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14/06/2019

L'idéaliste...

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« Incurable. — L’idéaliste est incorrigible : si on le jette hors de son ciel il s’arrange avec l’enfer un idéal. Créez-lui une déception et vous verrez qu’il ne met pas moins d’ardeur à embrasser sa déception qu’il n’en mettait il y a peu de temps à se draper de son espérance. Dans la mesure où son penchant appartient aux grands penchants incurables de la nature humaine, il peut provoquer des destinées tragiques et devenir plus tard l’objet de tragédies : en cela il touche à ce qu’il y a d’incurable, d’inévitable, d’irrémissible dans la destinée et le caractère humains. »

Friedrich Nietzsche, "Opinions et Sentences mêlées" in Humain, trop humain, deuxième partie

 

 

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13/06/2019

Inimitié contre la lumière

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« Inimitié contre la lumière. — Si l’on fait comprendre à quelqu’un qu’au sens strict il ne peut jamais parler de vérité, mais seulement de probabilité et des degrés de la probabilité, on découvre généralement, à la joie non dissimulée de celui que l’on instruit ainsi, combien les hommes préfèrent l’incertitude de l’horizon intellectuel, et combien, au fond de leur âme, ils haïssent la vérité à cause de sa précision. — Cela tient-il à ce qu’ils craignent tous secrètement que l’on fasse une fois tomber sur eux-mêmes, avec trop d’intensité, la lumière de la vérité ? Ils veulent signifier quelque chose, par conséquent on ne doit pas savoir exactement ce qu’ils sont ? Ou bien n’est-ce que la crainte d’un jour trop clair, auquel leur âme de chauve-souris crépusculaire et facile à éblouir n’est pas habituée, en sorte qu’il leur faut haïr ce jour ? »

Friedrich Nietzsche, "Opinions et Sentences mêlées" in Humain, trop humain, deuxième partie

 

 

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Corruption...

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« Ce qui a été corrompu par l’abus que l’Église en a fait : 1) L’ascétisme : on a à peine encore le courage de mettre en lumière son utilité naturelle, son caractère indispensable au service de l’éducation de la volonté. Le monde absurde de nos éducateurs qui a présent à l’esprit "l’utile serviteur de l’État" comme schéma régulateur, croit s’en tirer avec l’ "instruction", le dressage du cerveau ; il ne possède même pas la notion qu’il y a quelque chose d’autre qui importe avant tout — l’éducation de la force de volonté ; on institue des examens pour tout, sauf pour ce qui est l’essentiel : savoir si on peut vouloir, si on peut promettre : le jeune homme termine son éducation sans avoir seulement un doute, une curiosité au sujet des problèmes supérieurs de l’évaluation de sa nature ; 2) Le jeûne : recommandable à tous les points de vue, — aussi comme moyen pour maintenir la subtile faculté de jouir de toutes les bonnes choses (par exemple s’abstenir de lectures, ne plus entendre de musique, ne plus être aimable ; il faut aussi avoir des jours de jeûne pour ses vertus) ; 3) Le "cloître" : l’isolement temporaire, en refusant sévèrement par exemple la correspondance : une façon de profonde méditation et de retour à soi-même, qui ne veut pas éviter les "tentations", mais les "influences" de l’extérieur ; une sortie volontaire du cercle, du milieu ; une mise à l’écart, loin de la tyrannie des excitations qui nous condamnent à ne dépenser nos forces qu’en réactions et qui ne permet plus à celles-ci de s’accumuler jusqu’à une activité spontanée (regardez donc de près nos savants : ils ne pensent plus que par réactifs, c’est-à-dire qu’il faut qu’ils lisent d’abord avant de penser) ; 4) Les fêtes. Il faut être très grossier pour ne pas ressentir comme oppression la présence des chrétiens et des valeurs chrétiennes car, grâce à eux, toute disposition solennelle s’en va au diable. Dans la fête il faut comprendre : la fierté, l’impétuosité, l’exubérance ; le mépris de toute espèce de sérieux et d’esprit bourgeois ; une divine affirmation de soi à cause de la plénitude et de la perfection animale, rien que des états en face desquels le chrétien ne peut pas dire un oui absolu. La fête c’est le paganisme par excellence. 5) Le découragement devant sa propre nature : le travestissement moral. — Le fait de ne pas avoir besoin de formule morale pour approuver une de ses propres passions donne la mesure pour savoir jusqu’à quel point quelqu’un, dans son for intérieur, peut dire oui à la nature, — jusqu’à quel point il lui faut avoir recours à la morale… 6) La mort. »

Friedrich Nietzsche, "Livre deuxième. Critique des valeurs supérieures" in La Volonté de Puissance

 

 

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12/06/2019

Mes cinq "Non"

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« Mes cinq "non"

1. Ma lutte contre le sentiment de la faute et l'introduction de l'idée de punition dans le monde physique et métaphysique, de même dans la psychologie, dans l'interprétation de l'histoire. Conviction que toute philosophie, toute évaluation ont été jusqu'à présent entachées de morale.

2. Mon identification et ma recherche de l'idéal traditionnel de l'idéal chrétien, même là où l'on a fait table rase de la forme dogmatique du christianisme. Le danger de l'idéal chrétien se trouve dans ses sentiments de valeur, dans ce qu'il peut se passer d'expressions concrètes: ma lutte contre le christianisme latent (par exemple dans la musique, dans le socialisme).

3. Ma lutte contre le XVIIIe siècle de Rousseau, contre sa "nature", son "homme bon", sa foi en la domination du sentiment, — contre l'amollissement, l'affaiblissement, la moralisation de l'homme : un idéal qui est né de la haine contre la culture aristocratique et qui, en pratique, est le règne du ressentiment déchaîné, inventé comme étendard pour la lutte ( — la moralité du sentiment de la faute chez le chrétien, la moralité du ressentiment, une attitude de la populace).

4. Ma lutte contre le romantisme, où convergent l'idéal chrétien et l'idéal de Rousseau, mais en même temps, avec un vague désir des temps anciens, de la culture sacerdotale et aristocratique, de la "virtù", de l' "homme fort", — quelque chose d'extrêmement hybride ; une façon fausse et contrefaite de l'humanité plus forte, qui estime, en général, les conditions extrêmes et voit en elles le symptôme de la force ("culte de la passion" ; une imitation des formes les plus expressives, furore espressivo, ayant son origine, non point dans la plénitude, mais dans la pauvreté). (Il y a pourtant, au XIXe siècle, des choses qui sont nées d'une plénitude relative, du bon plaisir : la musique sereine, etc... ; parmi les poètes il y a par exemple Stifter et Gottfried Keller qui donnent des signes d'une force plus grande, un bien-être intime. — Le grand essor des sciences et des inventions techniques, des sciences naturelles, des études historiques (?), est, à un point de vue relatif, un produit de la force, de la confiance en soi au XIXe siècle.)

5. Ma lutte contre la prédominance des instincts de troupeau, après que la science a fait cause commune avec eux; contre la haine intime dont on traite toute espèce de hiérarchie et de distance. »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

 

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Les huit questions cardinales

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« Les formations typiques du moi : ou les huit questions cardinales. Savoir :

1) Si l'on veut être plus multiple ou plus simple.
2) Si l'on veut devenir plus heureux ou plus indifférent à l'égard du bonheur et du malheur.
3) Si l'on veut devenir plus satisfait de soi, ou plus exigeant et plus inexorable.
4) Si l'on veut se mettre à céder, à devenir plus humain, ou plus "inhumain".
5) Si l'on veut devenir plus sage ou plus tranchant.
6) Si l'on veut atteindre un but ou éviter tous les buts (comme fait par exemple le philosophe qui flaire dans chaque but une frontière, une retraite, une prison, une bêtise... ).
7) Si l'on veut être estimé davantage, ou craint davantage; ou plus méprisé.
8) Si l'on veut devenir tyran, ou séducteur, ou berger ou bête de troupeau. »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

 

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11/06/2019

Gardez-vous des gens bonasses ! Leur fréquentation affaiblit...

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« Un jeune garçon brave et vigoureux aura un regard ironique si on lui demande : "Veux-tu devenir vertueux ?" — mais il ouvrira les yeux tout grands si on lui demande : "Veux-tu devenir plus fort que tes camarades ?"

 

Comment devient-on plus fort ? — Se décider lentement et tenir avec opiniâtreté à tout ce que l'on a décidé. Tout le reste s'ensuit.

Les natures subites et les natures variables : deux catégories chez les faibles. Ne pas se confondre avec eux : sentir la distance — à temps !

Gardez-vous des gens bonasses ! Leur fréquentation affaiblit. Toute fréquentation est bonne lorsque l'on y aiguise les armes que l'on a dans les instincts. Toute ingéniosité consiste à mettre à l'épreuve sa force de volonté... Voir là ce qui distingue, et non pas dans le savoir, la finesse et l'esprit...

Il faut apprendre à temps à commander, tout aussi bien qu'à obéir. Il faut apprendre l'humilité, le tact dans l'humilité : c'est-à-dire qu'il faut distinguer et vénérer là où l'on est humble : et il faut distinguer et vénérer avec confiance...

 

De quoi pâtit-on le plus douloureusement ? De son humilité ; de ne pas avoir écouté ses propres besoins; de se confondre avec d'autres ; de se considérer petitement ; du manque de subtilité pour suivre ce que conseille l'instinct. — On pâtit de ce manque de vénération à l'égard de soi-même par toutes sortes de dommages : santé, bien-être, fierté, sérénité, liberté, fermeté, courage. Plus tard, on ne se pardonne jamais ce manque d'égoïsme véritable : on s'en sert comme d'un argument, on doute de son véritable ego... »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

 

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Se faire partout des ennemis...

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« Qu'est-ce qui est noble ? — Il faut avoir sans cesse à se représenter soi-même. Il faut chercher des situations où l'on a, sans cesse, besoin d'attitudes. Il faut laisser le bonheur au grand nombre, je veux dire le bonheur considéré comme paix de l'âme, comme vertu, confort, épicerie anglo-angélique à la Spencer. Il faut chercher instinctivement pour soi de lourdes responsabilités. Il faut chercher à se faire partout des ennemis, même de soi-même. Il faut s'opposer au grand nombre, non par des paroles, mais par des actes. »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

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10/06/2019

Sa misère...

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« J'aime les malheureux qui ont honte de leur malheur, qui ne déversent pas sur la rue leurs vases pleins de misère ; qui gardent au fond de leur cœur et sur la langue assez de bon goût pour se dire : "Il faut garder en honneur sa misère, il faut la cacher..." »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

 

 

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L'Européen de l'avenir

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« Aspect général de l'Européen de l'avenir : celui-ci considéré comme l'esclave le plus intelligent, très travailleur, au fond très modeste, curieux jusqu'à l'excès, multiple, amolli, faible de volonté, — un chaos cosmopolite de passion et d'intelligence. Comment une forte espèce saurait-elle se dégager de lui ? Une espèce au goût classique ? Le goût classique, c'est la volonté de simplification, d'accentuation, de visibilité du bonheur, la volonté de réaliser l'épouvantable, le courage de la nudité psychologique ( — la simplification est la conséquence de la volonté d'accentuation ; la visibilité du bonheur et aussi de la nudité, une conséquence de la volonté de réaliser l'épouvantable... ). Pour s'élever de ce chaos à cette organisation, il faut être contraint par une nécessité. Il ne faut pas avoir le choix : disparaître ou s'imposer. Une race dominatrice ne peut avoir que des origines terribles et violentes. Problème: où sont les barbares du XXe siècle ? Il est évident qu'ils ne seront visibles et qu'ils ne se consolideront qu'après d'énormes crises socialistes, — ce seront les éléments qui seront capables de la plus grande dureté à l'égard d'eux-mêmes et qui pourront se porter garants de la volonté la plus persistante... »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

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09/06/2019

Un énorme rouage

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« Il y a nécessité à démontrer qu'une consommation toujours plus grande d'hommes et de quantités humaines, qu'une "machinerie" des intérêts et de productions toujours plus enchevêtrée se complètent par un mouvement de réaction. J'entends par ce mouvement une mise à part de l'excédent de luxe de l'humanité : c'est là que doit naître à la lumière une espèce plus forte, un type supérieur, qui est soumis à d'autres conditions de conservation et de formation que l'homme de la moyenne. Mon idée, mon symbole pour ce type est, comme on sait, le mot "surhumain".

Sur ce premier chemin que l'on peut maintenant embrasser complètement du regard naît l'assimilation, l'aplatissement, la chinoiserie supérieure, l'humilité des instincts, la satisfaction dans l'amoindrissement de l'homme, — une sorte d'immobilité dans le niveau de l'homme. Lorsque nous serons parvenus à cette administration générale et économique de la terre qui nous attend inévitablement, l'humanité, en tant que mécanisme, pourra trouver au service de celle-ci son sens le plus propre : — car elle sera alors un énorme rouage, composé de pièces toujours plus petites, d'une "adaptation" toujours plus subtile, qui rendra de plus en plus superflus tous les éléments qui commandent et dominent; étant devenue un ensemble d'une force énorme dont les différents facteurs représentent des forces minimales et des valeurs minimales.

En opposition à cet amoindrissement, à cette adaptation de l'homme, à cette utilité plus spécialisée, un mouvement contraire est nécessaire — la production de l'homme synthétique qui résume et justifie, de l'homme pour qui cette machinisation de l'humanité est une condition d'existence, car c'est sur cette base qu'il pourra inventer sa forme supérieure d'exister...

Il a besoin de l'antagonisme de la masse, il a besoin des hommes "nivelés" et du sentiment de distance à l'égard de ceux-ci ; il se place sur eux, il vit sur eux. Cette forme supérieure de l'aristocratisme est celle de l'avenir. — Au point de vue moral, cette machinerie générale, cette solidarité de tous les rouages représentent un maximum dans l'exploitation de l'homme : mais elles supposent qu'il y a des hommes en faveur de qui cette exploitation a un sens. Dans l'autre cas, elle ne serait effectivement qu'un amoindrissement général dans la valeur du type homme, — un phénomène de régression d'une grande allure.

— On voit que ce que je combats, c'est l'optimisme économique : comme si, avec les dépenses croissantes de tous, l'utilité de tous devait aussi croître nécessairement. Le contraire me semble être le cas : les dépenses de tous se résument en un déficit général : l'homme s'amoindrit — de sorte que l'on finit par ne plus savoir à quoi a bien pu servir cet énorme processus. Un pourquoi ? un nouveau pourquoi ? — c'est là ce dont l'humanité a besoin. »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

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Diagnostic Prophétique

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« Pourquoi les faibles sont victorieux

En somme les malades et les faibles sont plus compatissants, plus "humains" — ; les malades et les faibles ont plus d'esprit, ils sont plus changeants, plus multiples, plus divertissants, — plus méchants; ce sont les malades qui ont inventé la méchanceté. (Une précocité maladive se rencontre souvent chez les rachitiques, les scrofuleux et les tuberculeux). L'esprit est le propre des races tardives : les juifs, les Français, les Chinois. (Les antisémites ne peuvent pas pardonner aux juifs d'avoir de l'esprit — et de l'argent. Les antisémites — c'est un nom que se donnent les "déshérités").

Les malades et les faibles ont eu pour eux la fascination, ils sont plus intéressants que les bien portants ; le fou et le saint — les deux espèces d'homme les plus intéressantes... ayant quelque parenté avec le "génie". Les grands "aventuriers et criminels" et tous les hommes, avant tout les mieux portants, sont malades à certaines époques de leur vie ; — les grands mouvements de l'âme, les passions de la puissance, l'amour, la vengeance, sont accompagnés de troubles profonds... Et pour ce qui est de la décadence, tout homme qui ne meurt pas trop tôt la représente presque à tous les points de vue — il connaît donc aussi, par expérience, les instincts qui en font partie. Pour la moitié de presque toute vie humaine l'homme est décadent.

Il y a aussi la femme ! Une moitié de l'humanité est faible, essentiellement malade, changeante, inconstante, — la femme a besoin de la force pour s'y cramponner, il lui faut une religion de la faiblesse qui la glorifie, comme s'il était divin d'être faible, d'aimer et d'être humble, — la femme règne si elle parvient à subjuguer les forts. La femme a toujours conspiré avec les types de la décadence, avec les prêtres, contre les "puissants", les "forts", les hommes —. La femme met à part les enfants pour le culte de la piété, de la compassion, de l'amour ; — la mère représente l'altruisme d'une façon convaincante...

Il y a encore la civilisation qui va en augmentant. Elle apporte nécessairement avec elle l'augmentation des éléments morbides, la psycho-névrose et la criminalité. Il se forme une espèce intermédiaire, l'artiste, séparé de la criminalité en action, par la faiblesse de volonté et la crainte sociale, il n'est pas encore mûr pour la maison d'aliénés, mais il étend avec curiosité ses antennes dans les deux sphères. C'est un curieux produit de la culture, cet artiste moderne, peintre, musicien, avant tout romancier, qui emploie pour caractériser sa façon d'être le terme très impropre de ce "naturalisme"...
Le nombre des déments, des criminels et des "naturalistes" augmente : c'est le signe d'une culture grandissante qui s'avance à pas de géant, — c'est-à-dire que le rebut, les déchets, les excréments prennent de l'importance — le courant descendant tient le pas.

Il y a enfin le brouillamini social, conséquence de la Révolution, de l'établissement des droits égaux, de la superstition de "l'égalité entre les hommes". On voit se confondre les représentants des instincts de décomposition (du ressentiment, du mécontentement, de la destruction, de l'anarchisme, du nihilisme), avec ceux d'esclavage, de lâcheté, de ruse, les instincts canailles des couches longtemps maintenues en bas ; tout cela se mêle au sang de toutes les classes : après deux ou trois générations la race est méconnaissable, — tout est encanaillé. De tout cela résulte un instinct général qui se dirige contre le choix, contre les privilèges de tout ordre, et cet instinct agit avec tant de puissance et de sûreté, il est si dur et si cruel dans la pratique, que les privilégiés eux-mêmes finissent par se soumettre de fait. Ce qui veut se maintenir dans la puissance flatte la populace, travaille avec la populace, est forcé d'avoir la populace de son côté, — les "génies" avant tout : ils deviennent les hérauts des sentiments, qui servent à enthousiasmer la masse, — le ton de pitié, la vénération même en face de tout ce qui souffre, de tout ce qui a vécu bas, méprisé, persécuté, ce ton s'élève au-dessus de tous les autres tons (types : Victor Hugo et Richard Wagner). — La montée de la populace signifie encore une fois la montée des valeurs anciennes... »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

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01/05/2019

Nietzsche : Le Gai Savoir

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29/08/2018

Comment peut-on être nietzschéen ?

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09/07/2018

"Dieu est mort"...

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« [Dieu est mort]. il faut bien pourtant se demander si ce mot n’est qu’une idée d’illuminé, d’un penseur dont on sait fort exactement qu’il a fini par devenir fou, ou bien si Nietzsche ne prononce pas plutôt la parole qui, tacitement, est dite depuis toujours dans l’Histoire de l’Occident déterminée par la Métaphysique. »

« Le nihilisme est bien plutôt pensé en son essence, le mouvement fondamental de l’Histoire de l’Occident. Il manifeste une telle importance de profondeur que son déploiement ne saurait entraîner autre chose que des catastrophes mondiales. Le nihilisme est, dans l’histoire du monde, le mouvement qui précipite les peuples de la terre dans la sphère de puissance des Temps Modernes. »

« Le nihilisme au sens nietzschéen du mot ne recouvre donc aucunement l’état de fait purement négatif qu’ "on ne peut plus croire au Dieu chrétien de la révélation biblique".

[...]

Une vie non chrétienne peut bien adhérer au christianisme et s’en servir comme facteur de puissance, de même que, inversement, une vie chrétienne n’a pas nécessairement besoin du christianisme. Voilà pourquoi un dialogue fondamental avec le christianisme n’est nullement, ni absolument, une lutte contre ce qui est chrétien, pas plus qu’une critique de la théologie n’est du même coup une critique de la foi, que la théologie est censée devoir interpréter. »

Martin Heidegger, " Le mot de Nietzsche 'Dieu est mort' " in Chemins qui ne mènent nulle part

 

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11/02/2018

Friedrich Nietzsche : Hymnus an das Leben

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