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10/05/2016

Le Communisme ? C'était mieux avant...

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Georges Marchais - PCF : immigration et laïcité

 

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02/05/2016

Les cinq plus grands regrets émis avant de mourir...

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N'attendez pas... 

 


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17/03/2016

Eric Zemmour : "Et si on changeait le nom de notre pays ?"

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03/03/2016

Le Schisme de 1054

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Brillantes interventions de Goran Sekulovski, entre autre lorsqu'il explique la différence entre Théologie Divine (La vie de la Trinité par elle-même) et Economie Divine (l'Intervention Divine dans le monde), à propos du "Filioque"... et Marie-Helene Congourdeau qui avoue, presque en chuchotant, que ce sont les occidentaux qui ont rajouté quelque chose au Crédo, et non pas les orientaux qui auraient enlevé quelque chose...

 

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18/02/2016

LA QUATRIÈME GUERRE MONDIALE NOUS EST DÉCLARÉE : ENTRETIEN AVEC MAURICE G. DANTEC

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Nous sommes heureux, à Égards, de retrouver Maurice G. Dantec pour un entretien autour de quelques-uns de ses thèmes de prédilection : la géopolitique, la pathologie islamiste, l’histoire militaire, la littérature, l’eschatologie chrétienne. L’écrivain nous rappelle des vérités, certaines lumineuses et d’autres plus sombres.

Patrick Dionne

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JEAN-PHILIPPE MARTINI : Maurice G. Dantec, il y a une quinzaine d’années, dans le Théâtre des opérations et le Laboratoire de catastrophe générale – des œuvres qui méritent en passant d’être relues –, vous décriviez déjà une France en crise, vous annonciez déjà la conflagration européenne. Selon vous, y aura-t-il d’autres attentats jihadistes en France, mais cette fois-ci organisés par des éléments hétérodoxes en sous-traitance ?

MAURICE G. DANTEC : Votre question est à la fois simple et complexe. D’abord, il est vrai que ce qui s’est passé en France en novembre dernier, je l’avais prédit. Je ne suis pas un mystique visionnaire : il suffisait de lire le monde tel qu’il était pour comprendre que ce nazisme islamique, qui se configure de manière claire et précise aujourd’hui, constituait une menace bien réelle. Il suffisait simplement d’être à l’écoute de ce monde de merde (excusez-moi), il y a quinze et même vingt ans. Mon expérience en Bosnie-Herzégovine m’a aussi beaucoup ouvert les yeux à ce sujet. Ce qui m’a valu à l’époque des épithètes fort désagréables et des ennuis éditoriaux sur lesquels je ne reviendrai pas. Ensuite, est-ce qu’il y aura d’autres attentats ? Encore une fois, je ne suis pas devin, mais c’est évident qu’il y en aura d’autres. Pourquoi en France ? Parce que, comme on dit sur le ton de la blague : la France et l’Algérie se sont séparées en 1962, mais c’est la France qui a eu la garde des enfants. Je n’exclus pas non plus cette idée : la France est la fille aînée de l’Église. Ébranler un symbole si fort, qui a longtemps été une réalité vivante, ça paye, stratégiquement (le terrorisme, à la fin, n’est peut-être que l’art de briser les images et de renverser les symboles). Donc, cette communauté arabo-musulmane qui n’est pas entièrement (Dieu soit loué!) pieds et poings liés aux États islamiques ou au califat sunnite est aussi, malheureusement, un vivier potentiel à l’intérieur des frontières françaises ou même canadiennes. C’est-à-dire que même si l’État islamique est vaincu un jour militairement, politico-militairement – par la seule, la dernière puissance mondiale, la Russie –, je crois que ces réseaux demeureront actifs sur le sol français et sur le sol canadien. Le fanatique ne prend jamais de vacances. Et ce qui est plus grave, c’est qu’il a toujours une descendance. Le monde tel qu’il se dessine en ce début du XXIe siècle est un monde très dangereux, sans doute plus dangereux que le fut le XXe. Pourquoi ? Parce qu’au XXe siècle au moins, les «camps» étaient relativement définis, si vous voyez ce que je veux dire… Avec le psychopathe du Tyrol d’un côté et le paranoïaque soviétique de l’autre.

JEAN-PHILIPPE MARTINI : L’utopie islamiste se répand un peu partout dans le monde. Il y aurait même une internationalisation de la «cause» qui se déploie sous divers drapeaux et à plusieurs niveaux. L’infrastructure des Frères musulmans semble s’être incrustée définitivement en Europe et en Amérique du Nord. Y a-t-il un manque d’intelligence ou de volonté de nos dirigeants pour réfréner ces «pulsions» islamistes ?

MAURICE G. DANTEC : Depuis 1947, la plupart des gouvernements européens (ou de souche européenne en Amérique du Nord) soutiennent – à part le Parti républicain aux États-Unis, ce qui n’est pas un hasard, puisque les États-Unis ont été conçu comme un «Nouvel Israël» par les pionniers –, soutiennent, donc, les Arabo-musulmans contre vents et marée. Comme je l’écris dans mon recueil d’aphorismes à paraître, Courts-circuits, la figure du «prolétaire» qui a disparu en Occident, a été remplacée par le «bon Palestinien». Depuis 1947, quand même !, soit deux ans après Auschwitz, les gouvernements européens (ou euro-américains) appuient sans discussion la «cause arabe» contre l’État d’Israël. Ce n’est donc pas un hasard si cet antisémitisme, latent depuis la Révolution française en Europe, se camoufle sous l’appellation «antisionisme». Il a suffi que les Juifs, par la force des armes, il faut bien le rappeler, arrachent leur terre ancestrale – la Terre d’Israël ! – à ce qui n’était pas encore le Hamas. Je nomme le Hamas : on peut parler des Frères musulmans, de la République théocratique chiite, du califat sunnite, tout ça en fin de compte, c’est la même chose.

JEAN-PHILIPPE MARTINI : Le nazisme a été dévastateur en Europe. Le communisme, sous ses différentes dénominations (maoïstes, trotskistes, etc.), a été une effroyable imposture totalitaire sur plusieurs continents. L’islamisme qui se dresse et se braque contre l’Occident sera-t-il vaincu un jour ?

MAURICE G. DANTEC : Ah! Évidemment, moi, en tant que chrétien, je crois que les bons gagnent à la fin. Mais cette fin, c’est quand ? Ce n’est pas prévisible. Seul Dieu le sait précisément, la Sainte Trinité le sait. Au moment où l’on se parle, on n’est pas là-haut. C’est quand on est là-haut que l’on sait. On ne peut pas non plus manipuler l’Histoire humaine de là-haut. Dieu nous a fait libres. Ça, c’est une constante du christianisme, qu’on ne retrouve pas dans l’islam. Dieu nous a fait libres… Ça veut dire quoi ? Que la liberté – qui a d’ailleurs la même étymologie que le mot «livre» (c’est peut-être pour cette raison que les écrivains comme moi se mobilisent quand on attaque la liberté) –, que la liberté, c’est aussi l’impossibilité de prévoir. Nous ne pouvons pas prévoir l’heure de notre mort ni même à quoi ressemblera la prochaine minute de notre vie. Et heureusement, heureusement ! La vie serait intolérable si nous savions à l’avance tout ce qui va nous arriver. C’est vrai également pour l’écriture. On ne peut pas écrire décemment, je crois, si le livre est pré-écrit. Le livre est une forme de vie: c’est la vie des formes qui sont à l’intérieur. Soit la première phrase se déplie en toute liberté et l’œuvre surgit, soit le storyboard est tout tracé et le bouquin est mort-né.

JEAN-PHILIPPE MARTINI : Des commentateurs un peu cyniques prétendent qu’il faudrait, sur les fronts syrien et irakien, s’allier temporairement au Hezbollah pour venir à bout de Daesh. Pensez-vous que ce type de compromis soit nécessaire pour vaincre Daesh ?

MAURICE G. DANTEC : Ce qui se passe est très curieux. Depuis 1947, et plus encore depuis 1979, depuis la Révolution iranienne, les Arabo-musulmans, chiites comme sunnites, ont joué avec le feu. Et maintenant c’est le feu qui joue avec eux. Le Hezbollah, par rapport à l’État islamique ou à Al-Qaïda, c’est de la rigolade. En dépit des apparences, les Iraniens, les Syriens et une bonne partie du Proche-Orient sont obligés d’essayer de contrôler ce qui est devenu incontrôlable : l’État islamique ou le nouveau califat. Pourquoi ? Parce que leur propre régime est déstabilisé. Il ne s’agit pas de jouer aux anges (bien qu’un Ange exterminateur réglerait bien des problèmes), mais d’être réaliste. Dans ce monde réel, même s’il devient de plus en plus… virtuel, il faut prendre en compte ce qui se passe. Le Hezbollah, même s’il commet des attentats au Liban et ailleurs, représente une sorte de force d’inertie. Les pays sont encore des pays, c’est encore le règne des nations, qui sont obligées de prendre le taureau par les cornes, de se positionner clairement, de frapper frontalement.

JEAN-PHILIPPE MARTINI : Quand on tue au nom du Jihad, à Jérusalem, à Rome ou à Paris, n’est-ce pas toujours la même idéologie qui est à l’œuvre, bien que ces attentats soient perpétrés par des groupes distincts ?

MAURICE G. DANTEC : Oui. Et ces groupes soi-disant distincts, le nouveau califat ou même le nouvel Al-Qaïda, se cachent sous des appellations diverses, non contrôlées. Le monde à venir va être celui d’une confrontation plus ou moins générale, parce que le Jihad est inscrit en toutes lettres comme une valeur coranique. Je me permets une petite parenthèse. Tous ces braves gens qui interviennent dans les débats radiophoniques, télévisés, qui écrivent dans la presse sur le Coran, qui font comme M. Thomas Mulcair des réflexions sur le niqab, n’ont pas lu le Coran. Ils parlent sans savoir.

PATRICK DIONNE : C’est l’ignorance universelle, gratuite et obligatoire.

MAURICE G. DANTEC : Exactement. Si vous voulez parler du nazisme, vous lisez Mein Kampf, si vous voulez parler du marxisme-léninisme, vous lisez Le Capital de Marx et Que Faire ? de Lénine. Staline, au moins, ne se prenait pas pour un écrivain. Staline à la limite est beaucoup plus respectable que bien des gouvernants occidentaux actuels. Parce que lui, il a foutu la pile à Hitler, au prix de vingt-cinq millions de morts. Il ne faudrait pas l’oublier. Près de vingt-cinq millions de soviétiques ont été «sacrifiés» pour que les petits Européens qui collaboraient avec la tapette du Tyrol restent en vie. Staline a livré une «Guerre Totale» à Hitler, mais pas au nom du communisme. Il faut se rappeler qu’au moment où les nazis envahissent la Russie, et que Staline se dresse contre eux, il ne se réfère pas au bolchévisme, ni non plus à la «Sainte Russie», évidemment, mais à la «Grande Russie» ! Par comparaison, que font réellement Justin Trudeau ou François Hollande contre les fanatiques du Jihad ?

PATRICK DIONNE : La guerre a subi des mutations terribles au cours du XXe siècle. En ce XXIe siècle, elle est protéiforme, et comme coincée entre pacifisme et militarisme. Est-ce que vous voyez un lien entre la mutation de la guerre et la virtualisation du monde ?

MAURICE G. DANTEC : La réponse est contenue dans votre question. «Militarisme» c’est une idéologie, il y a un «isme». «Pacifisme», c’est une idéologie, il y a un «isme». Par contre, les affaires militaires existent depuis que l’homme est homme. La paix aussi existe depuis que l’homme est homme. Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est effectivement l’émergence, ou plutôt la concrétisation finale du terrorisme, qui est bien une idéologie depuis l’époque de la Terreur, celle qui a été initiée par la Révolution française (que le diable l’emporte!) en 1792. Le terrorisme engendre à son tour un climat extrêmement absurde et en même temps terrible où la guerre n’est plus un acte mais une idéologie. Et où la paix n’est plus un acte mais une idéologie.

PATRICK DIONNE : Le pacifisme et le militarisme ne sont-ils pas des falsifications de la paix et de la force, des vertus dégradées, qui renaissent sous forme de simulacres ?

MAURICE G. DANTEC : Bien dit. Sous forme de simulacres. Comme l’affirmait Philip K. Dick, dans son roman Simulacres.

PATRICK DIONNE : Philip K. Dick, on le sait, est une de vos influences majeures. Vous êtes de la même communauté d’esprit, et vos œuvres respectives creusent par moment les mêmes questions, dont celle-ci : à quoi ressemblerait le monde, l’univers, si les nazis avaient gagné la Deuxième Guerre mondiale ? Dans votre roman Métacortex, vous soutenez même que les nazis l’ont gagné, la Deuxième Guerre mondiale...

MAURICE G. DANTEC : En réalité, les nazis ont perdu la guerre, mais ils ont gagné le monde. C’est la grande leçon du XXe et de ce XXIe siècle qui commence. Ils ont perdu la guerre, c’est un fait objectif. Mais comme le dit aussi Dick de manière fort juste, le problème n’est pas tant que ce monde soit faux, c’est que ce n’est pas le bon.

JEAN-PHILIPPE MARTINI : Récemment, la tenue d’une allocution de Tariq Ramadan dans une communauté protestante en plein cœur du centre-ville de Montréal, l’Église Unie St-James, a fait beaucoup jaser. Qu’en pensez-vous, sachant que nombres de groupes protestants qui se targuent d’ouverture et de «progressisme» ne sont peut-être pas au courant que ce monsieur travaille en collaboration étroite avec un centre d’études islamiques idéologiquement orienté situé au Qatar, le Centre de Recherche sur la Législation Islamique et l’Éthique ?

MAURICE G. DANTEC : Le fait que Tariq Ramadan soit présent lors d’une réunion de cette «Église Unie», une Église protestante, n’est pas un hasard. Le protestantisme, à l’origine, c’est une hérésie, qui a fondé la modernité dans ce qu’elle a de pire. L’islam, lui, n’a pas fondé la modernité, c’est presque l’inverse. C’est une hérésie qui veut rester à son état primitif de l’âge 600. Alors que ces gens-là se congratulent mutuellement, ce n’est pas vraiment fait pour m’étonner. Ce monde 2.0, comme je l’appelle, n’est pas enthousiasmant, c’est le moins que l’on puisse dire.

PATRICK DIONNE : Je soulèverais deux autres points, si vous le permettez. D’une part, Tariq Ramadan, c’est un peu la marionnette des furieux, une sorte de Bonhomme Carnaval de l’islamisme, qu’on promène partout en Amérique pour rassurer les inquiets et bourrer les imbéciles: l’islam est une religion de tendresse, miséricordieuse, raffinée, tolérante, etc., vous connaissez le refrain… Ramadan joue ce rôle de marionnette très consciemment. Sa stratégie est simple, banale même: présenter de l’islam un visage séduisant. D’autre part, ce n’est effectivement pas un hasard s’il parade avec les protestants (quoique des universités et des théologiens catholiques, comme l’Université Notre-Dame, comme Gregory Baum, l’invitent à prononcer des conférences et font son éloge). Vous l’avez très bien dit : l’islam et le protestantisme sont deux hérésies. Une de leur caractéristique commune, c’est ce mépris de la raison, de l’intelligence. Une sorte de haine de l’esprit les fonde, les habite et les dévore. On peut parler, avec Jean Renaud, d’une conjonction des fidéismes. Qui sont évidemment faits pour copuler ensemble.

MAURICE G. DANTEC : Je n’aurais pas mieux dit. Vraiment.

JEAN-PHILIPPE MARTINI : Même si globalement l’Église Unie du Canada est en décadence numérique, pourquoi aucun dirigeant de cette communauté n’informe le public sur la proximité de Tariq Ramadan avec le controversé Youssef Al-Qaradawi? Est-ce par paresse ou par lâcheté ?

MAURICE G. DANTEC : C’est peut-être par calcul. Il est évident que l’Église Unie du Canada n’a pas intérêt, vis-à-vis de ses ouailles et de l’opinion publique, à faire savoir qu’elle est un tapis rouge pour un monsieur comme Tariq Ramadan et son complice… Youssef Al-Qaradawi.


Dans l'ordre habituel : 2e, Youssef Al-Qaradawi, 4e, Tariq Ramadan, 6e, Yusuf Islam (Cat Stevens)

PATRICK DIONNE : Je vois plutôt de la bêtise dans cette affaire. Il ne faut jamais sous-estimer la bêtise. L’imbécillité des clercs, abyssale, ne date pas d’hier, et elle est plus prononcée encore dans les Églises protestantes, parce qu’il n’y a pas de Magistère ni de Tradition. Voici d’ailleurs l’enseigne que l’Église Unie a suspendu à sa porte: «L’Église Unie St-James vous invite à vous joindre à sa famille spirituelle ouverte à tous et à toutes. Notre communauté comprend des personnes de tous âges, orientations sexuelles ou de diverses origines culturelles et linguistiques.» Quel besoin une Église chrétienne a-t-elle de préciser cela ?

JEAN-PHILIPPE MARTINI : Avez-vous quelque chose à dire aux chrétiens du Moyen-Orient ? Spécialement à ceux qui se trouvent dans les zones à risque de Daesh ?

MAURICE G. DANTEC : Ne cherchez pas à convertir, soyez chrétiens simplement par votre présence. C’est important la présence. La présence réelle dans l’eucharistie et la présence réelle par votre vie, par votre engagement, à votre échelle. C’est ça qui compte. Je constate que l’Église catholique est en progrès dans certains pays, il faut s’en réjouir puisque c’est l’Église catholique qui fondera la grande Église œcuménique, avec les orthodoxes et peut-être avec des protestants qui rompront avec cette hérésie, et nous rejoindrons dans une grande Église tri-unitaire.

PATRICK DIONNE : Vous évoquiez tout à l’heure votre recueil d’aphorismes: Courts-circuits. Pourquoi l’aphorisme ? C’est contraire à tout ce que vous avez fait jusqu’à présent.

MAURICE G. DANTEC : Il y en avait dans le Théâtre des opérations.

PATRICK DIONNE : Mais c’était un journal.

MAURICE G. DANTEC : C’était un «journal» entre guillemets… Courts-circuits, en effet, n’est pas un journal. Le fait que j’aie perdu la vision de mon œil gauche me place devant une sorte d’obligation de concision. Je ne peux plus écrire comme avant, des romans, des ouvrages de trois cents pages. Je dois composer avec ce que je suis maintenant. Et puis j’ai cinquante-six ans… Donc, dans la journée, après votre départ par exemple, il me viendra une dizaine d’aphorismes, ce que j’appelle des commandos verbaux. Des commandos verbaux, ça peut être une poésie de quelques lignes, ou quelque chose de plus «long» qu’un simple aphorisme. Un commentaire sur un événement politique, une élection, une lecture, sur ce qui se passe avec l’islam, etc.

PATRICK DIONNE : Y a-t-il un rapport entre la maladie, ou du moins entre une constitution chétive, et l’aphorisme? Je pense à des hommes qui avaient une santé très fragile, Pascal, Lichtenberg, Nietzsche, qui ont pratiqué l’aphorisme, l’ont porté à des sommets. J’en lis un des vôtres: «L’islam est comme la vie, une maladie mortelle transmise par vos parents.»

MAURICE G. DANTEC : Bien voilà, c’est un exemple. Comme toute littérature vraie, ses origines et sa finalité restent mystérieuses. Heureusement, encore une fois. Si nous savions tout à l’avance, ce serait d’une tristesse absolue. C’est comme la vie.

PATRICK DIONNE : Ce serait l’enfer…

MAURICE G. DANTEC : Ce serait effectivement ça l’enfer. Non pas une sorte de néant, mais une pseudo-vie éternelle où tout est su, connu, réglé à l’avance. Quelle horreur !

PATRICK DIONNE : Donc, vos prochains romans seront concis…

MAURICE G. DANTEC : C’est le cas d’À l’Ouest du crépuscule

PATRICK DIONNE : En quoi consiste l’intrigue ?

MAURICE G. DANTEC : C’est un techno-western que je situe en 1903, une grande année pour le XXe siècle et pour celui qui suit. Pourquoi ? Parce que c’est à la fois l’invention de la Harley-Davidson, le premier vol des frères Wright et la naissance d’Hollywood. En fait, ce roman techno-western, c’est le voyage d’un héros nommé Wayne Duncan Bannerville, qui vient du Yukon, qui s’est enrichi, qui est plein d’or, mais qui a le désir de changer de vie. Son or, il s’en sert pour voyager. C’est un voyage Nord-Sud et Est-Ouest. De Détroit à New York et de New York au Texas. Et du Texas à la Californie. Une traversée violente du continent américain, avec des éléments empruntés à toutes les époques: J. Edgar Hoover sera là, vingt ans en avance. C’est un roman! Je ne fais pas comme James Ellroy, des fictions-documentaires. Ce qui m’intéresse, c’est la fiction du XXe siècle, ses vérités et ses mensonges, en particulier ce moment où l’Ouest disparaît et où le western apparaît.

PATRICK DIONNE : Maurice G. Dantec, merci pour cet entretien.

MAURICE G. DANTEC : C’est moi qui vous remercie.

 

par Patrick Dionne et Jean-Philippe Martini

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SOURCE : EGARDS

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La vraie question c’est : "Qu’est-ce qu’être français ?", non pas : "Qui est français ?"

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Boulevard Voltaire : La question identitaire, souvent évacuée du débat politique, n’en finit plus de hanter les esprits. Mais quid de la définition de cette dernière ? Quelle est la part de la culture, de l’ethnie ou de la religion ?

Alain de Benoist : À une époque où, comme le dit Alain Finkielkraut, un nombre croissant de Français sont « cloués au pilori médiatique parce qu’ils réclament le droit à la continuité historique », on parle en effet de plus en plus d’identité – et ce n’est pas bon signe. Quand l’identité va de soi, personne ne se pose la question de savoir en quoi elle consiste. Quand on commence à le faire, c’est que l’identité est sérieusement dégradée ou déjà perdue.

Il ne faut jamais oublier que l’identité n’est pas ce qui ne change jamais, mais ce qui définit notre façon de changer tout en restant nous-mêmes. Souvenons-nous aussi que l’identité d’un individu a toujours plusieurs facettes : identité nationale certes, mais aussi identité linguistique et culturelle, identité professionnelle, identité sexuelle, identité religieuse, identité politique ou philosophique, etc. Celle de ces facettes que nous tenons pour la plus déterminante, et qui détermine de qui nous nous sentons le plus proche (si je suis de gauche, me sens-je plus proche d’un Français de droite ou d’un Allemand de gauche ? Si je suis chrétien, me sens-je plus proche d’un Français athée ou d’un catholique sénégalais ?), n’est évidemment pas la même pour tout le monde.

Autre point capital : l’identité n’est jamais une donnée immédiate, elle ne se manifeste que par la médiation d’une culture. Or, une culture ne vaut que par sa créativité, faute de quoi elle n’est qu’une tradition postiche. Comme l’écrit le philosophe Philippe Forget, « un peuple n’exprime pas son génie parce qu’il est doté d’une identité, mais il manifeste une identité parce que son génie l’active […] Un peuple s’affirme par l’excellence de ce qu’il fait, par l’éclat de ses formes de vie, bien plus que par sa conformation obstinée à un seul modèle d’être. » Au cours de son histoire, la France n’a elle-même cessé de changer, mais elle est restée la France parce qu’à chaque étape de cette trajectoire, le peuple français a su renaître à lui-même à partir de sa manière d’être. Restituer de l’identité ne signifie donc pas reproduire le même contenu ou s’en remettre à la réception passive de formes héritées. Une histoire qui se réduit à la mémoire ou au culte du passé traduit un génie qui dégénère. Si l’identité se ramène à une incantation, au petit musée portatif des grands événements et des héros du passé, elle devient inévitablement résiduelle, fossile, voire tout simplement fantasmée.

Boulevard Voltaire : À propos, vous êtes favorable à la déchéance de la nationalité ?

Alain de Benoist : Dans les circonstances actuelles, certainement pas. Les discussions de ces dernières semaines l’ont bien montré : déchoir de leur nationalité des gens qu’on ne peut expulser n’a aucun sens. Plutôt que de s’interroger sur la façon d’enlever la nationalité française à ceux qui la possèdent, on ferait mieux de débattre de la façon dont elle doit être attribuée.

Boulevard Voltaire : Et la sortie de Nadine Morano, citant (approximativement) de Gaulle pour dire que la France est une « nation de race blanche » ?

Alain de Benoist : De Gaulle est mort depuis bientôt un demi-siècle. Nadine Morano aurait été plus crédible si elle avait parlé au passé.

Boulevard Voltaire : Mais, en fin de compte, c’est quoi, être français ?

Alain de Benoist : J’ai déjà eu l’occasion de vous le dire lors de précédents entretiens. La bonne question est : « Qu’est-ce qu’être français ? », et non pas : « Qui est français ? » Me dire Français n’explicite pas le style qui me définit comme tel. En toute rigueur, est Français celui possède une carte d’identité de citoyen français. Vous me direz, bien sûr, que beaucoup de « Français de papiers » ne se sentent pas du tout français. Sans doute, mais c’est tout aussi vrai de nombre de « Français de souche », dont l’identité nationale n’est tout simplement pas la composante de leur identité qui leur paraît la plus importante. Au demeurant, on peut être Français et n’aimer ni l’île Saint-Louis, ni le mont Saint-Michel, ni Jeanne d’Arc, ni Georges Brassens, ni le camembert ! On peut être Français sans se sentir tenu d’aimer la France. On peut être Français et préférer l’Irlande à la France. Et on a aussi le droit d’être misanthrope ! Les Français qui ne sont pas républicains, enfin, ne sont pas moins français que ceux qui ne sont pas royalistes. Être Français, ce n’est pas adhérer à des principes ni à des valeurs (fussent-elles « républicaines »), mais reconnaître une appartenance qui s’inscrit ou est appelée à s’inscrire dans l’Histoire.

Le problème ne commence que lorsque l’on fait primer sur l’appartenance nationale une autre appartenance, nationale ou communautaire, censée rendre la première caduque ou inopérante. C’est le cas de certains immigrés qui, bien que détenteurs de la nationalité française, se sentent en fait Algériens, Syriens ou Sénégalais. Mais c’est aussi le cas des nationalistes corses qui, à tort ou à raison, affirment qu’il existe un peuple corse distinct du peuple français – et une nation corse distincte de la nation française – et qui ne se considèrent donc français qu’administrativement. Dans ce dernier cas, cependant, la distinction de la citoyenneté et de la nationalité, synonymes dans la tradition française mais disjointes dans bien d’autres pays, pourrait permettre de résoudre le problème (les Corses deviendraient des citoyens français de nationalité corse). Cela vaut aussi pour nos compatriotes ultramarins, dont Marion Maréchal-Le Pen rappelait récemment, à juste titre, qu’ils étaient Français avant que les Savoyards et les Niçois ne le deviennent.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

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Source : Boulevard Voltaire

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17/02/2016

Test ADN

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Un test ADN bouleverse l’histoire du premier homme et remet en cause la théorie de l’évolution

 

Entre 2003 et 2011, à l’issue de l’étude d’une base de données ADN regroupant plus de 6000 individus à travers le monde, les généticiens Wells puis Cruciani ont conclu que les hommes vivant sur Terre aujourd’hui descendaient tous du même ancêtre : un homo sapiens vivant sur le continent africain il y a 60 000 à 140 000 ans. Il est surnommé « l’Adam Y-chromosomique », (pour celui qui a donné son chromosome Y à tous les hommes modernes) ou plus simplement « l’Adam génétique ».

La même observation a pu être faite pour les femmes à partir des mitochondries des cellules, ainsi, la première femme connue à ce jour (soit leur plus ancien ancêtre commun) est nommée « l’Ève mitochondriale ». Les scientifiques s’accordent à dire que l’apparition de l’homme sur Terre remonterait à 200 000 ans environ.

Pourtant, en 2013, l’étude de l’ADN d’Albert Perry, un homme d’origine afro américaine qui vivait en Caroline du Sud, est venue bouleverser cette quasi certitude du monde scientifique. En effet, l’analyse de son ADN révèle tout d’abord que son chromosome Y n’est pas lié à l’Adam génétique, mais fait partie d’une autre lignée plus ancienne. Cette lignée remonterait à 340 000 ans, soit bien avant l’apparition supposée de l’homme sur Terre !

Michael Hummer, généticien, a une explication à cette extraordinaire découverte : une lignée « archaïque » aurait survécu de nombreuses années au lieu de s’éteindre comme c’est couramment admis, jusqu’à coexister aux côtés de l’homo sapiens. Des croisements de ces deux lignées auraient permis la transmission du chromosome Y d’Albert Perry.

Une thèse appuyée par la récente découverte, en 2011, d’un crâne primitif à Iwo Eleru au Niger. Bien qu’il fut daté à environ 13 000 ans, les os du crâne présentaient des caractéristiques bien plus primitives ; ce qui suggère encore une fois que les descendants primitifs africains ne se sont pas éteints pour donner naissance à l’homme moderne, mais que les deux espèces auraient cohabité et se seraient reproduites.

Ces découvertes ne sont pas les premières à remettre en question la théorie de l’évolution selon Darwin, qui prône une évolution linéaire faite de mutations hasardeuses et de sélections naturelles. Selon M.-P. Schützenberger, célèbre mathématicien féru de sciences, l’évolution telle que la présente le darwinisme a de nombreuses failles, car la seule existence de l’ADN ne suffit pas à expliquer l’évolution de l’homme depuis le primate :« [Le darwinisme est] tout à fait incapable de donner une explication convaincante de l’émergence quasi simultanée des nombreux systèmes biologiques qui distinguent l’homme des singes supérieurs : la bipédie […], une main beaucoup plus habile, avec des empreintes digitales qui lui confèrent un tact beaucoup plus fin ; les modifications du pharynx permettant la phonation […]. Il est très singulier que ces dons se soient développés simultanément, pour le plus grand bénéfice des primates que nous sommes.»

Les conclusions de l’étude du chromosome Y d’Albert Perry résonnent avec les travaux du docteur en génétique Georgia Purdom, qui affirmait l’existence d’un couple originel, ascendant de l’humanité tout entière, comme écrit dans la Genèse.

À ce jour, l’évolution du vivant est bien loin d’avoir livré tous ses secrets. La laminine, cette protéine qui permet à toutes les cellules de se tenir entre elles, présente un enjeu crucial dans la compréhension du développement du cancer, fait peut-être partie de l’équation.

Élodie Crépin

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Source : Info Chrétienne

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05/02/2016

Philippe de Villiers balance...

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Philippe de Villiers balance sur les coulisses de notre joli monde politique... c'est du lourd... et ça fait mal... ça dure 1h28... mais ça vaut la peine d'être écouté jusqu'au bout. Tout le monde y passe. 

 

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28/01/2016

Alain Finkielkraut : son discours à l’Académie

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Remarquable en tout point...

 

Mesdames, Messieurs de l’Académie,

En manière de préface au récit débridé que lui a inspiré le tableau d’Henri Rousseau La Carriole du père Juniet, Félicien Marceau relate le dialogue suivant :

– La carriole du père Bztornski ? dit le directeur de la galerie. Qu’est-ce que ça veut dire ?

– C’est le titre de mon tableau, rétorqua le douanier Rousseau.

Le directeur plissa son nez, qu’il avait fort grand, et agita son index, qu’il avait fort long.

– Mon pauvre ami, avec ce titre-là, vous ne le vendrez jamais, votre tableau.

– Tiens ! Pourquoi ? dit Rousseau qui, de son passage dans l’administration de l’octroi, avait gardé le goût d’aller au fond des choses.

– Bztornski ! reprit le directeur avec force. C’est un nom à éternuer, ça. Mon cher monsieur, retenez bien ceci : un client qui éternue, c’est un client qui n’achète pas.

Et, rêveusement, il énonça :

– Ce doit être une loi de la nature. – Alors, qu’est-ce qu’on fait ? dit Rousseau.

– Mettez Juniet et n’en parlons plus, dit le directeur. C’est le nom d’un de mes cousins. Un négociant. Très honorablement connu dans tout le Gâtinais, ajouta-t-il après un temps et sans doute pour balayer les dernières réticences du peintre.

Telle est la scène qui, s’il faut en croire le célèbre historien d’art Arthème Faveau-Lenclume, se serait déroulée, par une belle journée d’octobre 1908, dans une modeste galerie de la rue des Saints-Pères.

Nous sommes en janvier 2016. Et un nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives, comme Bztornski ou mieux encore, comme Karfunkelstein, le patronyme dont l’extrême droite avait affublé Léon Blum pour faire peur aux bons Français, un nom à éternuer en somme, et même, osons le dire, un nom à coucher dehors, est reçu aujourd’hui sous la coupole de l’institution fondée, il y aura bientôt quatre siècles, par le cardinal de Richelieu.

Né quelque dix ans seulement après cette diatribe du futur académicien Pierre Gaxotte contre le chef du gouvernement de Front populaire : « Comme il nous hait ! Il nous en veut de tout et de rien, de notre ciel qui est bleu, de notre air qui est caressant, il en veut au paysan de marcher en sabots sur la terre française et de ne pas avoir eu d’ancêtres chameliers, errant dans le désert syriaque avec ses copains de Palestine », l’héritier de ce nom n’en revient pas. Il éprouve, en cet instant solennel, un sentiment mêlé de stupeur, de joie et de gratitude. S’appeler Finkielkraut et être accueilli parmi vous au son du tambour, c’est à n’y pas croire.

Ce nom d’ailleurs, je ne l’ai pas toujours porté au complet. Pour simplifier la vie des professeurs, pour ne pas affoler le personnel administratif, et pour éviter à mes condisciples la tentation d’une plaisanterie facile sur la dernière syllabe, mes parents ont obtenu qu’à l’école ou au lycée je me fasse appeler Fink ou Finck. Je suis revenu à Finkielkraut quand ma carriole a quitté la classe, parce que je croyais pouvoir compter alors sur la maturité de mes interlocuteurs et que nous ne sommes plus en 1908 : comme ceux de l’affiche rouge, à prononcer mon nom est difficile. Après les années noires, l’honneur m’imposait de ne pas m’en défaire.

Et en ce jour, c’est aux miens que je pense. À mes grands-parents, que, comme la plupart des Juifs ashkénazes nés dans le baby-boom de l’après-guerre, je n’ai pas connus. À ce grand-père maternel qui, avec sa femme, dirigeait une entreprise de bois à Lvov, alors ville polonaise, mais qui, je l’ai appris tardivement, préférait l’étude et la fréquentation des livres sacrés. À mes parents bien sûr, qui ne sont pas là pour connaître ce bonheur : l’entrée de leur fils à l’Académie française alors que le mérite leur en revient. Non qu’ils aient éprouvé à l’égard de la France une affection sans mélange. C’est de France, et avec la complicité de l’État français, que mon père a été déporté, c’est de Beaune-la-Rolande, le 28 juin 1942, que son convoi est parti pour Auschwitz-Birkenau. Le franco-judaïsme alors a volé en éclats, les Juifs qui avaient cru reconnaître dans l’émancipation une nouvelle sortie d’Égypte, ont compris qu’ils ne pouvaient pas fuir leur condition. Pour le dire avec les mots d’Emmanuel Levinas, la radicalité de l’antisémitisme hitlérien a rappelé aux Juifs « l’irrémissibilité de leur être ». La judéité n’était plus soluble dans la francité et mes parents auraient été désolés de me voir m’assimiler à la nation en lui sacrifiant mon identité juive même si cette identité ne se traduisait plus, pour eux ni donc pour moi, par les gestes rituels de la tradition. Ce qu’ils voulaient ardemment néanmoins, c’est que j’assimile la langue, la littérature, la culture française. Et ils pouvaient, à l’époque, compter sur l’école. Ils vouaient à l’enfant unique que j’étais un amour inconditionnel mais ils ne lui ont pas vraiment laissé d’autre choix que d’être studieux et de ramener de bons bulletins. J’ai donc appris à honorer ma langue maternelle qui n’était pas la langue de ma mère (la sienne, le polonais, elle s’est bien gardée de me l’enseigner, pour que s’exerce en moi, sans partage et sans encombre, le règne du vernaculaire). J’ai appris aussi à connaître et à aimer nos classiques. Pour autant, le fait d’être français ne représentait rien de spécial à mes yeux. Comme la plupart des gens de mon âge, j’étais spontanément cosmopolite. Le monde où j’évoluais était peuplé de concepts politiques et, l’universel me tenant lieu de patrie, je tenais les lieux pour quantité négligeable. L’Histoire dont je m’entichais me faisait oublier la géographie. Comme Vladimir Jankélévitch, je me sentais libre « à l’égard des étroitesses terriennes et ancestrales ». La France s’est rappelée à mon bon souvenir quand, devenue société post-nationale, post-littéraire et post-culturelle, elle a semblé glisser doucement dans l’oubli d’elle-même. Devant ce processus inexorable, j’ai été étreint, à ma grande surprise, par ce que Simone Weil appelle dans L’Enracinement le « patriotisme de compassion », non pas donc l’amour de la grandeur ou la fierté du pacte séculaire que la France aurait noué avec la liberté du monde, mais la tendresse pour une chose belle, précieuse, fragile et périssable. J’ai découvert que j’aimais la France le jour où j’ai pris conscience qu’elle aussi était mortelle, et que son « après » n’avait rien d’attrayant.

Cet amour, j’ai essayé de l’exprimer dans plusieurs de mes livres et dans des interventions récentes. Cela me vaut d’être traité de passéiste, de réactionnaire, voire pire, et même le pire par ceux qui, débusquant sans relâche nos vieux démons, en viennent à criminaliser la nostalgie, et ne font plus guère de différence entre Pétain et de Gaulle, ou entre Pierre Gaxotte et Simone Weil. Le nationalisme, voilà l’ennemi : telle est la leçon que le nouvel esprit du temps a tirée de l’histoire, et me voici, pour ma part, accusé d’avoir trahi mon glorieux patronyme diasporique en rejoignant les rangs des gardes-frontières et des chantres de l’autochtonie. Mais tout se paie : ma trahison, murmure maintenant la rumeur, trouve à la fois son apothéose et son châtiment dans mon élection au fauteuil de Félicien Marceau. De cet auteur prolifique, Le Monde disait, en guise d’éloge funèbre, qu’il est mort oublié le mercredi 7 mars 2012, à l’âge de 98 ans. Et il ne reste, en effet, rien de lui sur le site d’information Mediapart sinon cette épitaphe : « Félicien Marceau, un ancien collaborateur devenu académicien ».

Un défenseur exalté de l’identité nationale, oublieux de ses origines vagabondes et astreint à faire l’éloge d’un collabo : il n’y a pas de hasard, pensent nos vigilants, et ils se frottent les mains, ils se lèchent les babines, ils se régalent à l’avance de cet édifiant spectacle. Les moins mal intentionnés eux-mêmes m’attendent au tournant et j’aggraverais mon cas si je décevais maintenant leur attente.

Je commencerai donc par là mon cheminement dans la vie et l’œuvre de celui à qui aujourd’hui je succède. Louis Carette, c’était son nom, est né à Cortenberg, dans le Brabant, le 16 septembre 1913. « Au commencement, écrit-il dans son autobiographie, Les Années courtes, il y eut un grand tumulte. » Ses premiers souvenirs sont des souvenirs d’épouvante : la guerre, le sac d’une ville, des incendies, des morts. « Ce n’est pas ça, l’enfance. Cela ne devrait pas être ça. C’est une aube, l’enfance, non ces clameurs, non cette peur. » La peur, donc, au lieu de l’aube, et les jours comme les nuits de Louis Carette en resteront à jamais marqués. Fils de fonctionnaire, il fait ses études au collège de la Sainte-Trinité à Louvain. Ses professeurs étaient des prêtres. L’un d’entre eux, le père Théodule, exerça sur l’élève de troisième qu’il était et sur l’écrivain qu’il allait devenir une influence décisive. Deux grands principes, en effet, structuraient tout son enseignement. Principe numéro 1 : « L’ennemi du style, c’est le cliché. Qu’est-ce que le cliché ? C’est quelque chose qui a été écrit avant nous. Il faut écrire comme personne […]. Nous étions médusés, commente Félicien Marceau. Jusque-là nous pensions que bien écrire, c’était précisément écrire comme les autres, comme les écrivains. » Principe numéro 2 : il faut faire des comparaisons sans arrêt, « parce que, si on ne fait pas une comparaison, on ne voit pas. Or, le style, c’est faire voir ». Et, en bon pédagogue, le père Théodule fait suivre d’un exemple concret son affirmation péremptoire : « J’écris : il y avait des oiseaux sur les fils du télégraphe. Vous voyez quelque chose ? Non, rien du tout. Tandis que si j’écris : il y avait des oiseaux sur les fils du télégraphe, comme des notes sur une portée de musique, là, vous voyez quelque chose. Le style, c’est l’image. »

Félicien Marceau n’oubliera jamais cette double injonction. Elle déterminera aussi bien son art littéraire que sa philosophie de la vie. Ainsi, dans Le Corps de mon ennemi, choisit-il d’ouvrir les yeux du lecteur sur le recouvrement de la réalité par sa désignation, à l’aide d’une métaphore dont le comique évocatoire eût enchanté le père Théodule : « Chaque fois qu’on pose un mot sur une chose, c’est comme un veston qu’on accroche à une patère : la patère disparaît. » Il s’agit pour l’écrivain de remédier à cette disparition en congédiant, autant que faire se peut, les syntagmes figés du langage courant. Et nul doute que son maître hétérodoxe eût apprécié dans La Terrasse de Lucrezia l’image de ces hommes qui, s’estimant très au-dessus de leur fonction, « les exercent avec condescendance, comme les tenant au bout d’une pince à sucre » ou, dans La Grande Fille, cette prise au mot rafraîchissante d’une image éculée : « Tout à leur bonheur, en étaient-ils à ne plus toucher terre ? Étaient-ils en quelque sorte en état d’apesanteur – devenus pareil à ces astronautes que l’on voit se déplacer dans leur habitacle avec des langueurs de baleine ? »

Mais j’anticipe. Après ses années de collège, Louis Carette entre à l’Université de Louvain. Et là ce jeune catholique fait ses premières armes dans ce qui est alors le seul quotidien universitaire au monde : L’Avant-garde. C’est son entrée en littérature, et c’est aussi, sous l’égide d’Emmanuel Mounier, son entrée en politique. Il préside la sous-section de la revue Esprit fondée à Louvain en 1933 et il publie, le 19 mai 1934, dans les colonnes de L’Avant-garde, un réquisitoire aux accents pré-sartriens contre la passion antisémite : « L’antisémitisme est un sentiment de petit-bourgeois. Le petit-bourgeois mal élevé qui lourdement fait ressortir “sa supériorité de race”. On comprend qu’il y tienne : c’est la seule qu’il ait et elle n’est basée que sur un préjugé. » Plus loin dans le même article, Carette enfonce le clou : « Ce préjugé, écrit-il, est un abus bien plus insupportable que l’intolérance religieuse ou politique car il vise la race. » Autrement dit, ce n’est pas de l’action ni même de l’opinion que l’antisémitisme fait un crime, c’est de l’être. Ce n’est pas la dissidence qu’il traque, c’est la naissance.

Mais cette génération née à la veille du grand carnage de 1914-1918 est, avant toute chose, pacifiste. La guerre qui éclate en Espagne en 1936 aurait pu modifier cette disposition d’esprit. Les antagonismes, en effet, sont clairs : « démocratie contre dictature, gauche contre droite, les militaires contre les civils ». Mais les gouvernements démocratiques abandonnent les républicains espagnols. Même le Front populaire en France se cantonne dans la non-intervention. De là, écrit Félicien Marceau, date « la désaffection, la méfiance, le mépris même » qui devait peu à peu entourer tous ces gouvernements. Alors que montent les périls, l’indifférence gagne. Chamberlain, Hitler, Daladier, Mussolini, le vieux monsieur et les trois caporaux de 1918 sont mis dans le même sac et le pacifisme apparaît décidément comme la seule voie.

Quand la guerre éclate, Louis Carette a vingt-sept ans et, depuis 1936, il est fonctionnaire à l’Institut national de la radiodiffusion. Mobilisé, il combat dans l’armée belge. Celle-ci est rapidement mise en déroute. Carette se replie avec son régiment en France. Après la reddition, il reprend ses activités sur le conseil de son ministre de tutelle. Mais, entretemps, l’I.N.R. a été rebaptisé Radio Bruxelles, et placé sous le contrôle direct de l’occupant. Il devient le chef de la section des actualités. En mars 1942, de retour d’un voyage en Italie, il trouve l’atmosphère alourdie : « Bien que l’Union soviétique et les États-Unis fussent entrés dans la guerre, l’Allemagne était partout triomphante. L’occupation partout se durcissait. Des attentats avaient eu lieu, suivis de menaces de représailles collectives. Je crois que c’est un peu plus tard seulement que commencèrent à se répandre des informations sur les camps d’extermination. Mais, à ce moment déjà, les mesures de plus en plus graves prises contre les Juifs en faisaient prévoir de pires. Si révoltantes qu’elles fussent, d’autres mesures allemandes pouvaient encore appartenir à la dure logique d’un ennemi occupant. Les mesures contre les Juifs, pour moi, c’était tout ensemble l’horreur et la démence. Je puis concevoir la dureté. Je suis fermé à la démence. Je résolus de donner ma démission. » Et ce geste ne lui est pas facile. Une autre morale objecte en lui à son sursaut moral : la morale de groupe. Deux hontes se disputent alors son âme : la honte, en restant, de collaborer avec un pouvoir criminel ; la honte, en prenant congé, de laisser tomber ses collègues et de manquer ainsi aux lois non écrites de la camaraderie, cette camaraderie où, dit-il dans Les Années courtes, l’expérience lui a appris à reconnaître « le huitième péché capital et le plus sot, le plus lâche. On ne compte pas les gestes niais, les articles imbéciles, les manifestes saugrenus qui ont été faits, écrits ou signés “pour les copains” ou pour ne pas mériter ce regard d’une seconde à l’autre devenu froid ». Il y a, dans ces quelques lignes, l’esquisse d’une phénoménologie de la banalité du mal.

S’extirpant de la glu de la camaraderie, Carette quitte donc la radio le 15 mai 1942. Il fonde sa propre maison d’édition, où il publie notamment le grand dramaturge Michel de Ghelderode, mais il ne choisit pas pour autant la voie de la Résistance. À la Libération, il apprend que la police le recherche, il fuit donc vers la France, en compagnie de sa femme, avec pour seul bien une valise et son Balzac dans l’édition de la Pléiade. En janvier 1946, il est jugé par contumace et condamné à quinze ans de travaux forcés par le conseil de guerre de Bruxelles qui, sur trois cents émissions, a retenu cinq textes à sa charge : deux chroniques sur les officiers belges restés en France, une interview d’un prisonnier de guerre revenant d’Allemagne, un reportage sur le bombardement de Liège et une actualité sur les ouvriers volontaires pour le Reich. Ces émissions ne sont pas neutres. Comme le dit l’historienne belge Céline Rase dans la thèse qu’elle vient de soutenir à l’université de Namur : « Les sujets sont anglés de façon à être favorables à l’occupant. » Cela ne suffit pas à faire de Carette un fanatique de la collaboration. Ainsi, en tout cas, en ont jugé le général de Gaulle qui, au vu de son dossier, lui a accordé la nationalité française en 1959 et Maurice Schumann, la voix de Radio Londres qui, en 1975, a parrainé sa candidature à l’Académie française.

La condamnation à quinze ans de travaux forcés assortie de l’interdiction à perpétuité de publier tout article et tout livre est donc exorbitante. Reste ce fait incontournable : Louis Carette a choisi de travailler dans une radio dirigée par les Allemands alors que personne ne l’y obligeait et qu’il était à l’abri du besoin. Pourquoi ? La réponse à cette question se trouve dans son roman Les Pacifiques, écrit en 1943 et resté inédit jusqu’à sa publication en 2011 aux Éditions de Fallois. L’action se déroule à la veille du grand orage, et les personnages, impuissants, voient « la paix glisser dans le néant avec un sourire navré ». Ils ne sont pas révulsés par Mein Kampf, l’Anschluss, le dépeçage de la Tchécoslovaquie et la Nuit de cristal, mais par « la guerre immonde qui suscite tout ce qu’il y a d’immonde dans le cœur déjà si immonde des braillards. » Et quand la défaite est consommée, lit-on à la dernière page du roman, l’intelligence est de sauver les meubles.

L’ennemi des « pacifiques », ce n’est pas l’ennemi, ce sont, dans tous les camps, les gens qui rêvent d’en découdre. Et ces pacifiques sont d’autant moins enclins à résister qu’ils croient revivre une réédition de 1914, c’est-à-dire « d’un mécanisme narquois déclenché par mégarde et qui échappait aux hommes ». Un homme épouvanté en vaut deux : c’est fort de ce principe que Louis Carette choisit le pacifisme et s’y tient. L’histoire, en l’occurrence, n’est pas pour lui maîtresse de vie mais maîtresse d’erreur. L’expérience sur laquelle il s’appuie l’aveugle au lieu de l’éclairer. Le passé qui l’obsède lui dérobe l’effroyable nouveauté de l’événement qu’il est en train de vivre. Il oublie, à force de mémoire, que, comme l’écrit Valéry, le présent, c’est ce qui ne s’est jamais présenté jusque-là. Bref, il ne voit pas la discordance des temps et ceux qui, soixante-dix ans après, reprennent à leur compte dans leur nécrologie le jugement du conseil de guerre de Bruxelles, commettent un contresens analogue. Leur référence à eux, c’est Hitler, Maurras et la Deuxième Guerre mondiale. Ils jugent tout à cette aune, ils ne voient pas que depuis la conférence de Durban, organisée par les Nations unies en septembre 2001, l’antisémitisme parle la langue immaculée de l’antiracisme. Et, dès lors que les Juifs ne sont plus en butte au fascisme ou à la réaction, mais doivent répondre du comportement d’Israël, ils minimisent leurs tourments ou les abandonnent carrément à leur sort en tant que complices d’une politique criminelle. Leur invocation constante des heures les plus sombres de notre histoire ne protège pas les Karfunkelstein d’aujourd’hui contre la haine : elle les y expose.

Aux ravages de l’analogie, s’ajoutent les méfaits de la simplification. Plus le temps passe, plus ce que cette époque avait d’incertain et de quotidien devient inintelligible. Rien ne reste de la zone grise, la mémoire dissipe le brouillard dans lequel vivaient les hommes, le roman national qui aime la clarté en toutes choses ne retient que les héros et les salauds, les chevaliers blancs et les âmes noires. On met au pinacle le nom de Primo Levi, mais c’est Quentin Tarantino qui mène le jeu, c’est sur le modèle d’Inglorious Basterds que tout un chacun se fait son film. Je ne me sens pas représenté mais trahi et même menacé par les justiciers présomptueux qui peuplent la scène intellectuelle. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que tout jugement moral relève de la bêtise et de la présomption. Pourquoi comprendre sinon pour éviter les pièges de l’anachronisme et pour juger en connaissance de cause ? Ainsi, ce ne serait pas un progrès mais une défaite de la pensée que de laisser sans jugement l’inébranlable solidarité des perdants de l’histoire dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Au lieu de prendre la mesure de la catastrophe européenne, un certain nombre d’écrivains talentueux, regroupés autour des revues La Table ronde ou La Parisienne, firent flèche de tout bois contre ce qu’ils vivaient comme l’arrogance insupportable des triomphateurs. Sans se laisser entamer le moins du monde par la découverte de l’ampleur des crimes nazis, ils revendiquèrent pour eux la qualité de parias, de proscrits, de persécutés et la critique du résistancialisme leur tint lieu d’inventaire. Ils reconnaissaient que l’Occupation avait été une époque pénible, mais c’étaient les excès de la Libération qui constituaient pour eux le grand traumatisme. Félicien Marceau a toujours su préserver sa singularité. Reste qu’il faisait partie de cette société littéraire qui s’était placée sans état d’âme sous le parrainage des deux superchampions de l’impénitence : Jacques Chardonne et Paul Morand. Je suis donc fondé à penser avec regret que, pour l’essentiel, il en partageait l’humeur.

Voilà. J’ai tâché d’honorer sans faux-fuyant le rendez-vous qui m’avait été instamment fixé avec le passé de mon prédécesseur. Je peux donc aborder maintenant son présent, c’est-à-dire l’œuvre qu’il nous laisse.

Qui, il ? Félicien Marceau. Louis Carette avait à son actif un essai et trois romans. Mais arrivé en France, il a voulu, avant même de reprendre la plume, tourner la page. Il s’est donc doté d’un nouveau nom pour une nouvelle naissance et ce nom n’est évidemment pas choisi au hasard : il se lit comme une promesse de gaieté et d’insouciance après les sombres temps de la politique totale. Promesse tenue pour notre bonheur dans des romans comme Les Passions partagées ou Un oiseau dans le ciel. Mais la littérature prend un malin plaisir à contrarier les pulsions généralisantes, même celles des écrivains. Si tout est drôle ou cocasse chez Félicien Marceau, tout n’est pas délicieux, tout n’a pas le charme souriant de la légèreté, Chair et cuir, son chef-d’œuvre, est un livre grinçant et un voyage en eaux profondes. Lisons la première page :

« IL SE RÉVEILLA FRAIS ET DISPOS. Voilà d’où je suis parti. Voilà la brèche par où tout a passé. Tout – jusqu’au drame – et le reste. La phrase clef. La phrase qui m’a permis de voir clair. De déceler l’imposture. Sans elle, je serais encore là, je ne sais où, comme un imbécile. Exclu, rejeté, seul enfin. Seul et perplexe, seul et désespéré devant un monde pour moi clos comme un œuf. À ne rien comprendre. À croire que. Alors que la réalité est que. Frais et dispos. ‘‘Le lendemain, je me suis réveillé frais et dispos.’’ Partout. Les gens qui vous parlent, les gens dans le métro, les journaux. COMME SI TOUT LE MONDE SE RÉVEILLAIT FRAIS ET DISPOS. Comme si c’était une chose fréquente, normale, naturelle. N’est-ce pas ? Parce qu’enfin une phrase qu’on rencontre si souvent, on est bien forcé de penser qu’elle n’évoque rien d’exceptionnel, rien de curieux. Bon. »

Magis, le narrateur et le héros de l’histoire, fait, un jour, cet étrange constat : la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle. Entre les mots proférés et les choses vécues, il y a un abîme dont personne ne paraît s’apercevoir. Car les hommes prennent pour l’être vrai le système formé par la rumeur, les préjugés, les lieux communs, les expressions toutes faites qui composent l’esprit du temps. Cartésiens et fiers de l’être, ils ont le cogito pour credo. « Je pense, donc je suis » disent-ils alors que, le plus souvent, au lieu de penser, ils suivent. Ils se veulent indépendants de la société. Mais cet individualisme est une chimère. La société ne leur est pas extérieure, elle leur colle à la peau. Dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est elle qui parle. Ne s’étant jamais réveillé que l’haleine chargée et la bouche pâteuse, Magis a fini par comprendre que quelque chose ne tournait pas rond dans la langue. Au lieu de l’exactitude attendue, il y a vu à l’œuvre ce que Heidegger appelle la dictature du On : « Nous nous réjouissons comme on se réjouit ; nous lisons, nous voyons et nous jugeons de la littérature et de l’art comme on voit et juge ; plus encore nous nous séparons de la masse comme on s’en sépare. Nous nous indignons de ce dont on s’indigne. »

Les démocrates, les modernes que nous sommes, prétendent n’obéir qu’au commandement de leur propre raison, mais ils se soumettent en réalité aux décrets de l’opinion commune. Le bon sens apparaissant comme la chose du monde la mieux partagée, on se défie des supériorités individuelles, on refuse de se laisser intimider par les personnalités éminentes, mais du On lui-même, chacun est la victime consentante. Comme l’a montré Tocqueville, nous sommes, en tant que citoyens libres et égaux, les sujets dociles du pouvoir social.

Pourquoi citer ici Tocqueville et Heidegger ? Parce que si l’on veut comprendre la portée de Chair et cuir, il faut arracher ce roman à la gangue de la psychologie. Comme La Nausée ou L’Étranger, Chair et cuir explore les structures ontologiques de l’existence. Références écrasantes, dira-t-on. Non. Ce roman a ceci de Félicien qu’il est malicieux. La tournure populaire du style adopté donne lieu à des trouvailles surprenantes et toujours amusantes. Mais, comme l’a écrit profondément Chesterton, amusant n’est pas le contraire de sérieux, « amusant est le contraire de pas amusant et rien d’autre ».

Dans sa vie comme dans le récit qu’il en tire, Magis a donc décidé de rompre avec le système. Il ne se laissera plus dicter son identité par le babil du monde. Il ne fera plus entrer de force le vrai dans le carcan – ou dans le cocon – du vraisemblable. Il sortira, pour vivre et pour raconter sa vie, de l’œuf douillet de la doxa. Il brûlera ses vaisseaux sans égard pour le qu’en-dira-t-on. Faute de modèle qu’il pourrait suivre, Magis dispose, avant de se lancer dans cette téméraire entreprise, d’un parfait contre-exemple : les Mémoires d’Edgar Champion, son ancien condisciple. Cet écrivain, au faîte de la gloire, a pris en apparence le risque de tout dire. Et, de fait, il révèle des choses qu’en général on passe sous silence : qu’il était sournois, menteur ; que, dès l’âge de douze ans, il n’était plus à tenir, qu’il se touchait, qu’il volait le linge de sa tante pour s’exciter dessus. Un homme se penche sur son passif, comme il l’écrit lui-même. Sauf qu’il tait l’essentiel. Et l’essentiel, la grande affaire, ce n’est pas la sexualité, comme le veut le système, qui a déjà absorbé Freud, l’essentiel, c’est – incroyable mais vrai – l’essence.

« C’était son vice, à ce garçon, sa manie, son plaisir. Il était toujours fourré dans les garages, à renifler les bidons. Il se mettait dans un coin, le nez sur un bidon, et il ne bougeait plus, en extase, tout pâle, les narines pincées. Il la buvait même, l’essence. Il prenait les bouchons pour les lécher. Il ne s’en cachait pas, d’ailleurs.

– Il n’y a rien de plus bon, disait-il. »

Mais ce penchant, malgré sa promesse de sincérité absolue, le grand écrivain l’a prudemment retiré de la liste de ses anomalies. Il s’est dégonflé. Car l’essence, à la différence des culottes, ne figurait pas dans la table des dérèglements homologués par le système. Et Champion, qui songeait à sa carrière, a eu peur que cet hapax ne lui ferme les portes de l’Académie française. Alors, au moment de passer aux aveux, il s’est replié sur le bon vieil inavouable de la tradition. Conclusion de Magis, martelée plusieurs fois dans le roman : « La littérature n’avance que grâce aux livres dont l’auteur accepte qu’on se foute de lui. » Ce qui rappelle cette confidence de l’écrivain Crémone, au début des Pacifiques : « Je ne reculerais pas devant ces petites vérités honteuses, mesquines, qui font la grandeur d’un livre. Ce que j’appellerais les vérités-Dostoïevski. Mais malgré soi, on pense à ses amis, on se préoccupe de sa figure. » Magis n’a pas cette préoccupation. Il raconte non son obsession de la sexualité, mais le mal de chien qu’il a eu à, selon son expression, « perdre sa fleur ». Bref, il descend de l’estrade : « Sur une estrade, tout ce qu’on fait, ce n’est pas du mensonge, si on veut, mais ce n’est pas tout à fait la vérité, on se guinde, on fait le brave, l’avantageux, le bonnasse, on rigole, sans savoir de quoi. » Magis a pris la décision de vivre et d’écrire à sa hauteur.

« Quand on vit, il n’arrive rien, constatait Roquentin dans La Nausée. Les décors changent, les gens entrent et sortent, voilà tout. Il n’y a jamais de commencements, les jours s’ajoutent aux jours, sans rime ni raison, c’est une addition interminable et monotone. » Magis est un autre Roquentin : au lieu de mettre sa vie en mots pour en faire une aventure, il s’efforce, par le récit, de la soustraire au grand mensonge narratif des romans et des biographies traditionnelles. Allant jusqu’à abandonner les pourquoi et les comment bien machinés les uns dans les autres du principe de raison, il prend la vie comme elle est, avant que le système qui veille sur notre humanité ne se mêle de la faire tenir droit : un flot, un abandon, une pente. Une vie où les choses se mettent comme ça et où rien ne surnage.

Mais comme personne n’est parfait, Magis n’arrive pas à se déprendre de toutes les raisons et de tous les liens. Il s’est marié. Bientôt, la femme qu’il a très vite cessé d’aimer le trompe. Cette tromperie l’affecte, car à défaut d’amour, il reste relié aux autres – c’est sa vérité-Dostoïevski – par l’amour-propre. Il ne supporte pas d’être exclu, rejeté, méprisé. Alors qu’il était plongé dans une bienheureuse indifférence, il remonte à la surface, il tue sa femme et se débrouille pour faire condamner l’amant de celle-ci à sa place. Ce Dugommier a le système contre lui. Il prend vingt ans. Magis reste donc seul avec sa fille. Rousseauiste à sa manière, il veut par son éducation susciter un être qui ne doive rien au système. Il lui apprend donc à ne jamais censurer ses sentiments. Résultat : quand sa grand-mère lui rend visite, Marthe l’accueille par ces mots : « Papa, il dit toujours que tu nous emmerdes à venir comme ça. » Et quand la vieille dame éclate en sanglots : « Tu pleures, grande vache ! » Magis fait donc le vide, il s’affranchit de tous les liens humains, et voici les derniers mots du vide : « Il reste Marthe. Il reste nous deux, notre petite vie, notre petite planète. Qui ne cesse de s’éloigner. »

Ainsi l’homme qui met au jour le vice du système se révèle bien plus vicieux que celui-ci. Il finit par être libre, Magis, mais sa liberté a quelque chose de répugnant. Il n’est pas le preux chevalier de l’autonomie radicale, il est son triste sire. L’estrade ou le souterrain : au bout du compte, aucune option n’est satisfaisante. La thèse de Magis ne fait pas de Chair et cuir un roman à thèse. Devant l’affront infligé à sa pauvre grand-mère par une petite fille manipulée, on en vient même à se dire que l’hypocrisie a du bon, et que les formules convenues ne sont pas une aliénation détestable, mais une inhibition salutaire : elles n’incarcèrent pas les hommes, elles civilisent la société. Magis avait su nous enrôler dans son combat contre les poncifs et les clichés qui dérobent la vie à elle-même. Mais ce que son combat avait lui-même de systématique apparaît au moment de le quitter. Car sa pédagogie est un hommage involontaire aux protocoles de la civilité, aux lieux communs de la politesse ordinaire.

Félicien Marceau appartient à cette période bénie de notre histoire littéraire, où les frontières entre les genres n’étaient pas encore étanches. Les auteurs les plus doués circulaient librement d’une forme à l’autre et savaient être, avec un égal bonheur, romanciers, essayistes, dramaturges. L’œuf, écrit « en deux temps, trois mouvements », est ainsi la version théâtrale de Chair et cuir, et ce qui valut à cette pièce un succès mondial, c’est l’audace de sa composition autant que sa force comique et l’universalité de son propos. Marceau, qu’on classe paresseusement parmi les auteurs de boulevard, n’a pas usé pour nouer son intrigue de recettes éculées ; comme le dit Charles Dantzig dans son livre d’entretiens avec Félicien Marceau L’imagination est une science exacte, il a inventé une nouvelle formule théâtrale : la pièce écrite à la première personne. Le personnage principal raconte sa vie, et convoque les autres personnages pour les besoins des épisodes dont il veut nous faire part, se mêlant parfois à eux, puis revenant sur le devant de la scène pour raconter la suite. Dans L’œuf, comme un peu plus tard dans La Bonne Soupe, le coup de génie de Marceau consiste à transférer sur les planches un procédé tout naturel dans le roman : c’est le romancier en lui qui élargit le champ des possibles du théâtre.

Mais si la forme varie, la pensée de l’écrivain se caractérise par la constance de son questionnement. La virtuosité chez lui va de pair avec l’opiniâtreté. « Tous mes livres, écrit-il en 1994, sont une longue offensive contre ce que dans L’œuf j’ai appelé le Système, c’est-à-dire le signalement qu’on nous donne de la vie et des hommes. Ces lieux communs sont plus dangereux que le mensonge parce qu’ils ont un fond de vérité mais qu’ils deviennent mensonge lorsqu’on en fait une vérité absolue. » Et cette offensive lui paraît d’autant plus nécessaire, d’autant plus urgente même, qu’avec le règne des écrans, le Système est aujourd’hui au faîte de sa puissance : « Dans votre signalement de l’homme, mon cher, dit l’un de ses personnages, n’oubliez pas la télévision. Qui, tous les soirs, sur nos querelles, sur nos angoisses, vient étendre ses maux, ses images, son ronron. Comme une nappe. Bien tirée. Sans un pli. »

Mais peut-on échapper au système autrement que ne le fait Émile Magis ? Peut-on sortir de l’œuf sans devenir un cloporte ? Oui, répond Félicien Marceau, et dans deux essais écrits à trente ans de distance, il prend l’exemple de Casanova. L’aventurier vénitien déploie, tout au long de sa vie, une insolente et insatiable liberté. Mais s’il refuse de se laisser corseter par le principe de raison, ce n’est pas pour végéter béatement dans son magma. Loin de confondre la liberté avec l’indifférence, Casanova « est foncièrement un ami des femmes, entre les femmes et lui, il y a constamment connivence ». Il est donc l’anti-Magis. Et il est aussi, comme le montre magistralement Marceau, l’anti-Don Juan : « Que cherche Don Juan ? Non le plaisir mais la victoire. Sa vie est un perpétuel défi. Il a besoin d’un ennemi à vaincre, d’un obstacle à surmonter. Casanova, lui, cultive l’occasion et il est prompt à la saisir. » Il n’est pas l’homme du défi, mais l’homme de la disponibilité : dans le plaisir il ne cherche rien d’autre que le plaisir. La transgression restant dans un rapport de dépendance à l’égard de la loi, il s’affranchit simultanément de l’une et de l’autre. Jamais il n’éprouve le besoin de se poser en s’opposant : c’est un voluptueux, ce n’est pas un adversaire. Il choisit l’hédonisme, non l’héroïsme. Pour le dire d’un mot, Casanova ne met pas le système en question, il le met entre parenthèses. La liberté dont il fait preuve est « une liberté limitée à l’acte et que n’escorte aucune doctrine ».

On retrouve cette grâce chez certains personnages de Marceau comme Nicolas de Saint-Damien, le héros d’Un oiseau dans le ciel. Cet homme comblé est aimé de son épouse, de ses six belles-sœurs, de ses beaux-parents, et il coule des jours tranquilles dans l’hôtel familial de la rue Barbet-de-Jouy. Mais ce cocon l’étouffe. Alors, un jour, sans prévenir, il s’en va. « Il a filé comme un bas. Il s’est taillé comme un crayon ; dit Maïté, la meilleure amie de sa grand-mère. » De l’Angleterre à la Grèce, Nicolas de Saint-Damien affronte mille péripéties. Et voici, en six répliques, la morale de l’histoire :

« – D’abord comment va-t-il ?

– Il va très bien.

– Il est heureux ?

– Il est libre.

– C’est différent ?

– C’est l’étage au-dessus. »

Et puis surtout, il y a Marie-Jeanne, l’héroïne de Bergère légère. Quand nous faisons sa connaissance, c’est une grande fille de douze ou treize ans, charmante avec ses cheveux bruns coupés courts, ses pommettes rondes, ses yeux d’un bleu très foncé, son air insolent. Cet air, elle le conserve en grandissant. Marie-Jeanne n’est pas timide et peu lui importe le qu’en-dira-t-on. Elle aime « décontenancer, inquiéter, déranger ce calme où s’assoupissent les gens ». Sa vie hors des sentiers battus la conduit, avec sa bande, dans le village d’Etichove. Elle y rencontre, dans des circonstances qu’il n’est pas nécessaire ici de relater, le petit Boussais. Ils tombent amoureux. Ils vivent, sans savoir rien du lendemain, rattachés à rien, libres enfin. Mais lui doit faire son service militaire. Il pourrait ne pas se rendre à la convocation, il résiste à cette tentation car il ne sera jamais un réfractaire, un déserteur, un hors-la-loi. « Je suis un officiel, moi. Je le resterai malgré tout ce que tu as tenté de faire », dit-il à Marie-Jeanne, et n’étant pas à la hauteur de sa légèreté, il la perd.

« L’imagination est une science exacte », aime à dire Félicien Marceau. Mais il n’a pas imaginé Marie-Jeanne. Il ne l’a pas inventée. Il l’a rencontrée, comme il le raconte dans Les Années courtes, vers 1935. Elle était communiste, et c’était plus qu’une conviction, c’était un mode d’être et d’agir. Ce qui ne les empêchait pas, elle et lui, de fréquenter, le soir venu, des cafés obscurs et d’étranges boîtes de nuit. « Nous vivons, disait-elle, un moment de grâce. » Lorsque Louis Carette reçoit sa convocation militaire, Marie-Jeanne lui dit : « Nous pourrions partir, passer à l’étranger. » Il ne peut s’y résoudre. Le jour dit, Marie-Jeanne le conduit à la caserne et tout rentre dans l’ordre. Le petit Boussais, autrement dit, c’est Félicien Marceau. Et je me demande, à relire Bergère légère, et tous ses livres après Les Années courtes, si son amour éperdu de la liberté ne tient pas au fait qu’au moment crucial, il lui a préféré l’obéissance. Il me semble que cette œuvre, qui aurait pu faire sienne la maxime de Talleyrand – « ne pas élever d’obstacle entre l’occasion et moi » –, est toute entière habitée par la nostalgie de Marie-Jeanne.

J’en ai presque terminé et je m’aperçois qu’il manque à cet éloge la belle adaptation pour Giorgio Strehler, metteur en scène magique, de La Trilogie de la villégiature de Goldoni. Il manque Balzac et son monde, la somme érudite et affectueuse consacrée par Marceau à l’auteur qui l’a accompagné sa vie durant. Manquent aussi des romans aussi essentiels que Creezy ou l’histoire de ce fils de famille noceur et désœuvré qui devient L’homme du roi et que – démenti cinglant à la sagesse du Système – le pouvoir ne corrompt pas mais élève. J’aurais dû en outre faire halte à Capri, petite île et, plus généralement, faire un sort à l’Italie indocile, devenue au fil du temps la deuxième patrie de cœur de Félicien Marceau. Je dirai pour ma défense que je n’ai pas voulu être exhaustif. J’ai découvert une œuvre que, je l’avoue, je connaissais à peine, et Chair et cuir, un roman qui fait désormais partie de ma bibliothèque idéale, m’en a fourni la clé.

Arrivé au terme de ce périple, j’ai les mots qu’il faut pour dire exactement ce qui me gêne et même me scandalise dans la mémoire dont Félicien Marceau fait aujourd’hui les frais. Cette mémoire n’est pas celle dont je me sens dépositaire. C’est la mémoire devenue doxa, c’est la mémoire moutonnière, c’est la mémoire dogmatique et automatique des poses avantageuses, c’est la mémoire de l’estrade, c’est la mémoire revue, corrigée et recrachée par le Système. Ses adeptes si nombreux et si bruyants ne méditent pas la catastrophe, ils récitent leur catéchisme. Ils s’indignent de ce dont on s’indigne, ils se souviennent comme on se souvient.

La morale de toute cette affaire, ce n’est certes pas que le temps est venu de tourner la page et d’enterrer le devoir de mémoire, mais qu’il faut impérativement sortir celui-ci de « l’œuf » où il a pris ses quartiers pour lui rendre sa dignité et sa vérité perdues.

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SOURCE : CAUSEUR

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16/01/2016

Leila Slimani : "Ces gens qui croient en un seul livre et qui pensent que ce livre ne se débat pas"

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08/01/2016

Parlement Européen : Argent facile, champagne à gogo et autres privilèges

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Ces gens-là sont magnifiques... regardez jusqu'au bout... si vous sentez, tout au long, un terrible mal de cul, ne soyez pas surpris, on vous encule bel et bien... profondément... mais avec douceur, pour que vous le sentiez le moins possible...

Vive l'Union Européenne...

 

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07/01/2016

"Je croyais que c'était de la propagande de droite"...

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Dans la nuit du 31 Décembre au 1er Janvier, des centaines d'agressions d'ordre sexuel à l'encontre de femmes se sont produites en Allemagne, à Cologne, au point ou certains ne se demandent si ces attaques n'ont pas été littéralement orchestrées !

L'Allemagne d'Angela Merkel subit déjà le revers de médaille de sa naïveté immigrationiste envers les "réfugiés" syriens.

Et tandis que la Maire débile de Cologne prodigue ses absurdes conseils d'intégration allemande à la putride mentalité islamiste, histoire de se montrer entièrement soumis et accueillant... voici un p'tit témoignage sur le vif et servi aux p'tits oignons... pour votre édification...

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04/01/2016

Mourir à l'Islam, renaître en Christ

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02/01/2016

L'année 2015 vue par Alain Finkielkraut

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L’éducassion meauderne (Modern Educayshun)

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Bonne Année 2016...

 

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