Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/02/2016

Philippe de Villiers balance...

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Philippe de Villiers balance sur les coulisses de notre joli monde politique... c'est du lourd... et ça fait mal... ça dure 1h28... mais ça vaut la peine d'être écouté jusqu'au bout. Tout le monde y passe. 

 

07:00 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/01/2016

Alain Finkielkraut : son discours à l’Académie

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Remarquable en tout point...

 

Mesdames, Messieurs de l’Académie,

En manière de préface au récit débridé que lui a inspiré le tableau d’Henri Rousseau La Carriole du père Juniet, Félicien Marceau relate le dialogue suivant :

– La carriole du père Bztornski ? dit le directeur de la galerie. Qu’est-ce que ça veut dire ?

– C’est le titre de mon tableau, rétorqua le douanier Rousseau.

Le directeur plissa son nez, qu’il avait fort grand, et agita son index, qu’il avait fort long.

– Mon pauvre ami, avec ce titre-là, vous ne le vendrez jamais, votre tableau.

– Tiens ! Pourquoi ? dit Rousseau qui, de son passage dans l’administration de l’octroi, avait gardé le goût d’aller au fond des choses.

– Bztornski ! reprit le directeur avec force. C’est un nom à éternuer, ça. Mon cher monsieur, retenez bien ceci : un client qui éternue, c’est un client qui n’achète pas.

Et, rêveusement, il énonça :

– Ce doit être une loi de la nature. – Alors, qu’est-ce qu’on fait ? dit Rousseau.

– Mettez Juniet et n’en parlons plus, dit le directeur. C’est le nom d’un de mes cousins. Un négociant. Très honorablement connu dans tout le Gâtinais, ajouta-t-il après un temps et sans doute pour balayer les dernières réticences du peintre.

Telle est la scène qui, s’il faut en croire le célèbre historien d’art Arthème Faveau-Lenclume, se serait déroulée, par une belle journée d’octobre 1908, dans une modeste galerie de la rue des Saints-Pères.

Nous sommes en janvier 2016. Et un nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives, comme Bztornski ou mieux encore, comme Karfunkelstein, le patronyme dont l’extrême droite avait affublé Léon Blum pour faire peur aux bons Français, un nom à éternuer en somme, et même, osons le dire, un nom à coucher dehors, est reçu aujourd’hui sous la coupole de l’institution fondée, il y aura bientôt quatre siècles, par le cardinal de Richelieu.

Né quelque dix ans seulement après cette diatribe du futur académicien Pierre Gaxotte contre le chef du gouvernement de Front populaire : « Comme il nous hait ! Il nous en veut de tout et de rien, de notre ciel qui est bleu, de notre air qui est caressant, il en veut au paysan de marcher en sabots sur la terre française et de ne pas avoir eu d’ancêtres chameliers, errant dans le désert syriaque avec ses copains de Palestine », l’héritier de ce nom n’en revient pas. Il éprouve, en cet instant solennel, un sentiment mêlé de stupeur, de joie et de gratitude. S’appeler Finkielkraut et être accueilli parmi vous au son du tambour, c’est à n’y pas croire.

Ce nom d’ailleurs, je ne l’ai pas toujours porté au complet. Pour simplifier la vie des professeurs, pour ne pas affoler le personnel administratif, et pour éviter à mes condisciples la tentation d’une plaisanterie facile sur la dernière syllabe, mes parents ont obtenu qu’à l’école ou au lycée je me fasse appeler Fink ou Finck. Je suis revenu à Finkielkraut quand ma carriole a quitté la classe, parce que je croyais pouvoir compter alors sur la maturité de mes interlocuteurs et que nous ne sommes plus en 1908 : comme ceux de l’affiche rouge, à prononcer mon nom est difficile. Après les années noires, l’honneur m’imposait de ne pas m’en défaire.

Et en ce jour, c’est aux miens que je pense. À mes grands-parents, que, comme la plupart des Juifs ashkénazes nés dans le baby-boom de l’après-guerre, je n’ai pas connus. À ce grand-père maternel qui, avec sa femme, dirigeait une entreprise de bois à Lvov, alors ville polonaise, mais qui, je l’ai appris tardivement, préférait l’étude et la fréquentation des livres sacrés. À mes parents bien sûr, qui ne sont pas là pour connaître ce bonheur : l’entrée de leur fils à l’Académie française alors que le mérite leur en revient. Non qu’ils aient éprouvé à l’égard de la France une affection sans mélange. C’est de France, et avec la complicité de l’État français, que mon père a été déporté, c’est de Beaune-la-Rolande, le 28 juin 1942, que son convoi est parti pour Auschwitz-Birkenau. Le franco-judaïsme alors a volé en éclats, les Juifs qui avaient cru reconnaître dans l’émancipation une nouvelle sortie d’Égypte, ont compris qu’ils ne pouvaient pas fuir leur condition. Pour le dire avec les mots d’Emmanuel Levinas, la radicalité de l’antisémitisme hitlérien a rappelé aux Juifs « l’irrémissibilité de leur être ». La judéité n’était plus soluble dans la francité et mes parents auraient été désolés de me voir m’assimiler à la nation en lui sacrifiant mon identité juive même si cette identité ne se traduisait plus, pour eux ni donc pour moi, par les gestes rituels de la tradition. Ce qu’ils voulaient ardemment néanmoins, c’est que j’assimile la langue, la littérature, la culture française. Et ils pouvaient, à l’époque, compter sur l’école. Ils vouaient à l’enfant unique que j’étais un amour inconditionnel mais ils ne lui ont pas vraiment laissé d’autre choix que d’être studieux et de ramener de bons bulletins. J’ai donc appris à honorer ma langue maternelle qui n’était pas la langue de ma mère (la sienne, le polonais, elle s’est bien gardée de me l’enseigner, pour que s’exerce en moi, sans partage et sans encombre, le règne du vernaculaire). J’ai appris aussi à connaître et à aimer nos classiques. Pour autant, le fait d’être français ne représentait rien de spécial à mes yeux. Comme la plupart des gens de mon âge, j’étais spontanément cosmopolite. Le monde où j’évoluais était peuplé de concepts politiques et, l’universel me tenant lieu de patrie, je tenais les lieux pour quantité négligeable. L’Histoire dont je m’entichais me faisait oublier la géographie. Comme Vladimir Jankélévitch, je me sentais libre « à l’égard des étroitesses terriennes et ancestrales ». La France s’est rappelée à mon bon souvenir quand, devenue société post-nationale, post-littéraire et post-culturelle, elle a semblé glisser doucement dans l’oubli d’elle-même. Devant ce processus inexorable, j’ai été étreint, à ma grande surprise, par ce que Simone Weil appelle dans L’Enracinement le « patriotisme de compassion », non pas donc l’amour de la grandeur ou la fierté du pacte séculaire que la France aurait noué avec la liberté du monde, mais la tendresse pour une chose belle, précieuse, fragile et périssable. J’ai découvert que j’aimais la France le jour où j’ai pris conscience qu’elle aussi était mortelle, et que son « après » n’avait rien d’attrayant.

Cet amour, j’ai essayé de l’exprimer dans plusieurs de mes livres et dans des interventions récentes. Cela me vaut d’être traité de passéiste, de réactionnaire, voire pire, et même le pire par ceux qui, débusquant sans relâche nos vieux démons, en viennent à criminaliser la nostalgie, et ne font plus guère de différence entre Pétain et de Gaulle, ou entre Pierre Gaxotte et Simone Weil. Le nationalisme, voilà l’ennemi : telle est la leçon que le nouvel esprit du temps a tirée de l’histoire, et me voici, pour ma part, accusé d’avoir trahi mon glorieux patronyme diasporique en rejoignant les rangs des gardes-frontières et des chantres de l’autochtonie. Mais tout se paie : ma trahison, murmure maintenant la rumeur, trouve à la fois son apothéose et son châtiment dans mon élection au fauteuil de Félicien Marceau. De cet auteur prolifique, Le Monde disait, en guise d’éloge funèbre, qu’il est mort oublié le mercredi 7 mars 2012, à l’âge de 98 ans. Et il ne reste, en effet, rien de lui sur le site d’information Mediapart sinon cette épitaphe : « Félicien Marceau, un ancien collaborateur devenu académicien ».

Un défenseur exalté de l’identité nationale, oublieux de ses origines vagabondes et astreint à faire l’éloge d’un collabo : il n’y a pas de hasard, pensent nos vigilants, et ils se frottent les mains, ils se lèchent les babines, ils se régalent à l’avance de cet édifiant spectacle. Les moins mal intentionnés eux-mêmes m’attendent au tournant et j’aggraverais mon cas si je décevais maintenant leur attente.

Je commencerai donc par là mon cheminement dans la vie et l’œuvre de celui à qui aujourd’hui je succède. Louis Carette, c’était son nom, est né à Cortenberg, dans le Brabant, le 16 septembre 1913. « Au commencement, écrit-il dans son autobiographie, Les Années courtes, il y eut un grand tumulte. » Ses premiers souvenirs sont des souvenirs d’épouvante : la guerre, le sac d’une ville, des incendies, des morts. « Ce n’est pas ça, l’enfance. Cela ne devrait pas être ça. C’est une aube, l’enfance, non ces clameurs, non cette peur. » La peur, donc, au lieu de l’aube, et les jours comme les nuits de Louis Carette en resteront à jamais marqués. Fils de fonctionnaire, il fait ses études au collège de la Sainte-Trinité à Louvain. Ses professeurs étaient des prêtres. L’un d’entre eux, le père Théodule, exerça sur l’élève de troisième qu’il était et sur l’écrivain qu’il allait devenir une influence décisive. Deux grands principes, en effet, structuraient tout son enseignement. Principe numéro 1 : « L’ennemi du style, c’est le cliché. Qu’est-ce que le cliché ? C’est quelque chose qui a été écrit avant nous. Il faut écrire comme personne […]. Nous étions médusés, commente Félicien Marceau. Jusque-là nous pensions que bien écrire, c’était précisément écrire comme les autres, comme les écrivains. » Principe numéro 2 : il faut faire des comparaisons sans arrêt, « parce que, si on ne fait pas une comparaison, on ne voit pas. Or, le style, c’est faire voir ». Et, en bon pédagogue, le père Théodule fait suivre d’un exemple concret son affirmation péremptoire : « J’écris : il y avait des oiseaux sur les fils du télégraphe. Vous voyez quelque chose ? Non, rien du tout. Tandis que si j’écris : il y avait des oiseaux sur les fils du télégraphe, comme des notes sur une portée de musique, là, vous voyez quelque chose. Le style, c’est l’image. »

Félicien Marceau n’oubliera jamais cette double injonction. Elle déterminera aussi bien son art littéraire que sa philosophie de la vie. Ainsi, dans Le Corps de mon ennemi, choisit-il d’ouvrir les yeux du lecteur sur le recouvrement de la réalité par sa désignation, à l’aide d’une métaphore dont le comique évocatoire eût enchanté le père Théodule : « Chaque fois qu’on pose un mot sur une chose, c’est comme un veston qu’on accroche à une patère : la patère disparaît. » Il s’agit pour l’écrivain de remédier à cette disparition en congédiant, autant que faire se peut, les syntagmes figés du langage courant. Et nul doute que son maître hétérodoxe eût apprécié dans La Terrasse de Lucrezia l’image de ces hommes qui, s’estimant très au-dessus de leur fonction, « les exercent avec condescendance, comme les tenant au bout d’une pince à sucre » ou, dans La Grande Fille, cette prise au mot rafraîchissante d’une image éculée : « Tout à leur bonheur, en étaient-ils à ne plus toucher terre ? Étaient-ils en quelque sorte en état d’apesanteur – devenus pareil à ces astronautes que l’on voit se déplacer dans leur habitacle avec des langueurs de baleine ? »

Mais j’anticipe. Après ses années de collège, Louis Carette entre à l’Université de Louvain. Et là ce jeune catholique fait ses premières armes dans ce qui est alors le seul quotidien universitaire au monde : L’Avant-garde. C’est son entrée en littérature, et c’est aussi, sous l’égide d’Emmanuel Mounier, son entrée en politique. Il préside la sous-section de la revue Esprit fondée à Louvain en 1933 et il publie, le 19 mai 1934, dans les colonnes de L’Avant-garde, un réquisitoire aux accents pré-sartriens contre la passion antisémite : « L’antisémitisme est un sentiment de petit-bourgeois. Le petit-bourgeois mal élevé qui lourdement fait ressortir “sa supériorité de race”. On comprend qu’il y tienne : c’est la seule qu’il ait et elle n’est basée que sur un préjugé. » Plus loin dans le même article, Carette enfonce le clou : « Ce préjugé, écrit-il, est un abus bien plus insupportable que l’intolérance religieuse ou politique car il vise la race. » Autrement dit, ce n’est pas de l’action ni même de l’opinion que l’antisémitisme fait un crime, c’est de l’être. Ce n’est pas la dissidence qu’il traque, c’est la naissance.

Mais cette génération née à la veille du grand carnage de 1914-1918 est, avant toute chose, pacifiste. La guerre qui éclate en Espagne en 1936 aurait pu modifier cette disposition d’esprit. Les antagonismes, en effet, sont clairs : « démocratie contre dictature, gauche contre droite, les militaires contre les civils ». Mais les gouvernements démocratiques abandonnent les républicains espagnols. Même le Front populaire en France se cantonne dans la non-intervention. De là, écrit Félicien Marceau, date « la désaffection, la méfiance, le mépris même » qui devait peu à peu entourer tous ces gouvernements. Alors que montent les périls, l’indifférence gagne. Chamberlain, Hitler, Daladier, Mussolini, le vieux monsieur et les trois caporaux de 1918 sont mis dans le même sac et le pacifisme apparaît décidément comme la seule voie.

Quand la guerre éclate, Louis Carette a vingt-sept ans et, depuis 1936, il est fonctionnaire à l’Institut national de la radiodiffusion. Mobilisé, il combat dans l’armée belge. Celle-ci est rapidement mise en déroute. Carette se replie avec son régiment en France. Après la reddition, il reprend ses activités sur le conseil de son ministre de tutelle. Mais, entretemps, l’I.N.R. a été rebaptisé Radio Bruxelles, et placé sous le contrôle direct de l’occupant. Il devient le chef de la section des actualités. En mars 1942, de retour d’un voyage en Italie, il trouve l’atmosphère alourdie : « Bien que l’Union soviétique et les États-Unis fussent entrés dans la guerre, l’Allemagne était partout triomphante. L’occupation partout se durcissait. Des attentats avaient eu lieu, suivis de menaces de représailles collectives. Je crois que c’est un peu plus tard seulement que commencèrent à se répandre des informations sur les camps d’extermination. Mais, à ce moment déjà, les mesures de plus en plus graves prises contre les Juifs en faisaient prévoir de pires. Si révoltantes qu’elles fussent, d’autres mesures allemandes pouvaient encore appartenir à la dure logique d’un ennemi occupant. Les mesures contre les Juifs, pour moi, c’était tout ensemble l’horreur et la démence. Je puis concevoir la dureté. Je suis fermé à la démence. Je résolus de donner ma démission. » Et ce geste ne lui est pas facile. Une autre morale objecte en lui à son sursaut moral : la morale de groupe. Deux hontes se disputent alors son âme : la honte, en restant, de collaborer avec un pouvoir criminel ; la honte, en prenant congé, de laisser tomber ses collègues et de manquer ainsi aux lois non écrites de la camaraderie, cette camaraderie où, dit-il dans Les Années courtes, l’expérience lui a appris à reconnaître « le huitième péché capital et le plus sot, le plus lâche. On ne compte pas les gestes niais, les articles imbéciles, les manifestes saugrenus qui ont été faits, écrits ou signés “pour les copains” ou pour ne pas mériter ce regard d’une seconde à l’autre devenu froid ». Il y a, dans ces quelques lignes, l’esquisse d’une phénoménologie de la banalité du mal.

S’extirpant de la glu de la camaraderie, Carette quitte donc la radio le 15 mai 1942. Il fonde sa propre maison d’édition, où il publie notamment le grand dramaturge Michel de Ghelderode, mais il ne choisit pas pour autant la voie de la Résistance. À la Libération, il apprend que la police le recherche, il fuit donc vers la France, en compagnie de sa femme, avec pour seul bien une valise et son Balzac dans l’édition de la Pléiade. En janvier 1946, il est jugé par contumace et condamné à quinze ans de travaux forcés par le conseil de guerre de Bruxelles qui, sur trois cents émissions, a retenu cinq textes à sa charge : deux chroniques sur les officiers belges restés en France, une interview d’un prisonnier de guerre revenant d’Allemagne, un reportage sur le bombardement de Liège et une actualité sur les ouvriers volontaires pour le Reich. Ces émissions ne sont pas neutres. Comme le dit l’historienne belge Céline Rase dans la thèse qu’elle vient de soutenir à l’université de Namur : « Les sujets sont anglés de façon à être favorables à l’occupant. » Cela ne suffit pas à faire de Carette un fanatique de la collaboration. Ainsi, en tout cas, en ont jugé le général de Gaulle qui, au vu de son dossier, lui a accordé la nationalité française en 1959 et Maurice Schumann, la voix de Radio Londres qui, en 1975, a parrainé sa candidature à l’Académie française.

La condamnation à quinze ans de travaux forcés assortie de l’interdiction à perpétuité de publier tout article et tout livre est donc exorbitante. Reste ce fait incontournable : Louis Carette a choisi de travailler dans une radio dirigée par les Allemands alors que personne ne l’y obligeait et qu’il était à l’abri du besoin. Pourquoi ? La réponse à cette question se trouve dans son roman Les Pacifiques, écrit en 1943 et resté inédit jusqu’à sa publication en 2011 aux Éditions de Fallois. L’action se déroule à la veille du grand orage, et les personnages, impuissants, voient « la paix glisser dans le néant avec un sourire navré ». Ils ne sont pas révulsés par Mein Kampf, l’Anschluss, le dépeçage de la Tchécoslovaquie et la Nuit de cristal, mais par « la guerre immonde qui suscite tout ce qu’il y a d’immonde dans le cœur déjà si immonde des braillards. » Et quand la défaite est consommée, lit-on à la dernière page du roman, l’intelligence est de sauver les meubles.

L’ennemi des « pacifiques », ce n’est pas l’ennemi, ce sont, dans tous les camps, les gens qui rêvent d’en découdre. Et ces pacifiques sont d’autant moins enclins à résister qu’ils croient revivre une réédition de 1914, c’est-à-dire « d’un mécanisme narquois déclenché par mégarde et qui échappait aux hommes ». Un homme épouvanté en vaut deux : c’est fort de ce principe que Louis Carette choisit le pacifisme et s’y tient. L’histoire, en l’occurrence, n’est pas pour lui maîtresse de vie mais maîtresse d’erreur. L’expérience sur laquelle il s’appuie l’aveugle au lieu de l’éclairer. Le passé qui l’obsède lui dérobe l’effroyable nouveauté de l’événement qu’il est en train de vivre. Il oublie, à force de mémoire, que, comme l’écrit Valéry, le présent, c’est ce qui ne s’est jamais présenté jusque-là. Bref, il ne voit pas la discordance des temps et ceux qui, soixante-dix ans après, reprennent à leur compte dans leur nécrologie le jugement du conseil de guerre de Bruxelles, commettent un contresens analogue. Leur référence à eux, c’est Hitler, Maurras et la Deuxième Guerre mondiale. Ils jugent tout à cette aune, ils ne voient pas que depuis la conférence de Durban, organisée par les Nations unies en septembre 2001, l’antisémitisme parle la langue immaculée de l’antiracisme. Et, dès lors que les Juifs ne sont plus en butte au fascisme ou à la réaction, mais doivent répondre du comportement d’Israël, ils minimisent leurs tourments ou les abandonnent carrément à leur sort en tant que complices d’une politique criminelle. Leur invocation constante des heures les plus sombres de notre histoire ne protège pas les Karfunkelstein d’aujourd’hui contre la haine : elle les y expose.

Aux ravages de l’analogie, s’ajoutent les méfaits de la simplification. Plus le temps passe, plus ce que cette époque avait d’incertain et de quotidien devient inintelligible. Rien ne reste de la zone grise, la mémoire dissipe le brouillard dans lequel vivaient les hommes, le roman national qui aime la clarté en toutes choses ne retient que les héros et les salauds, les chevaliers blancs et les âmes noires. On met au pinacle le nom de Primo Levi, mais c’est Quentin Tarantino qui mène le jeu, c’est sur le modèle d’Inglorious Basterds que tout un chacun se fait son film. Je ne me sens pas représenté mais trahi et même menacé par les justiciers présomptueux qui peuplent la scène intellectuelle. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que tout jugement moral relève de la bêtise et de la présomption. Pourquoi comprendre sinon pour éviter les pièges de l’anachronisme et pour juger en connaissance de cause ? Ainsi, ce ne serait pas un progrès mais une défaite de la pensée que de laisser sans jugement l’inébranlable solidarité des perdants de l’histoire dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Au lieu de prendre la mesure de la catastrophe européenne, un certain nombre d’écrivains talentueux, regroupés autour des revues La Table ronde ou La Parisienne, firent flèche de tout bois contre ce qu’ils vivaient comme l’arrogance insupportable des triomphateurs. Sans se laisser entamer le moins du monde par la découverte de l’ampleur des crimes nazis, ils revendiquèrent pour eux la qualité de parias, de proscrits, de persécutés et la critique du résistancialisme leur tint lieu d’inventaire. Ils reconnaissaient que l’Occupation avait été une époque pénible, mais c’étaient les excès de la Libération qui constituaient pour eux le grand traumatisme. Félicien Marceau a toujours su préserver sa singularité. Reste qu’il faisait partie de cette société littéraire qui s’était placée sans état d’âme sous le parrainage des deux superchampions de l’impénitence : Jacques Chardonne et Paul Morand. Je suis donc fondé à penser avec regret que, pour l’essentiel, il en partageait l’humeur.

Voilà. J’ai tâché d’honorer sans faux-fuyant le rendez-vous qui m’avait été instamment fixé avec le passé de mon prédécesseur. Je peux donc aborder maintenant son présent, c’est-à-dire l’œuvre qu’il nous laisse.

Qui, il ? Félicien Marceau. Louis Carette avait à son actif un essai et trois romans. Mais arrivé en France, il a voulu, avant même de reprendre la plume, tourner la page. Il s’est donc doté d’un nouveau nom pour une nouvelle naissance et ce nom n’est évidemment pas choisi au hasard : il se lit comme une promesse de gaieté et d’insouciance après les sombres temps de la politique totale. Promesse tenue pour notre bonheur dans des romans comme Les Passions partagées ou Un oiseau dans le ciel. Mais la littérature prend un malin plaisir à contrarier les pulsions généralisantes, même celles des écrivains. Si tout est drôle ou cocasse chez Félicien Marceau, tout n’est pas délicieux, tout n’a pas le charme souriant de la légèreté, Chair et cuir, son chef-d’œuvre, est un livre grinçant et un voyage en eaux profondes. Lisons la première page :

« IL SE RÉVEILLA FRAIS ET DISPOS. Voilà d’où je suis parti. Voilà la brèche par où tout a passé. Tout – jusqu’au drame – et le reste. La phrase clef. La phrase qui m’a permis de voir clair. De déceler l’imposture. Sans elle, je serais encore là, je ne sais où, comme un imbécile. Exclu, rejeté, seul enfin. Seul et perplexe, seul et désespéré devant un monde pour moi clos comme un œuf. À ne rien comprendre. À croire que. Alors que la réalité est que. Frais et dispos. ‘‘Le lendemain, je me suis réveillé frais et dispos.’’ Partout. Les gens qui vous parlent, les gens dans le métro, les journaux. COMME SI TOUT LE MONDE SE RÉVEILLAIT FRAIS ET DISPOS. Comme si c’était une chose fréquente, normale, naturelle. N’est-ce pas ? Parce qu’enfin une phrase qu’on rencontre si souvent, on est bien forcé de penser qu’elle n’évoque rien d’exceptionnel, rien de curieux. Bon. »

Magis, le narrateur et le héros de l’histoire, fait, un jour, cet étrange constat : la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle. Entre les mots proférés et les choses vécues, il y a un abîme dont personne ne paraît s’apercevoir. Car les hommes prennent pour l’être vrai le système formé par la rumeur, les préjugés, les lieux communs, les expressions toutes faites qui composent l’esprit du temps. Cartésiens et fiers de l’être, ils ont le cogito pour credo. « Je pense, donc je suis » disent-ils alors que, le plus souvent, au lieu de penser, ils suivent. Ils se veulent indépendants de la société. Mais cet individualisme est une chimère. La société ne leur est pas extérieure, elle leur colle à la peau. Dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est elle qui parle. Ne s’étant jamais réveillé que l’haleine chargée et la bouche pâteuse, Magis a fini par comprendre que quelque chose ne tournait pas rond dans la langue. Au lieu de l’exactitude attendue, il y a vu à l’œuvre ce que Heidegger appelle la dictature du On : « Nous nous réjouissons comme on se réjouit ; nous lisons, nous voyons et nous jugeons de la littérature et de l’art comme on voit et juge ; plus encore nous nous séparons de la masse comme on s’en sépare. Nous nous indignons de ce dont on s’indigne. »

Les démocrates, les modernes que nous sommes, prétendent n’obéir qu’au commandement de leur propre raison, mais ils se soumettent en réalité aux décrets de l’opinion commune. Le bon sens apparaissant comme la chose du monde la mieux partagée, on se défie des supériorités individuelles, on refuse de se laisser intimider par les personnalités éminentes, mais du On lui-même, chacun est la victime consentante. Comme l’a montré Tocqueville, nous sommes, en tant que citoyens libres et égaux, les sujets dociles du pouvoir social.

Pourquoi citer ici Tocqueville et Heidegger ? Parce que si l’on veut comprendre la portée de Chair et cuir, il faut arracher ce roman à la gangue de la psychologie. Comme La Nausée ou L’Étranger, Chair et cuir explore les structures ontologiques de l’existence. Références écrasantes, dira-t-on. Non. Ce roman a ceci de Félicien qu’il est malicieux. La tournure populaire du style adopté donne lieu à des trouvailles surprenantes et toujours amusantes. Mais, comme l’a écrit profondément Chesterton, amusant n’est pas le contraire de sérieux, « amusant est le contraire de pas amusant et rien d’autre ».

Dans sa vie comme dans le récit qu’il en tire, Magis a donc décidé de rompre avec le système. Il ne se laissera plus dicter son identité par le babil du monde. Il ne fera plus entrer de force le vrai dans le carcan – ou dans le cocon – du vraisemblable. Il sortira, pour vivre et pour raconter sa vie, de l’œuf douillet de la doxa. Il brûlera ses vaisseaux sans égard pour le qu’en-dira-t-on. Faute de modèle qu’il pourrait suivre, Magis dispose, avant de se lancer dans cette téméraire entreprise, d’un parfait contre-exemple : les Mémoires d’Edgar Champion, son ancien condisciple. Cet écrivain, au faîte de la gloire, a pris en apparence le risque de tout dire. Et, de fait, il révèle des choses qu’en général on passe sous silence : qu’il était sournois, menteur ; que, dès l’âge de douze ans, il n’était plus à tenir, qu’il se touchait, qu’il volait le linge de sa tante pour s’exciter dessus. Un homme se penche sur son passif, comme il l’écrit lui-même. Sauf qu’il tait l’essentiel. Et l’essentiel, la grande affaire, ce n’est pas la sexualité, comme le veut le système, qui a déjà absorbé Freud, l’essentiel, c’est – incroyable mais vrai – l’essence.

« C’était son vice, à ce garçon, sa manie, son plaisir. Il était toujours fourré dans les garages, à renifler les bidons. Il se mettait dans un coin, le nez sur un bidon, et il ne bougeait plus, en extase, tout pâle, les narines pincées. Il la buvait même, l’essence. Il prenait les bouchons pour les lécher. Il ne s’en cachait pas, d’ailleurs.

– Il n’y a rien de plus bon, disait-il. »

Mais ce penchant, malgré sa promesse de sincérité absolue, le grand écrivain l’a prudemment retiré de la liste de ses anomalies. Il s’est dégonflé. Car l’essence, à la différence des culottes, ne figurait pas dans la table des dérèglements homologués par le système. Et Champion, qui songeait à sa carrière, a eu peur que cet hapax ne lui ferme les portes de l’Académie française. Alors, au moment de passer aux aveux, il s’est replié sur le bon vieil inavouable de la tradition. Conclusion de Magis, martelée plusieurs fois dans le roman : « La littérature n’avance que grâce aux livres dont l’auteur accepte qu’on se foute de lui. » Ce qui rappelle cette confidence de l’écrivain Crémone, au début des Pacifiques : « Je ne reculerais pas devant ces petites vérités honteuses, mesquines, qui font la grandeur d’un livre. Ce que j’appellerais les vérités-Dostoïevski. Mais malgré soi, on pense à ses amis, on se préoccupe de sa figure. » Magis n’a pas cette préoccupation. Il raconte non son obsession de la sexualité, mais le mal de chien qu’il a eu à, selon son expression, « perdre sa fleur ». Bref, il descend de l’estrade : « Sur une estrade, tout ce qu’on fait, ce n’est pas du mensonge, si on veut, mais ce n’est pas tout à fait la vérité, on se guinde, on fait le brave, l’avantageux, le bonnasse, on rigole, sans savoir de quoi. » Magis a pris la décision de vivre et d’écrire à sa hauteur.

« Quand on vit, il n’arrive rien, constatait Roquentin dans La Nausée. Les décors changent, les gens entrent et sortent, voilà tout. Il n’y a jamais de commencements, les jours s’ajoutent aux jours, sans rime ni raison, c’est une addition interminable et monotone. » Magis est un autre Roquentin : au lieu de mettre sa vie en mots pour en faire une aventure, il s’efforce, par le récit, de la soustraire au grand mensonge narratif des romans et des biographies traditionnelles. Allant jusqu’à abandonner les pourquoi et les comment bien machinés les uns dans les autres du principe de raison, il prend la vie comme elle est, avant que le système qui veille sur notre humanité ne se mêle de la faire tenir droit : un flot, un abandon, une pente. Une vie où les choses se mettent comme ça et où rien ne surnage.

Mais comme personne n’est parfait, Magis n’arrive pas à se déprendre de toutes les raisons et de tous les liens. Il s’est marié. Bientôt, la femme qu’il a très vite cessé d’aimer le trompe. Cette tromperie l’affecte, car à défaut d’amour, il reste relié aux autres – c’est sa vérité-Dostoïevski – par l’amour-propre. Il ne supporte pas d’être exclu, rejeté, méprisé. Alors qu’il était plongé dans une bienheureuse indifférence, il remonte à la surface, il tue sa femme et se débrouille pour faire condamner l’amant de celle-ci à sa place. Ce Dugommier a le système contre lui. Il prend vingt ans. Magis reste donc seul avec sa fille. Rousseauiste à sa manière, il veut par son éducation susciter un être qui ne doive rien au système. Il lui apprend donc à ne jamais censurer ses sentiments. Résultat : quand sa grand-mère lui rend visite, Marthe l’accueille par ces mots : « Papa, il dit toujours que tu nous emmerdes à venir comme ça. » Et quand la vieille dame éclate en sanglots : « Tu pleures, grande vache ! » Magis fait donc le vide, il s’affranchit de tous les liens humains, et voici les derniers mots du vide : « Il reste Marthe. Il reste nous deux, notre petite vie, notre petite planète. Qui ne cesse de s’éloigner. »

Ainsi l’homme qui met au jour le vice du système se révèle bien plus vicieux que celui-ci. Il finit par être libre, Magis, mais sa liberté a quelque chose de répugnant. Il n’est pas le preux chevalier de l’autonomie radicale, il est son triste sire. L’estrade ou le souterrain : au bout du compte, aucune option n’est satisfaisante. La thèse de Magis ne fait pas de Chair et cuir un roman à thèse. Devant l’affront infligé à sa pauvre grand-mère par une petite fille manipulée, on en vient même à se dire que l’hypocrisie a du bon, et que les formules convenues ne sont pas une aliénation détestable, mais une inhibition salutaire : elles n’incarcèrent pas les hommes, elles civilisent la société. Magis avait su nous enrôler dans son combat contre les poncifs et les clichés qui dérobent la vie à elle-même. Mais ce que son combat avait lui-même de systématique apparaît au moment de le quitter. Car sa pédagogie est un hommage involontaire aux protocoles de la civilité, aux lieux communs de la politesse ordinaire.

Félicien Marceau appartient à cette période bénie de notre histoire littéraire, où les frontières entre les genres n’étaient pas encore étanches. Les auteurs les plus doués circulaient librement d’une forme à l’autre et savaient être, avec un égal bonheur, romanciers, essayistes, dramaturges. L’œuf, écrit « en deux temps, trois mouvements », est ainsi la version théâtrale de Chair et cuir, et ce qui valut à cette pièce un succès mondial, c’est l’audace de sa composition autant que sa force comique et l’universalité de son propos. Marceau, qu’on classe paresseusement parmi les auteurs de boulevard, n’a pas usé pour nouer son intrigue de recettes éculées ; comme le dit Charles Dantzig dans son livre d’entretiens avec Félicien Marceau L’imagination est une science exacte, il a inventé une nouvelle formule théâtrale : la pièce écrite à la première personne. Le personnage principal raconte sa vie, et convoque les autres personnages pour les besoins des épisodes dont il veut nous faire part, se mêlant parfois à eux, puis revenant sur le devant de la scène pour raconter la suite. Dans L’œuf, comme un peu plus tard dans La Bonne Soupe, le coup de génie de Marceau consiste à transférer sur les planches un procédé tout naturel dans le roman : c’est le romancier en lui qui élargit le champ des possibles du théâtre.

Mais si la forme varie, la pensée de l’écrivain se caractérise par la constance de son questionnement. La virtuosité chez lui va de pair avec l’opiniâtreté. « Tous mes livres, écrit-il en 1994, sont une longue offensive contre ce que dans L’œuf j’ai appelé le Système, c’est-à-dire le signalement qu’on nous donne de la vie et des hommes. Ces lieux communs sont plus dangereux que le mensonge parce qu’ils ont un fond de vérité mais qu’ils deviennent mensonge lorsqu’on en fait une vérité absolue. » Et cette offensive lui paraît d’autant plus nécessaire, d’autant plus urgente même, qu’avec le règne des écrans, le Système est aujourd’hui au faîte de sa puissance : « Dans votre signalement de l’homme, mon cher, dit l’un de ses personnages, n’oubliez pas la télévision. Qui, tous les soirs, sur nos querelles, sur nos angoisses, vient étendre ses maux, ses images, son ronron. Comme une nappe. Bien tirée. Sans un pli. »

Mais peut-on échapper au système autrement que ne le fait Émile Magis ? Peut-on sortir de l’œuf sans devenir un cloporte ? Oui, répond Félicien Marceau, et dans deux essais écrits à trente ans de distance, il prend l’exemple de Casanova. L’aventurier vénitien déploie, tout au long de sa vie, une insolente et insatiable liberté. Mais s’il refuse de se laisser corseter par le principe de raison, ce n’est pas pour végéter béatement dans son magma. Loin de confondre la liberté avec l’indifférence, Casanova « est foncièrement un ami des femmes, entre les femmes et lui, il y a constamment connivence ». Il est donc l’anti-Magis. Et il est aussi, comme le montre magistralement Marceau, l’anti-Don Juan : « Que cherche Don Juan ? Non le plaisir mais la victoire. Sa vie est un perpétuel défi. Il a besoin d’un ennemi à vaincre, d’un obstacle à surmonter. Casanova, lui, cultive l’occasion et il est prompt à la saisir. » Il n’est pas l’homme du défi, mais l’homme de la disponibilité : dans le plaisir il ne cherche rien d’autre que le plaisir. La transgression restant dans un rapport de dépendance à l’égard de la loi, il s’affranchit simultanément de l’une et de l’autre. Jamais il n’éprouve le besoin de se poser en s’opposant : c’est un voluptueux, ce n’est pas un adversaire. Il choisit l’hédonisme, non l’héroïsme. Pour le dire d’un mot, Casanova ne met pas le système en question, il le met entre parenthèses. La liberté dont il fait preuve est « une liberté limitée à l’acte et que n’escorte aucune doctrine ».

On retrouve cette grâce chez certains personnages de Marceau comme Nicolas de Saint-Damien, le héros d’Un oiseau dans le ciel. Cet homme comblé est aimé de son épouse, de ses six belles-sœurs, de ses beaux-parents, et il coule des jours tranquilles dans l’hôtel familial de la rue Barbet-de-Jouy. Mais ce cocon l’étouffe. Alors, un jour, sans prévenir, il s’en va. « Il a filé comme un bas. Il s’est taillé comme un crayon ; dit Maïté, la meilleure amie de sa grand-mère. » De l’Angleterre à la Grèce, Nicolas de Saint-Damien affronte mille péripéties. Et voici, en six répliques, la morale de l’histoire :

« – D’abord comment va-t-il ?

– Il va très bien.

– Il est heureux ?

– Il est libre.

– C’est différent ?

– C’est l’étage au-dessus. »

Et puis surtout, il y a Marie-Jeanne, l’héroïne de Bergère légère. Quand nous faisons sa connaissance, c’est une grande fille de douze ou treize ans, charmante avec ses cheveux bruns coupés courts, ses pommettes rondes, ses yeux d’un bleu très foncé, son air insolent. Cet air, elle le conserve en grandissant. Marie-Jeanne n’est pas timide et peu lui importe le qu’en-dira-t-on. Elle aime « décontenancer, inquiéter, déranger ce calme où s’assoupissent les gens ». Sa vie hors des sentiers battus la conduit, avec sa bande, dans le village d’Etichove. Elle y rencontre, dans des circonstances qu’il n’est pas nécessaire ici de relater, le petit Boussais. Ils tombent amoureux. Ils vivent, sans savoir rien du lendemain, rattachés à rien, libres enfin. Mais lui doit faire son service militaire. Il pourrait ne pas se rendre à la convocation, il résiste à cette tentation car il ne sera jamais un réfractaire, un déserteur, un hors-la-loi. « Je suis un officiel, moi. Je le resterai malgré tout ce que tu as tenté de faire », dit-il à Marie-Jeanne, et n’étant pas à la hauteur de sa légèreté, il la perd.

« L’imagination est une science exacte », aime à dire Félicien Marceau. Mais il n’a pas imaginé Marie-Jeanne. Il ne l’a pas inventée. Il l’a rencontrée, comme il le raconte dans Les Années courtes, vers 1935. Elle était communiste, et c’était plus qu’une conviction, c’était un mode d’être et d’agir. Ce qui ne les empêchait pas, elle et lui, de fréquenter, le soir venu, des cafés obscurs et d’étranges boîtes de nuit. « Nous vivons, disait-elle, un moment de grâce. » Lorsque Louis Carette reçoit sa convocation militaire, Marie-Jeanne lui dit : « Nous pourrions partir, passer à l’étranger. » Il ne peut s’y résoudre. Le jour dit, Marie-Jeanne le conduit à la caserne et tout rentre dans l’ordre. Le petit Boussais, autrement dit, c’est Félicien Marceau. Et je me demande, à relire Bergère légère, et tous ses livres après Les Années courtes, si son amour éperdu de la liberté ne tient pas au fait qu’au moment crucial, il lui a préféré l’obéissance. Il me semble que cette œuvre, qui aurait pu faire sienne la maxime de Talleyrand – « ne pas élever d’obstacle entre l’occasion et moi » –, est toute entière habitée par la nostalgie de Marie-Jeanne.

J’en ai presque terminé et je m’aperçois qu’il manque à cet éloge la belle adaptation pour Giorgio Strehler, metteur en scène magique, de La Trilogie de la villégiature de Goldoni. Il manque Balzac et son monde, la somme érudite et affectueuse consacrée par Marceau à l’auteur qui l’a accompagné sa vie durant. Manquent aussi des romans aussi essentiels que Creezy ou l’histoire de ce fils de famille noceur et désœuvré qui devient L’homme du roi et que – démenti cinglant à la sagesse du Système – le pouvoir ne corrompt pas mais élève. J’aurais dû en outre faire halte à Capri, petite île et, plus généralement, faire un sort à l’Italie indocile, devenue au fil du temps la deuxième patrie de cœur de Félicien Marceau. Je dirai pour ma défense que je n’ai pas voulu être exhaustif. J’ai découvert une œuvre que, je l’avoue, je connaissais à peine, et Chair et cuir, un roman qui fait désormais partie de ma bibliothèque idéale, m’en a fourni la clé.

Arrivé au terme de ce périple, j’ai les mots qu’il faut pour dire exactement ce qui me gêne et même me scandalise dans la mémoire dont Félicien Marceau fait aujourd’hui les frais. Cette mémoire n’est pas celle dont je me sens dépositaire. C’est la mémoire devenue doxa, c’est la mémoire moutonnière, c’est la mémoire dogmatique et automatique des poses avantageuses, c’est la mémoire de l’estrade, c’est la mémoire revue, corrigée et recrachée par le Système. Ses adeptes si nombreux et si bruyants ne méditent pas la catastrophe, ils récitent leur catéchisme. Ils s’indignent de ce dont on s’indigne, ils se souviennent comme on se souvient.

La morale de toute cette affaire, ce n’est certes pas que le temps est venu de tourner la page et d’enterrer le devoir de mémoire, mais qu’il faut impérativement sortir celui-ci de « l’œuf » où il a pris ses quartiers pour lui rendre sa dignité et sa vérité perdues.

-------------------------

SOURCE : CAUSEUR

-------------------------

 

23:04 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/01/2016

Leila Slimani : "Ces gens qui croient en un seul livre et qui pensent que ce livre ne se débat pas"

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

 

19:48 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/01/2016

Parlement Européen : Argent facile, champagne à gogo et autres privilèges

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Ces gens-là sont magnifiques... regardez jusqu'au bout... si vous sentez, tout au long, un terrible mal de cul, ne soyez pas surpris, on vous encule bel et bien... profondément... mais avec douceur, pour que vous le sentiez le moins possible...

Vive l'Union Européenne...

 

07:00 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07/01/2016

"Je croyais que c'était de la propagande de droite"...

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Dans la nuit du 31 Décembre au 1er Janvier, des centaines d'agressions d'ordre sexuel à l'encontre de femmes se sont produites en Allemagne, à Cologne, au point ou certains ne se demandent si ces attaques n'ont pas été littéralement orchestrées !

L'Allemagne d'Angela Merkel subit déjà le revers de médaille de sa naïveté immigrationiste envers les "réfugiés" syriens.

Et tandis que la Maire débile de Cologne prodigue ses absurdes conseils d'intégration allemande à la putride mentalité islamiste, histoire de se montrer entièrement soumis et accueillant... voici un p'tit témoignage sur le vif et servi aux p'tits oignons... pour votre édification...

19:43 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/01/2016

Mourir à l'Islam, renaître en Christ

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

07:00 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

02/01/2016

L'année 2015 vue par Alain Finkielkraut

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 



17:23 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’éducassion meauderne (Modern Educayshun)

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Bonne Année 2016...

 

07:00 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/12/2015

Daesh vous remercie

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

 

Pétition

00:21 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/12/2015

Robert Redeker : les antifascistes de confort et les "salauds de pauvres"

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Entre deux dimanches électoraux, à la faveur d'une lame de fond populaire propulsant le Front national aux portes du pouvoir, l'antifascisme de confort est de retour. Il l'est dans les médias, il l'est sur les réseaux sociaux, il ne l'est pas au café du coin. Il l'est dans des groupes humains bien intégrés,bien protégés. Il ne l'est pas dans les classes populaires qui fournirent jadis l'essentiel des troupes de l'antifascisme, quand la chose était dangereuse. Il l'est du côté des éternels donneurs de leçons à la vie facile, il ne l'est pas du côté de ceux qui souffrent. La force du FN tient à avoir réussi à se faire passer pour la voix de ceux qui souffrent,la voix vivante du peuple.

Un post revient de façon récurrente sur Facebook et Twitter insistant sur le faible niveau de diplôme des électeurs du FN. Ce courrier, présenté sous la forme d'un tableau statistique, complète cette information par la ventilation des électeurs selon les catégories socio-professionnelle (les CSP).

Le but de cette opération de discrédit est de délégitimer le vote FN en renvoyant ses électeurs dans une sorte d'infrahumanité peuplée par des citoyens de seconde zone. Ce ne sont que des «beaufs». Ce ne sont que des bacs moins quelque chose. Ce ne sont que des pue-la-sueur. Et en plus ils votent FN. Quand on sait que les hyper-diplômés admiraient en leur temps Staline, Mao et Pol Pot, le communisme sanguinaire, les totalitarismes rouges, qu'ils voyaient dans l'arrivée de De Gaulle au pouvoir en 1958 l'entrée dans le fascisme, qu'ils s'opposèrent au Général sous la bannière de l'antifascisme, pareille raillerie prête à sourire.

Ce mot que l'on croyait être le cri de ralliement de la bourgeoisie du XIXe siècle apeurée par les partageux est maintenant celui de la gauche, celui des consciences morales, celui des antifascistes: salauds de pauvres! Salauds de pauvres, ces enfants irresponsables dont il ne faudrait comptabiliser les suffrages que quand ils votent à gauche. Ce n'est plus la bourgeoise, c'est la gauche désormais qui tremble devant les pauvres, devant le peuple, c'est la gauche qui panique devant les classes dangereuses.

En agitant de façon outrancière l'épouvantail du Front national - alors, qu'objectivement, aucun danger fasciste ne menace notre pays et que ce parti, nonobstant ses réels défauts, n'est pas, comme le montre Pierre-André Taguieff, un parti fasciste —, la France qui, entre deux élections, en temps ordinaire, monopolise le droit à la parole joue à se faire peur. Elle s'amuse à la pantomime de l'antifasciste — sans adversaire, sans qu'il y ait de fascisme en face d'elle. Pour preuve : Valls reprend des idées qui étaient réputées infréquentables, "nauséabondes",il y a encore six mois parce que énoncées alors par le FN.

Prise au jeu de son antifascisme d'opérette, cette France-là brandit le spectre d'un fascisme en carton-pâte pour réduire au silence la France muette, celle qui ne parle que par le bulletin de vote. Son suffrage est FN aujourd'hui comme il fut PCF quelques décennies durant. 

Cet antifascisme de confort, véritable et puéril antifascisme de posture, est une formidable campagne de communication gratuite pour le FN puisqu'elle le transforme fantastiquement en une entité extérieure au système, bref en véritable alternative. Tout se passe comme si les pétitionnaires anti-FN, les spécialistes du front républicain, les ténors de la morale, avaient été stipendiés par le parti honni pour lui assurer sa promotion publicitaire.

Le FN, le diable ! Marine Le Pen, le diable. Marion Le Pen, la beauté du diable. Exorcisme, l’antifascisme de confort petit-bourgeois qui diabolise le FN, se déploie selon les voies de la pensée magique. Il cherche à se rassurer sur la localisation du Mal. Celui-ci doit habiter les entrailles de l’Occident, "ventre encore fécond", grandir tel un ver solitaire dans les intestins du peuple autochtone, ce ramassis de Dupont-la-Joie. Cette diabolisation doit rassurer après les attentats du 13 novembre. A la suite de ces crimes, la France des "assis" (pour reprendre Rimbaud), la France petite-bourgeoise, la France de l’antifascisme de confort, avait besoin de haïr — mais qui ? Le résultat des élections tombe à pic ! Ouf, nous voilà rassurés : le Mal absolu est localisé. Cette France ressort du grenier le discours sur l’ennemi intérieur. Et, oh merveille, cet ennemi n’est pas une cinquième colonne — il est 30 à 40 % de l’électorat "bien de chez nous".
La rhétorique de l’ennemi intérieur s’est remise en place, alors qu’elle était interdite d’énonciation lors des attentats islamistes. Divine surprise pour la Gauche divine : cet ennemi intérieur, c’est le petit peuple. Les petites gens de France.

Le retour de cet antifascisme est le retour d’un soulagement : "Nous les bons, eux les méchants". Nous, autrement dit la morale, la vertu, les diplômes et l’intelligence, la perspicacité et la culture. Eux, c’est-à-dire les classes populaires. Au soir du 6 décembre, des tweets disaient : "la bête immonde est de retour".

Le FN et ses idées sont peut-être condamnables. Il reste dans ce parti des gens peu recommandables, justement épinglés par la presse. Pourtant les nostalgiques des années 30, de l’Occupation et du pétainisme, les partisans d’un régime autoritaire, voire d’un coup d’état militaire, qui se réclament de lui, mais qui en sont la honte, n’en sont plus la vérité profonde. C’est cependant, avec l’inefficacité que l’on sait, ce résidu folklorique d’un fascisme passé de saison, que combat depuis des lustres la caste moralisatrice, l’antifascisme de confort.

--------------------

Source : Le Figaro

--------------------

Source n° : 2

--------------------

16:35 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (3) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/12/2015

Les limites de l'antifascisme carnavalesque

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

FIGAROVOX/TRIBUNE - Mathieu Bock-Côté revient sur les moyens déployés par les partis de gouvernement pour lutter contre le FN ; ceux-ci ne contribuent qu'à le faire progresser.

Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie et chargé de cours aux HEC à Montréal. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007). Mathieu Bock-Côté est aussi chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada.

Les formules sont convenues et un peu creuses, mais elles sont encore utilisées, comme si elles étaient rassurantes, et même réconfortantes: la poussée du Front national aux élections régionales est accueillie par des cris indignés qu'on veut aussi douloureux. Pour les uns, l'intolérance progresse et la percée du FN confirmerait en fait l'avilissement moral des Français. Pour les autres, les années 1930 pointent leur museau. Dans tous les cas, la démocratie serait en danger contre lequel il faudrait se mobiliser. Les éditorialistes, pour l'essentiel, partagent cette grille d'analyse, qui reconduit, pour l'essentiel, les catégories de l'antifascisme des dernières décennies. Et un peu partout, la presse étrangère, avec quelques nuances, reprend ces catégories et annonce une poussée historique de l'extrême-droite en France.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce cri de scandale ne nous aide pas vraiment à comprendre sa progression. Il confirme la vétusté de l'appareil conceptuel utilisé pour penser le populisme européen. Mais quoi qu'on en pense, on ne pourra pas toujours rabattre la vie politique contemporaine sur la Deuxième guerre mondiale. On cherche souvent, pour confirmer la disgrâce démocratique du Front national, à l'associer à différentes figures de la droite antiparlementaire de la première moitié du vingtième siècle. Mais l'opération est moins scientifique que rhétorique: elle vise à confirmer la culpabilité originelle d'un mouvement politique condamné à représenter l'ennemi de la République, même quand il prétend s'y rallier et cherche à y donner des gages.

Mais dans les faits, la référence à l'extrême-droite est de moins en moins opérante: il faut sans cesse redéfinir cette notion pour y faire entrer ceux qu'on veut y associer à tout prix. Politologues et sociologues en élargissent sans cesse la définition. Mais aujourd'hui, elle sert moins à décrire qu'à décrier. Elle a surtout pour fonction d'assurer l'exclusion politique de ceux à qui on l'accole, à tort ou à raison et en vient presque à relever de la démonologie. De ceux à qui on accolera l'étiquette, on dira qu'ils sentent le soufre, ou encore, qu'ils ont des idées nauséabondes. C'est l'argument olfactif. On renifle l'adversaire, on l'accuse de puer, on le transforme en ennemi, et on le chasse du domaine public. On conviendra qu'il ne suffit plus à détourner massivement les Français du FN. On atteint probablement aujourd'hui les limites d'un antifascisme anachronique.

On aura aussi cherché, depuis quelques années, à l'étendre à tous ceux qui contestaient d'une manière ou d'une autre l'idéologie multiculturaliste et les vertus du sans-frontiérisme. On a voulu extrême-droitiser la droite lorsqu'elle ne cherchait plus à respecter les critères de respectabilité édictés par la gauche. On a réservé le même sort aux intellectuels qui s'inquiétaient de la dénationalisation de la société française et qui ne célébraient pas systématiquement la diversité à la manière d'une richesse. On les accusera de «faire le jeu du Front national». Il fallait les censurer et maintenir en vie le fantasme médiatique d'une France à la diversité heureuse. Notre époque serait merveilleuse: qui en doutera sera accusé de complaisance réactionnaire.

Il ne fallait donc pas prendre au sérieux les raisons profondes qui poussaient un nombre croissant d'électeurs vers ce parti. On connaît la formule longtemps ânonnée: par exemple, il n'y aurait pas vraiment d'insécurité en France, mais un sentiment d'insécurité. Il fallait conséquemment dénoncer ceux qui l'entretenaient. De la même manière, on fustigera ceux pour qui la crise de l'école n'était pas simplement le fruit d'une nostalgie réactionnaire, mais une réalité de mille manières documentée. La simple référence à l'identité nationale, d'ailleurs, sera progressivement disqualifiée: on n'y verra qu'une crispation identitaire symptomatique d'une fragilité psychologique malheureuse. Il n'y aurait pas de déclin français, seulement un déclinisme délirant alimenté par des idéologues qu'on désignera à la vindicte publique.

Depuis une quinzaine d'années, on le sait, on a assisté à la multiplication des phobies. Elles contribuent à la psychiatrisation de la vie politique. La dissidence est associée à une forme de dérèglement psychique, et on assistera à la multiplication des interdits moraux et idéologiques. L'inquiétude devant l'immigration massive ou le multiculturalisme sera assimilée à la xénophobie. Celle par rapport à la difficile intégration de grandes populations musulmanes en France sera quant à elle assimilée à l'islamophobie. La critique de l'intégration européenne relèvera de l'europhobie. À ce catalogue des phobies, il faudrait aussi ajouter l'homophobie et la transphobie, dont on a beaucoup parlé ces dernières années. Le nouveau régime issu de mai 68 exige qu'on s'enthousiasme devant sa promesse d'un avenir diversitaire radieux ou qu'on passe pour fou. Devant le déni de réel des élites médiatiques, certains cherchent la protestation la plus vigoureuse, même si elle est excessive.

L'idéologie soixante-huitarde, qui prend forme aujourd'hui à travers la sacralisation de la diversité, a besoin du mythe du fascisme pour poursuivre son implantation. Il lui permet d'associer ainsi aux pires horreurs du vingtième siècle la simple défense des valeurs traditionnelles et des institutions qui les pérennisaient. Dès lors, le progressisme dominant propose son alternative funeste: multiculturalisme ou barbarie. Le désaccord populaire est toujours rabattu sur le fascisme, comme s'il représentait la dernière étape avant la conversion décomplexée à l'extrême-droite. En fait, il s'agit de désarmer mentalement le commun des mortels devant ce qui est quand même une entreprise sans précédent d'ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l'identité du peuple français et de la civilisation européenne.

Encore aujourd'hui, on peine à traduire politiquement les clivages nés dans la dynamique des radical sixties. Qu'on le veuille ou non, la distinction entre la gauche et la droite structure encore la vie politique, surtout en France qui, à sa manière l'a inventé. Elle n'est pas sans profondeur anthropologique non plus: la gauche et la droite ne sont pas des notions complètement insensées. Mais il faut bien convenir que ce clivage n'est pas parvenu à donner une véritable forme politique aux enjeux qui touchent à la nature même de la communauté politique. Ils ne s'expriment vraiment clairement qu'avec les référendums européens, pour ensuite se dissiper une fois que le système partisan reprend ses droits. Une frange importante du peuple, dans les circonstances, semble privilégier une politique tribunicienne pour se faire entendre, même si, paradoxalement, elle l'isole politique dans les marges.

On s'est demandé cet automne pourquoi les intellectuels avaient aujourd'hui plus d'influence que les politiques dans la vie publique. Naturellement, leur parole est plus libre. Ils ne sont pas en position de responsabilité. On les suspecte moins, conséquemment, de dissimuler une part de réalité et d'être lié par une attache partisane. Mais l'essentiel était ailleurs: ne cherchant pas à s'inscrire dans un clivage politique usé, ils parviennent plus aisément à réaliser les synthèses nécessaires et à formuler une vision de l'époque et de ses enjeux délivrée de l'écartèlement habituel et exagéré entre ce que la gauche et la droite de gouvernement croient devoir être. Plus souvent qu'autrement, ils expriment une forme de conservatisme qui est peut-être d'abord et avant tout un patriotisme de civilisation. Ce créneau est aujourd'hui idéologiquement majoritaire en France, même s'il demeure vitupéré médiatiquement.

Si on laisse de côté le grand récit antifasciste maintenu artificiellement en vie par le système médiatique, on découvre une autre histoire de l'émergence du populisme européen. Sa vitalité politique repose sur un double abandon dont se sont rendus coupables les partis de gouvernement. La droite a sacrifié le patriotisme conservateur qui était la marque distinctive du RPR des bonnes années pour se convertir à un libéralisme moderniste qui n'a jamais suscité l'enthousiasme au-delà du cercle étroit des élus de la mondialisation heureuse. La gauche a renoncé à la défense du peuple pour se convertir à la cause de la diversité et à la sacralisation des minorités, en leur prêtant la vertu rédemptrice autrefois réservée au prolétariat. Le Front national a récupéré ces deux créneaux.

En un mot, les élites françaises ont sacrifié la fonction protectrice du politique, ou sa part conservatrice, si on préfère. Elles ont ainsi renoncé à certaines aspirations fondamentales au cœur de la cité. Elles ont négligé le besoin d'enracinement au cœur de l'âme humaine. Les enjeux sociétaux ont émergé ces dernières années. Ils rappellent que la politique ne saurait être victime de réductionnisme économique sans s'appauvrir existentiellement. Les hommes, quoi qu'on en pense, ne se représentent pas la société comme une simple association contractuelle d'individus sans liens véritables entre eux. Ils veulent habiter un monde commun, noué dans l'histoire et la culture. Mais on a assisté, à bien des égards, à sa dissolution dans la seule logique des droits.

Plus encore, les grandes réformes sociétales ont été présentées comme relevant de la fatalité historique. Ce sentiment d'impuissance entretenu par le mythe de la fatalité historique revalorise, par effet de contraste, ceux qui croient que la politique n'est pas sans lien et qui misent sur cette dernière pour infléchir autrement le cours de l'histoire, et reconstruire ce qui n'aurait pas dû être déconstruit. Les partis politiques qui prétendent, d'une manière ou d'une autre, sortir la politique de la seule logique de l'extension des droits et du traitement gestionnaire des problèmes sociaux risquent retrouvent aisément un écho populaire. Ils laissent croire, en quelque sorte, que l'homme a une maîtrise sur son destin, même s'ils font preuve souvent de démagogie en laissant croire que cette volonté est toute-puissante et peut s'affranchir des pesanteurs de l'époque.

On s'est émerveillé, ces dernières semaines, de la réhabilitation de la Marseillaise et du Tricolore, suite aux carnages du 13 novembre. Personne ne s'en désolera, naturellement. Il y avait là une forme de sursaut patriotique absolument admirable, à mille lieux du réflexe pénitentiel dans lequel le système médiatique se complaît spontanément. Mais une certaine autocritique aurait été la bienvenue: pourquoi les élites, et les élites de gauche, en particulier, avaient-elles abandonné les symboles nationaux? Car le Front national avait moins confisqué la nation qu'on ne lui avait concédée. C'est moins sur son programme spécifique qu'il est parvenu à croître, au fil des ans - d'autant que ce programme est assez changeant et ne se caractérise pas exactement par un souci de rigueur - que sur un désir de nation auquel il était à peu près le seul à répondre explicitement, aussi déformée sa réponse soit-elle.

Il faut voir plus large. C'est à une crise de légitimité qu'on assiste, en fait. Une crise de régime, si on veut, qui touche toutes les sociétés occidentales même si encore une fois, même si c'est en France qu'elle prend une portée civilisationnelle. La France devient le théâtre des grandes contradictions qui traversent le monde occidental. Le pouvoir semble impuissant à affronter une crise de civilisation à peu près sans précédent et se contente de disqualifier ceux qui le rappellent à ses devoirs et l'invitent à ne pas se contenter d'incantations humanitaires devant des problèmes comme la crise des migrants. Il se permet même de persécuter ceux qui dénoncent son impuissance. Ainsi, ils sont de plus en en plus nombreux à défiler régulièrement devant les tribunaux pour avoir nommé la part de réel qui heurte l'idéologie dominante. C'est, à certains égards, le seul ressort qui lui reste.

Il y a certainement d'excellentes raisons de s'opposer au Front national, mais la réduction de sa progression à la renaissance d'une forme de fascisme intemporel, qui serait la tentation diabolique de la civilisation européenne, n'en est pas vraiment une. Elle rassure certainement une frange significative des élites politiques et intellectuelles, qui peuvent dès lors prendre la pose avantageuse de la résistance contre la bête immonde, mais elle rend à peu près incompréhensible et inintelligible le pourrissement de la situation qui a pourtant propulsé le Front national au rang de premier parti de France. Et pour tout dire, la meilleure manière de lui faire barrage ne consiste certainement pas à pousser encore plus loin la politique qui a contribué à sa croissance.

Mathieu Bock-Côté

----------------------

SOURCE : Le Figaro

----------------------

 

15:00 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

"Le FN est-il encore un parti d'extrême droite?" réponse de Pierre-André Taguieff

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

------------------------

Le visage, les cadres et le contenu du FN ont changé. Marine Le Pen incarne le renouveau de ce parti, clairement contre le modèle paternel. La normalisation à laquelle nous assistons depuis des années fait de lui un parti nationaliste avec une doctrine mélangeant des thèmes de droite et de gauche. Le FN répond à une demande souveraino-identitaire, au cœur du nouveau nationalisme en Europe.

------------------------

 

Le Front national de Marine Le Pen est-il le même que celui de Jean-Marie Le Pen ?

A gauche comme à droite, un dogme s’est constitué, à savoir que le Front national n’aurait pas changé. C’est faux. Je suis un adversaire politique du FN mais il faut constater les faits. Le FN a changé. Son évolution post-Le Pen père a commencé dès 1995 avec l’influence croissante de Bruno Mégret, dont Marine a pris la relève. Elle incarne le renouveau et la renaissance du FN, clairement contre le modèle paternel. Un verrouillage idéologique existe toutefois sur cette question. Certains veulent conserver le vieux discours antifasciste qui consiste à appeler au « front républicain » et à « faire barrage » au FN comme s’il incarnait une menace fasciste. C’est se tromper de menace en oubliant le terrorisme djihadiste.

Le FN est-il encore un parti d’extrême droite ?

La normalisation à laquelle nous assistons depuis des années fait de lui un parti nationaliste avec une doctrine mélangeant des thèmes de droite et de gauche, hérités du père sur l’immigration et l’insécurité mais de la gauche et de l’extrême gauche quant au volet économique et social, loin du reaganisme économique des années 1980. L’étiquetage « extrême droite » a un sens dans la polémique politique mais est dénué de valeur conceptuelle, comme je le démontre dans mon livre La revanche du nationalisme.

Cette revanche du nationalisme expliquerait son succès ?

Oui. Le FN répond à un désir de souveraineté par rapport à l’Europe et à la mondialisation mais surtout à une demande populaire d’identité collective, représentation certes floue mais mobilisatrice. Et malheureusement beaucoup d’intellectuels aujourd’hui n’en tiennent pas compte. Cette demande souveraino-identitaire forme le cœur du nouveau nationalisme en Europe, de l’UKIP en Grande-Bretagne aux partis au pouvoir en Europe centrale, en passant par l’Italie, les Pays-Bas ou la Belgique. Ce mouvement général contextualise et relativise le phénomène du nouveau FN. Ce programme « national-populiste » est porté par la figure charismatique d’une Marine Le Pen, sans équivalent à droite.

Le visage du FN a changé mais son contenu ?

Marine exerce une attractivité d’ampleur plus large que son père dont la séduction tenait à des provocations aux effets incertains. Il ne pouvait pas dépasser les 18-20% de votants. Sa fille s’adressant et séduisant de nouveaux et différents publics, oui. L’élargissement du FN n’est pas un vain mot, de son installation à Sciences Po-Paris jusqu’à la création d’un syndicat frontiste parmi les enseignants. La doctrine a bien changé et les cadres ont été renouvelés. Marine Le Pen et son équipe ont accompli une épuration interne, évacuant beaucoup d’éléments racistes, antisémites et violents tolérés par Le Pen-père.

Cette normalisation et le succès du FN étonnent à gauche comme à droite. Quelle a été leur erreur ?

« Le choc » titraient hier autant L’Humanité que Le Figaro. La métaphore est suggestive. Les élites en place sont choquées, indignées et désemparées. Pour reprendre l’expression célinienne, le « bla-bla » qui marche est désormais celui de l’ennemi méprisé, le FN. Leur « bla-bla » à eux —classiquement antifasciste— ne fonctionne plus. Stupéfaites, gauche et droite n’ont plus qu’un programme minimal —qui n’en est pas un— : barrer la route au FN. Mais ce néoantifascisme sonne de plus en plus creux et ses effets pervers sont avérés. Cet aveuglement et ce ronronnement sont observables depuis plus de trente ans. Ici le schéma populiste —le peuple contre les élites, pour faire vite— est parfaitement illustré. On assiste à une revanche de ceux d’en bas —les classes moyennes et populaires saisies par la peur, orphelines de l’avenir meilleur promis par la gauche classique et la droite réformiste, les jeunes précarisés, les humiliés, les méprisés en tant que « petits blancs »— bref ceux qui composent ce que j’appelle la deuxième France, contre la première France — les élites représentant 15-20% de la population française qui vivent en Europe et non plus en France, au rythme de la mondialisation. Les problèmes d’identité ou de souveraineté n’ont pour ces dernières aucun sens. Elles ne peuvent pas comprendre les aspirations populaires. C’est cela le problème. Quant à la troisième France, elle est issue de l’immigration, de culture musulmane, reléguée dans des quartiers dits sensibles. Séparées, ces trois France s’ignorent ou se méprisent les unes les autres, illustrant la fragmentation —géographique, socio-économique, culturelle et ethnique— de la société française.

Entretien : Thierry Boutte

Pierre-André Taguieff – Philosophe, politologue et historien des idées. Directeur de recherches au CNRS, rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof, Paris). Auteur notamment de La Revanche du nationalisme. Néopopulistes et xénophobes à l’assaut de l’Europe. 2015

------------------------

Source : La Libre Belgique - 8 décembre 2015

------------------------

 

06:31 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06/12/2015

Mode de vie et habitat influencent l'expression de nos gènes

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Une équipe française a découvert que l'habitat et le mode de vie des populations humaines peuvent modifier l'expression des gènes.

Comment l’espèce humaine s'est-elle adaptée à son habitat (milieu rural ou urbain) et à son mode de vie (chasseur-cueilleur nomade ou agriculteur sédentaire) ? Au cours de l’évolution humaine, l’environnement a exercé une pression sélective au niveau génétique, entraînant la sélection de mutations de l’ADN avantageuses pour notre espèce. Une équipe française de l'Institut Pasteur et du CNRS vient de montrer pour la première fois que l’habitat et le mode de vie peut aussi agir sur le plan épigénétique, c’est-à-dire par des modifications modulant l’expression des gènes. Ses travaux sont publiés dans la revue Nature Communications*.

L'étude de 2 populations africaines séparées depuis 60.000 ans

Les chercheurs ont pris pour modèle le génome de deux populations qui se sont séparées il y a environ 60.000 ans : des chasseurs-cueilleurs nomades Pygmées vivant dans la forêt et les Bantous d’Afrique centrale, agriculteurs sédentarisés vivant dans des habitats urbains, ruraux ou forestiers. Ils ont mis en évidence qu'un passage récent d’un habitat forestier à urbain peut affecter l’épigénétique des fonctions de la réponse immunitaire. Au contraire, le mode de vie historique de ces populations – sédentaire agriculteur ou chasseur-cueilleur nomade – peut toucher des fonctions plus pérennes, comme celles liées au développement, via une modulation par sélection naturelle de son contrôle génétique.

Quelle différence entre génétique et épigénétique ? La génétique se rapporte à la séquence des acides nucléiques constituant l’ADN et portant nos gènes. L’épigénétique s’intéresse aux éléments ne modifiant pas la séquence génétique, mais pouvant néanmoins affecter l’expression des gènes. Contrairement aux mutations génétiques, les modifications épigénétiques sont réversibles. Elles permettent, entre autres, aux individus de s'adapter à leur environnement.

Plus précisément, pour ces travaux, les chercheurs ont étudié une modification épigénétique de l’ADN nommée méthylation, c’est-à-dire l’ajout de groupements chimiques méthyles sur la séquence des gènes. Ils ont en premier lieu comparé le niveau de méthylation génomique d'un groupe particulier de Bantous forestiers avec celui des Bantous urbains ou ruraux : ils ont observé que le changement récent d’habitat avait provoqué des modifications de l’épigénome concernant principalement les fonctions du système immunitaire. Ces modifications ne se transmettent pas de génération en génération. Quant les chercheurs ont comparé les méthylations du groupe de Bantous forestiers (agriculteurs) avec celles des Pygmées (chasseurs-cueilleurs) afin d’étudier cette fois-ci l’impact de leur mode de vie, ils ont constaté des différences de l’épigénome, relatives cette fois au développement (la taille, la minéralisation osseuse...). Ils se sont aperçus que ces changements affectaient les caractéristiques physiques qui différencient, entre autres, les Bantous des Pygmées. Ces modifications sont devenues héritables et pérennes. Les chercheurs les ont donc qualifiées "d'historiques".

Une explication à la prédisposition de certaines maladies ?

"Notre étude montre que les changements de mode de vie et d’habitat influencent fortement notre épigénome, et que l’urbanisation a un impact important sur les profils épigénétiques du système immunitaire. Ceci souligne l’importance de s’intéresser, en complément des études de génétique plus classiques, à la façon dont les changements épigénétiques pourraient créer un terrain immunitaire plus propice au développement de maladies auto-immunes, d’allergies, d’inflammations, etc.", explique dans un communiqué Lluis Quintana-Murci, principal auteur de l'étude. Il estime que ce modèle d’étude pourrait permettre d'identifier les fonctions biologiques les plus affectées par les changements d’environnement, de mode de vie et d’habitat auxquels les populations humaines se voient de plus en plus confrontées.

* Source : Étude publiée dans la revue Nature Communications

-----------------------------

SOURCE : Science et Avenir

-----------------------------

 

23:16 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

23/11/2015

Esprit Chevalresque

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

 

00:02 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (3) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/11/2015

Phosphore...

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

Il semblerait que les russes soient en train d'utiliser des bombes au Phosphore sur l'Etat Islamique...

 

 

 

Pour avoir une idée des dégâts qu'occasionnent les Bombes au Phosphores... 

23:56 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook