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06/05/2007

Music



La musique nous a laminé durant 15 années. Source de joie. Source de douleurs joyeusement assumées. Travailler des riffs, élaborer des structures, peiner pour trouver le mot juste, la bonne phrase, la mélodie qui couronne. Café. Thé. Bière et fumées. Nous voulions être dans la justesse du propos, toujours. Parvenir à dire des choses même tristes sans sombrer dans la lourdeur tellurique d’une époque nihiliste. Être solaires. Y sommes-nous parvenus ? Car il n’est pas faux de dire que les artistes d’aujourd’hui ont une nette tendance à la morosité. Or demeurer dans le purgatoire du doute est une chose ; s’y complaire jusqu’à la masturbation mentale en est une autre. Comprendre cela, c’est faire un premier pas vers la thérapie et tendre vers le fait que l’Art ne se doit pas d’être uniquement une catharsis. Et si l’Art se doit d’être une communion avec le public il ne doit certainement pas rentrer dans le domaine du jeu social. Le social se doit d’être transcendé.

Au sein de Venice, dans nos chansons propres, nous nous sommes toujours efforcés de créer un équilibre tout autant qu’une tension, entre des références qui nous tenaient à cœur, des schémas pop-rock conventionnels et des petites originalités dans les thèmes abordés, les paroles ou les arrangements. Et puis Venice, c’était un groupe à la croisée des chemins. Les membres y ont toujours eu des influences multiples et très variées. Une section rythmique impeccable, un son de guitare « Heavy », un chant lyrique. Une grande ouverture d’esprit. Police, U2, Led Zeppelin, King’s X, Pearl Jam, Stone Temple Pilots, Bruce Springsteen, Björk, Beatles, Rolling Stones, Ramones, Jam, XTC, Jimi Hendrix, Led Zeppelin, King Crimson, Peter Gabriel, Pink Floyd, Beach Boys, The Jam, Elvis Costello, Buzzcocks, Hoodoo Gurus, Generation X, Sex Pistols, The Clash, The Doors, Living Color, Steppenwolf, Patti Smith, Dead Can Dance, John Coltrane, Charlie Parker, Miles Davis, Magma, Ted Nugent, Maria Mc Kee, Bashung, Radiohead, Placebo, Prince. La musique classique pour Éric. La Pop sirupeuse britannique pour Franck. Le premier bassiste, Jean-Marc, aimait le Jazz passionnément. Le deuxième bassiste, Mourad, nous initia à la musique égyptienne. Le dernier bassiste, Fred, affichait Muse, David Bowie et Rush sans hésiter. Le blues, pour Nebo, votre serviteur, se devait d’être bien nègre, de cette négritude sensuelle, spirituelle, lascive et altière qui nous fait aimer la vie même dans la souffrance. Car les noirs, en chantant dans les champs de coton, disaient de manière détournée à leur maîtres esclavagistes : « Non, je n’ai pas oublié d’où je viens, ce que je suis et tu peux me fouetter autant que tu le souhaites tant que je chante je suis libre, bien plus libre que tu ne peux l’imaginer, bien plus libre que toi scellé que tu es dans ta haine. »

Pour Venice il s’agissait bien de prendre de la distance par rapport à certaines attitudes trop universellement acceptées, de faire preuve de méfiance vis-à-vis d’habitudes qu’on ne remarque même plus ou à peine. De ne pas sombrer dans la posture et la satisfaction de soi-même.

Peut-être est-ce cela qui a conduit Venice à l’échec, non pas artistique, mais commercial. Car partout où nous sommes passés, nous avons été, si ce n’est aimés, du moins appréciés en tant que musiciens. Mais nous avions, d’une certaine manière, placé la barre un peu haut dans un pays où la médiocrité exige que tout soit démocratisé par le bas et vers le bas. Notre premier projet, par exemple, devait s’appeler « Orpheus’ Venitian Journey ». Composé d’une douzaine de morceaux en anglais, parfaitement séparés les uns des autres et pouvant s’écouter séparément comme des chansons pop conventionnelles (ou presque), les morceaux en question n’en demeuraient pas moins liés par un fil conducteur initiatique, mettant en scène un curieux personnage nommé Orphée, tout aussi proche de l’Orphée mythologique que l’était le Zarathoustra de Nietzsche du Zarathoustra perse, qui partait à la conquête de Venise, seul au départ de l’album, il finissait par prendre la tête d’une armada bariolée et orientale sensée abréger la décadence d’un Occident en chute libre par la conquête guerrière. Finalement, abandonné et trahi par le monde entier qu’il avait souhaité libérer, il finissait méconnaissable en mendiant céleste sur la place Saint Marc.

Nous aurions peut-être dû, au lieu de chercher à voir le monde à hauteur d'homme, tenter de le voir à hauteur de caniveau.

« Chantez en français et on vous signe », nous disaient grosso modo les directeurs artistiques. Nous passâmes donc de l’anglais au français, non sans douleurs, mais avec l’aide précieuse de Boris Bergman et le soutiens moral de Jean-Louis Aubert qui nous fit comprendre, le temps de 5 dates mémorables en sa compagnie, que les choses étaient simples : ou nous souhaitions parler aux kids, ou nous n’en avions rien à battre.

« Vous êtes invendables » nous dirent plus tard les tristes sires assis dans leurs fauteuils en cuir, les décisionnaires débonnaires. Trop durs, limite « Heavy Metal » pour les amateurs de variétés. Trop « variét’ » pour les fans de Heavy Metal. Trop « pop » pour les fans de rock. Trop « rock » pour les fans de pop. Oui, surtout un peu trop intelligents pour les consommateurs de musique fast food. Trop aristocrates de l’esprit. Pas assez « consensuels ». Durant de longues années, malgré les embrouilles internes et les disputes, souvent axées autour de la forme plutôt que du fond, Venice fut pour moi un bonheur sur scène et en studio. Les répétitions me fatiguaient vite et épuisaient bien souvent ma patience, mais je tenais. Nous tînmes. Ne tenant compte ni des désirs des uns ou des autres, ni des tentations oiseuses et vaseuses de créer un « tube » qui serait pressé jusqu’à vidage complet, jusqu’à l’oubli. Vendre notre cul et notre âme avec n’a jamais été envisagé.

Je songe au sublime Oscar Wilde signifiant qu’un artiste tenant compte du goût du public n’est plus un artiste. Et ce qu’il dit dans « De Profundis » : « Nous qualifions notre époque d’utilitaire et il n’est pas une seule chose dont nous ne connaissions les usages. Nous avons oublié que l’eau peut nettoyer, le feu purifier et que la terre est notre mère à tous. En conséquence, notre art a la pâleur de la lune et joue avec les ombres, tandis que l’art grec a l’éclat du soleil et traite directement les sujets. J’ai la conviction qu’il y a une purification dans les formes élémentaires. Je veux retourner avec elles et vivre en leur présence.
Assurément, pour quelqu’un d’aussi moderne que moi, d’aussi enfant du siècle, contempler le monde sera toujours charmant. Je tremble de plaisir en pensant que, lorsque je sortirai de prison, le cytise et le lilas s’épanouiront dans les jardins et je verrai le vent faire ondoyer en une frémissante beauté les grappes dorées de l’un et agiter les panaches mauves de l’autre, de sorte que l’air sera chargé pour moi de tous les parfums de l’Arabie. Linné tomba à genoux et pleura de joie lorsqu’il vit pour la première fois la vaste lande d’un haut plateau anglais toute jaunie par les fleurs des ajoncs odorants. Et je sais que pour moi, les fleurs faisant partie de mon désir, il est des larmes qui m’attendent dans les pétales d’une rose. Il en a toujours été ainsi pour moi depuis mon enfance. Il n’est pas une seule nuance cachée dans le calice d’une fleur ni la moindre courbe d’un coquillage auxquelles, par quelque subtile sympathie avec l’âme des choses, ma nature ne réponde. Comme Gautier, j’ai toujours été de ceux pour qui le monde visible existe.
Cependant, j’ai maintenant conscience que derrière toute cette beauté, si satisfaisante qu’elle puisse être, il y a quelque esprit caché dont les formes peintes ne sont que des modes de manifestation, et c’est avec cet esprit que je désire me mettre en harmonie. Je suis las des propos débités sur les hommes et sur les choses. La mystique dans l’art, la mystique dans la vie, la mystique dans la nature, voilà ce que je cherche, et c’est dans les grandes symphonies musicales, dans l’initiation à la tristesse, dans les profondeurs de la mer, que je puis le trouver. Il m’est absolument nécessaire de le trouver quelque part. »


Avec une volonté de cet ordre dans notre démarche, tout en subtilités et en nuances il n’est guère surprenant que nous n’ayons pas trouvé oreille attentive dans le business et que nous ayons été en proie à la haine de certains rockers édentés en manque d’épuration quotidienne.

Et puis il y avait les factures à payer. Pour ce faire un groupe rock est dans l’obligation de maîtriser un maximum de « reprises » afin de pouvoir jouer dans les bars les plus propres comme les plus nauséabonds. Une centaine de covers étaient inscrites à notre répertoire et nous y puisions au gré des concerts foireux ou lumineux pour être en mesure de payer l’assurance du camion (quand ce n’était pas sa réparation), l'assurance du local, la réparation de l’AKAÏ 12 pistes, du TEAC 16 pistes, afin de rembourser l’argent du local (construit à la sueur de notre front) avancé avec amour et largesse par Luigi Bizzaro, le père des managers (Bips et Sandrine). Mais jamais nous ne nous sommes trahis avec ces « reprises ». « Boy about town » et « That’s entertainment » des Jam ; « It’s about time » des Beach boys en mode Heavy, croisé avec « Break on trough » des Doors ; « Jumping Jack Flash » des Rolling Stones que nous mixions avec « L.A. Woman » des Doors encore ; « Helter Skelter » des Beatles que nous enchaînions avec « Vasoline » des Stone Temple Pilots ; « Mysterious ways » de U2 suivi de « Army of me » de Björk, en décollage Metal décadent ; « Purple Haze » de Jimi Hendrix ; « Plans for Nigel » de XTC ; « Follow me » de Rory Gallagher ; « Tunnel of Love » de Bruce Springsteen ; « Dancing Days », « Rock and Roll », « The Rover », « No Quarter » de Led Zeppelin ; « Hey hey My My » de Neil Young… pour n’en citer que quelques unes qui me reviennent en mémoire en une cohorte colorée et joyeuse. Jamais nous n’avons sonné « Caf conc’ ». Ça a toujours senti la sueur et la passion, même dans les instants les plus sombres il y avait toujours un moment où ça partait en vrille et où les gens se demandaient où on voulait en venir. Éric y allait de ses états d’âme. Franck faisait le con derrière ses fûts. Jean-Marc, Mourad ou Fred conservaient leur sang froid. Tandis que je jouais en faisant des grimaces incontrôlées. « Tu joues comme si tu faisais la guerre » m’a-t-on plus ou moins dit fort souvent.

Tenez, prenez en de la graine.




En répétition… avec les pains, les brioches et les plantages… donc conditions « Live », au Local du groupe, le bien nommé « ITHAQUE », à Senlis dans l’Oise


* Rien à te donner.mp3 (Chanson écrite par le groupe en compagnie de Boris Bergman)

* Ask the Angels (Reprise de Patti Smith).mp3

 

Reprises travaillées en studio...

* Radio Free Europe (Reprise de REM).mp3

* Downbound train (Reprise de Bruce Springsteen).mp3

* Truth hits everybody (Reprise de Police).mp3





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Bande son du moment : Eternal Idol par Black Sabbath

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citations du jour : « L'art et rien que l'art, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité. » Friedrich Nietzsche

« Faute d'art, la crainte d'un mal nous conduit à un vice. » Horace (L'Art Poétique)

Humeur du moment : Zen