18/10/2014

Le gouvernement de Vichy et la rafle du Vel d’Hiv

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

et

 

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

 

Merci à l'ami Restif pour m'avoir fait découvrir ce remarquable billet de l'historien Alain Michel qui me permet de poursuivre ce qui a été dit ici et ...

-------------

Il y a 15 ans, le 16 juillet 1995, le président de la République d'alors, Jacques Chirac, prononçait un discours extrêmement important, dans lequel il reconnaissait la responsabilité de la France dans la persécution des Juifs pendant l'occupation. Si, bien entendu, on ne peut que se réjouir de cette prise de responsabilité par le plus haut représentant de l'Etat, un acte qui était attendu de longue date par la communauté juive, les circonstances de cette allocution ont malheureusement aggravé les confusions existant déjà dans le grand public, et même chez nombre d'historiens, en ce qui concerne le rôle du régime de Vichy dans la rafle du Vel d'hiv. Prenons un seul exemple de ces confusions : l'historien Henry Rousso, pourtant spécialiste de la question de l'occupation, dans un "Que sais-je" consacré au régime de Vichy (n° 1720, Puf, 2007, p. 91) confond (involontairement?) les accords que René Bousquet, secrétaire général de la police réalise avec le chef de la gestapo en France, Karl Oberg, début août 1942, accord concernant les questions policières, et d'autre part les négociations entre les deux mêmes hommes un mois plus tôt à propos de la volonté allemande de réaliser une grande rafle de Juifs. Ainsi, si l'on en croit Rousso, le responsable de la police de Vichy accepte la participation des policiers français aux arrestations des Juifs en juillet 1942 en échange d'un renforcement de l'autorité de l'Etat français. La chronologie montre, de toute évidence, que cela est faux, mais il est si tentant pour certains de changer la chronologie pour adapter les faits aux idées reçues.

Ce 16 juillet 2012, nous marquons les soixante-dix ans de la rafle du Vel d'Hiv, au cours de laquelle près de 13 000 hommes, femmes et enfants furent arrêtés et, pour la plupart, déporté ensuite vers Auschwitz où ils furent assassinés. S'il est essentiel de préserver la mémoire de cet événement et le souvenir des victimes, n'est-il pas temps enfin de sortir des idées reçues, des clichés et des raccourcis plus qu'inexacts, pour proposer une vraie confrontation avec les événements historiques tels qu'ils se sont déroulés ?

Cependant, les idées reçues sont tellement ancrées en ce qui concerne l'application de la Solution finale en France que je ne pourrais pas, dans un seul article, corriger l'ensemble des déformations qui se sont accumulées au cours des années. Car dès que l'on tente de se confronter à la réalité historique sans idées préconçues, le premier élément qui frappe l'historien est la complexité des choses. Expliquer simplement des faits compliqués n'est pas une tâche facile, et c'est pourquoi je me contenterai ici de répondre à quelques questions de base qui, je l'espère, éclaireront un petit peu ce qui s'est réellement passé en juillet 1942 à Paris.

1 - Qui décide d'organiser la rafle ?

Le 11 juin 1942 a lieu à Berlin une réunion convoquée par Eichmann, au cours de laquelle il est décidé que le RSHA (SS-Gestapo) déporterait de France vers l'Est 100.000 juifs en 1942. Il s'agit d'un changement important puisque, jusqu'à cette date, il n'était prévu de déporter que 5000 Juifs de France cette année-là. Ces 100.000 Juifs doivent être valides pour le travail, et doivent donc avoir entre 16 et 50 ans. En effet, à cette période, seuls des "travailleurs" sont déportés vers Auschwitz.

Le représentant en France d'Eichmann, Théo Dannecker, décide, dans un premier temps, de déporter 40.000 Juifs de zone nord, l'arrestation de Juifs de zone sud devant faire l'objet de négociations avec le Gouvernement de Vichy, puisque les nazis n'ont pas d'autorité en zone non occupé. Dannecker décide de faire arrêter des Juifs adultes en Province dans la Zone occupée, et d'organiser une rafle en région parisienne qui permettra d'arrêter 22.000 Juifs adultes. Il prévoit que 40 % de ces Juifs destinés à être arrêtés dans le département de la Seine seront des Juifs français, le reste étant des Juifs étrangers.

  2 - Qui doit faire les arrestations ?

Depuis 1941, les Allemands utilisent directement la police française en zone nord pour arrêter les Juifs. Lors de la première rafle parisienne, en mai, les représentants de Vichy à Paris avaient été prévenus à l'avance mais ensuite, en août et en décembre 1941, les autorités d'occupation s'étaient servies directement de la police parisienne sans demander l'avis de Vichy. Cette utilisation directe de la police est facilitée par deux éléments. Depuis septembre 1940, les mesures prises par les Allemands contre les Juifs sont présentées par eux comme des mesures de sécurité qui rentrent dans le cadre des accords d'armistice et de la convention internationale gérant les territoires occupés. La police et la gendarmerie de zone nord ont donc pris l'habitude d'obéir aux consignes allemandes vis-à-vis des Juifs. Le deuxième élément est que Vichy ne s'est pas vraiment opposé à cette interprétation abusive des règles de l'occupation. D'une part parce qu'il est le "maillon faible" dans la négociation et préfère souvent (également dans d'autres domaines) influer sur le cours des choses plutôt par la ruse que par le conflit direct. D'autre part du fait que pour Vichy, pour la police comme pour les Français en général, la question juive n'est pas une question prioritaire ou centrale (il nous faut oublier notre période actuelle du "tout humanitaire" et ne pas projeter nos vues contemporaines sur le passé. En cette période, le sort de populations en difficultés, particulièrement un groupe minoritaire comme les Juifs, n'intéresse pas vraiment les gouvernements comme les populations).

On comprend donc que fin juin 1942, les Allemands ont à la fois l'intention et les moyens de réaliser la rafle projetée. Il est donc infondé de prétendre que sans l'acquiescement de Vichy, la rafle n'aurait pas eu lieu.

  3 - Les réactions du gouvernement de Vichy.

Dans un premier temps, fin juin, la réaction de Vichy aux intentions allemandes est double. En ce qui concerne la zone libre, Laval informe le conseil des ministres qu'il répondra négativement à la demande de transfert de Juifs vers la zone nord aux fins d'évacuation vers l'Est. En ce qui concerne les arrestations de Juifs en zone nord, Laval réserve sa réponse, mais elle apparaît très bien dans les propos de Leguay, délégué de Bousquet à Paris, à Dannecker le 29 juin: le gouvernement français n'est pas prêt à assumer la responsabilité de ces arrestations. La raison apparaît au détour d'une phrase : si les rafles concernaient les éléments "indésirables", les choses pourraient être envisagées différemment. Quels sont donc les éléments "indésirables" dont parle le délégué de Vichy? Il s'agit en réalité des Juifs étrangers, particulièrement des Juifs apatrides. En fait, Vichy cherche depuis un an et demi à se débarrasser des Juifs étrangers de zone sud pour les envoyer vers le continent américain. Par xénophobie et antisémitisme, et également par souci d'alléger ses soucis économiques. Mais ces tentatives ont été systématiquement bloquées par le gouvernement des Etats-Unis, par peur de ce qu'il considérait être une "invasion juive" des Amériques.

C'est dans ce contexte qu'en quelques jours se réalise un accord, négocié par Bousquet avec Oberg entre le 2 et le 4 juillet, et confirmé par Laval lui-même dans l'après-midi du 4 juillet. Quels en sont les points? Les Allemands, à la demande de Vichy, acceptent que ne soient arrêtés dans la rafle que les Juifs apatrides (essentiellement les Juifs anciennement allemands, autrichiens, polonais et soviétiques). Les autres Juifs, notamment les Juifs français, ne seront pas visés par la rafle. En échange, Vichy s'engage à livrer 10.000 Juifs apatrides de zone sud, et à superviser la police parisienne lors de la rafle prévue pour la mi-juillet. Ainsi Vichy accepte d'être officiellement impliqué dans la rafle, mais a obtenu en échange la protection des Juifs citoyens français, même en zone nord, ainsi que d'une partie des Juifs étrangers. Nous allons en voir les conséquences. Mais avant cela, il nous faut aborder la question des enfants.

  4 - Laval et les enfants juifs.

Parmi les idées reçues sur le rôle de Vichy dans la rafle du Vel d'hiv, la question des enfants pèse d'un grand poids. Revenons à Henry Rousso : « Alors que les nazis n'exigent pas encore les enfants, Vichy les livre de surcroît. »A l'appui de cette affirmation, les "accusateurs" citent un rapport de Dannecker à Eichmann daté du 6 juillet 1942, résumant une conversation du 4 juillet : « Le président Laval demande que, lors de l'évacuation de familles juives de la zone non occupée, les enfants de moins de 16 ans soient emmenés eux aussi. Quant aux enfants juifs qui resteraient en zone occupée, la question ne l'intéresse pas ».

Une première remarque importante : nous n'avons pas ici les paroles de Pierre Laval lui-même, mais la manière dont elles sont rapportées deux jours après et dans une autre langue, en allemand. Mais même en supposant qu'elles représentent plus ou moins ce qui a été dit par Laval, il n'y a là aucune conséquence en ce qui concerne la rafle du Vel d'hiv. De quoi parle Laval ? Du fait que les Allemands veulent appliquer les critères de la rafle (Juifs adultes entre 16 et 49 ans) aux Juifs apatrides de zone sud qui doivent être livrés par Vichy. Mais Laval n'est pas d'accord. De la même façon que lorsqu'il a proposé aux Américains d'évacuer les Juifs étrangers de zone sud, il s'agissait de faire partir l'ensemble des familles, de la même façon, si la direction n'est plus l'Amérique mais l'Est de l'Europe, ce sont les familles qui doivent partir, et pas seulement les adultes. Car pour Laval, qui début juillet 1942 n'a aucune possibilité de savoir ce qui se passe réellement à Auschwitz, il s'agit seulement de la continuité d'une même politique (se débarrasser des Juifs étrangers de zone sud) par d'autres moyens (les envoyer vers l'Est et non vers l'Ouest). La réalité du sort des Juifs après leur "réinstallation" lui est d'ailleurs sans doute plutôt indifférent, même s'il est difficile de savoir quelle aurait été sa réaction s'il avait su à l'avance le terrible sort qui leur était réservé.

Par contre, poursuit la citation de Laval par Dannecker, ce qui se passe en zone nord n'est pas de sa compétence, et si les Allemands ne veulent déporter que les adultes pouvant travailler, c'est leur problème! On le voit, rien dans ce texte ne permet de lier la responsabilité de Laval avec l'arrestation et la déportation des enfants Juifs pendant la rafle de zone nord, la rafle du Vel d'hiv. Les archives allemandes nous en fournissent d'ailleurs la preuve. Trois jours après cette déclaration de Laval à Dannecker, le 7 juillet, a lieu la première réunion de coordination entre les autorités policières françaises et allemandes pour organiser la rafle. Les instructions restent les mêmes en ce qui concerne l'âge des personnes à arrêter : de 16 à 50 ans. Si les paroles de Laval trois jours plus tôt avaient changé la donne, cela aurait dû apparaître immédiatement dans les instructions concernant les arrestations. Pourtant, nous savons que les enfants ont été arrêtés et déportés. Alors que s'est-il passé ?

  5 - Les conséquences imprévues des exigences françaises.

C'est le 10 juillet seulement que dans un télégramme urgent envoyé à Eichmann, Dannecker propose que les 4000 enfants qui resteront sûrement du fait de la rafle puissent être évacués aussi vers l'Est. Le prétexte invoqué est celui que les organismes sociaux, que ce soit l'Assistance publique ou l'Ugif (l'organisation juive contrôlée par les nazis), ne pourront prendre en charge autant d'enfants. Cependant, cette demandeà Berlin doit être liée à deux autres événements. Dès le lendemain, le 11 juillet, on remarque dans les instructions en vue des arrestations un glissement en ce qui concerne l'âge. Il ne s'agit plus des adultes de 16 à 50 ans, mais la limite supérieure est reportée à 60 ans pour les hommes et à 55 ans pour les femmes. Or cet élargissement des tranches d'âge semble être une initiative locale et non une instruction de Berlin. Pour la première fois, on précise également que les enfants seront arrêtés en même temps que les parents, tout en signalant qu'ils seront remis aux mains de l'assistance publique au Vel d'hiv. Deuxième évènement, le télégramme envoyé le 14 juillet à Berlin par la Gestapo de Paris où il est écrit qu'à la suite de l'accord conclu avec le gouvernement français, seuls les Juifs apatrides seront arrêtés : « Il s'ensuit que le nombre de personnes à appréhender se trouve très considérablement réduit (en particulier en province). » En conséquence la Gestapo de Paris informe Berlin de l'annulation des trains prévus en province, ce qui va rendre furieux Eichmann du fait de" la perte de prestige" du RSHA face au ministère des transports.

Il semble qu'entre le 10 et le 14 juillet, avant même le déclenchement de la rafle, les spécialistes de la question juive à Paris s'aperçoivent des conséquences, problématiques pour eux, de l'accord conclu avec Vichy. En réduisant "la cible" aux seuls Juifs apatrides, il n'est pas possible d'atteindre les objectifs prévus. Effectivement, lorsque la rafle est déclenchée, le 16 et le 17 juillet 1942, alors qu'on escomptait appréhender 22.000 Juifs adultes entre 16 et 50 ans, il n'y aura que 9037 Juifs de plus de 16 ans, soit à peine plus de 41 % de ce qui était prévu. On comprend pourquoi il devient indispensable, du point de vue des nazis, de déporter également les enfants, ce qui ajoute encore 20 % de déportés potentiels. C'est donc parce que les Allemands ont accepté à la demande de Vichy de n'arrêter que les Juifs apatrides qu'ils vont décider de déporter également les enfants de ces Juifs apatrides, tout simplement pour "faire du chiffre".

  Je n'ai pas pu, bien entendu, entrer dans toutes les questions et dans tous les détails de ces journées terribles de juillet 1942, mais la conclusion est claire, et peut se résumer ainsi :

-          La décision d'organiser la rafle est une décision allemande, et le cadre des arrestations a été prévu par la Gestapo-SS. La police parisienne s'est contentée d'obéir à ces instructions, comme cela avait été le cas lors des rafles de 1941.

-          Le gouvernement de Vichy a accepté de jouer un rôle actif dans ces arrestations pour deux raisons : limiter les arrestations aux Juifs apatrides, afin que les Juifs français ne soient pas touchés, et se débarrasser eux-mêmes d'un certain nombre de Juifs étrangers qui se trouvent en zone sud.

-          Vichy, et en particulier le chef du gouvernement, Laval, n'a pas demandé que l'on arrête et que l'on déporte les enfants de Juifs apatrides lors de la rafle du Vel d'hiv. Il a seulement imposé que les Juifs apatrides de zone sud soient livrés par familles entières, et pas seulement les adultes, question qui n'est pas liée avec la rafle du Vel d'hiv.

-          En conséquence de la limitation des arrestations aux seuls Juifs apatrides, les Allemands ont dû supprimer des déportations de province, et la rafle du Vel d'hiv n'a pas atteint l'objectif qu'ils avaient espéré.

-          Pour combler le manque de personnes arrêtées, les Allemands ont décidé de déporter également les enfants arrêtés lors de la rafle du Vel d'hiv, au lieu qu'ils soient confiés à l'Assistance publique et à l'UGIF.

-          Vichy a donc été complice de la rafle, et non son initiateur. Mais cette complicité a, paradoxalement, limitée les dégâts, en limitant le nombre d'arrestations. Bien sûr, cette conséquence n'avait pas été volontaire, et Vichy n'avait sans doute pas plus réfléchi à cela que les nazis eux-mêmes. Son but était, d'abord et avant tout, de protéger les Juifs français, y compris ceux de zone occupée. Comme l'écrivait déjà le grand historien américain Raoul Hilberg dans son ouvrage central sur la Shoah :  « Quand la pression allemande s'intensifia en 1942, le gouvernement de Vichy se retrancha derrière une seconde ligne de défense. Les Juifs étrangers et les immigrants furent abandonnés à leur sort, et l'on s'efforça de protéger les Juifs nationaux. Dans une certaine mesure, cette stratégie réussit. En renonçant à épargner une fraction, on sauva une grande partie de la totalité ». (La destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, Folio histoire 2006, p. 1122-1123).

  Finalement, le seul mystère qui reste non résolu est celui d'expliquer pourquoi, de Serge Klarsfeld à Henry Rousso, l'historiographie française s'entête dans un récit extrême noircissant Vichy en contradiction avec les faits historiques ? L'auteur du "Syndrome de Vichy" devrait peut-être se livrer à une auto-analyse ?

-------------

Source : Blog d'Alain Michel...

-------------

 

00:27 Publié dans Franc-tireur, Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

15/10/2014

Eric Zemmour et le poids de la doxa

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

et

 

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

 

 

 

Pour revenir sur ce qui a été dit ici...

 

------------------

INTERVIEW - Historien français et rabbin vivant en Israël, Alain Michel est l'auteur de Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français, dont les idées sont largement reprises par Eric Zemmour. Il plaide pour que s'ouvre un "débat historique" sur la question, jugeant que le l'historiographie de la Shoah est figée en France.

Eric Zemmour reprend vos idées au service d'un ouvrage très politique et idéologique - Le suicide français. N'est-ce pas gênant pour l'historien que vous êtes ?

Je ne suis pas responsable de l'utilisation que l'on fait de ce que j'avance, à partir du moment où l'on ne déforme pas ce que j'écris. Le livre d'Eric Zemmour reprend ses idées, ses approches, et cela ne me concerne pas. Je n'aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu'il est. Mais il respecte globalement l'approche qui est faite dans mon livre. Je n'ai pas à censurer quelqu'un en raison de ses idées tant que cela reste globalement dans le consensus démocratique.

Peut-on dire, comme Eric Zemmour, que "Pétain a sauvé 95% des juifs français" ?

Non, ce n'est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique - approuvée par Pétain - a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu'un qui avait un vrai fond d'antisémitisme, qui n'existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L'expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire "entre 90 et 92%", et contrairement à ce qu'affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l'on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des "Justes parmi les nations", mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l'application de la solution finale en France.

Existe-t-il une doxa paxtonienne (du nom de Robert Paxton, historien américain dont les recherches sur la France de Vichy font référence), comme le répète Eric Zemmour ?

Oui, je pense qu'il a tout à fait raison de ce point de vue-là, malheureusement. Depuis le début des années 1980, il est très difficile d'exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C'est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j'écris dans mon livre - considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld - mais le débat historique doit être libre. Il ne l'est pas aujourd'hui en France.

Les ouvrages de Leon Poliakov (Bréviaire de la haine : le IIIe Reich et les juifs) et Raul Hilberg (La destruction des juifs d'Europe), auxquels vous vous référencez, sont anciens, et ont été écrits sans qu'ils aient eu accès à l'ensemble de la recherche sur le sujet, ce que vous reproche Paxton notamment...

C'est une inexactitude totale. Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n'avait jamais été antisémite. C'est l'historien de l'antisémitisme, je pense que l'on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d'ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux.

Que répondez-vous à Robert Paxton, qui affirme que vous n'êtes pas un historien sérieux ?

Un historien sérieux n'est pas là pour distribuer les bonnes et mauvaises notes aux autres chercheurs. Il doit amener des faits. Dans son interview à Rue 89, il y a une série d'erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l'occupation en France et en Italie... Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu'il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.

Que voulez-vous dire ?

Je pense que ce qui caractérise cette période, c'est avant tout l'indifférence totale des Français. Les gens n'avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu'il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.

Qu'implique un "réexamen du régime de Vichy", que vous appeliez de vos voeux dans votre livre ?

Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu'il s'est passé durant ces années, analyser l'action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n'ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d'avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu'a été la vérité historique.

Comment dire que Vichy a "protégé la majorité des juifs français", quand le statut des juifs de 1940 et 1941 les excluait de la plupart des professions et les condamnait à la misère, avec un statut de citoyen de seconde zone ?

Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s'est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c'est une chose, mais ce n'est pas pour ça que l'on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n'avait aucune volonté d'extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s'est rendu complice de leur extermination.

Les enfants victimes de la rafle du Vel d'Hiv étaient, pour la plupart, nés en France et déclarés Français...

La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s'est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu'ils n'allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d'incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L'administration française n'a appris ces changements qu'au dernier moment, et elle a dû s'y plier en vertu des accords signés avec l'occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l'administration française a participé à cet acte absolument horrible.

Vous estimez que l'historiographie de la Shoah est figée, que voulez-vous dire ?

Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l'université. Contrairement à l'Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d'une même voix en France. C'est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l'histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l'histoire d'avancer.

Thomas Liabot - leJDD.fr

------------------

Source : JDD

------------------

 

22:52 Publié dans Franc-tireur, Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/10/2014

Adrien Abauzit revient sur la polémique Zemmour/Salamé à propos du Régime de Vichy...

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

et

 

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

 

Alors que 100% des médias mentionnant le livre d'Eric Zemmour contestent les chiffres avancés par ce dernier concernant la responsabilité de Vichy dans le sauvetage des français de confession juive sous l'occupation, Adrien Abauzit revient, au travers d'historiens reconnus pour leurs travaux, sur cette polémique où la rationnalité semble avoir perdu tout ancrage pour laisser place à l'idéologie et l'émotion. 95% des français juifs ont-ils survécu à l'holocauste ? Si oui, qui est responsable de ce taux très élevé ?

 

Bien entendu, il ne s'agit pas de réhabiliter le régime de Vichy, ses joyeuses et dévouées milices ainsi que sa morgue criminelle et grisâtre, "La terre qui ne ment pas", etc...

Mais voyez ce qui se dit aussi, ici, dans Le Figaro...

19:35 Publié dans Franc-tireur, Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (5) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/09/2014

La modération islamique...

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

 

-- Alors ? Ils étaient combien de dizaines de milliers nos pacifiques musulmans venus dire "non" au terrorisme devant la Mosquée de Paris ?
-- Oh ben, y'avait quelques 300 à 500 personnes, parmi lesquelles des chrétiens et des juifs solidaires...et y'avait pas moins de 80 journalistes venus couvrir l'événement... donc, euh, des musulmans, ben y'en avait quelques uns quoi !
-- Bon, mettons qu'il y avait 500 personnes, soyons aimables, t'enlèves 80 journalistes, puis les juifs et chrétiens solidaires, comme tu dis, ça fait pas bézef en muslims, hein ? Et ça s'est bien passé ?
-- Ben y'a des types pro-Hamas qui ont foutu un peu le souk pendant le discours de Dalil Boubakeur et il s'y est repris à trois fois afin d'obtenir le calme pour faire une minute de silence à la mémoire d'Hervé Gourdel, mais, en gros ça s'est bien passé.
-- Et Abdenour Bidar ? Et Malek Chebel ? Et Soheib Bencheikh ??? Ces grands humanistes musulmans ? Et Tariq Ramadan, cet homme de paix ? Ils étaient là ?
-- Ben je ne les ai pas vus !
-- Bon, 300 à 500 personnes, c'est sûr... la France est sauvée !
-- Oh ta gueule !


-------------------

Pour mémoire... entre 14 000 et 25 000 personnes aux manifestations de l'été dernier, à Paris, en soutien à Gaza et au "résistants" du Hamas...

 

Avec drapeau noir du Jihad déployé en plusieurs endroits de la Capitale...

 

Et les débordements que l'on sait de nos Chances pour la France...

 

 

-------------------

300 à 500 personnes devant la Mosquée de Paris, parmi lesquels 80 journalistes, plus des chrétiens et des juifs solidaires et, parmi les musulmans, des agités du bocal.

Je crois que la messe est dite... tirez-en les conclusions que vous voulez.

-------------------


Hervé Gourdel

 

14:45 Publié dans Franc-tireur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/08/2014

La cécité de l'Occident devant le désastre arabe et islamiste

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

et

 

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

 

et

 

=--=Publié dans la Catégorie "Le Salut par les Juifs"=--=

 

- L'espace arabe est dans le chaos, mais a fait de la Palestine son drapeau.
- Que le Hamas soit le drapeau de la Palestine constitue un désastre complémentaire.
- Que l'islamisme soit le moteur idéologique de l'espace arabo-musulman est un autre désastre et une menace pour tous.
- Que des forces de gauche soutiennent une Palestine prise en otage par le Hamas est un naufrage intellectuel et politique.
- Ce constat est terrible et mérite d'être regardé en face.

De l'océan Atlantique aux rivages de la Chine, les islamistes n'instaurent que fureur, chaos et délires. Au sud du Sahel, cette même fureur sème la terreur au Mali, au Niger. Des centaines de jeunes filles ont été kidnappées au Nord du Nigéria, coupables de vouloir aller à l'école. Un nouveau Calife délirant menace la Mésopotamie et le grotesque dispute à l'épouvante la scène de cette tragédie antique. En Afghanistan, les talibans attendent leur heure. Pour le moment ils assassinent les jeunes filles qui elles aussi, osent aller à l'école. En Iran les mollahs font tourner les centrifugeuses pour préparer leur bombe atomique. Dans le même temps ils pendent les homosexuels. En Arabie saoudite on coupe, au sabre et en public, la tête de ceux qui contreviennent à la charia. Dans les Emirats, en Jordanie, en Afghanistan on lapide la femme adultère ou bien la jeune fille violée. L'honneur des tribus ne saurait souffrir une quelconque atteinte. Dans les pays du Golfe, on construit des tours de 800 mètres de haut pour atteindre le paradis et des pistes de ski sous cloche réfrigérée et au Qatar, notre ami le Qatar, des esclaves asiatiques y construisent des stades climatisés pour préparer la coupe du monde football de 2022. Les Etats inventés par les Européens au Proche-Orient, après 1918, se décomposent sous nos yeux. L'Irak, la Syrie, la Libye, le Liban, disparaissent en tant qu'Etats-nations. Les frontières inventées par la colonisation au sud du Sahel fondent de la même manière au profit des Boko Aram et autres salafistes, jihadistes, islamistes. Le port du voile étant devenu quasiment obligatoire dans certaines banlieues de France, des municipalités de gauche de gauche ont décidé d'honorer quelques terroristes islamistes pour faire bonne figure et s'assurer une clientèle électorale. Dans le même temps c'est Israël qui est conspué.

S'agit il d'une caricature inspirée par une islamophobie de mauvais goût? Des "chariaologues" inspirés viennent à la télévision dire que tout cela n'est pas inquiétant et que c'est la présence d'Israël qui a perturbé l'équilibre ancien. De ce jeu planétaire, l'Occident s'en accommodait et rapportait beaucoup de pétrodollars à certains. La décomposition de l'Union Soviétique a bouleversé la donne ancienne. Après avoir espéré la paix universelle dans une mythique "fin de l'histoire" voilà que c'est le "choc des civilisations" qui désormais se profile à l'horizon et c'est tant pis pour tous ceux qui avaient vu dans les "printemps arabes", l'aube d'un nouvel avenir radieux. Hélas, pour les illusions de tous, c'est l'hiver islamiste qui succéda au printemps, mais le déni idéologique du réel est tel, chez certains, en particulier à gauche, que la raison de ce désastre porte le nom d'Israël. Incapables de penser cette exception, ce nom est devenu un nom de trop.

La grille de lecture du monde est longtemps restée de nature économique, nourrie de rapports de force entre blocs d'intérêts et puis voilà qu'à une planétaire lutte des classes succède la lutte des tribus, des ethnies et des religions. L'anthropologie est nécessaire pour comprendre la décomposition libyenne, celle de la Syrie ou celle de l'Irak. On n'ose formuler une hypothèse: et si le désastre arabe était désastreux d'abord parce qu'il est islamiste ? N'y aurait il pas un fondement d'un évident bon sens à cette crainte actuelle de l'islam? Ne correspond-elle pas à une réaction, face aux bienfaits de l'islamisme dans le monde contemporain? Bien sûr, il ne faut pas jeter le bébé d'Averroès ou d'Ibn Khaldoun avec l'eau du bain du Calife, mais tout de même n'y a-t-il pas un problème avec cet islam proliférant devenu fou, furieux, intolérant? Pourquoi est-il incapable de se réformer, de se penser ? Pourquoi ne lit-on jamais ou très rarement des pétitions d'intellectuels d'origine arabomusulmane pour crier: "Pas en notre nom! Pas au nom de l'islam!" Quelle est cette incapacité arabe à porter un regard critique sur ce que des Arabes ont fait de l'histoire arabe? Le texte sacré coranique aurait été écrit par Allah lui même et serait donc intouchable. Respectons la foi qui inspire la transcendance, mais cela interdit-il de penser à côté? Pourquoi le goulag islamique garrote-t-il les esprits jusqu'en Europe, jusqu'à Sarcelles? Il y a quelque chose d'énigmatique dans cette fossilisation.

Que signifie cette haine pavlovienne d'Israël? Qu'est ce que représente Israël dans l'imaginaire arabe? Israël humilierait les Arabes par sa seule existence ? Ne serait-ce pas plutôt le désastre islamiste qui devrait humilier les arabes? Israël représente le reflet renversé de ce désastre. Regardons une carte. Voilà un pays pas plus grand qu'un confetti qui dame le pion à la moitié de deux continents et à six cent millions d'individus. Dans le même temps, ces six cents millions d'individus traduisent en arabe moins de livres étrangers que n'en traduit la Belgique (rapport du PNUD 1998). Effectivement il y a de quoi être vexé par ce reflet renversé, mais au lieu de relever le défi c'est le porteur du défi qu'il faut anéantir comme s'il avait d'abord et avant tout, dans cet espace de personnes moustachues et/ou barbues, attenté à la virilité arabe humiliée dans ses défaites militaires face à Israël. Est-ce cela la source du malheur arabe? Celui qui enveloppe la femme et la dissimule au regard, au nom de l'islam et de la charia, voit-il dans cet Israël démoniaque la représentation de ses frustrations ?

On est porté à penser que le cœur du décalage culturel entre islam et Occident est de cet ordre. Des lors, les esprits éclairés, ceux inspirés par les Lumières, devraient combattre cet obscurantisme régressif. L'idéal d'autonomie, celui de liberté des individus, devrait regarder avec effroi ces sociétés d'enfermement où l'individu n'existe pas. Ce regard lucide, les intellectuels d'Occident l'ont déjà porté sur ces mondes totalitaires qui déjà faisaient de la figure juive l'objet repoussoir. Arthur Koestler, Georges Orwell, Simon Leys, Albert Camus avaient saisi avant tout le monde ce qui du communisme partageait avec le fascisme la haine de la liberté. Avec délectation et aveuglement, déjà, d'autres intellectuels pensaient le communisme juste parce que théoriquement fondé. Au diable la vérité ou la liberté puisque le concept permettait d'élaborer des équations justes. Cet amour erroné de modèles théoriques tordus fonctionne toujours de nos jours: à partir d'une lecture économique fondée (misère des peuples) mais erronée (richesse des potentats, corruption des dirigeants), certains voient dans l'affrontement entre la Palestine et Israël, l'affrontement d'un Sud pauvre contre une puissance coloniale. L'argent que notre ami le Qatar investit dans ses stades réfrigérés aurait de quoi faire vivre dix Palestine.

Que signifie la haine du Juif inculquée depuis l'enfance sinon inventer un objet repoussoir qui interdit de penser sa propre condition. Pourquoi est-ce ici, en France, à Trappes, à Sarcelles ou rue de la Roquette que quelques illuminés se sont battus aux cris de "Allah Akbar!" ("Dieu est grand!")? Quand les islamistes découpent au couteau la tête d'un ennemi, d'un mécréant, d'un Croisé ou d'un Juif, c'est aux cris de "Allah Akbar!" que ce malheureux est égorgé. La décapitation de Daniel Pearl en fut le premier exemple. Il faut regarder ces images atroces diffusées à profusion sur Internet par les auteurs de ces gestes pour prendre la mesure de ce que ces gestes symbolisent. La culture du martyr, la glorification de la bombe humaine (faussement qualifiée "d'attentat suicide" par les médias occidentaux) est l'autre face (sanglante) de ce rapport au monde.

Enfoui dans son confort (tout relatif) l'Occident en paix depuis 70 ans, a fait du rapport production/consommation le noyau dur de ses modes de vie. A côté de lui et désormais chez lui, c'est une autre vision du monde qui s'est installée dans une extraordinaire schizophrénie. Ce sont des musulmans intégrés dans la société qui ont commis les attentats de Londres. Ce sont des jeunes Nigérians présents depuis longtemps dans la société anglaise qui ont massacré au hachoir un soldat britannique à Londres en 2013. A Boston, ce sont deux frères d'origine tchétchène, installés depuis longtemps aux USA qui ont posé les bombes du marathon. Khaled Kelkal, Mohamed Merah présentaient des profils proches. Mal intégrés, shootés à l'islamisme, ils ont trouvé dans une exaltation identitaire une raison d'être autant qu'une raison de tuer.

Ou bien, en Europe et en France on est capable d'intégrer ces données factuelles, de réfléchir sur elles, ou bien on continue à dénier à ce réel sa réalité. C'est donc de logiciel intellectuel qu'il faut changer. Aux catégories des années 50/60 dominées par une grille de lecture politique (dominants/dominés) ou économique (lutte de classe/moyens de production/propriété), il faudrait reprendre et reconsidérer ce que Levi Strauss écrivait déjà dans Tristes Tropiques sur l'étanchéité du monde né de l'islam et des sociétés arabes. Germaine Tillon, pourtant peu suspecte de complaisance coloniale pointait, elle aussi, la spécificité de l'hostilité de la société arabo-musulmane dans sa lutte contre la colonisation française en Algérie. Déjà les prémices d'un projet de purification ethnique sur une base islamique, pointaient sous les discours anti colonialistes. Jusqu'à ce jour, cet aspect-là des choses, cette dimension ethno-religieuse a peu été prise en compte par ceux qui ont travaillé sur les mouvements d'indépendance en Afrique du Nord et la guerre d'Algérie. Celle-ci ne pouvait être que juste et bonne et c'est un regard idéologique bienveillant qui fut d'abord porté sur la guerre faite par le FLN à la France. Les crimes du FLN, le massacre au faciès des Européens, des Français à Oran le 5 juillet 1962 ont été oubliés dans les poubelles progressistes de l'histoire grâce aux bons conseils dispensé par Jean Paul Sartre dans sa préface aux "Damnés de la terre" de Franz Fanon: un bon européen est un colon mort, lui, sa femme et ses enfants, écrivait en l'occurrence l'auteur des "Mains sales".

S'il ne s'agit pas d'essentialiser les cultures nées de l'islam, il s'agit de prendre la mesure du télescopage culturel en cours dont les Juifs constituent la ligne de front et dont la Palestine est le prétexte. Au Proche-Orient c'est la même partie qui se joue. Comment peut on imaginer un accord entre les parties quand l'un des partenaires dénie à l'autre son droit à exister? La majorité politique pilotée par Netanyahu n'est pas prolixe en gestes généreux ni en imagination prospective et il se développe en Israël une frange d'extrémistes ou d'illuminés dangereux pour la démocratie. La nébuleuse du "prix à payer" est un poison pour la société israélienne. Elle est le symptôme d'une perte de sens et de mesure. Elle est le produit des formes les plus obscurantistes de l'intégrisme religieux juif, le même qui a inspiré le bras meurtrier de Yigal Amir, l'assassin de Yitzhak Rabin en novembre 1995 ou celui de Baruch Goldstein à Hébron un an plus tôt. L'assassinat de ce jeune palestinien brûlé vif en vengeance des assassinats des trois adolescents juifs, témoigne de cette pente dangereuse. Malgré la condamnation unanime de la classe politique, ce risque est présent dans la société israélienne. Il est le corollaire de la corruption de certains esprits confrontés à une violence et à une menace infiniment répétée.

L'Europe est elle encore capable de penser cela ? Est-on capable de penser ce que signifie vivre dans un pays dont la largeur ne dépasse pas 20kms, entourés par des télévisions qui débitent à longueur de journée des appels à la haine, au massacre. Depuis près de 70 ans, les Israéliens vivent dans ce climat, au rythme des attentats et des guerres, mais depuis 70 ans, ils ont simultanément bâti un pays, développé une culture, composé des musiques, écrit des livres nobélisés, développé des sciences et des techniques pour le bien de l'humanité. Israël aime la vie tandis que le Hamas célèbre la mort et c'est bien l'autre terme de cette tragédie sans fin.

En s'attaquant au Hamas, Israël se défend autant qu'il libère les Palestiniens de ce joug mortifère. Est-on capable de comprendre cet enjeu, ici en France ? Est on capable en Europe de mettre en cause sa grille de lecture pré-construite, ses clichés ? Et si c'était Israël qui mettait en question nos schémas de pensée? Osons la question en d'autres termes : et si Israël se battait pour NOUS ?

-----------------------

Source : par Jacques Tarnero pour Le Huffington Post

-----------------------

 

00:07 Publié dans Franc-tireur, Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

31/05/2014

Bisounours Land II...

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

et

 

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

 

Quand ça n'est pas notre Sinistre Ministre de l'Intérieur qui, par ses tweets, nous rappelle qu'il est bel est bien socialiste, ce sont nos jeunes manifestants anti-FN qui découvrent que ceux qu'ils défendent viennent, en fin de manifestations, les agresser avec une insupportable violence et les dépouiller de leurs biens...

Soyez la bienvenue dans la réalité, jeune fille, soyez la bienvenue dans ce monde que vous et votre génération nous construirez, certainement, je n'en doute guère, comme un havre de paix...


Cliquez sur la photo...

 

Et cette belle jeunesse issue de l'immigration se lâche sur les réseaux sociaux. Les toubabs (babtous en verlan, pour les non initiés) sont les "blancs", pour nos valeureuses "chances pour la France".
Lisez.... amis... réjouissez-vous... remplacez le mot "babtou", partout où vous le rencontrez, par "arabe", "noir"... et imaginez le MRAP ou SOS RACISME tombant sur un échange de ce type... quelle agitation il y aurait en perspective ! En attendant continuons notre longue sieste, il n'y a aucun péril en la demeure.


Cliquez sur la photo...

Nos fiers analystes se demandent encore pourquoi la jeunesse (probablement blanche, hein) vote de plus en plus pour le Front National ! Ils doivent avoir la tête dans le cul ! Imaginez juste un instant l'ambiance dans les collèges, les lycées... parfois dés la maternelle et l'école primaire !

Bonne fin de journée...

12:59 Publié dans Franc-tireur, Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/05/2014

Samouraï d’Occident

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

et

 

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

 

Le 21 juin 2013, aux alentours de seize heures, un homme s’avance d’un pas déterminé dans la citadelle abyssale de Notre Dame de Paris. Visage impassible, pas leste, il marche vers l’Autel désert à cette heure, dépose sur celui-ci une enveloppe, puis après avoir vérifié que des enfants ne sont pas dans les parages, il s’agenouille. Probablement quelques touristes ou badauds au dédale des pierres de la Cathédrale ont-il pensé, sur l’instant, qu’un fervent chrétien s’en venait faire oeuvre d’adoration exagérée. Leur illusion fut courte : une détonation leur indiqua bientôt le drame ou, plutôt, le tragique de ce qu’il venait de se passer dans l’enceinte. Dominique Venner venait de se donner la mort avec un pistolet de fabrication belge, dirent les médias, à un seul coup, 9 millimètres, que l’intellectuel s’était avec une grande volonté enfoncé dans la bouche, déterminé à ne pas se louper. Et il ne se loupa pas.

Il se trouva aussitôt beaucoup de catholiques, même parmi les plus traditionalistes pour s’offusquer du geste de Dominique Venner au sein d’une Cathédrale et, pire, face à l’Autel. Blasphème selon eux et geste inadmissible. Ils se joignirent aux cris d’orfraies et de mésanges repues des douceâtres ! Ce qui me fut comique. A croire que Dieu fut atteint par le sang de l’écrivain. Ils oublièrent, aussi, que le seul péché impardonnable est celui proféré contre l’Esprit Saint. Et peut-être que c’est pour défendre sans le savoir celui-ci, même maladroitement, que Dominique Venner s’était donné la mort. Car certes, il fut critique envers le christianisme, prônant une réhabilitation des traditions et des identités qui remontent au Paganisme des temps premiers, une défense des cultures diverses face au melting-pot grisâtre qu’on nous enfonce dans la gorge sous prétexte d’acceptation de la diversité informelle, mais son choix de la Cathédrale Notre Dame de Paris n’était pas innocent, d’une part parce que tout païen qu’il fut, à l’image des romains antiques, il reconnaissait que le Christianisme avait également forgé la Nation qui était la sienne, mais de même il n’oubliait pas que la Cathédrale fut érigée sur le lieu d’anciens cultes païens dont il mesurait la force et la présence sous l’édifice au sein duquel il se donna la mort.

Dominique Venner fut, probablement, un des derniers représentants de cette ancienne race d’écrivains et d’intellectuels dont la seule évocation du nom faisait, et fait encore, frémir le bien-pensance et sa horde de maître-penseurs et de juges enflés de vertu et de hauts codes moraux. Il y a des écarts entre sa pensée et la mienne, et entre ce qu’il aurait probablement souhaité pour notre pays et ce que je rêve, moi, de mon côté pour cette terre dans laquelle je me suis enraciné. Il n’empêche que son geste m’a précipité dans un gouffre et m’a confronté à la cohorte des suicidés de la Rome Antique ou au fantôme de Yukio Mishima, dont les gestes désespérés mais lumineux voulaient bien souvent signifier le dégoût en même temps que l’espoir, dans le creux nauséabond d’une époque en mal de hauteur. Le samouraï d'Occident m'a donné de quoi réfléchir pendant 20 ans. Mais peut-être suis-je trop sensible ? 

On peut penser de lui ce que l’on veut… mais Dominique Venner fut un homme de courage et de détermination. Il ne s’intéressait plus directement à la politique depuis plus de 40 ans, lui préférant la réflexion et l’écriture et cherchant sans cesse à mesurer l’ampleur du désastre, les valeurs qui nous fondaient s’effritant à mesure qu’homo-festivus prenait en main les rennes de son sinistre règne. Immigration de masse. Perte de nos repères intellectuels et culturels. Désagrégation du langage. Effacement des frontières. Construction d’une Europe qui n’en a que le nom. Féminisation des peuples occidentaux, ces descendants de Sparte, d'Athènes ou de Rome, ceux-là même qui, jadis, firent la « Mare Nostra ». Replacement progressif des peuples enracinés par d’autres peuples, cortèges bigarrés aux cuisines, langues, religions et coutumes différentes. Propagande générale, douceâtre, définitive, diabolisant tout ce qui faisait notre singularité, notre Histoire et, donc, notre Force, ringardisant nos coutumes, nos traditions, notre fierté.

Lorsqu’on veut fuir un cloaque familiale et sa morgue et qu’à 17 ans on s’engage dans l’armée pour partir faire la guerre en Algérie, on peut incarner l’opposé de ce qu’untel ou tel autre peuvent penser, mais on en demeure pas moins un homme précoce, debout dans ses bottes, regardant le destin dans le noir des yeux, au lieu de se complaire d’une vie faite de banalités et de vieillissement décrépit.

Après avoir milité pour l’Algérie française et contre la politique d’abandon mise en œuvre par le général De Gaulle, il dû faire l’expérience de la clandestinité et connaître la prison. Ayant tenté l’aventure politique sous diverses formes plus ou moins extrémistes, ayant collaboré à la création, sous pseudonyme, du GRECE, il se retire dés la fin des années 60 de tout combat politique et commence une longue série de publications en tant qu’essayiste, aussi bien au sein de modestes que de grandes maisons d’éditions.
Il obtient le Prix Broquette-Gonin de l'Académie française, en 1981, pour « Histoire de l'Armée rouge ».
Après l’échec de sa Revue « Enquête sur l'histoire », qui disparaît à la fin des années 1990, il fonde en 2002 le bimestriel « La Nouvelle Revue d'Histoire » qui accueillera des signatures comme Jean Tulard, Alain Decaux ou Jacqueline de Romilly, en même temps que les humeurs délicieusement plus partisanes de Bernard Lugan, Aymeric Chauprade ou François-Georges Dreyfus. La NRH était indiscutablement, une Revue de qualité que beaucoup d’historiens en place dans les sphères du système lisaient en secret, en appréciant la pertinence et les propos politiquement incorrects en même temps que l’indiscutable exactitude historique.

Une longue série de livres consacrés à l’Histoire, aux armes ou à la chasse (voir son « Dictionnaire amoureux » paru en 2000 chez Plon) se mélangent également à des réflexions identitaires qui ne manquent pas d’arguments et que tout intellectuel honnête, même opposé à Dominique Venner, se devrait d’en reconnaître la force argumentaire et les vivifiantes références culturelles.
Peut-être faudra-t-il du temps pour que Dominique Venner soit lu, comme Yukio Mishima peut l’être. Mais Yukio Mishima malgré son engagement « extrémiste » en faveur de l’Empereur, bénéficie d’une sympathie gay, son homosexualité, par les temps qui sont les nôtres, jouant en sa faveur et ce malgré sa tentative fantoche de coup d’état et son Seppuku spectaculaire. Mais que nous a légué Dominique Venner par son parcours et ses écrits ? Selon moi une chose essentielle, qu'il fut un des premier à comprendre au sein de la droite :
Lecteur de Karl Marx et de Lénine, à une époque où les droitiers refusent de s’adonner stupidement aux lectures qui ne sont pas de leur camp, il porte sur le communisme un regard particulier dans lequel il voit essentiellement un mode d'organisation et une possible stratégie dont les militants nationalistes, selon lui, doivent adopter l’efficacité et la structure, en cherchant à se forger intellectuellement et en menant un long combat sur le plan idéologique et culturel en s’inspirant du théoricien communiste Antonio Gramsci, que la gauche a pris au pied de la lettre depuis, au moins, le début du XXème siècle, ce qui lui a permis d’avoir le pouvoir dans les médias, chez les intellectuels, même lorsqu’elle ne l’avait pas sur le plan politique. Ainsi l’état d’esprit de gauche s’est progressivement infiltré jusque dans la Droite conventionnelle qui en a épousé certains principes afin de pouvoir prétendre à l’élection démocratique.

Tant de choses ma séparent de Dominique Venner, qui ne m’interdisent ni l’admiration de son parcours ainsi que de son courage, ni la fascination envers son geste audacieux ! Je ne pense pas, pour ma part, que nous reviendront en arrière et qu’il nous faille chercher une manière d’y parvenir… mais ma démarche fut toujours la même sur le plan des idées, de la Tradition et de la Culture. Elle peut se résumer avec la question : comment transmettre le Feu et non les cendres froides ? La lecture de Dominique Venner participe aussi de la quête du bon processus et des synthèses hégéliennes qui se présenteront à nous pour les cycles à venir. Il est, de ce fait, incontournable et demeure une figure sur laquelle il faut se pencher avec un esprit critique en même temps que respectueux. Car quoi que l’on vienne me dire, Dominique Venner n’a pas fait d’appel au meurtre, il n’a participé à aucune tuerie, il a su concilier combat politique et sens de l’honneur. Et ses livres sont revigorants et stimulants. Le reste n’est que palabres démocrassouillardes incessantes et futiles. Car la réflexion de Dominique Venner avait pour particularité de prendre en compte la longue durée… une durée qui remontait des débuts historiques de l’Antiquité à nos jours, dont il mesurait le poids terrifiant et l’ensemble de devoirs et d’obligations que cela peut impliquer chez les peuples sains et forts qui ont une réel sens de la Mémoire et que nous avons perdue. En connaissant la genèse de l’identité européenne et les destinées de notre civilisation à travers le temps nous pouvons plus aisément nous projeter dans l’avenir.

Ainsi, les dix dernières années de sa vie, il avait compris que l’effondrement de la Vieille Europe n’était, face à son Histoire toujours pleine d’imprévus, ni fatale ni définitive. La capacité de certaines générations, de certains hommes, capables de retrouver le souffle profond de ce qu’ils sont et d’en faire héroïquement acte de témoignage par leurs actes le remplissait d’espoir. Lecteur d’ « Homère » il mesurait avec une haute conscience la dimension tragique de notre présence au monde. Et c’est par un acte tragique, en païen convaincu et nullement désespéré, qu’il prit la décision de réaliser son suicide hautement symbolique afin de semer  ce qui lui semblait juste et nécessaire.

Comment ne pas songer à Dominique Venner, au moment ou en Ukraine, les soubresauts imprévus de l’Histoire lui donnent raison, et à l’instant où de plus en plus d’hommes et de femmes à travers toute l’Europe, de Londres à Moscou, en passant par Paris et Berlin, aspirent à une renaissance de l’Europe débarrassée de son oligarchie bruxelloise et de ses commissions fantômes aux mille et une directives liberticides qui nous clouent sur place et nous interdisent d’être pleinement nous-mêmes ?

« Demain comme hier, si de nouvelles tables de valeurs doivent être instituées, elles ne le seront pas par des mots, mais avec des actes, par un engagement de l’être même. La vérité du monde ne réside pas dans son "essence" mais dans le travail, la création, la lune, l’enfantement, dans ces actes dont nous avons oublié qu’ils sont religieux.

La seule vérité est de se tenir debout quoi qu’il arrive, de faire face à l’absurdité du monde pour lui donner une forme et un sens, de travailler et de se battre si l’on est un homme, d’aimer si l’on est une femme.



Pendant des années j’avais été constamment placé devant l’obligation de savoir si la fin justifiait les moyens. Il vint un jour où je compris que ma finalité serait aussi ce que mes actes en auraient fait. Raisonnant ainsi, je renonçais nécessairement à la politique. Elle soumet les moyens à des fins qui n’ont pas nécessairement l’excuse d’être désintéressées. J’éprouvais la crainte aussi de verser dans l’habitude et la médiocrité. Il était temps de marcher à mon pas, ce qui comportait d’autres risques.

J’ai rompu avec l’agitation du monde par nécessité intérieure, par besoin de préserver ma liberté, par crainte d’altérer ce que je possédais en propre. Mais, il existe plus de traverses qu’on ne l’imagine entre l’action et la contemplation. Tout homme qui entreprend de se donner une forme intérieure suivant sa propre norme est un créateur de monde, un veilleur solitaire posté aux frontières de l’espérance et du temps. »

Dominique Venner, Le Coeur Rebelle

 

00:50 Publié dans Franc-tireur, Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook