne décidément l’avantage, elle risque d’y commander longtemps sans conteste, comme la seule force authentique que l’homme moderne soit prêt à reconnaître, au lieu qu’au XIIIe siècle, enveloppée et contenue de tous côtés par les idées qui régnaient, elle était réduite à tenir sa place dans l’ensemble des caractères, où il est bon qu’elle aussi existe et se manifeste.

Une seule chose menace les plus hautes expressions de la nature humaine, c’est une longue habitude de la médiocrité. La médiocrité croit tout permettre, elle croit même tout être, et elle ne s’aperçoit pas que, dans son morne climat, les plus nobles façons d’exister s’étiolent peu à peu. Il est curieux et presque plaisant qu’en un temps où on ne lui parle que de liberté, l’individu soit près de perdre la plus importante, qui est celle de ne pas vivre comme tout le monde. Il est évident qu’aujourd’hui la foule voit sans faveur et, autant qu’il dépend d’elle, cherche à empêcher des genres de vie qui ne sont pas conformes au sien. C’est ainsi que les ordres religieux sont à peine soufferts, parce que les principes sur lesquels ils se constituent bravent les préférences et les goûts de la multitude. Cet empire de la médiocrité va bien plus loin qu’on ne croit. Qu’un homme exceptionnel se présente, aussitôt le médecin et l’aliéniste ont l’œil sur lui et sont prêts à lui trouver ces dispositions maladives que seuls les gens médiocres ne présenteront jamais. L’homme moderne a pris toutes ses précautions contre le sublime. Il en était autrement au moyen âge ; les hommes y attendaient perpétuellement quelqu’un qui les dépassât. Cela les exposait à bien des erreurs et à bien des risques, mais il y avait des portes ouvertes là où, maintenant, il y a des portes fermées. »

Abel Bonnard, Saint François d’Assise

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16/04/2011

L'Espace Libre

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« Les villes, que nous habitons, sont les écoles de la mort, parce qu'elles sont inhumaines. Chacune est devenue le carrefour de la rumeur et du relent, chacune devenant un chaos d'édifices, où nous nous entassons par millions, en perdant nos raisons de vivre. Malheureux sans remède nous nous sentons bon grè mal grè engagés le long du labyrinthe de l'absurde et nous n'en sortirons que morts, car notre destinée est de multiplier toujours, à seule fin de périr innombrables. A chaque tour de roue, le prix des terrains monte et dans le labyrinthe engloutissant l'espace libre, le revenu du placement élève, au jour le jour, un cent de murs. Car il est nécessaire que l'argent travaille et que les villes, que nous habitons, avancent, il est encore légitime qu'à chaque génération, leurs maisons doublent d'altitude et l'eau vînt-elle à leur manquer un jour sur deux. Les bâtisseurs n'aspirent qu'à se soustraire à la destinée, qu'ils nous préparent, en allant vivre à la campagne. »

Albert Caraco, Bréviaire du chaos

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15/04/2011

C'est dire que nos oeuvres nous dépassent

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« C'est dire que nos oeuvres nous dépassent et que le monde transformé par l'homme, échappe une nouvelle fois à l'intelligence, plus que jamais nous bâtissons dans l'ombre de la mort, la mort sera la légataire de nos fastes et l'heure du dénuement approche, ou nos traditions iront tomber, l'une après l'autre, comme des vêtements, nous laissant nus, afin que nous soyons jugés nus au dehors et vides au dedans, l'abîme sous nos pieds et le chaos sur nos têtes. »

Albert Caraco, Bréviaire du chaos

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13/04/2011

Le modernisme

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« Disons les mots. Le modernisme est, le modernisme consiste à ne pas croire ce que l'on croit. La liberté consiste à croire ce que l'on croit et à admettre, (au fond, à exiger), que le voisin aussi croit ce qu'il croit.
Le modernisme consiste à ne pas croire soi-même pour ne pas léser l'adversaire qui ne croit pas non plus. C'est un système de déclinaison mutuelle. La liberté consiste à croire. Et à admettre, et à croire que l'adversaire croit.
Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence.
Le modernisme est un système de politesse. La liberté est un système de respect.
Il ne faudrait pas dire les grands mots, mais enfin le modernisme est un système de lâcheté. La liberté est un système de courage.
Le modernisme est la vertu des gens du monde. La liberté est la vertu du pauvre. »

Charles Péguy, L'Argent

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Quand il sort du bureau, le silence retombe

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« Il est dix heures du matin. Je suis assis dans un bureau blanc et calme, en face d’un type légèrement plus jeune que moi, qui vient de rejoindre l’entreprise. (…) Sa médiocrité est épouvantable. Il n’arrête pas de parler de fric et de placements : les SICAV, les obligations françaises, les plans d’épargne logement… tout y passe. Il compte sur un taux d’augmentation légèrement supérieur à l’inflation. Il me fatigue un peu ; je n’arrive pas vraiment à lui répondre. Sa moustache bouge.

Quand il sort du bureau, le silence retombe. Nous travaillons dans un quartier complètement dévasté, évoquant vaguement la surface lunaire. C’est quelque part dans le treizième arrondissement. Quand on arrive en bus, on se croirait vraiment au sortir d’une troisième guerre mondiale. Pas du tout, c’est juste un plan d’urbanisme »

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte

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12/04/2011

Tout est devenu incalculable à force d'être calculé

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« Toute votre machine est devenue si inhumaine qu'elle en est devenue naturelle. En devenant une seconde nature, elle est devenue aussi lointaine, aussi différente, aussi cruelle que la nature. Le chevalier chevauche à nouveau par les forêts. Seulement c'est parmi les roues qu'il se perd, et non parmi les bois. Vous avez construit votre système sans vie à si grande échelle que vous ne savez pas vous-même comment ni où il frappera. Voilà le paradoxe! Tout est devenu incalculable à force d'être calculé. Vous avez attachés les hommes à des outils si gigantesques qu'ils ne savent pas à qui les coups sont portés. Vous avez justifié le cauchemar de Don Quichotte. Les moulins sont effectivement devenus des géants. »

G.K. Chesterton, Le retour de Don Quichotte

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11/04/2011

Mokhtar

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« Pour Mokhtar, la seule façon de combattre un régime politique ne pouvait se concevoir que dans l’humour et la dérision, loin de toute discipline et des fatigues que comporte ordinairement toute révolution. En vérité il s’agissait de s’offrir une distraction hors normes et non une épreuve déprimante pour la santé. Son combat contre l’ignominie régnante, ne nécéssitait ni groupe armé, ni même un sigle mentionnant son existence. C’était un combat solitaire, non un rassemblement de hurleurs (???) mais une facétieuse opération de sauvetage de l’humanité, sans lui demander son avis et sans attendre une autorisation venue du ciel. Depuis longtemps, Mokhtar avait décidé que son rôle dans la vie serait le dynamitage de la pensée universelle et ses relents nauséabonds qui encombraient depuis des siècles la faible cervelle des miséreux. Ecrasées et fragilisées, les masses humaines encore survivantes sur le Globe étaient portées de croire tout ce que leur raconte une propagande qui outrage en permanence la vérité. Il lui était apparu clairement que le drame de l’injustice sociale ne disparaîtra que le jour où les pauvres ne croiront plus aux valeurs éternelles de la civilisation, un palmarès de mensonges délibérés, programmé pour les tenir à jamais en esclavage. Par exemple, l’honnêteté. Les pauvres sont convaincus que l’honnêteté est la vertu fondamentale qui va sauver leur âme des flammes de l’enfer, et cette croyance les condamne à une misère endémique, tandis que les riches, dont les ancêtres ont inventé le mot, sans jamais y croire, continuent de prospérer. »

Albert Cossery, Une Epoque de fils de chiens


Albert Cossery

Commentaire de mon pote, Eric Guillemain : « Quelques phrases où se résume en gros le sentiment d'Albert Cossery au regard du monde. La ligne rouge qui parcourt son oeuvre. L'endroit depuis lequel il nous invite à contempler la vaste plaisanterie sociale.
Mais ne nous y trompons pas. Cette ruguosité héritée de la rue n'est pas exempte de coeur. L'organe se livre juste à vif. Et déclame en pulsations régulière une poésie lucide et plus tranchante que jamais.
Albert Cossery : Un auteur immédiat. Aussi immédiat que l'asphalte dure, fidèle et chauffée par les jours qui claque sous la chaussure des sages et des proscrits. »


Eric Guillemain, ex-chanteur de Venice, photographe New Yorkais

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