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10/08/2010

Dominique Fernandez : « Les Russes ont une religion : la culture ! »

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

Entretien avec Dominique Fernandez de l’Académie française qui balaye quelques idées reçues.
« Les Russes ont une religion : la culture ! »

Dominique Fernandez, auteur du Dictionnaire amoureux de la Russie, revient sur la fascination qu’il éprouve pour le peuple russe. Il préfère ainsi parler et célébrer l’extraordinaire « âme slave », qui englobe et dépasse la notion même de religion.

- Propos recueillis par Jean-Pierre Saccani

La France accueille l’Année de la Russie. Que vous inspire cette célébration et l’exposition « Sainte Russie » qui a lieu au Louvre ?
-- La religion représente pour moi une petite partie de la Russie. Mais elle est inséparable de Byzance, de l’histoire russe. Moi, j’aime surtout Saint-Pétersbourg, une ville créée par Pierre le Grand, un tsar opposé à l’Église, hostile aux patriarches. On y trouve peu d’églises, les grands centres sacrés sont Kiev, Moscou. Il faut aussi se rendre dans des villes comme Souzdal, qui est une merveille. Là, vous avez des monastères, des églises magnifiques… Il y a une douzaine de villes qui constituent « l’Anneau d’or », au nord-est de Moscou. L’atmosphère y est merveilleuse. J’ai vu les deux grands musées d’icônes de Novgorod et de Pskov, ce sont les plus importants avec la galerie Trétiakov à Moscou.

Quel jugement portez-vous sur cet art sacré ?
-- Il ne faut pas oublier que, jusqu’à Pierre le Grand, l’art est uniquement religieux. C’est magnifique, même pour un mécréant comme moi. Il existe une production énorme, quelques grands artistes se distinguent du lot. Les canons sont stricts et fixes, et ne laissent pas au peintre une grande possibilité d’expression. D’ailleurs, il ne devait pas s’exprimer, il passe derrière son sujet… Il y a de très grandes œuvres, très belles. La Trinité de Roublev est absolument magique, je la regarde comme un Raphaël ! Une icône est une œuvre de foi et non un œuvre d’art à l’origine. Dieu est représenté de manière plus sombre, la magnificence est dans l’architecture. Il faut voir encore, sur « l’Anneau d’or », la ville de Vladimir. Les monastères le long du fleuve, dans la campagne, sont somptueux, c’est une vision extraordinaire.

Comment avez-vous été frappé par cette passion pour la Russie ?
-- J’ai toujours été attiré par la Russie, je ne voulais pas y aller durant la période communiste parce qu’il fallait voyager embrigadé, en groupe, et je n’aime pas ça. J’ai fait une exception en 1986 : je suis allé voir à Moscou Pelléas et Mélisande. Moscou était une ville horrible, sale et laide ! Aujourd’hui, c’est prodigieusement différent et je suis émerveillé par ces transformations.
Depuis 1993, je vais en Russie au moins une fois par an. J’ai bien sûr été très frappé par l’évolution économique, j’ai vu les files d’attente, la pénurie… Et aujourd’hui les magasins sont bien achalandés, on trouve une classe moyenne, des supermarchés partout. Tout le monde ne vit pas bien en Russie, mais il y a une hausse du niveau de vie indéniable. Moscou est très spectaculaire à ce niveau, New York paraît désuet à côté ! On sent une telle puissance. Et puis ils n’hésitent pas à démolir les choses laides, comme le Rossia, cet ancien hôtel soviétique, une espèce de verrue.

Une évolution qui se traduit aussi par un retour du fait religieux, notamment la restauration des édifices…
-- Hélas, ils ont reconstruit l’horrible église Saint-Sauveur, détruite par Staline. C’est hideux, nouveau riche, de l’or, du marbre partout… C’est pire que le Sacré-Cœur. En même temps, des petites églises de quartier ressurgissent, elles sont d’ailleurs assez jolies. J’y entre toujours et je suis frappé de voir de nombreux jeunes assister aux offices. Mais je n’évolue pas dans un milieu très religieux en Russie, mes amis ne sont pas vraiment concernés. À « Sainte Russie », je préfère le terme « Âme russe ». Il englobe et dépasse la religion, cela correspond plus à un sentiment de la vie en Russie. C’est la vie, un chant, une atmosphère, que l’on peut trouver dans un champ, une ville, une église…

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la Russie ?
-- La Russie connaît la démocratie depuis vingt ans à peine, on vit encore une période de transition. Tout ne va pas changer en une génération ! Il ne faut pas oublier que le pays a toujours connu l’oppression, les tsars n’étaient pas de grands démocrates et la police secrète n’est pas une invention de Staline. Lorsque j’entends nos politologues clamer : « Il n’y a pas de liberté, Poutine est épouvantable ! », je pense que ces gens-là ne comprennent rien ! Moi, j’écoute mes amis russes, des gens éclairés, des intellectuels. Ils disent ne pas aimer leur Premier ministre tout en reconnaissant qu’il est l’homme de la situation. Nous avons du mal à comprendre que la liberté n’est pas le premier souci des Russes. Le modèle démocratique de 1789 est valable pour des petits pays occidentaux, mais il n’est pas universel ! On ne peut pas gouverner la Russie comme la France. Le mot « liberté » n’entre pas dans les valeurs russes : convivialité, hospitalité, oouverture, partage sont des mots beaucoup plus importants. Regardez la Tchétchénie et relisez Tolstoï : rien de nouveau ! Il y a cent cinquante ans c’était déjà le même problème avec des montagnards rebelles à tout pouvoir. Dans Tolstoï, il y a une scène extraordinaire où Nicolas I dit : « Il faut les exterminer ! »

Comment jugez-vous la dimension religieuse de la littérature russe ?
-- La dimension religieuse est présente chez les grands écrivains, mais de diverses manières. Pouchkine est très tourné vers l’Occident, cela ne le marque pas. Gogol subit une sorte de conversion, devient un peu fou et brûle ses écrits. Tolstoï est très intéressant : c’est un seigneur russe de campagne relié à la religion et il a été excommunié par l’Église orthodoxe. Il avait une foi certaine, mais en dehors de l’Église. Je lis tout ce qui paraît aujourd’hui — je suis soumis à la traduction, hélas — et je constate que la religion est absente. Ce n’est plus un grand thème, c’est une composante de la vie courante, mais on retrouve le destin, la tragédie, les grandes interrogations sur l’Homme. J’aime aller écouter les chœurs de moines dans les églises, les voix sont magnifiques. Il est amusant de constater qu’aucun compositeur n’a écrit de requiem ou de messe. Les Russes ont une religion : celle de la culture. Elle connaît un dynamisme énorme, dans tous les domaines. L’édition bouge beaucoup, vous avez quantité d’éditeurs qui se créent puis disparaissent. Que ce soit dans la culture ou dans les mœurs, la Russie est soumise à de multiples influences, tant orientales qu’occidentales, mais c’est un bloc. C’est le seul pays qui ait vaincu Napoléon, puis Hitler, je pense qu’elle vaincra la vulgarité occidentale qui l’envahit actuellement. Elle a une force de « congélation » qui la préserve, c’est une telle immensité.

La Russie aurait-elle pu rejeter son passé et sa culture ?
-- Non, c’est trop ancré et trop immense. Prague, que j’ai adorée, est devenue horrible avec ses hordes de touristes, ses crêperies, ses chaises en plastique… C’est pire que la place du Tertre ! À Saint-Pétersbourg, vous avez un McDonald : il a l’architecture d’une église orthodoxe, la Russie résiste. On retrouve toujours la vieille Russie si on cherche un peu. Ce qui m’émerveille le plus c’est la force, l’importance de la vie culturelle. On trouve 80 théâtres à Moscou, toujours pleins, six salles d’opéra… L’amour de la musique, du spectacle, de la littérature est toujours là. Les prix sont bas et on peut assister à des concerts, des pièces et des lectures extraordinaires. En Russie, on lit encore des poèmes dans les cafés ! Les Russes sont des gens qui ont des choses à dire, il n’y a pas d’art pour l’art, de petites choses, c’est un peuple qui est pétri de douleurs, de grands destins, de grandes histoires. Nous sommes futiles à côté, avec notre petit cinéma, nos petits tempéraments…

 

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Source : Numéro "Beaux Arts", Les Splendeurs de la Sainte Russie

 

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07/08/2010

Témoignage : Denis, policier à la BAC : "Le flic est un sous-citoyen"

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

Denis est policier à la Brigade anticriminalité (BAC). Il fait partie des hommes envoyés en renfort à Grenoble où des policiers sont menacés de mort par des caïds de cité. Il a accepté de témoigner pour Le Point.fr sous couvert d'anonymat. Édifiant.

"ON SE COUCHE DEVANT LES CAÏDS"

"Nos collègues de Grenoble ont leur nom et prénom tagués sur les murs du quartier de la Villeneuve. Et la seule réponse du ministère, c'est de les mettre au repos ou de les muter. Je suis dans la BAC depuis 10 ans. Aujourd'hui, je suis écoeuré. Une fois encore, on se couche devant les caïds. On nous a donné l'ordre de ne plus patrouiller en civil, de remettre nos uniformes pour ne pas être identifiés comme un flic de la BAC. C'est désastreux pour l'image. Les petits caïds se disent dans leur tête que les flics ont peur, qu'ils reculent. Parmi les policiers exfiltrés, il y a un major à deux mois de la retraite avec 15 ans de BAC derrière lui. C'est la honte."

"DE LA CHAIR À CANON"

"On se fout de la gueule des flics, on nous prend pour de la chair à canon. Quand on pense que Sarko avait promis de karcheriser les cités ! La hiérarchie fait tout pour minimiser la gravité de la situation. Personne ne sait ce qu'est devenu l'agent de sécurité qui a failli prendre une balle. C'est l'omerta. Heureusement, l'info circule entre nous, via les portables."

"GILETS PARE-BALLES PÉRIMÉS"

"Le 22 juillet, je me suis pointé au travail à midi. J'ai appris qu'à 16 heures je devais être à Grenoble pour une mission de neuf jours. Si tu refuses, t'es muté dans un service de merde. Alors, tu pars risquer ta peau pour 1.800 euros par mois. Mon métier, c'est de protéger les biens et les personnes. Pas de me faire tirer comme un lapin par un crevard de cité. Notre véhicule affiche plus de 100.000 kilomètres au compteur, à l'intérieur, le chauffage est bloqué. Voilà l'état de la police aujourd'hui, en tout cas de la sécurité publique, dont je fais partie. Rien ne fonctionne normalement, ni les voitures, ni les ordinateurs. Certains ont des gilets pare-balles périmés. Même nos brassards de police sont usés jusqu'à la corde, j'ai un collègue qui a été obligé de repasser au marqueur la lettre P du mot police."

"CE N'EST PAS LES CAÏDS QUI VONT FAIRE LA LOI"

"J'entends certains dire il faut envoyer l'armée. Qu'on nous laisse agir, et ça ira très vite. Ce n'est pas une vingtaine de petits caïds qui vont faire la loi. Ces derniers jours, avec les renforts qui ont débarqué, les types se tiennent à carreau. Hormis quelques marioles qu'il faut savoir calmer. Hier, on est tombé sur un crevard de ce genre. Le type était au téléphone quand on s'est approché pour le contrôler. Je m'adresse à lui en le vouvoyant pour lui demander de mettre fin à sa conversation téléphonique, il me répond en me tutoyant : "Tu es qui toi pour me demander de m'arrêter de téléphoner. Personne ne me contrôle ici." Il a pris direct deux pièces de cinq francs (des gifles). Après, il nous disait : "Bonjour, merci et au revoir." Bien sûr que je me mets hors clous en agissant ainsi. Mais pourquoi devrait-on baisser la tête ? Si tous les flics agissaient ainsi, les problèmes seraient vite réglés. Pour moi, ça, ce n'est pas une bavure, c'est une démarche citoyenne. Il faut arrêter de verbaliser le citoyen lambda et s'attaquer aux caïds, aux dealers, aux braqueurs. Quand un jeune de 20 ans roule dans une X6 qui coûte 120.000 euros et qu'il ne travaille pas, c'est à lui qu'il faut confisquer la voiture sur le bord de la route."

"SARKO NE SAIT PAS CE QUI SE PASSE"

"Il faut que la population sache que les policiers n'ont pas peur d'entrer dans les cités. Si nous n'y allons pas, c'est que nous avons ordre de ne pas y aller. Aujourd'hui, la hantise des autorités, c'est la bavure, l'émeute, l'embrasement. Mais à force de reculer, de renoncer, on arrive à des situations comme aujourd'hui. Un jour, on se réveille, c'est trop tard, c'est l'effet boomerang. Je ne crois pas que les conseillers de Sarko lui disent la vérité sur ce qui se passe. Il faudrait que tous ces délégués à la sécurité, préfets ou autres viennent tourner une nuit avec la BAC pour voir l'étendue des dégâts. On dit ici qu'un flic du Raid a eu dans la jumelle de son fusil un voyou perché sur un toit avec un lance-roquettes. Et qu'il n'aurait pas reçu l'ordre de tirer. Si j'avais été à sa place, j'aurais appuyé sur la détente. Et cela ne m'aurait pas empêché d'aller manger une pizza après. Est-ce qu'on attend qu'il pulvérise un fourgon de flic ?"

"LA PAROLE D'UN FLIC NE VAUT RIEN"

"Les flics vont se mettre à tirer. S'ils ne l'ont pas encore fait, c'est parce que la peur de perdre leur boulot est plus forte. Mais les flics en ont ras le bol. Après 15 ans de police, sans le moindre problème, je me suis retrouvé du jour au lendemain mis en garde à vue, perquisitionné à mon domicile parce qu'un crevard de cité, multirécidiviste, m'avait accusé de l'avoir agressé. Ce qui était faux. Mon service de nuit à peine terminé, je me suis retrouvé en garde à vue, puis mis en examen par le doyen des juges d'instruction. Pourtant, je suis un des flics les plus décorés de ma génération. Le doyen en question qui n'avait jamais mis les pieds dans un commissariat, ni même dans une voiture de flic m'expliquait comment il fallait que j'intervienne sur la voie publique. J'ai été suspendu durant neuf mois, privé de salaire. Je vivais avec 300 euros par mois. Si je ne me suis pas mis une bastos dans la tête, c'est parce que mes proches m'ont soutenu. Au bout du compte, j'ai été relaxé par le tribunal. La parole d'un flic aujourd'hui ne vaut rien. Ni devant un jeune de cité, ni devant un juge, ni devant un élu. Le flic est un sous-citoyen."

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Source

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01/08/2010

Malika Sorel : Les enfants issus de l’immigration ont des problèmes identitaires profonds

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

Malika Sorel

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Norman Spinrad : « La guerre sainte a déjà commencé »

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Entrevue avec Norman Spinrad pour les gôchistes consensuels de Rue89... à l'occasion de la publication de son nouveau livre "Oussama".

 

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-- Depuis « He walked among us », vos romans sont centrés sur la religion et l'imposture (« Ralf », « Oussama »). La religion est-elle toujours l'opium du peuple, plus que le sexe et l'argent ?

Le mot « religion » peut signifier deux choses. D'une part, la recherche sincère de la vraie expérience transcendantale -le bouddhisme originel, le vrai islam soufi, le zen…

D'autre part, la religion hiérarchique, imposée, basée sur des règles : l'islam en Iran ou dans les régions talibanes, l'église catholique romaine : ici, religions et Etats ne sont toujours pas séparées. D'ailleurs, « la séparation de l'Eglise et de l'Etat » est plus ou moins une invention des révolutions américaine et française.

Ce genre de religion est effectivement de l'« opium du peuple ». Un des thèmes importants du livre est le contraste entre le vrai islam (un sentier vers l'éclaircissement spirituel) et l'islam tel qu'il est utilisé par gouvernements et les organisations terroristes, à des fins politiques.

 

-- Ou alors, la guerre contre le terrorisme est-elle le nouveau leurre, et le nouvel opium, des démocraties (donc du peuple) ?

Non, il y a juste une lutte entre les démocraties libérales modernes et les régimes d'esprit théocratique réactionnaire. Le terrorisme ne peut pas être une idéologie, c'est seulement une stratégie.

 

-- Quelles ont été les recherches sur l'islam effectuées par l'Occidental que vous êtes ?

Le Coran, évidemment. Et beaucoup, beaucoup de choses sur Internet. Une lecture-clé était « Hadj », de Michael Wolfe, dans lequel cet auteur américain raconte son pèlerinage à La Mecque.

 

-- « Oussama » met en scène une sorte de guerre froide à l'heure du pétrole : Etats-Unis contre Califat. Croyez-vous au choc des civilisations ?

Absolument ! L'affrontement des civilisations est le principal moteur de l'Histoire humaine. Les Européens face aux Amériques et à l'Afrique. Les Moghols islamiques en Inde. L'Occident face à la Chine et au Japon.

La moitié des romans de science-fiction écrits portent là-dessus. Et mes propres romans historiques, le « The Druid King », sur la confrontation de Rome et de la Gaule, et « Mexica », l'histoire de la conquête du Mexique par Cortez [non traduits en France, ndlr].

 

-- Une telle guerre sainte va-t-elle vraiment arriver selon vous ?

Elle a déjà commencé. Dans une forme ou une autre, depuis les croisades.


-- Quelles sont les différences générales que vous ressentez, entre l'attitude des peuples américain et français vis à vis de l'islam ?

Je crois que l'Amérique accepte davantage les religions minoritaires. Ou qu'ils ont plus d'indifférence envers elles. Qu'ils sont plus indifférents que les Français envers l'islam. Le vote d'une loi concernant le port d'un vêtement paraît ridicule pour un Américain.

En France, la population est à 10% musulmane, et une bonne partie résiste à l'intégration culturelle. L'islam est donc une question sérieuse, et plus tendue. Pour le Français non-musulman, ça peut être un danger pour la cohérence culturelle française. C'est beaucoup plus politique qu'aux Etats-Unis, où il y a un fort préjugé contre les Arabes, pas contre leur religion elle-même.

 

-- Comment vous sentez-vous dans la France de Sarkozy ? Et dans les Etats-Unis d'Obama ?

Je ne crois pas qu'il y ait une « France de Sarkozy, », mais plutôt un Sarkozy en France. Bien que je n'admire quasiment rien de son programme politique, j'admire vraiment sa spontanéité, sa volonté pour reconnaître ses erreurs, ses changements soudains. Je crois qu'il a montré une assez bonne maîtrise de la crise financière. Et il est très bon à la télé.

Un exemplaire d' "Oussama" lui a été envoyé, à lui ou à son cabinet, et j'ai reçu un mot de remerciement avec sa signature manuscrite. Je ne sais pas s'il a lu le roman.

Les Etats-Unis d'Obama, c'est une région sinistrée, mais pas du tout à cause d'Obama. Après tout, on lui a donné deux guerres et une catastrophe économique comme héritage de Bush.

 

-- Que pensez-vous de lui, et de son rapport à l'islam ?

Je crois qu'Obama a fait des efforts significatifs pour courtiser l'islam et les musulmans.

Mais tout est basé sur une admiration fantaisiste que les gens ont pour lui. Tout le monde pense qu'il a toujours raison, qu'il est intelligent et persuasif et que donc, puisqu'il a si raison et est un si bon orateur, il sera en mesure de persuader les islamistes de suivre sa voix. Rien n'est plus éloigné de la vérité.

 

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Source

 

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Une autre facette de l'écrivain...

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Robert Redeker : La burqa contre la civilisation

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La burqa est un signe politique bien plus que religieux. Toute politique passe par une sémiologie, une manipulation des signes. Arme psychologique aux mains de l’islam politique, autrement dit l’islamisme, la burqa fait figure d’élément de propagande : montrer aux foules que l’islam politique est bel et bien présent, au coeur du monde occidental, qu’il s’étend de façon irrésistible.

Dans cette perspective, la burqa est aussi un marqueur de territoire : montrer aux autochtones que leur territoire ne leur appartient plus totalement.

Donner une visibilité à l’islam politique, tel est le sens de la burqa. Défendre et développer le port de la burqa s’inscrit dans une stratégie : rendre visible l’islam politique.

Dès lors, interdire la burqa ne revient pas à porter atteinte à la liberté de penser et de croire, mais à infliger une défaite à cet islam politique.

Anthropologiquement, la burqa représente pourtant le contraire de la visibilité : elle rend invisibles les femmes. Elle les escamote, les fait disparaître du jour, les expulse de la lumière. Ce dispositif s’exerce par un double jeu autour du “voir” : d’un côté faire voir l’idée, la force de l’islam politique, et de l’autre effacer celles qui portent dans l’espace public cette idée, les femmes, les rendre invisibles en les couvrant d’une bâche. Certains signes religieux soulignent la foi, l’accompagnent dans l’espace public, réussissant à donner un vêtement à l’âme, redoublant la visibilité de la personne, de son corps, de son visage, par la visibilité de sa spiritualité. La kippa, la croix chrétienne, le costume d’un moine ou d’une moniale, et même le hidjab (le voile ou foulard musulman qui ne cache pas le visage) y parviennent. La burqa, au contraire, ne souligne rien : elle élimine la femme du regard d’autrui, la désincarne radicalement pour ne laisser paraître qu’une terrible abstraction, celle du pouvoir temporel d’une idée délirante. Bref, la burqa déspiritualise autant qu’elle désincarne.

Emmanuel Levinas nous l’a enseigné : l’être humain se définit par le visage. Chaque enfant, chaque homme, chaque femme identifie sa personne, dans ce qu’elle a de plus original, avec son visage. C’est avant tout sur le visage qu’apparaît le moi. Vivre en être humain revient à jouer le jeu de l’échange des visages. Mieux : l’échange des visages forme l’humanité comme communauté. Nous montrons nos visages pour être reconnus par les autres comme appartenant à la famille humaine. Le “je” et le “tu” naissent du dialogue des visages, dia logue fondateur qui précède le dialogue verbal. La burqa soustrait le visage à la visibilité, l’élimine. Caveau de tissu, elle détruit chez la femme qu’elle ensevelit le droit d’appartenir à la communauté humaine dans la mesure même où elle lui interdit d’entrer dans la sphère du dialogue.

L’homme, la femme et l’enfant sont, à la différence des animaux et à la ressemblance des divinités, des êtres d’apparition. Rien ne symbolise plus profondément la nature apparaissante des humains que les visions de la vierge Marie – qui n’est pas une déesse, mais une femme – à Lourdes et à Fatima. Nous nous apparaissons les uns aux autres. Le visage se détache de l’horizon, ou bien de la foule anonyme, fait fond sur l’indifférencié pour nous regarder, nous sourire, nous parler. Et le corps suit. Mais, recouverte par la burqa comme un tas de gravats sur un chantier, la femme a été volée de son visage et de son corps. Elle n’est plus qu’une forme inhumaine, vague et sombre. La burqa n’est pas seulement le sépulcre de la femme, mais de l’humanité.

Rendant visible l’islamisme et invisibles les femmes, la burqa n’est pas compatible avec la conception française – et, plus largement, européenne – de la civilisation. Dans un roman visionnaire, écrit au début du siècle passé, l’Auberge volante, Chesterton imagine l’islamisation de l’Angleterre, la constitution d’un Londonistan, l’imposition de la charia, la fermeture des pubs, c’est-à-dire de l’âme britannique, malheurs permis par la tyrannie d’un politiquement correct humanitaire. Rebarbarisante, déshumanisante, la burqa, qui veut ôter le féminin de l’ordre du monde, est le cheval de Troie du danger perçu dans les années 1910 par Chesterton : l’islamisation des sociétés européennes, la victoire de l’islam politique. C’est pourquoi cette interdiction sur le territoire national s’avère fondamentalement – en fonction des fondamentaux de la civilisation française – légitime, malgré les récriminations de quelques-uns.

Robert Redeker, philosophe

 

Source : Valeurs Actuelles

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Robert Redeker est toujours sous la menace d'une fatwa en provenance d'une certaine religion d'Amour, de Tolérance et de Paix, depuis 2006.


Marseille

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30/07/2010

Elisabeth Lévy Vs Martin Hirsch

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Pour rebondir sur la déclaration de Martin Hirsch que j'avais évoqué ici, voici l'intervention d'Elisabeth Lévy, hier soir sur RTL... tranchante.

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Immigration : Michèle Tribalat, une femme courageuse...

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Michèle Tribalat, Max Gallo, Jean-Louis Bourlanges étaient les invités de l’émission "L’Esprit Public" sur France Culture le 25 Juillet dernier.

 

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29/07/2010

Islam, Islamisme même combat

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A considérer, une fois encore, les propos mielleux des bisounours sur le plateau.

Je conseille aux gôchistes chiasseux de jeter un oeil dans l'excellent livre de Jack-Alain Léger, "A contre-Coran"...

 

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28/07/2010

Immigration, Gauche et Patronat...

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Un certain Patronat et une certaine Gauche, main dans la main...

 

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L’UDC demande aux Suisses ce qu'ils pensent des étrangers

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En Suisse, l’UDC a annoncé mardi le lancement d’une consultation populaire sur la politique d’asile et des étrangers en Suisse. Tous les ménages recevront cette semaine un questionnaire à renvoyer, s’ils le désirent, jusqu’au 31 octobre.

C'est ici...

Encore un truc qui va faire tousser...

 

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27/07/2010

Elle n'a pas de science, t'vois ?

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Mon passage préféré, c'est lorsque le franchouillard converti et extatique déclare qu'apprendre l'Histoire à l'école, ça ne sert à rien, et les Mathématiques non plus. 2 + 2 = 4, OK. Mais les fractions, toussa toussa, à quoi ça sert mon frère ? Cela me rappelle une discussion avec un barbu à mon travail, il y a 7 ans de ça, l'année de la canicule meurtrière, auquel j'avais cité Omar Khayyam. Le zigue avait rétorqué, sur un ton méprisant : "Pfff ! C'est un intellectuel !" En plus, il manie déjà bien le couteau, le blaireau dans le reportage, on le sent prêt à couper autre chose que du mouton, Bismillah ! "Tu aimes les raccourcis Nebo !" Ah oui ? En êtes vous si sûr ?

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23/07/2010

7 enfants sur 10

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Claude Dilain, le maire de Clichy-sous-Bois : "A Clichy, en classes de primaire, 7 enfants sur 10 ne parlent pas français !"



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Xavier Raufer : "Qui sont les vrais pauvres dans ce pays ?"

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Il faut les comprendre, ils sont d'origine misérable, ils sont au chômage, c'est pour cela qu'ils basculent dans la délinquance. Ah bon ? Xavier Raufer, criminologue universitaire, n'est pas du tout d'accord et la dernière étude sérieuse publiée lui donne raison.

Il serait peut-être temps que le bon sens revienne dans les consciences délavées de nos chers concitoyens franchouillards qui continuent à faire l'autruche en se noyant sous le miel de leurs lieux-communs.

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Un jour on regrettera l’Europe

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Pour compléter quelque peu la dense intervention que Renaud Camus a faite dans son entretien au site CAUSEUR que j'ai repris chez moi pour votre plaisir hier, voici un article d'un certain Ahmed Al-Sarraf, écrit pour le journal koweitien Al-Qabas et repris par Courrier International, mais disponible uniquement pour leurs abonnés. Je remercie l'ami JC pour me l'avoir fait parvenir ce jour.

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"L'Europe est parfois appelée le Vieux Continent, mais elle reste la mère de la civilisation moderne, le centre de la culture mondiale et l'incarnation de la conscience internationale. L'Europe, et surtout l'Europe occidentale, joue le role humaniste qui a fait sa réputation et combat le sous-développement en ouvrant grand les bras aux miséreux, aux maltraités et aux opposants pourchassés par des dictateurs. Quand elle défend son identité et sa façon de vivre, nous n'avons pas le droit de nous en offusquer. Elle ne fait que défendre la démocratie et les libertés individuelles contre une pensée religieuse, celle de l'islamisme. Il faut etre objectif pour comprendre les réactions de colère des Européens face à "l'assaut culturel et humain" musulman. Au bout d'une ou deux générations, le monde entier, et le monde arabe en premier lieu, regrettera l'Europe telle qu'elle avait été jusque là. Celle-ci aura été transformée sous l'effet de l'immigration musulmane. Les Européens ont donc raison de s'inquiéter. Mettons-nous à leur place : dans les pays du Golfe, ne nous inquiétons-nous pas de l'influence exercée par les immigrés asiatiques sur nos propres modes de vie ?

Les ghettos musulmans prolifèrent autour des grandes villes européennes, le voile s'y est banalisé, le niqab y progresse jour apres jour et les mosquée y attirent plus de monde que les églises. Il y aurait quarante cinq millions de musulmans en Europe, ce qui ne serait pas si grave s'ils voulaient vraiment s'intégrer. Or beaucoup soutiennent le principe des attentats, les crimes d'honneurs sont courants et les femmes se voient souvent traitées par leurs familles comme si elles étaient encore dans leur pays d'origine. C'est effrayant de voir que ceux qui ont fui les dictatures politiques, militaires ou religieuses voudraient transformer l'Europe en quelque chose qui ressemblerait à ce a quoi ils cherchaient a échapper. Nous écrivons cela simplement afin de nous élever contre la victimisation qui accompagne la défense du droit des musulmans a vivre conformément à leurs convictions. Cela est d'autant plus inacceptable que nous-memes, dans notre propre pays, nous refusons a toutes les minorités, y compris aux Européens, de simplement respirer et ne cessons de vouloir leur imposer nos choix."

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22/07/2010

Pour faire des Français, il faut de l’héritage et du désir

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

Un entretien de Renaud Camus avec Elisabeth Lévy et Cyril Bennasar du site CAUSEUR. Normalement l'entretien n'est accessible qu'aux abonnés... mais je l'ai chopé grâce à l'excellent Didier Goux, dans un premier temps, puis je me suis aperçu qu'il était disponible intégralement sur le Forum du Parti Politique créé par Renaud Camus, le Parti de l'in-nocence. Je suggère aux lecteurs éventuels de Gôche de lire l'entrevue jusqu'au bout avant de prendre des airs de vierge effarouchée et de crier, comme c'est à leur habitude, au Fâââââscîîîîîîsmeuh !

Un instant d'intelligence qui donne une bouffée d'air pur. Je vous le donne en lecture ici.

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« Pour faire des Français, il faut de l’héritage et du désir »

Entretien avec Renaud Camus

Publié le 20 juillet 2010 à 13h00

-- Pour que cela ait un sens d’être français, il faut qu’il y ait des étrangers. Mais vous savez que ce ne sont pas des catégories figées : l’Histoire montre qu’on peut devenir français alors qu’il est sans doute presque impossible de devenir japonais. Donc, notre première question est simple : qu’est-ce qu’être français ? Cela a-t-il à voir avec l’ethnie (ou la race), la culture, le mode de vie, les droits, les devoirs ? Autrement dit, peut-on « fabriquer des Français » avec n’importe qui ou y a-t-il, selon vous, des populations inassimilables ?

-- Toutes les populations sont inassimilables. Il en va de l’acculturation et de l’assimilation comme de l’éducation : elles ne peuvent pas faire l’économie de l’individu. Ce sont des hommes et des femmes et des enfants qui peuvent être assimilés au sein d’un peuple, pas des peuples, surtout quand ces peuples ont une forte réalité, une culture, une civilisation, une langue, une religion, une puissance en dehors de la nation censée les assimiler. Pourquoi se renonceraient-ils eux-mêmes ? Deux éléments créent des Français et peuvent en créer encore : l’héritage (la naissance, l’ethnie, la race, les ancêtres, l’appartenance héréditaire) et le désir (la volonté, l’élection particulière, l’amour d’une culture, d’une civilisation, d’une langue, d’une littérature, des mœurs, des paysages). On peut certes être français par la culture, par Montaigne, par Proust, par Manet, par la montagne Sainte-Victoire, par le pain, par le vin, par la langue : encore faut-il les connaître et les aimer, et d’abord les désirer.

-- Concernant l’immigration arabo-musulmane, vous parlez de « contre-colonisation », ce qui revient à affecter un coefficient forcément négatif à des mouvements migratoires qui sont aujourd’hui une réalité planétaire (et on peut aisément expliquer que les candidats à l’émigration se tournent naturellement vers l’ancien colonisateur dont ils connaissent la langue et les coutumes). Comment justifiez-vous ce terme provocateur ?

-- Rien n’est plus éloigné de mon esprit que la provocation. Face à la réalité historique à laquelle nous sommes confrontés, il s’agit bien de cela ! Mais si vous voulez, je veux bien dire « colonisation » tout court. Après tout, la Suisse, l’Autriche, la Suède n’ont jamais colonisé personne (enfin, pour le dire vite…), et ils ne sont guère moins colonisés à présent que la France. Le terme de « colonisation » est beaucoup plus adéquat à la situation actuelle qu’il ne l’est à l’ère dite « coloniale », pour laquelle il constitue une sorte d’abus de langage. Sauf en Algérie et bien avant cela au Canada, la France ne « colonisait » pas, au sens propre, et je ne le dis pas pour diminuer ses torts : elle conquérait, elle fondait un empire, elle ne transférait pas sa population. L’ère dite « coloniale », et que mieux vaudrait appeler « impériale » fut une brève parenthèse vite refermée. Tandis que la colonisation actuelle, dans l’autre sens, mérite bien mieux son nom, étymologiquement. Elle est d’ailleurs de conséquence mille fois plus grave, puisqu’elle implique ce que le parti de l’In-nocence appelle le « Grand Remplacement », d’une population par une ou plusieurs autres. C’est de très loin le phénomène le plus important de l’histoire contemporaine, et peut-être de toute l’histoire du territoire appelé France. Il ne s’agit pas, cette fois, pour le peuple colonisé, de perdre son indépendance un moment : il s’agit de disparaître, de s’effacer, de se dissoudre et même, par le biais des champions de l’antiracistisme, d’être persuadé qu’il n’a jamais existé, qu’il a rêvé son histoire et son existence même.

-- Vous observez qu’une partie des immigrés et des Français d’origine immigrée se définit aujourd’hui par une forme d’hostilité à la France. Mais ne sommes-nous pas collectivement responsables de cette situation ? Si nos Français « issus de » ne se reconnaissent pas comme Français, n’est-ce pas dû au fait que la culture française n’est plus, comme elle l’a été dans le passé, un cadeau et un privilège qui justifiait que les arrivants abandonnent volontiers leur propre culture ?

-- C’est la culture et l’éducation en général qui ne sont plus un privilège et un cadeau. À ce propos, on a sans doute insuffisamment réfléchi à ce qu’impliquait ce terme d’« obligatoire » un beau jour accolé à l’instruction publique. L’éducation et la culture ne sont plus perçues comme des objets de désir, comme désirables en soi, mais comme des obligations, autant dire comme des corvées. C’est la raison pour laquelle le parti de l’In-nocence, dans son programme pour l’éducation, propose, ne serait-ce qu’à titre provisoire, et face à l’impasse actuelle, une sécession en faveur d’une éducation fondée sur un triple volontariat, des professeurs, des parents et des élèves eux-mêmes : faire en sorte que ceux qui désirent une véritable éducation ne soient plus empêchés de la recevoir, et de la prodiguer, par ceux qui ne la désirent pas, qui veulent même s’en prémunir par tous les moyens.

Cela dit, vous avez parfaitement raison. La contre-colonisation n’aurait pas été possible sans l’effondrement culturel dû, pour la plus grande part, au désastre du système éducatif. Un peuple qui connaît son histoire et qui sait ses classiques ne se laisse pas mener béatement dans les poubelles de l’Histoire en se trémoussant mollement dans la sonorisation de tout, obligatoire elle aussi. L’enseignement de l’oubli, l’inoculation scolaire de l’inculture, la bêtification de masse étaient les conditions indispensables du Grand Remplacement.

-- Vous savez bien que de nombreux Français de souche récente n’aspirent qu’à se fondre dans le paysage, mais que, malgré leurs efforts, ils se heurtent à une forme de refus : ils font des études (au prix d’efforts considérables), respectent la loi et, à l’arrivée, se font retoquer à leurs entretiens d’embauche, contrôler au faciès dans le métro et on en passe… Comprenez-vous leur amertume, voire leur ressentiment ? Ne faisons-nous pas payer à la majorité les méfaits d’une minorité qui habille d’un vague vernis islamiste la culture des gangs américains ?

-- L’amertume et le ressentiment sont les leviers de la conquête. Je ne doute pas qu’ils n’aient quelques fondements véritables, mais enfin ceux-là ne sont rien auprès de la masse de nocence, de nuisance, d’agressivité, d’« incivilité », comme on dit joliment, dont certains Français de souche récente, pour reprendre votre expression, semblent tenir à s’assurer le quasi-monopole, pour ne rien dire des non-Français de vieille souche. Si amertume et ressentiment il devait y avoir, il me semble qu’ils ne devraient pas être en priorité de ce côté-là. Voilà un peuple qui se fait tout petit et se serre pour accueillir toujours plus d’étrangers, lesquels se précipitent chez lui tout à fait volontairement, pour la plupart, et c’est lui qui se fait traiter de raciste, et autres insultes et agressions quotidiennes, motivées par l’« amertume » et le « ressentiment ». Il aurait bien de quoi être amer. Le plus triste est qu’il ne le soit guère, trop hébété pour l’être par la grande déculturation et par le philtre d’oubli antiracististe, à l’absorption duquel se réduit désormais la transmission scolaire.

Cela dit, qu’il y ait des bonnes volontés déçues, parmi les Français de souche récente, ce n’est que trop vrai, hélas. Ce serait précisément la tâche d’un antiracisme véritable, et qui ne serait pas un procédé d’aveuglement systématique face à ce qui arrive, d’apprécier les êtres en tant qu’êtres et les groupes en tant que groupes, sans interférences.

-- Vous observez, pour la déplorer, une « malédiction » française : dans le champ politique, les seuls défenseurs de la culture française ont un discours ambigu ou franchement déplaisant sur la Seconde Guerre mondiale ou sur les races. Mais compte tenu de notre expérience historique qui a vu l’amour de la nation virer au nationalisme, peut-il en aller autrement ? Si nous sommes condamnés à choisir entre « francophobes » et « racistes », ne vaut-il pas mieux en finir avec ces identités mortifères ?

-- Cette malédiction n’est pas seulement française : on peut l’observer dans plusieurs autres pays d’Europe. On dirait parfois − c’est triste à dire − que seuls ceux auxquels leur marginalité idéologique et morale a permis d’échapper au philtre d’hébétude de l’antiracisme dogmatique se rendent compte de ce qui arrive. Mais après tout, il s’est passé la même chose pour la liberté sexuelle : n’en ont bénéficié d’abord que les prostituées, les scandaleux, les gens « perdus de mœurs », comme on disait, ceux qui n’avaient rien à perdre, pour qui la morale ne comptait pas. Que cette liberté sexuelle fût au contraire une exigence morale, comme la vérité, n’est apparu que plus tard. C’est ce qui me frappe le plus dans ce rapt de la morale auquel se livrent les antirascististes, qui la voudraient toute à eux. On dirait que l’exigence de vérité ne fait pas partie de leur morale. Ils décrivent un monde et un homme faux, imaginaires, mensongers, que la réalité dément jour après jour. Et pourtant ils sont sûrs que la morale est à eux et qu’en face d’eux, il n’y a que des criminels, comme ils disent. Or une morale qui fait fi de la vérité, qui met sur les yeux un bandeau pour ne pas voir ce qui survient et contredit ses préceptes, cette morale-là n’est pas une morale, c’est une niaise idéologie, dont les conséquences peuvent être désastreuses (et elles le sont).

-- Dans cette perspective, l’affaire de « l’apéro saucisson-pinard » a clairement soulevé la question des alliances : des « hyper-laïques » de gauche ont choisi de mener le combat avec des « identitaires ». Peut-on défendre la France avec n’importe qui ? Vous sentez-vous proches des « identitaires » qui se voient comme une communauté de « descendants de Gaulois », ce qui, au passage, exclut les « Français-Crémieux » que nous sommes de la nation ?

-- L’apéro saucisson-pinard n’est pas exactement ma tasse de thé, vous vous en doutez. Il était organisé par Riposte laïque, auquel je ne vois pas grand-chose à reprocher. De Gaulle lui-même ne s’est pas montré trop choosy quand il s’est agi de défendre la France. Cela dit, et si c’est ce que vous voulez me faire dire, je n’ai aucune espèce de sympathie pour les néo-nazis, les skinheads, les antisémites et les nostalgiques de la Collaboration. J’ai toujours été dans l’autre camp. En revanche, je ne vois pas pourquoi les Français d’origine française et tous ceux qui se fantasment comme descendants de Gaulois seraient les seuls, parmi nous, à n’avoir pas le droit de se penser comme un peuple, comme une culture, comme une tradition, une hérédité, une histoire. Dans l’appartenance nationale, il faut faire toute sa place au désir, au désir d’appartenance ; mais il n’est pas question d’exclure pour autant l’héritage, la naissance, l’ascendance ; sans quoi l’on tombe dans le pur hermogénisme, selon le terme que j’ai proposé dans Du sens, par opposition au cratylisme et en référence au Cratyle : dans la convention pure, dans l’illusion administrative, dans le règne du coup de tampon, dans l’in-culture parce que la culture c’est toujours, aussi, la culture des ancêtres et la présence des morts. Aucun peuple ne peut subsister sans référence à l’ascendance, et les contre-colonisateurs le savent bien, qui ne songent pas un instant à abdiquer la leur, mais voudraient que nous abdiquions la nôtre, en quoi ils sont d’ailleurs largement entendus. Il ne faut exclure aucun des deux termes : ni l’appartenance par l’hérédité, ni l’appartenance par le désir (et dans le cas des « Français-Crémieux », pour reprendre votre expression, par contribution majeure à la culture nationale).

-- Pensez-vous que l’islam pose un problème spécifique et presque insoluble par nature, autrement dit que l’idée d’un islam de France est une vertueuse illusion ? Dans le fond, ne seriez-vous pas simplement islamophobe, comme on dit aujourd’hui ?

-- D’abord, je déteste ce procédé des phobie-ceci phobie-cela, qui est une façon de réduire des opinions souvent parfaitement légitimes à un dérangement de l’esprit. L’islam est une religion, je ne suis pas fou des religions en général, du moins quand elles sont un pouvoir politique direct. L’islam est aussi une civilisation qui a produit, en architecture, en poésie, dans les arts décoratifs, en musique, certains des plus beaux accomplissements de l’humanité. Maintenant, il y a quelque chose de très troublant dans le fait, constamment relevé, que, dans l’espace islamique, il n’y a pour ainsi dire que des dictatures ou des régimes autoritaires, comme si cette civilisation était incompatible avec l’état politique de la liberté ordonnée, avec l’État de droit, avec le moins pour le plus qu’impliquent, pour chacun, le contrat social et ce que le parti de l’In-nocence appelle le « pacte d’in-nocence ». On dirait que ceux qui relèvent de cette civilisation − pris en masse, bien entendu, je ne parle pas d’individus − sont ingouvernables, sinon par la tyrannie. On dirait que le pacte d’in-nocence, qui pourtant peut seul fonder la liberté, le bien-être et la prospérité, leur est inaccessible parce qu’indésirable ; que seule a d’attrait la nocence, au contraire, revêtue des oripeaux du ressentiment, qui crée les moyens de sa perpétuation indéfinie. Je dirais, comme Lévi-Strauss, que ce type de société n’a pas de séduction à mes yeux. Qu’il s’exerce dans ses zones géographiques traditionnelles, très bien, mais je n’éprouve pas de plaisir à le voir se substituer, dans nos contrées, au type de société et d’état politique traditionnel, car je ne crois pas qu’il lui soit supérieur. Or il s’y substituera nécessairement puisque les immigrés, très étrangement, paraissent n’avoir de cesse qu’ils aient reconstitué dans leurs pays d’immigration le type de société qui leur a fait fuir leur pays d’origine. Bien entendu, ils ne s’en rendent pas compte : ils croient qu’ils peuvent avoir le meilleur de ceci et le meilleur de cela, sans les inconvénients, les charges, les devoirs, les contraintes qu’impliquent les avantages qui les ont attirés. Mais ce n’est évidemment pas possible.

-- Quel argument pouvez-vous opposer à ceux qui disent : « Nous sommes la deuxième religion, ou la deuxième communauté de France et cela nous donne des droits. » Après tout, la démocratie, c’est la démographie − « Combien de divisions ? » Au nom de quoi refuserions-nous à une partie des Français le droit de faire évoluer nos mœurs ? Et pourquoi le changement ne serait-il pas un enrichissement ?

-- Parce que les peuples ne veulent pas mourir, en général, malgré les pulsions suicidaires qui semblent animer ceux de l’Europe. Quant à la démocratie, elle ne peut pas désirer, elle aussi, sa propre mort. On nous dit qu’elle n’est pas possible en Algérie ou en Tunisie parce qu’elle amènerait immédiatement une terreur et une tyrannie pires que celles qui sévissent déjà. Il est certain que la pensée politique va bien devoir s’interroger rapidement sur les limites qu’il convient de lui impartir, ne serait-ce que pour la confiner au domaine politique. Comme Hélène de Troie, la plus belle femme du monde qui, selon le poète, a détruit les villes, détruit les armées, détruit les vaisseaux, la démocratie sortie de son lit, transposée dans des domaines où elle n’avait que faire, a déjà détruit les structures familiales, détruit la culture, détruit les systèmes d’éducation, aboli la transmission, effacé les manières de table, la courtoisie et la douceur de vivre, ruiné la civilisation. Dès lors qu’on lui laisse absolument libre cours, qu’on l’affranchit de l’histoire, de la géographie, de la culture, de la nature, du bon sens, de la common decency, on ne voit pas pourquoi elle ne détruirait pas les nations, ni ne subjuguerait les peuples. Les Chinois sont déjà majoritaires au Tibet.

-- Quoi qu’il en soit, en supposant que votre pessimisme soit justifié, dès lors que le problème n’est pas l’immigration étrangère, mais l’intégration des Français d’origine étrangère, que faire ?

-- Réagir, résister, refuser. Ceux de ces Français d’origine étrangère qui disent « les Français » pour parler des habitants traditionnels du pays qu’ils conquièrent par leur nombre, par leur masse, comprendraient très bien qu’on leur résistât quand ils veulent imposer ici leur société d’origine. C’est le contraire qui les stupéfie et d’ailleurs les emplit de mépris : qu’on leur abandonne sans une larme et sans une protestation ce beau royaume. Ils sont comme ces adolescents que désespère et désempare et rend toujours plus exigeants, plus emplis de ressentiment, l’absence de toute règle qu’on leur oppose. On pourrait au moins commencer par les prendre au mot quand ils renient la nationalité française et font allégeance à d’autres drapeaux, ce dont je crois comprendre que ce n’est pas rare.

-- Dans notre héritage, il y a l’universalisme des Lumières. Votre idée de ce qu’est un peuple ne lui tourne-t-elle pas le dos ?

-- Dans notre héritage, il y a bien autre chose que les Lumières, même si elles en font incontestablement partie ; bien autre chose que leur universalisme, qui dans l’ensemble du legs ne me paraît pas le plus précieux, c’est vrai. Quoiqu’il en soit nous avons le droit de faire des choix, et la France ne commence pas aux Lumières. Un peuple n’est pas une idée, même s’il peut avoir des idéaux. Un peuple qui ne serait qu’une idée serait perdu — c’est peut-être ce qui nous perd.

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