20/08/2014

38 jours fériés

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« Sous l’Ancien Régime, les lois de l’Église garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés) pendant lesquels il était strictement défendu de travailler. C’était le grand crime du catholicisme, la cause principale de l’irréligion de la bourgeoisie industrielle et commerçante. Sous la Révolution, dès qu’elle fut maîtresse, elle abolit les jours fériés et remplaça la semaine de sept jours par celle de dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l’Église pour mieux les soumettre au joug du travail. »

Paul Lafargue, Le droit à la paresse

 

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19/08/2014

Les Capétiens étaient des réalistes

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« Le bon sens des Capétiens, qui devait être, à de rares exceptions près, la qualité dominante de leur race, ne serait pas moins utile à cette œuvre de longue haleine. Rendre service : c’était la devise de la maison depuis Robert le Fort. Avancer pas à pas, prudemment, consolider chaque progrès, compter les deniers, se garder des ambitions excessives, des entreprises chimériques, ce fut son autre trait, avec un sentiment d’honorabilité bourgeoise plus que princière et le goût de l’administration. La France sensée, équilibrée, se reconnut dans cette famille qui aimait son métier et qui avait le don de s’instruire par l’expérience. Il semble que les Capétiens aient eu devant les yeux les fautes de leurs prédécesseurs pour ne pas les recommencer. Les descendants de Charlemagne, de Charles le Chauve à Lothaire, s’étaient épuisés à reconstituer l’Empire. Ce fut également la manie des empereurs germaniques. Les Capétiens étaient des réalistes. Ils se rendaient un compte exact de leurs forces. Ils se gardèrent à leurs débuts d’inquiéter personne. »

Jacques Bainville, Histoire de France

 

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C’est un répugnant scandale d’avoir présenté, comme un grand moment de notre histoire, l’assassinat public d’un homme faible et bon

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« Le 21 janvier, avec le meurtre du Roi-prêtre, s’achève ce qu’on a appelé significativement la passion de Louis XVI. Certes, c’est un répugnant scandale d’avoir présenté, comme un grand moment de notre histoire, l’assassinat public d’un homme faible et bon. Cet échafaud ne marque pas un sommet, il s’en faut. Il reste au moins que, par ses attendus et ses conséquences, le jugement du roi est à la charnière de notre histoire contemporaine. Il symbolise la désacralisation de cette histoire et la désincarnation du Dieu Chrétien. Dieu, jusqu’ici, se mêlait à l’histoire par les Rois. Mais on tue son représentant historique, il n’y a plus de roi. Il n’y a donc plus qu’une apparence de Dieu relégué dans le ciel des principes.

Les révolutionnaires peuvent se réclamer de l’Evangile. En fait, ils portent au Christianisme un coup terrible, dont il ne s’est pas encore relevé. Il semble vraiment que l’exécution du Roi, suivie, on le sait, de scènes convulsives, de suicides ou de folie, s’est déroulée tout entière dans la conscience de ce qui s’accomplissait. Louis XVI semble avoir, parfois, douté de son droit divin, quoiqu’il ait refusé systématiquement tous les projets de loi qui portaient atteinte à sa foi. Mais à partir du moment où il soupçonne ou connaît son sort, il semble s’identifier, son langage le montre, à sa mission divine, pour qu’il soit bien dit que l’attentat contre sa personne vise le Roi-Christ, l’incarnation divine, et non la chair effrayée de l’homme. Son livre de chevet, au Temple, est l’Imitation de Jésus-Christ. La douceur, la perfection que cet homme, de sensibilité pourtant moyenne, apporte à ses derniers moments, ses remarques indifférentes sur tout ce qui est du monde extérieur et, pour finir, sa brève défaillance sur l’échafaud solitaire, devant ce terrible tambour qui couvrait sa voix, si loin de ce peuple dont il espérait se faire entendre, tout cela laisse imaginer que ce n’est pas Capet qui meurt mais Louis de droit divin, et avec lui, d’une certaine manière, la Chrétienté temporelle. Pour mieux affirmer encore ce lien sacré, son confesseur le soutient dans sa défaillance, en lui rappelant sa "ressemblance" avec le Dieu de douleur. Et Louis XVI alors se reprend, en reprenant le langage de ce Dieu : "Je boirai, dit-il, le calice jusqu’à la lie". Puis il se laisse aller, frémissant, aux mains ignobles du bourreau. »

Albert Camus, L'homme révolté

 

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La belle étoile est un vertige absolu

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« Dormir à la belle étoile, ce n’est pas une coquetterie estivale pour amateur d’étoiles filantes. La belle étoile est un vertige absolu. Une révélation fondatrice. A condition d’ouvrir les yeux. Paré au décollage ? En premier lieu, allongé sur le dos il ne faut pas s’imaginer couché, mais debout, à la proue du grand navire sphérique de la terre, ce qui est vrai, puisqu’elle est tout entière avec ses milliards d’humains et sa masse écrasante, dans votre dos. Vous êtes donc sa figure de proue et vous naviguez à 108 000 kilomètre-heure dans l’espace. Vous foncez à cette vitesse inouïe. Même pas décoiffé, bien protégé des rayons nocifs par l’habitacle atmosphérique. Si la gravitation ne vous collait pas au sol, vous auriez la nausée des rotations combinées de la terre sur elle-même, de la terre autour du soleil, du soleil autour du centre de notre Voie lactée, et de la danse de celle-ci avec les autres galaxies. Devant vous scintillent des milliards d’étoiles dont seulement quelques centaines s’impriment sur votre rétine. Par cette contemplation vous croyez voyager dans l’espace, alors que vous venez de commencer un voyage dans le temps. Un plongeon dans le passé. Aucune de ces étoiles n’est à la même distance de vous. Elles ne sont pas clouées sur une voute. Leur lumière a mis au moins quatre ans (Proxima du Centaure est l’étoile la plus proche de nous), voire des millions d’années à vous parvenir, à la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde. Elles vous parlent d’un passé très lointain. Certaines de ces étoiles sont déjà éteintes depuis des lustres. Volatilisées.  Vous n’en voyez plus que l’écho lumineux en chemin vers la terre. Un télescope est en fait une machine à remonter le temps.

La lumière du soleil met huit minutes à nous parvenir. Une année lumière c’est donc très loin : 9 500 milliards de kilomètres. Mais un milliard est un chiffre très difficile à appréhender : Jésus marchait en Palestine il y a un milliard de minutes. Quand vous regardez les trois étoiles de la ceinture d’Orion, distantes de 1 500 années lumières, vous voyez cette partie de l’univers telle qu’elle était à la fin de l’Empire romain, à l’heure où s’éteignit la mythologie gréco-latine. Vous recevez dans l’œil la dernière flèche du grand chasseur !

Notre soleil n’est qu’une petite étoile dans l’univers. Notre galaxie, la Voie lactée, en compte entre deux cents et quatre cents milliards. Et sans doute mille milliards de planètes, dont quatre cents ont été devinées même si aucune n’a encore pu être observée. La voie lactée, c’est cette traînée blanchâtre qui fend le ciel en deux par nuit noire et que l’on prend pour un nuage effiloché. Comme nous y habitons, nous la voyons de l’intérieur, par la tranche. C’est un immense disque spiralée avec en son centre un trou noir super massif dont la masse est égale a quatre millions de fois celle du soleil. Heureusement que notre soleil en est distant de 26 000 années-lumière, sinon nous serions aspiré comme limaille à un aimant et aussitôt fondus en soupe de particules en fusion. Notre galaxie est immense. Si notre système solaire et ses huit planètes étaient de la taille d’une amibe, la Voie lactée serait grande comme l’océan Pacifique. Et nous serions sur une de ses rives. Vous croyez que c’est grand ? Le télescope Hubble a dénombré trois mille galaxies. Dans l’univers, la Voie lactée correspondrait à la surface couverte par une tête d’épingle tenue à bout de bras. Mais alors, combien de têtes d’épingle faudrait il souder les unes aux autres pour construire une sphères autour de vous ?

Dernière révélation dans ce pré où vous êtes alongés : entre les étoiles, vous croyez que c’est noir, mais en fait, ce noir totalise 96% de l’énergie universelle émise sous formes de photons, les étoiles qui brillent ne représentant que 4% : ce noir, c’est le fond diffus cosmique, le rayonnement fossile du Bing Bang, le fond de l’univers, vieux de 13,7 milliards d’années. Rien de plus vieux sous les étoiles. L’univers en extension est très froid. Et très peu dense. Il n’y a en moyenne que quelques atomes par mètre cube dans l’univers. La moitié est là sous nos yeux. (L’autre moitié dans votre dos.) A vous seul vous totalisez 7 000 000 000 000 000 000 000 000 000 atomes (27 zéros). Vous ne le savez pas mais vous êtes un miracle de matière froide super-dense et surtout super-organisée. Une quantité non négligeable de l’univers. »

Alexandre Poussin, Marche Avant

 

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18/08/2014

Un ordre de faits supérieurs

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« ... Il est des lieux qui tirent l'âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l'émotion religieuse. Nous y éprouvons soudain le besoin de briser de chétives entraves pour nous épanouir à plus de lumière... Ils nous font admettre insensiblement un ordre de faits supérieurs à ceux où tourne à l'ordinaire notre vie. Ils nous disposent à connaître un sens de l'existence plus secret que celui qui nous est familier... Seuls des yeux distraits ou trop faibles ne distinguent pas les feux de ces éternels buissons ardents. Pour l'âme, de tels espaces sont des puissances comme la beauté ou le génie. Il y a des lieux où souffle l'esprit. »

Maurice Barrès, La Colline inspirée

 

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Nous nous abîmons dans des zones où gîtent les racines de l'arbre de vie

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« Le combat de la vie, le fardeau de l'individualité. A l'opposé, l'indivis et ses tourbillons toujours plus profonds. Aux instants de l'étreinte, nous y plongeons, nous nous abîmons dans des zones où gîtent les racines de l'arbre de vie. Il y a aussi la volupté légère, fugitive, pareille au combustible qui flambe, et tout aussi volatile. Au-delà, au-dessus de tout cela, le mariage. "Vous serez une seule chair." Son sacrement ; le fardeau est désormais partagé. Enfin, la mort. Elle abat les murailles de la vie individuelle. Elle sera l'instant de l'accomplissement suprême. (Matthieu XXII, v. 30.) C'est par-delà la mort, et là seulement, où le temps n'est plus, que nos véritables liens ont formé le noeud mystique. Il nous sera donné de voir, quand la lumière s'éteindra. »

Ernst Jünger, Premier journal parisien

 

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On n'est plus un destin, mais rien qu'un numéro de plus

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« A supposer même que le néant triomphe, dans la pire de ses formes, une différence subsiste alors, aussi radicale que celle du jour et de la nuit. D'un côté, le chemin s'élève vers des royaumes, le sacrifice de la vie, ou le destin du combattant qui succombe sans lâcher ses armes ; de l'autre, il descend vers les bas-fonds des camps d'esclavage et des abattoirs où les primitifs concluent avec la technique une alliance meurtrière ; où l'on n'est plus un destin, mais rien qu'un numéro de plus. Or, avoir son destin propre, ou se laisser traiter comme un numéro : tel est le dilemne que chacun, certes, doit résoudre de nos jours, mais est seul à pouvoir trancher. »

Ernst Jünger, Le traité du Rebelle ou le recours aux forêts

 

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