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08/09/2010

Billie HOLIDAY : "I'm a fool to want you" (1958)

=--=Publié dans la Catégorie "La Chanson du Jour, par The Reverend..."=--=

Tout ce qu'il faut savoir sur Billie est contenu dans la fêlure de sa voix.
Jeune, c'est un je ne sais quoi de fragile caché derrière l'apparente facilité à swinguer, qui trahit les violences dont elle fut victime pendant l'enfance.
Plus tard, vers la fin, c'est le gin, l'héroïne, et tout le mal que les hommes lui auront fait. Ses amants qui la rendaient folle, les patrons de cabarets la faisant rentrer par la porte de service (ségrégation oblige), et jusqu'à certains spectateurs mécréants pratiquant l'insulte raciste.
Ce à quoi elle répondit un jour en se retournant pour leur montrer son cul. Tout simplement. On n'impose rien à miss Holiday qu'elle ne désire d'abord, même les paroles de ses chansons, qu'elles oublient volontiers, ou modifient au gré de ses humeurs.
A la fin de la deuxième prise de ce crépusculaire "I'm a fool to want you", elle part en roue libre, psalmodiant quelques phrases, comme voulant se convaincre qu'elle est la plus forte : " Time and time again, Yes I'll leave you, Time and Time again, I'll run away...".
Mais juste après, dans la troisième prise, elle modifie radicalement le troisième couplet qui devient alors une supplique : " Take me back, I Love you, Pity me, I need you".
Le tout et son contraire, comme l'illustre si bien le titre d'une autre chanson du même album, la bien nommée "Glad to be unhappy".
Une femme libre: la fierté, le charme, l'arrogance, mais aussi la connaissance intime de la douleur, des amours déçus qui la laisseront inconsolable. Et surtout une lucidité épuisante, pourtant noyée dans un brouillard cotonneux d'alcools et de drogues qui vont lui façonner ce chant d'outre-tombe.
Juste de quoi murmurer encore quelques mélodies, du bout des lèvres, et du fond du ventre...
Et puis aussi ces derniers mots chuchotés à l'oreille de Sagan venue la voir un soir d'Octobre 1958 à l'Olympia: "...Darling you know, I am going to die very soon in New York between two cops".

Moins d'un an après, elle sera morte.

 

podcast


Philippe "The Reverend" Nicole (Bassiste-chanteur des défunts King Size et ex-bassiste chez Peter Night Soul Deliverance et chez Margerin)...

17:54 Publié dans La Chanson du Jour, par The Reverend. | Lien permanent | Commentaires (5) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook