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16/08/2018

Vous êtes Trois, nous sommes trois, Dieu aie pitié de nous !

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 En cliquant sur les "sous-titres" vous aurez les sous-titres en français...

Un court-métrage sur l'importance de la simplicité et de l'humilité dans la prière.
D'après la nouvelle de Tolstoï intitulée "Les 3 vieillards".

 

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11/08/2018

Sylvain Tesson, 50 minutes d'intelligence...

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28/07/2018

Honneur...

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Né le 9 octobre 1895 en Georgie aux USA, Eugène Bullard est le fils d'un ancien esclave martiniquais, et d'une amérindienne de la tribu des Creeks. Il reçoit une éducation sommaire et son père le bat souvent. Pourtant Bullard est persuadé qu'une autre voie existe. Victime du racisme en Amérique, son père lui dit " En France, un homme y est jugé par son mérite, et non par la couleur de sa peau ".

Suite à ces paroles, il désire rejoindre la France mais n'ayant aucun moyen, il va vivre en errance pendant plus de deux ans, avec des gens du voyage qui lui apprendront à monter à cheval. Il parvient à devenir garçon d'écurie puis jokey.

En 1912, il réunit toute ses économies et part pour l'Ecosse en bateau, ou il devient un spectacle humain dans une foire, avant de se lancer dans des championnats de boxe.

En 1913, ses succès l'emmènent combattre à Paris, ou il voudra s'installer. Au déclenchement de la guerre, il se vieilli d'un an sur ses papiers, et s'engage aussitôt dans la légion étrangère. Il est affecté au 1er régiment étranger d'infanterie et envoyé au combat.

Transféré au 2ème régiment de marche, Il participe aux combats de la Somme, de Champagne et de Verdun avant d'être grièvement blessé à la cuisse le 5 mars 1916.

Envoyé en convalescence, il fait la fierté de ses officiers. Il est cité à l'ordre du régiment, et décoré de la croix de guerre. Déclaré inapte à l'infanterie, il part le 2 octobre 1916 pour effectuer une formation de pilote. Il devient l'un des premiers pilotes de chasse noirs de l'histoire. Il abat deux appareils ennemis.

Avec la volonté des USA d'entrer dans la guerre à partir d’août 1917, il tente de se faire enrôler dans le "Lafayette Flying Corps", mais ses succès entraînent la jalousie des autres pilotes américains, notamment à cause de sa couleur de peau. Pour ne pas qu'il s'engage, les américains vont prétexter une bagarre avec un adjudant français qui l'aurait insulté, pour le déclarer inapte médicalement au vol. Il réintègre le 170ème régiment d'infanterie français, en servant d'aide de camp à l'arrière jusqu'à l'armistice.

Après la grande guerre, il devient musicien de jazz dans les cabarets parisiens et est nommé responsable d'un bar à Pigalle, dont le succès fait qu'il le revend pour acheter un autre bar et ouvrir une salle de sport. En 1923, il se marie avec Marcelle Strautmann, fille d'un commerçant alsacien.

Ses relations dans le monde de la nuit vont l'amener à se construire un cercle d'amis aujourd'hui mondialement connus : Louis Armstrong, Joséphine Baker et Langston Hughes.

Les américains vivant à Paris ne supportent pas l'ouverture d'esprit des français par rapport aux soldats de couleur, et Bullard sera de nombreuses fois diffamé et attaqué physiquement et verbalement. Un énième scandale éclate, lorsque les américains décident d'inaugurer un monument pour les pilotes de la "Lafayette Flying Corps". En effet, le nom de Bullard n'y apparaît pas. Devant le scandale, et Bullard qui est protégé par ses anciens officiers français, la plaque ne contiendra finalement que les noms de ceux morts au combat.

Parlant couramment allemand, il devient agent de contre espionnage pour la France dès 1939. Il se réengage dans l'armée, et part pour le front en 1940 avec le 51ème régiment d'infanterie d'Orléans. Blessé le 18 juin 1940 à la colonne vertébrale, il est évacué en secret et soigné en Espagne. En juillet 1940, il part pour les USA avec ses filles, devant encore subir la ségrégation du personnel médical qui ignore complètement son parcours. Il devient alors un ardent défenseur de la résistance, et fait l'éloge de ces français qui ont refusé de se soumettre.

Après la seconde guerre mondiale, il exerce divers petits métiers, mais sa blessure le limite fortement. Il perçoit une rente de blessé de guerre de l'Etat français, et achète un appartement dans le quartier de Harlem à New York. En 1949, il participe à une manifestation pacifiste pour les droits des afro américains et on peut l’apercevoir sur un film se faire battre par deux policiers sans aucune raison.

Se sentant rejeté partout ou il va, il vit seul dans son appartement, entouré des photos des stars qu'il a connu, et de ses décorations. En 1954, il est invité par la France pour ranimer la flamme sur la tombe du soldat inconnu. Charles de Gaulle en profitera pour, en 1959, lui décerner la légion d'honneur avec ces mots "un véritable héros français, et le plus français des américains !".

Bullard meurt dans l'anonymat et la solitude, d'un cancer de l'estomac le 12 octobre 1961. Il est enterré avec son uniforme de légionnaire, et ses officiers de la grande guerre font le déplacement pour lui rendre les honneurs au cimetière de Flushing.

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27/07/2018

Le Président - 1961 - De Henri Verneuil (Gabin, Blier, Audiard...) - FILM COMPLET

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16/07/2018

Saint Séraphim de Sarov

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Remarquable série de 11 émissions (chacune durant un peu plus de 20 minutes) consacrées à Saint Seraphim de Sarov... à écouter sans modération. 

Note : C'est indiqué sur l'image "YouTube" qu'il y a "12 émissions"... mais il n'y en a que 11...

 


1/11 : Contexte et élements hagiographiques

 


2/11 : Le jeûne, les femmes, le nom de jésus, extases

 


3/11 : Le péché et ses conséquences, vision de la vierge

 


4/11 : La vertu du silence

 


5/11 : La charité et les miracles

 


6/11 : Transfiguration de Seraphim

 


7/11 : Quand la prière cède le pas au Saint Esprit

 


8/11 : L'Esprit de Dieu chez les Païens, le Baptême et la Pentecôte

 


9/11 : L'Amour de Dieu

 


10/11 : De la contrition et de l'attention de l'âme

 


11/11 : De la résistance à la tentation et du désespoir

 

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11/07/2018

Orthodoxie

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04/07/2018

Christian Bobin

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02/07/2018

L'Europe ne se fera pas dans la négation de soi au nom de l'accueil de l'Autre

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01/07/2018

Hannah Arendt : "C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal"

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La pensée d'Hannah Arendt nous permet de réfléchir à ce que nous vivons aujourd'hui et prend une acuité exceptionnelle sur certains thèmes : les frontières, le futur de l'Europe, la fragilité de la démocratie, l'exil... Éclairer l'actualité de sa pensée intempestive.

 

 

Mieux connaitre cette pensée qui n’est pas si facile, cette pensée qui peut être finalement un peu trop schématisée, cette pensée qui est convoquée, y compris par les politiques en ce moment. C’est une pensée qui est utilisée en termes de communication politique et idéologique, or c’est une pensée d’une complexité intense, qu’il faut essayer de décrypter à plusieurs niveaux : philosophique, intellectuel… C’est une pensée qu’il faut contextualiser historiquement, car Hannah Arendt s’est alimentée aux grands drames de l’Histoire ; elle a pensé ce qu’elle a vécu. Une vénéneuse coïncidence entre sa vie et la pensée de ce qu’elle a enduré dans sa chaire et dans son esprit. Vivre avec Hannah Arendt. Comment vivre avec Hannah Arendt, avec les pensées fulgurantes qu’elle a eues, les concepts qu’elle a développés, les hésitations, les volte-face ?

"Hannah Arendt est l'une des intellectuelles les plus importantes du XXe siècle. Son oeuvre irrigue tant la philosophie que la politique et l'éthique. Penseuse des chaos du monde et militante antinazie de la première heure, elle fut à la fois une combattante des droits de l'homme, une théoricienne des périls qui menacent la démocratie, une penseuse de l'antitotalitarisme et une femme engagée dans les principaux combats du siècle. Penseuse de l'événement, philosophe de la fragilité humaine, elle a vécu dans sa chair ce qu'elle a théorisé. C'est sans doute aussi pour cette raison que son oeuvre nous bouleverse plus de quarante ans après sa mort." Laure Adler

 

Un débat du cycle "SUPRAMUROS" enregistré en juillet 2017 dans le cadre du Festival d'Avignon, images fournies par Théâtre Contemporain. Laure Adler, journaliste, productrice de "L'heure bleue" sur France Inter

Eric Fassin, sociologue, professeur, Université Paris 8

Christiane Cohendy, comédienne et metteuse en scène

Michaël Fœssel, philosophe, professeur, École polytechnique

Valérie Gérard, philosophe, directrice de programme, Collège International de Philosophie

Yves Jeanneret, professeur émérite, Université Paris-Sorbonne

Thierry Ternisien d’Ouville, auteur de Réinventer la politique avec Hannah Arendt.

 

 

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SOURCE : France Culture

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"Je ne suis pas un homme, MONSIEUR"...

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A écouter... pour mesurer le fond du gouffre ontologique dans lequel ces sinistres olibrius cherchent à nous enchaîner...

 

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25/06/2018

Olivier Clément, un théologien orthodoxe...

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Olivier Clément

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Erdogan aime la France, par Kamel Daoud

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L’écrivain Kamel Daoud explique les raisons pour lesquelles le dictateur turc a choisi la France comme ennemie, jusqu’à en faire la cible favorite de son expansion.

Le vrai architecte d'un état islamique futur est Erdogan. Il fera la guerre pour le construire, tôt ou tard.

Pourquoi Erdogan a-t-il besoin de la France comme ennemie ? Les raisons sont multiples. D’abord ce pays incarne, dans la littérature islamiste, l’antithèse utile : sa laïcité est le contraire du califat. Autrefois, l’ennemi des peuples émancipés était « l’Amérique impérialiste », aujourd’hui, l’ennemi de l’islam, c’est la France, selon la propagande en vogue. On est passé, lentement, des harangues sur le socialisme des opprimés et ses supposées vertus à l’islamisme des exclus et ses « droits ». Au sud du monde, dans la planète d’Allah, le mot « laïcité » est synonyme d’athée, de mécréant, d’agent de l’Occident, de traître. Des années auparavant, la propagande islamiste a même réussi son premier attentat étymologique sur ce mot, et les défenseurs de la liberté dans le monde dit arabe passent désormais pour des agents de la main étrangère. Attaquer la France, c’est donc exacerber cette opposition et se faire passer pour l’avocat des musulmans contre ceux qui veulent leur voler leurs âmes, c’est-à-dire leur religion. Erdogan le sait et en use. Sans la France laïque, le califat turc manquera de passion et de cible.

Erdogan a aussi besoin de la France comme ennemie, car c’est le cœur de la question communautaire en Occident. Si la France trouve une solution pour ses Français exogènes et ses communautés musulmanes, l’Occident suivra. Si la France réussit à imposer des lois républicaines malgré les radicalismes, l’Europe suivra. Le dictateur turc sait que les communautés sont le cœur de ce pays, sa faiblesse, son angoisse, son échec et sa possibilité de dépasser ses crises. Exacerber les tensions, récupérer les exclus, se faire passer pour l’avocat des communautarismes et le héros de la réparation de leur « humiliation » est un puissant levier. Erdogan joue sur la carte des musulmans d’Europe en Allemagne, mais c’est en France qu’il peut espérer un échec et mat symbolique sur cette question. Les Maghrébins sont orphelins de figures fortes, en rupture avec les régimes de leur pays d’origine, déçus ou frustrés ? Le Turc s’y présentera comme l’homme fort de leur faiblesse.

Erdogan a aussi besoin de la France car il peut y jouer sur la mémoire du trauma colonial. Rien de mieux que la France pour parler de colonisation et donc recruter les décolonisés, leurs fils et arrière-petits-fils à qui on a transmis, dans l’indistinct, le souvenir collectif. Les Ottomans ont affaibli le Maghreb, l’ont spolié, l’ont saccagé et taxé, ils l’ont soumis, mais c’est de la France coloniale qu’Erdogan aime discourir quand il veut parler de l’Algérie. Tout autant que les islamistes algériens qui le voient comme protecteur et se représentent le saccage ottoman comme le souvenir d’une heureuse soumission à un autre musulman. Le dictateur use de cette mémoire pour contrer celle du génocide arménien, il en use pour répondre aux présidents français, pour se faire moqueur, donneur de leçons, magnanime libérateur et décolonisateur rétroactif.

Erdogan aime la France parce que ce pays ne sait pas quoi faire avec ses musulmans, qui sont nombreux. Alors il vient leur parler de colonisation pour les rassembler, d’islam pour les recruter et de la laïcité pour qu’ils se sentent différents et attaqués.

L’homme a su tirer profit de trois autres segments de recrutement internationaux : le financement des mosquées, que l’Arabie tend à délaisser pour raisons internes ; la cause palestinienne, dont il fait commerce en convoquant les « musulmans » du monde selon ses besoins, usant des morts comme on use de petite monnaie ; l’internationale des « frères musulmans » qu’il a su récupérer et contrôler.Au final ? Pour parler de « l’Etat islamique », on parle tous de Daech, ses vidéos, ses massacres et horreurs. Pourtant, cela reste un spectacle. Le vrai architecte d’un Etat islamique futur est Erdogan. Il fera la guerre pour le construire, tôt ou tard. Son projet n’est pas le délire sanguinaire de groupes armés en Irak et en Syrie, mais une lente construction, une mainmise sur une partie du monde. Ses « brigades » peuvent vous attaquer en Algérie si vous en dites du mal et il peut aller haranguer ses foules en Allemagne et en Bosnie. Un jour, ces « brigades » seront armées et la guerre sera « sainte ».

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SOURCE : Le Point du 7 Juin 2018

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12/06/2018

No Milk Today...

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Cliquez sur la photo...

La PMA ? Pas de problème... En revanche, allaiter son enfant au sein ? C'est discriminatoire ! Ce monde est de plus en plus taré !

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En avril dernier, une femme qui allaitait dans un local de l’université de Parme, en toute discrétion, a été éloignée. Car son allaitement était discriminant !

L’Ordre des Obstétriciens italiens a défendu cette femme : « Un geste physiologique et naturel qui doit être protégé, promu et soutenu. » Mais pas selon la revue Pediatrics qui en fait une critique que l’on pourrait qualifier de loufoque si le sujet n’était si grave : « Associer la nature à la maternité peut par inadvertance soutenir des argumentations biologiquement déterministes sur le rôle des hommes et des femmes dans la famille (par exemple, que se devrait être principalement les femmes qui devraient prendre soin des enfants). […] Faire référence au "naturel" dans la promotion de l’allaitement au sein peut par inadvertance soutenir une série de valeurs sur la vie familiale et sur le rôle des genres, qui serait éthiquement inappropriée. »

En bref, allaiter au sein est un geste que peuvent seulement faire les femmes et non les transsexuels ; allaiter au sein fait appel au rôle naturel établi par mère nature. Donc il faut l’interdire parce que source de discriminations !

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SOURCE

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Mère Nature est vraiment dégueulasse !

Il n'y a rien de plus beau qu'une maman qui allaite son enfant... ça devrait nous plonger dans une élévation d'âme et de coeur... il n'y a que des esprits tordus (fabriqués à la pelle par notre sinistre époque) pour y voir quelque chose de choquant, de supposé "discriminant", ou autre... Dans ma Serbie campagnarde (même au temps du communisme) une mère sortait son nichon en public, à la gare, dans un train, sur un banc, n'importe où... pour nourrir son enfant et à part quelque regard attendri cela ne provoquait pas le moindre remous... quelqu'un qui lui aurait fait une remarque se serait fait admonester par la grande majorité des personnes présentes qui, d'ailleurs, détournaient la tête par courtoisie pour laisser la maman et son enfant dans leur sublime intimité en cet instant personnel et empli d'amour...

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23/05/2018

La plupart des chrétiens baptisés flottent dans le siècle au petit bonheur des remous, comme des choses mortes

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ENTRETIEN AVEC LE PÈRE DÉSIRÉ BONVENT, DOMINICAIN

 



 

 

P. Bonvent : – Dans votre préface au recueil anthologique Le Verbe dans le sang, où vous présentez l’écrivain argentin Leonardo Castellani et son oeuvre, vous affirmez que l’apocalypse a déjà commencé. Si nous sommes entrés dans l’apocalypse, comme vous dîtes, quelles sont les choses dévoilées et révélées, puisque le mot « apocalypse » ne signifie pas seulement « catastrophe », mais aussi « dévoilement » ou « révélation » ?

– Parmi les révélations en cours, il y a en a une qui concerne le PÉCHÉ. L’apparition de nouveaux mots pour désigner ce qu’on appelait autrefois les péchés capitaux nous en dit beaucoup plus sur la régression morale de notre temps que sur son évolution scientifique. Le terme d’ »addiction », qui a tant de succès, est un exemple frappant. Il est plus facile de s’asseoir dans la salle d’attente d’un addictologue que de s’agenouiller dans un confessionnal pour reconnaître qu’on est une canaille. Exit l’orgueil, exit l’envie, exit la paresse, exit la colère, exit l’avarice, exit la paresse, exit la gourmandise, etc. Un grand nombre des maladies psychiques recensées par la nomenclature actuelle, qui en rajoute chaque semaine une nouvelle, répondent à cette même volonté d’approcher les travers de l’homme, ses vices, ses perversions et ses ignominies millénaires – connues et combattues comme telles par la morale de toutes les sagesses du monde jusqu’à nos jours –, sous un angle « nouveau » et dans des termes « inédits », qui permettent au praticien et au patient d’entretenir un pacte de non-agression mutuelle quant à la vérité. Le patient se ment à lui-même, le praticien entretient le mensonge, et en retour le patient ne dénonce pas l’imposture du praticien: statu quo ante bellum. La médecine n’est pas la seule touchée: le phénomène a envahi toutes les autres disciplines, de la littérature aux sciences dites « humaines ».

La vérité sur l’être humain ne doit plus être dite. L’unique objectif est d’éradiquer la souffrance, pour adapter l’individu au système. Ce qui revient à amputer l’homme des signaux naturels qui l’informent de sa misère, et donc à transformer l’homme en un misérable qui s’ignore.

Longtemps après avoir été expulsés du Paradis originel, nous aurons donc fini par nous débarrasser de l’antique malédiction qui pesait sur notre race : nous avons expulsé l’idée même du péché, et tout se passe maintenant comme s’il n’existait plus, car nous en avons décidé ainsi. Puisque nous avons supprimé le mot péché, plus personne ne devrait pécher ; puisque la notion de péché a été abandonnée à cause des victimes qu’elle a faites, il ne devrait plus y avoir de victimes. Mais voilà, les faits s’entêtent et la réalité récalcitre.

L’une des choses que nous commençons à voir, c’est qu’en abandonnant la notion de péché, nous n’avons pas du tout éradiqué les travers de l’homme ni sa violence. Bien au contraire, cette violence n’a cessé d’augmenter et de se rapprocher de nous : il n’y a qu’à constater le déchaînement d’hostilité et d’acrimonie de tous contre tous, ces furieuses croisades du ressentiment, ces campagnes inquisitoriales permanentes, à toute heure du jour et de la nuit, à l’échelle du globe comme à l’intérieur même des familles, qui sont en train de rendre impossible jusqu’au simple exercice de la réflexion. Conclusion : en privant l’homme de la notion de péché originel, non seulement on a déchaîné la violence et la persécution, mais on a privé les hommes de la rédemption et des moyens du salut qui lui étaient attachés.

L’apparition récente d’une formule telle que l' »ère de la post-vérité » s’inscrit dans la même volonté. « Post-vérité », n’est-ce pas pimpant et printanier, avec un je ne sais de quoi de leste et portatif, qui caractérise les gadgets qu’on garde sur soi en toutes circonstances ? Quand j’achevais Le Verbe dans le sang en 2016, le dictionnaire d’Oxford décernait au nouveau « concept » le titre de mot de l’année. Je crois qu’il est entré dans le Larousse et le Robert depuis. Il s’agissait au départ d’un vocable critique, désignant l’empire de l’émotion et de l’opinion, mais il incarne à lui seul toute notre époque, dont les principaux progrès dans l’hypocrisie et la veulerie se font au nom de la correction « éthique et responsable ». Cette fois, il s’agit d’enregistrer définitivement la disparition de la notion de MENSONGE. Mentir, dissimuler, tromper, se duper soi-même, tricher, trahir, truquer, travestir, fausser, falsifier, déformer, dénaturer, pervertir, corrompre, euphémiser, sophistiquer, calomnier, porter un faux témoignage contre son prochain: ce sont des péchés, et des péchés graves. Mais les hommes ne veulent plus discerner le vrai du faux, ni le bien du mal. Or discerner le vrai du faux et le bien du mal, c’est la définition générique de toute pensée depuis qu’il y a des hommes, et qui pensent.

La pensée, – ce que nous appelions autrefois le discernement, l’entendement, le jugement –, est sur le point d’être abolie. Comme la pensée est un effort vers la vérité, et que la vérité est la condition sine qua none de la liberté, la liberté de l’homme se trouve elle-même en voie d’abolition programmée.

Tout doit entrer dans la grande fiction universelle, et comme l’ont seriné à loisir les Foucault et les Deleuze, la vérité est un « récit comme un autre », plus ou moins efficient, plus ou moins divertissant, etc. Le Consentement Général à l’Erreur, que prophétisait Pascal, est sur le point de s’achever. Et comme l’ajoutait le même Pascal, c’est le consentement général à l’erreur qui précipitera la fin.

P. Bonvent :Où sont les derniers chrétiens, et que font-ils face à ce « consentement général à l’erreur »?

Ce qu’il faut d’abord comprendre, c’est que le christianisme historique a été emporté par le courant. Et la plupart des chrétiens baptisés flottent dans le siècle au petit bonheur des remous, comme des choses mortes. En moins de deux cents ans, nous sommes passés du chrétien comme membre du Corps du Christ à l’individu chrétien comme membre de la Société, puis de l’individu chrétien au chrétien militant, puis du chrétien militant au militant chrétien, puis du militant chrétien au militant tout court. Et qu’est devenu le militant tout court? Un profil facebook, un usager télématique qui répond mimétiquement à toutes les provocations mondaines, qui obéit aux impératifs collectifs de reconnaissance, de réussite, de mobilisation et de sollicitude terrestre, avec la peur d’être exclu de la foule.

Moralité : le chrétien, de persécuté qu’il était, a rejoint la foule des persécuteurs.

C’est ce que la Tradition appelle la Grande Apostasie. Et cette apostasie générale nous apprend que nous sommes encore moins braves que Pierre, – lequel eut au moins le cran de revenir sur ses pas avant de renier trois fois son Maître.

P. Bonvent : – Ne trouvez-vous rien d’intéressant dans les dernières encycliques papales, notamment dans l’idée d’une « Ecologie Intégrale », qui fait la place au besoin de spiritualité à côté des autres nécessités matérielles?

– A son époque, Charles Péguy redoutait la chute du mystique dans le politique. Ne devons-nous pas redouter maintenant la chute du mystico-politique dans l’écologique ? Il semble que le mystique ne fasse plus que chuter, désormais. Les lois de la gravitation fonctionnent aussi dans le domaine de l’esprit, et elles sont sans pitié. Il en va de l’idée d' »Ecologie Intégrale » comme de la « Justice Sociale » et du « Progrès technique », dont elle semble, par certains aspects, une forme de fusion rêvée et idéalement conçue pour s’agréger au programme de la dictature « éclairée » qui s’annonce. Aussi, répondons avec Castellani sans tourner autour du pot : « Il ne suffit pas que les Papes produisent de grandes encycliques pour défendre la Justice Sociale -(ou « l’Ecologie Intégrale » dirions-nous) -; il faut que des hommes d’obédience catholique, doués d’une authentique vocation politique, incarnent leurs doctrines dans les institutions, au prix de leur vie, si besoin est ».

Quels risques prend-ton à répéter ce que tout le monde veut entendre ? Personnellement, je n’ai jamais éprouvé un quelconque « besoin de spiritualité » ; ce serait plutôt la spiritualité qui a besoin de moi. Dieu a besoin d’être soutenu dans ce monde ; son Esprit a besoin d’hommes qui veuillent bien de lui. Et ceci plus que jamais, car nous ne souffrons pas du tout d’une « fatigue du sens », – même si le Sens aurait quelques raisons de sentir une lassitude infinie à notre égard –, mais d’une fatigue du sang. Ce sang qui est toute notre ardeur à dire vrai et à être vrai, au prix coûtant. On ne sait pas très bien ce qui coule dans les veines des hommes aujourd’hui; il semble qu’il s’agisse d’un liquide au petit débit et à la température assez basse.

Le monde peut se raconter ce qui lui chante, se faire croire que des solutions inédites et des remèdes nouveaux vont enfin faire descendre le Bonheur sur la Terre : le monde est monde, et c’est sa nature de monde de s’illusionner et de se duper lui-même. Demain, ah, demain, tout ira mieux ! Quant au don de l’Éternel présent, il peut attendre. Au fond, la guitare change, mais on joue toujours la même petite chanson lamentable : « All you need is love »… alors qu’en réalité c’est exactement l’inverse : « All love need is you ». Qui a dit que nous avions besoin d’amour ? C’est l’Amour qui a besoin de nous, et pas plus tard que tout de suite.

P. Bonvent: – Ne pensez-vous pas qu’un grande partie de nos maux trouvent leur origine dans des mouvements « révolutionnaires » comme mai 1968, par exemple, à commencer par l’effondrement de l’autorité paternelle ?

Nous sommes entrés dans l’ère des révolutions perpétuelles; les dernières en date sont la révolution numérique et la révolution bio-technologique, et il en vient d’autres, encore plus cocasses; c’est-à-dire que nous sommes entrés dans l’ère du définitivement révolu. Ce qui est définitivement révolu, c’est notre colossale prétention à maîtriser le monde et à y vivre en paix. Les révolutions signifient l’absence d’ordre stable, l’absence d’ordre stable signifie la croissance indéfinie du chaos, qui signifie l’auto-destruction de l’humanité, à brève ou moyenne échéance. Tout comme Leonardo Castellani, je ne suis pas plus révolutionnaire que réactionnaire ou partisan du conservatisme. Mais surtout, je ne suis pas un adepte des causes fallacieuses. Sauf le respect que je vous dois, juger que nos problèmes ont pour origine la crise de 68 n’est pas très sérieux. Nos « problèmes » ont commencé avec Adam et Ève, c’est-à-dire avec la première tentation de l’orgueil ; ils se sont aggravés avec Caïn et Abel, c’est-à-dire avec le premier meurtre. Et depuis, comme disait Jacques Bainville, tout a toujours très mal marché.

Voilà des lustres et même des siècles qu’on parle de la crise de l’autorité, comme si la remise en cause de l’autorité était la cause de la crise. La cause de la crise, c’est le contraire de l’autorité, et le contraire de l’autorité, c’est la fausse autorité. En 68, le contraire de l’autorité ne se trouvait pas dans la horde de jeunes chevelus en col Mao, mais dans une fausse autorité qui s’était substituée à la vraie. Et l’on peut penser à bon droit avec Castellani qu’il en fut ainsi pour la Révolution Française ; la disparation de la noblesse ne vint pas de la revendication de la plèbe, mais de l’apparition d’une fausse noblesse : « Le plébéien n’est pas le contraire du noble ; le contraire du noble, c’est le faux noble. Ce ne sont pas les plébéiens qui furent la cause de la Révolution Française, mais les fils de la noblesse et les curés corrompus du genre de Talleyrand et Philippe Egalité, eux qui se servirent du ressentiment de la populace parisienne comme d’un levier – que ce ressentiment fut justifié ou non ».

En passant, observez que si l’autorité n’était pas plus ou moins devenue une bouffonnerie après la Seconde Guerre Mondiale, un bouffon comme Louis de Funès n’aurait jamais pu parodier les comportements « autoritaires » avec une justesse aussi saisissante. En tant que petit employé, il avait longtemps subi les caprices de quantité de patrons et de sous-chefs, et savait très bien à quoi s’en tenir sur la dignité de leur caporalisme. On ne parodie bien que ce qui a commencé à se parodier tout seul.

L’effondrement de l’autorité paternelle est un désastre, mais prendre les effets pour les causes en est un autre. Qu’étaient devenus beaucoup des pères de la grande bourgeoisie au début des Trente Glorieuse ? Des rivaux de leurs fils, aspirant aux mêmes objets et aux mêmes plaisirs qu’eux, ne voulant renoncer à aucune des promesses hédonistes de la société de consommation. Autrement dit, ils étaient devenus de faux pères. Ils avaient cessé d’être des modèles avant que leurs enfants ne s’avisent de leur désobéir, et ils n’étaient déjà pas respectables quand leur progéniture leur a manqué de respect. Cette progéniture a parfaitement compris la leçon, d’ailleurs, de la façon la plus simple qui soit: en général, elle n’a pas eu d’enfants. Du coup, vous pouvez vous rassurer: comme cette solution s’est propagée et que l’absence d’enfants ne cesse d’augmenter (si je puis dire), notre horizon se présentera bientôt absolument vierge de tout problème d' »autorité paternelle ».

P. Bonvent : – Quelle serait la position de Leonardo Castellani par rapport à la brûlante question des « migrants » qui menacent d’envahir l’Europe ?

Cette question concerne la pauvreté. La PAUVRETÉ: encore une notion que la religion chrétienne a pensée comme nulle autre religion avant elle. C’est un état que le christianisme a élevé au rang de vertu. Castellani observait dans l’histoire de l’Eglise l’abandon progressif de la pauvreté évangélique et de ce que cette pauvreté signifie dans sa radicalité. Aujourd’hui, il ne dirait pas aux « migrants » de venir chez les riches pour fuir la pauvreté. Il ne leur dirait pas non plus de rester chez eux pour devenir riches là-bas. Il leur dirait que la pauvreté les sanctifie et qu’ils sont plus proches du Royaume de Dieu que tous les riches du monde. Il leur dirait que, de toutes les conditions terrestres, la pauvreté est la meilleure condition pour s’entraider et pour s’aimer les uns les autres. Il leur dirait que le Ciel appartient aux Pauvres et aux Simples. Bien sûr, il prendrait en compte tous les facteurs socio-économiques et géopolitiques, les guerres et les injustices, la propagande et les manipulations oligarchiques, et la misère qui n’est pas la pauvreté, etc., mais en définitive, voilà ce qu’il dirait, sans aucun doute. Et il croirait ce qu’il dit. Le Christ lui-même dirait-il autre chose ? Non. Ce pourquoi on le crucifierait à nouveau, avec une bonne conscience impeccable, car sa Parole demeure « scandale pour les juifs » et « folie pour les païens ».

Je n’ignore pas que cette Parole est impossible à entendre de nos jours; mais il faut préciser que tel a toujours été le cas. Et puis, en effet, qui sommes-nous pour fermer notre porte aux pauvres, nous qui sommes si riches et si heureux d’être riches ? Enfin, qu’allons-nous devenir si notre horreur de la pauvreté ne nous permet plus de masquer notre misère dans les richesses? Les Européens sont tellement malheureux qu’ils ont un besoin vital qu’on les envie et qu’on les prenne pour des modèles : ergo, ils sont piégés par leur propre vanité, et il est logique qu’ils le soient.

Nous n’allons pas refaire le débat sur l’Eglise et la question migratoire dont Laurent Dandrieu a posé les termes récemment (Voir "L'Eglise et Immigration"). Ce que je veux dire, c’est que nous autres chrétiens, nous nous tirons d’affaire à bon compte en nous contentant de penser dans ces termes-là. Si quelqu’un interpellait tout à coup les pauvres du sud en leur brossant un tableau réaliste de ce qui les attend au nord, – c’est-à-dire rien d’autre qu’une existence de cochon parmi d’autres cochons qui rêvent de mourir vieux, voire de ne plus mourir du tout –, on peut s’interroger sur l’accueil que cette personne recevrait. Et en disant cela, je pense moins aux pauvres du sud qu’aux « riches » du nord.

P. Bonvent : – Vous êtes injuste et cruel ! Des cochons…

– Quand je dis qu’il n’y a que des cochons, je simplifie. Il y a aussi des araignées, des hyènes et des crotales. Et des vers solitaires…

P. Bonvent: – Vous êtes un ver solitaire ?

– Si c’est être perçu et se vivre soi-même comme une espèce de parasite indésirable dans cette grande machine dont l’abjection ne cesse de se perfectionner, certainement. Chaque nouvelle « avancée technologique » et chaque nouveau « progrès social » nous font sentir à quelle profondeur l’ancienne trinité occidentale, – qui unissait le Vrai, le Beau, le Bien, souvenez-vous ! –, a été condamnée. La liquidation de ce qui reste, par la purge éducative, sociale, institutionnelle, linguistique et machinique, n’est plus qu’une question d’heures, ou de minutes.

Et peut-être moins… Je viens d’apprendre qu’un metteur-en-scène italien, sur la suggestion du directeur de l’Opéra de Florence, a « corrigé » la fin tragique et violente de Carmen de Bizet, pour la rendre « plus conforme à la cause féminine » (sic). Nous y sommes, donc. Le faux corrige le Vrai, les ténèbres illuminent la Lumière. Ayant besoin d’argent, je propose aux éditeurs intéressés par la « cause » de réécrire tout le final de Madame Bovary (à partir du chap. VIII de la dernière partie); Flaubert, qui était un vrai phallocrate, pousse son héroïne au suicide et se délecte dans la description d’une agonie qui n’est pas très respectueuse de l’image de la femme et de ses droits; je crois que la jeune épouse frustrée de Yonville mérite d’obtenir un prêt bancaire à taux zéro, pour satisfaire enfin toutes ses « envies de femme » ; et je lui assurerai une carrière heureuse à Paris, dans la défense de l' »écriture inclusive » par exemple, ou dans la mode. Il y a aussi Andromaque, au veuvage névrotique et puritain, ou Phèdre, dont Jean Racine (J’enracine, quel vilain nom) a méchamment culpabilisé le très innocent désir sexuel qu’elle éprouve pour son beau-fils. Ou Madame Verdurin, dans A la Recherche du temps perdu, dont le portrait féroce et carrément odieux, disons-le, nécessiterait une bonne refonte, dans un esprit plus girl friendly… Bien sûr, dans le cas de Proust, ce serait un peu plus cher, car ses chapitres sont longs et son bouquin compte vraiment beaucoup (trop) de pages.

 

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SOURCE : Chez ERICK AUDOUARD

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29/04/2018

Rapport Borloo, "une erreur de diagnostic"

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 



 

L'ancien élu PS et président de SOS-Racisme appelle à "rétablir l'ordre républicain", avant l'adoption de toute mesure.

"L'heure n'est plus aux rapports d'experts, l'heure est à l'action". Les premières lignes du rapport sur les banlieues de Jean-Louis Borloo, remis ce matin au Premier ministre Edouard Philippe, annoncent 19 "programmes" pour réparer et redynamiser les quartiers oubliés de la République. Sans convaincre pour autant Malek Boutih, ancien député PS de l'Essonne, ex-président de SOS-Racisme et récent auteur lui-même d'un rapport sur la radicalisation de la jeunesse.

Dix-neuf programmes pour l'éducation, l'emploi, les transports, la sécurité... Après lecture du rapport, diriez-vous que les quartiers ont enfin des raisons d'espérer ?

Ce rapport porte la marque de l'ingéniosité et de l'esprit de Jean-Louis Borloo, mais il est voué, comme tout ce qui a été entrepris précédemment, à un échec profond. Parce qu'il est basé sur une erreur d'analyse fondamentale, qui consiste à penser que la banlieue dysfonctionne sur l'encadrement, le social, l'économie, alors que dans ces territoires, c'est la République qui est en train de s'effondrer. Le temps passant, l'accumulation des erreurs politiques a changé la nature de certains territoires où règne désormais le désordre social. Ce sont des territoires en marge de la République.

Ces quartiers "en marge" doivent-ils bénéficier d'un traitement différent des autres territoires, ce qui semble être la philosophie profonde du plan Borloo ?

Le rapport préconise une sorte de "Make banlieue great again". Mais ce temps est révolu. Soit la banlieue rejoint la France, soit la fracture qui est déjà terrible va continuer à s'aggraver. La banlieue est vue dans ce texte comme une start-up potentielle pour la France. Il s'agirait plutôt de renouer avec une tradition très ancrée : celle d'une République garante du traitement égalitaire de tous les citoyens, pas seulement les plus géniaux ou les plus excentriques. Nous devons normaliser ces quartiers. Oui, il peut y avoir des réalités sociales différentes, mais pas de "pays" dans le pays.

Quitte à renoncer à toute discrimination "positive", comme la création de cette "académie des leaders" qui serait réservée, dans un premier temps, aux jeunes des quartiers ciblés ?

L'objectif, c'est d'envoyer ces jeunes à l'ENA, pas dans la sous-ENA. Je préfère avoir cinq jeunes issus de ces quartiers à l'ENA plutôt que mille dans une sous-ENA. Parce que la lecture, en creux, c'est que l'on considère que la population et ces zones territoriales ne peuvent plus avoir une espérance dans ce pays. C'est de la charité politique, pas une politique républicaine.

Qu'entendez-vous exactement par une "politique républicaine" ?

Commencer par rétablir un ordre républicain social. Le "gangrénage" par la violence détruit tous les efforts de ceux qui continuent à se battre dans ces territoires. Prenons le cas de l'Education nationale : le rapport s'appuie sur des stéréotypes complètement faux. Certes, il s'agit de milieux populaires et pauvres, mais aujourd'hui, c'est la violence qui empêche les gosses de pouvoir étudier, et qui conduit les parents à les envoyer dans des écoles privées. Il y a une rupture de confiance totale. Les gens ne croient plus à l'Etat pour assurer la sécurité et l'avenir de leurs enfants. L'éducation, c'est un problème de décomposition sociale, mais aussi de violence. Il y a urgence à faire de toutes les écoles de la République des bastions de tranquillité, à l'abri des voyous et de tous ceux qui veulent faire du mal à la jeunesse. La police est donc une priorité, une condition sine qua non au lancement de tout processus. Le rapport n'en parle pas beaucoup, car il a été pensé à côté de la société. Une fois que l'ordre républicain est rétabli, vous pouvez engager des mesures. Ca doit être l'objectif prioritaire. Un objectif simple, mais qui paraît aujourd'hui inatteignable. Et c'est cela qui est inquiétant.

Pour vous, ces 48 milliards d'euros promis par le rapport ne serviront donc à rien ?

Ce rapport est une boîte à idées, plus ou moins neuves. Avec quelques gadgets dans l'air du temps comme le développement du numérique. Le dispositif va finir comme une petite poire financière, pour étancher la soif pour les villes en difficulté et répondre aux cris d'alarme des élus, comme Stéphane Gatignon. On tend un filet pour retenir ces zones sous contrôle. Au final, il restera une petite enveloppe de 500 millions d'euros par an. Il y aura trois ou quatre expériences pilotes, du grain à moudre pour les éditorialistes, mais la décomposition, elle, va suivre son cours.

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SOURCE : L'Express

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