03/04/2014

Avec certains êtres, très rares, il faudrait ne pas parler

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« Avec certains êtres, très rares, il faudrait ne pas parler. Il faudrait tout de suite être dans les bras, caresser le visage, les paupières, les joues, les lèvres, les effleurer d'un doigt, lentement d'abord, puis dans un baiser, passionnément. S'embrasser. S'étreindre. Les mots sont inutiles. Les mots viendraient plus tard confirmer ce que les corps ont su dès les premiers instants. »

Laurence Tardieu, Un temps fou

 

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21/03/2014

Désir douloureux, parce que je le sentais irréalisable

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« Si nous pensions que les yeux d’une telle fille ne sont qu’une brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de connaître et d’unir à nous sa vie. Mais nous sentons que ce qui luit dans ce disque réfléchissant n’est pas dû uniquement à sa composition matérielle ; que ce sont, inconnues de nous, les noires ombres des idées que cet être se fait, relativement aux gens et aux lieux qu’il connaît — pelouses des hippodromes, sable des chemins où, pédalant à travers champs et bois, m’eût entraîné cette petite péri, plus séduisante pour moi que celle du paradis persan, — les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des projets qu’elle forme ou qu’on a formés pour elle ; et surtout que c’est elle, avec ses désirs, ses sympathies, ses répulsions, son obscure et incessante volonté. Je savais que je ne posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais aussi ce qu’il y avait dans ses yeux. Et c’était par conséquent toute sa vie qui m’inspirait du désir ; désir douloureux, parce que je le sentais irréalisable, mais enivrant, parce que ce qui avait été jusque-là ma vie ayant brusquement cessé d’être ma vie totale, n’étant plus qu’une petite partie de l’espace étendu devant moi que je brûlais de couvrir, et qui était fait de la vie de ces jeunes filles, m’offrait ce prolongement, cette multiplication possible de soi-même, qui est le bonheur. Et, sans doute, qu’il n’y eût entre nous aucune habitude — comme aucune idée — communes, devait me rendre plus difficile de me lier avec elles et de leur plaire. Mais peut-être aussi c’était grâce à ces différences, à la conscience qu’il n’entrait pas, dans la composition de la nature et des actions de ces filles, un seul élément que je connusse ou possédasse, que venait en moi de succéder à la satiété, la soif — pareille à celle dont brûle une terre altérée — d’une vie que mon âme, parce qu’elle n’en avait jamais reçu jusqu’ici une seule goutte, absorberait d’autant plus avidement, à longs traits, dans une plus parfaite imbibition. »

Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur

 

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20/03/2014

L’abîme inaccessible qui donne le vertige

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« Bien entendu, cette vérité des impressions premières, et purement physiques, retrouvée à chaque fois auprès de mes amies, ne concernait pas seulement les traits de leur visage, puisqu’on a vu que j’étais aussi sensible à leur voix, plus troublante peut-être (car elle n’offre pas seulement les mêmes surfaces singulières et sensuelles que lui, elle fait partie de l’abîme inaccessible qui donne le vertige des baisers sans espoir), leur voix pareille au son unique  d’un petit instrument où chacune se mettait toute entière et qui n’était qu’à elle. »

Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur

 

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19/03/2014

L’amour le plus exclusif pour une personne est toujours l’amour d’autre chose

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« L’amour le plus exclusif pour une personne est toujours l’amour d’autre chose. (…)

J’avais autefrois entrevu aux Champs-Elysées et je m’étais mieux rendu compte depuis, qu’en étant amoureux d’une femme nous projetons simplement en elle un état de notre âme ; que par conséquent l’important n’est pas la valeur de la femme mais la profondeur de l’état ; et que les émotions qu’une jeune fille médiocre nous donne peuvent nous permettre de faire monter à notre conscience des parties plus intimes de nous-mêmes, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles, que ne ferait le plaisir que nous donne la conversation d’un homme supérieur ou même la contemplation admirative de ses œuvres. »

Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur

 

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18/03/2014

Le centre de la personne vivante

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« L’amour ne sélectionne pas de caractères, il adopte la personne tout entière par une élection massive et indivise. L’amour ne veut rien savoir sur ce qu’il aime ; ce qu’il aime c’est le centre de la personne vivante, parce que cette personne est pour lui une fin en soi, ipséité incomparable, mystère unique au monde. J’imagine un amant qui aurait vécu toute sa vie auprès d’une femme, qui l’aurait aimée passionnément, et ne lui aurait jamais rien demandé et mourrait sans rien savoir d’elle. Peut-être parce qu’il savait depuis le commencement tout ce qu’il y avait à savoir. »

Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé

 

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17/03/2014

Il faudrait sortir de cette saison d’impatience...

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« Je voudrais que l’été soit en moi aussi parfait que dehors, réussir à oublier d’attendre toujours. Mais il n’y a pas d’été de l’âme. On regarde celui qui passe tandis qu’on reste dans son hiver. Il faudrait sortir de cette saison d’impatience. Se vieillir au soleil de ses désirs. Puisqu’il est vain d’attendre. »

Marguerite Duras, La vie tranquille

 

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13/03/2014

Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret...

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« C’est tout ce que nous aurions voulu faire et n’avons pas fait,
Ce qui a voulu prendre la parole et n’a pas trouvé les mots qu’il fallait,
Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret,
Ce que nous pouvons toucher et même creuser par le fer sans jamais l’atteindre,
Ce qui est devenu vagues et encore vagues parce qu’il se cherche sans se trouver,
Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait,
Ce qui est devenu sillage de quelques secondes par goût fondamental de l’éternel,
Ce qui avance dans les profondeurs et ne montera jamais à la surface,
Ce qui avance à la surface et redoute les profondeurs,
Tout cela et bien plus encore. »

Jules Supervielle, La Mer, in "Oublieuse Mémoire"

 

 

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