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21/09/2021

Marsault, l'encre et le bazooka

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20/09/2021

Éric Zemmour en conférence à Toulon

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31/08/2021

Radioscopie (1979) : Marguerite Yourcenar

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30/08/2021

Marguerite Yourcenar - La condition féminine

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27/08/2021

L’Etat et le corps, un drôle de vieux couple

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Pour les opposants à la vaccination contre le covid-19, le corps semble être devenu un sanctuaire, sur lequel l’Etat ne doit pas exercer son autorité. Depuis fort longtemps, la question de l’intime face au collectif traverse les sociétés démocratiques.

Par Solange Bied-Charreton pour Marianne (27 août- 2 septembre 2021)

« Le vaccin obligatoire, c’est comme un viol. Une pénétration sans consentement » : c’est ce que l’on pouvait lire sur le compte Instagram de Mickaël Vendetta après l’annonce gouvernementale du 12 juillet à propos de l’extension du passe sanitaire. L’ancien candidat de « La ferme célébrités », émission de téléréalité des années 2000, ose tout, et c’est même à ça qu’on le reconnaît. Au reste, il n’est pas le seul. Nombre de manifestants ayant grossi les rangs du mouvement antipasse sont également de farouches opposants à la vaccinâtion contre le Vovid-19, les uns pointant un manque de recul sur son usage, les autres le fait d’une dictature sanitaire s’imposant aux corps des citoyens impuissants.
Mais attention aux polarisations faciles, aux manichéismes commodes. Si les oppositions entre pro et antivax ou passe se durcissent au fil des samedis de manif, une problématique hautement philosophique demeure : quel droit une autorité politique peut-elle exercer sur le corps de ses administrés ?
 « La souveraineté de l’Etat réside pourtant bien dans sa capacité à dicter la norme, rappelle Raphaël Doan, juriste, auteur du Rêve de l’assimilation (Passé composé, 2021), même s’il est utile de redire que dans les démocraties libérales contemporaines les hautes cours tendent à tempérer cette verticalité, en vue de la préservation des libertés individuelles. » Charge au Conseil constitutionnel d’introduire des garanties qui vont au-delà de la Constitution. Le « principe de fraternité » a, par exemple, vu le jour de cette manière, permettant de censurer une loi qui sanctionnerait l’aide aux migrants clandestins.  »Mais il arrive aussi que le Conseil constitutionnel vienne à renforcer le pouvoir de l’Etat », fait aussi remarquer Doan. Il en va ainsi de l’Objectif à valeur constitutionnelle de protection de la santé, brandi maintes fois depuis le début de la crise du Covid-19. Comme si, cette fois, on ne protégeait pas assez les corps, et qu’il fallait mieux veiller dessus. Pas si simple, donc.

Physique et juridique

A l’origine du droit romain, la persona, le « masque », qui n’est précisément pas le corps. C’est à elle, d’abord que s’adressent lois et obligations. Mais, bien souvent, la réalité juridique et la réalité physique sont une seule et même chose.
L’armée, donc l’Etat, peut par exemple recruter des soldats et les envoyer se faire tuer en opération extérieure. N’en déplaise à Mickaël Vendetta ou à Francis Lalanne, son pouvoir s’exerce aussi en matière de vaccination sur les mineurs. Mais pas uniquement : toujours à l’armée, au moment de l’incorporation, on procède à une mise à jour des vaccins ROR (rougeole, oreillons, rubéole), de ceux de l’hépatite B, du DIP (diphtérie, tétanos, poliomyélite + coqueluche), de la grippe et de la méningite. Avant projection (opérations extérieures ou affectations embarquées) s’ajoutent les vaccins de l’hépatite A, de la fièvre typhoïde, de la fièvre jaune. Inapte à l’engagement serait celui qui refuserait la vaccination. Sollicité à ce sujet pour les besoins de notre enquête, l’état-major des armées a botté en touchent estimant qu’elle relève « du domaine politique », une pusillanimité qui vient confirmer le caractère inflammable de la question vaccinale dans l’actualité, alors même que la Grande Muette rend public le calendrier vaccinale des recrues. Politique, le vaccin ?

La licité de l’obligation vaccinale est un vieux sujet. En pratique, il s’agit de proportionner la liberté individuelle à la réalité et à la gravité d’une maladie. C’est en vertu de ce savoir que l’individu est contraint par le pouvoir, Michel Foucault parlera même de « pouvoir savoir ». A la suite de Marx, le philosophe de la « French Theory » aura conceptualisé une histoire politique des corps traversée par les dominations (bourgeoisie, élite, Etat). Anne Bouillon, docteur en philosophie et auteure de Gilles Deleuze et Antonin Artaud : l’impossibilité de penser (L’Harmattan, 2016), fait la généalogie de cette violence exercée sur les êtres : « La société dont Platon parle est celle qui condamne Socrate, le plus divin des hommes, le plus sage, à mort, pour corruption de la jeunesse. Ironie des ironies, qui ne manquera pas de marquer toute la philosophie occidentale qui semble s’écrire sur son cadavre : le pouvoir politique s’exerce sur les corps pour contrôler les âmes. »
Existent, aujourd’hui, en droit, des principes d’inviolabilité et d’indisponibilité du corps humain : on ne massacre pas, on ne vend pas son corps ou une partie de son corps ou le corps des autres, pas plus qu’on ne saurait oblitérer la valeur du consentement libre et éclairé du soigné, évidemment sollicité dans le contexte de la vaccination contre le Covid et qui implique aussi un droit à l’information sur la nature des effets secondaires fréquents et graves.

Mais cela suffit-il à rendre le corps sacré ? Ce n’est pas évident. « Que nous soyons ou non croyants, notre corps a intégré les déterminismes judéo-chrétiens qui sont l’image du corps dans notre horizon culturel, le corps en gloire du Christ, l’eucharistie. Si le corps n’est pas sacré, déclare Anne Bouillon, il reste quand même difficile à nier que la représentation que nous en avons ne l’est pas. » Elle nous renvoie à Nietzsche dans « Ainsi parlait Zarathoustra » : « Corps je suis tout entier et rien d’autre, et âme n’est qu’un mot pour dire quelque chose dans le corps. » La personne c’est le corps !

 



Biopolitique

«  La notion de dignité de la personne est peut-être ce qui, du point de vue juridique, se rapproche le plus de la sacralisé du corps humain », fait remarquer Raphaël Doan. Et de nous rappeler l’existence de l’arrêt Commune de Morsang-sur-Orge, du 27 octobre 1995, sur l’interdiction du lancer de nains au nom de la dignité de la personne humaine, comprise ici comme composante de l’ordre public. Reste qu’entre le lancer de nains et la vaccination à ARN messager, il y a un monde. C’est ce que voudrait rappeler Tristan Claret-Trentelivres, ancien élève de l’ENA, qui voit dans la contestation antivaccin une expression exacerbée de l’individualisme contemporain : « Nous n’avons plus idée de ce qu’est la contrainte d’Etat. » Sur les pancartes des manifestants, nous pouvons lire «  Mon corps, mes choix », un raptrochement opportuniste avec les luttes féministes que Tristan Claret-Trentelivres juge pourtant cohérent : « Les droits de l’individu primant, on assiste à une perte de vue de l’intérêt général. Comment parler de dictature sanitaire ? »

Autre interrogatoire : comme il en va de la santé du pays dans son ensemble, la liberté individuelle sans limite n’atteint-elle pas une sorte de contradiction ? : « En cas d’épidémie, et si le vaccin s’avère efficace, c’est la liberté individuelle des personnes non vaccinées qui menace l’intérêt général et non l’inverse. La tentation est trop grande, à l’échelle de l’individu de se constituer passager clandestin et de compter sur une immunité collective. Les mesures coercitives apparaissent donc justifiées », défend Tristan Claret-Trentelivres.
Anne Bouillon, elle, appelle à la vigilance : « Le problème du biopouvoir est qu’il s’intéresse davantage aux manières de renforcer le pouvoir qu’à la vie. Foucault insiste bien sur le caractère technologique de la biopolitique ainsi que sur son exigence de conformité des corps.
C’est là que le noble et louable effort de la science dans l’élaboration des remèdes est dévoyé, il revient à renforcer l’existence du pouvoir. Autrement dit, la vaccination est pervertie quand elle n’est pas le but mais le moyen pour la société de contrôle de se constituer. »

Reste qu’à travers le mouvement antivaccin l’on semble payer, à mesure que l’individu, son corps et sa personne gagnent en sacralité, les conséquences de la désacralisation des institutions (République, armée, Etat, Eglise, Education nationale, autorité parentale).
Qui se souvient du carnet B créé en 1886, contenant les noms des potentiels agitateurs, des personnes à arrêter au moment où surviendrait l’ordre de mobilisation ? Le 2 août 1914, la France entre en guerre et, devant l’évidence de l’Union sacrée, aucun des individus dont le nom figure sur le carnet B n’est finalement inquiété. Le niveau de désobéissance est jugé trop faible ; la loyauté envers le régime est la plus forte ; la République règne. La déclaration de Vendetta n’est-elle pas l’expression dernière de cette érosion de souveraineté ? Un habeas corpus dévoyé, parodique.

 


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09/08/2021

Une terre impossible et un ciel désert

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« Il n'existe aucun recoin sous le soleil ni sous la lune où nous puissions nous étendre dans l'éreintement que toute langueur nous vaut ; il n'y a que la vacuité supraterrestre à quoi nous invite la musique pour nous consoler d'une terre impossible et d'un ciel désert. C'est une contrée intermédiaire entre deux vides qu'elle résume quelque part au croisement d'une double impossibilité. Car la terre n'est pas plus sûre que le ciel -- ainsi ce qu'il reste d'aspiration en nous glisse-t-il vers une incertitude qui participe des deux. »

Emil Cioran, Divagations

 

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La dernière finalité de la gravitation...

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« Le désir suspend l'humain au-dessus du rien général, jusqu'à ce qu'il soit assez desséché pour tomber dans la dernière finalité de la gravitation -- dans ce rien. »

Emil Cioran, Divagations

 

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08/08/2021

Une apparence ou le néant

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« La frivolité et le renoncement sont les seules attitudes que puissent adopter un esprit affranchi des illusions. Il n'est pas de "réalité", seulement une apparence ou le néant. On peut se consacrer aux deux ; inutile d'être "sérieux", puisque l'on n'opère pas alors dans le présent de l'être. Être est un verbe qui se conjugue dans l'iréel et qui ne saurait assumer la dignité d'un substantif sans l'aveuglement de notre désir. »

Emil Cioran, Divagations

 

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La tristesse

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« Le héros est un lâche qui sous l'influence de la peur court au danger. »

« Il est curieux de voir comment la tristesse, qui a pour elle une infinité d'arguments et de justifications accablants, est en même temps la voie la plus directe et la plus sûr de la démence. »

Emil Cioran, Divagations

 

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29/07/2021

En lutte...

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« Dans tout ce que nous vivons nous sommes en lutte : dans l'amour, dans la maladie, dans l'espoir et dans le sommeil. Car rien ne nous arrive sans hostilité ; les éléments du sort sont autant de forces adverses contre lesquelles nous combattons jusqu'au dernier souffle - le souffle lui-même étant notre ennemi. »

Emil Cioran, Divagations

 

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Le désabusé...

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« L'âme désabusée est le fruit d'une curiosité surmenée. C'est une trop grande somme d'expériences, qui nous guérit de toute expérience : la sagesse comme amertume, et non comme sérénité ; une soif déçue, et non vaincue ; un enlisement dépourvu de désir dans ces péchés temporels que l'on avait cru être les seuls valables, les seuls dignes d'être désirés... Le désabusé est un ancien fervent des apparences, qui les endure toujours, incapable de voir dans la métaphysique autre chose que de l'inefficacité. Il continue, dans ce bas monde qui ne lui inspire aucun espoir, de crainte qu'un effort en sens inverse ne le mène à une défaite de même nature, sinon plus grave encore. Son seul plaisir : réveiller les autres, les tirer de temps en temps hors du ridicule... »

Emil Cioran, Divagations

 

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28/07/2021

Une gratuité sans limites

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« Associer l’érotisme à la mort m’a toujours paru une erreur, une faute de sourds. Les mots échangés, les chuchotements, la mélodie partagée, l’accompagnement, sont les clés de la promenade. Elle est enfantine, bien sûr, cette balade, et d’une gratuité sans limites. L’éclair, dans le bleu du ciel, vient de la paix, comme étant la paix elle-même à travers la guerre. L’érotisme est bienveillant comme une déesse ou un dieu. Il ne manque de rien et ne cherche rien. Il est d’accord.

Lisa du matin, Lisa de l’après-midi, Lisa du soir. Elle a du temps, elle n’a pas le temps, elle est loin, elle me téléphone, elle est de retour. Elle était au Japon, en Angleterre, en Hollande, elle arrive d’Allemagne, elle est à Paris pour moi. Elle me raconte. Elle ne me demande pas ce que j’écris, elle vérifie juste que je suis en train d’écrire. Elle se fout éperdument du "milieu littéraire", et le "milieu musical" l’exaspère. Allons, c’est l’époque, passons et jouons.

Pas de rapports entre l’érotisme et la mort ? Si, un seul : faire comme si on avait disparu entre deux rendez-vous. Quelle joie de se revoir vivants ! La soudaine illumination indienne (le Samadhi) prétend que c’est alors "comme retrouver un parent perdu". Voilà : deux sauvés du néant se disent bonjour et s’embrassent. »

Philippe Sollers, Beauté

 

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Un contre-courant radical

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« L’avantage d’être l’ami d’une musicienne, c’est un afflux d’intervalles dans les relations. Rencontres programmées, pas un mot de trop, réserve. Dans un monde de plus en plus hystérique et bavard, il s’agit d’une bénédiction, et d’un contre-courant radical. Je comprends l’érotisme et l’obscénité, j’ai fait mes études. J’ai beaucoup admiré Georges Bataille et ses personnages de folles, Simone, Madame Edwarda, Dirty, Réa, Hansi, Loulou, et sa propre mère délirante, dans des récits où la rage, la souillure et la décomposition raniment un drôle de Sade transfusé du côté masochiste, sur fond d’alcool. J’ai expérimenté ce genre de folie. J’en suis sorti.

Le véritable érotisme est sobre, pudique, maître de lui-même et de sa douceur. Je n’ai pas besoin de décrire la façon dont je fais l’amour avec Lisa. Après avoir joui, chacun reste seul, mais, comment dire, en plus. L’éclair continue, c’est une clairière, le tournant invisible a lieu, la lumière vous regarde. Lisa est une constellation, et j’en suis une autre. Cela ne nous empêche pas d’être des atomes dans le même ciel.

Dans le genre morbide, confondant l’hystérie, le divin, la mort, l’ivresse et la folie de façon géniale, impossible de faire mieux que Bataille :

"Comme un tronçon de ver de terre, elle s’agita, prise de spasmes respiratoires. Je me penchai sur elle et dus tirer la dentelle du loup qu’elle avalait et déchirait dans ses dents. Le désordre de ses mouvements l’avait dénudée jusqu’à la toison : sa nudité, maintenant, avait l’absence de sens, en même temps l’excès de sens d’un vêtement de morte. Le plus étrange – et le plus angoissant – était le silence où Madame Edwarda demeurait fermée : de sa souffrance, il n’était plus de communication possible et je m’absorbai dans cette absence d’issue – dans cette nuit du cœur qui n’était ni moins déserte, ni moins hostile que le ciel vide. Les sauts de poisson de son corps, la rage ignoble exprimée par son visage mauvais, calcinaient la vie en moi et la brisaient jusqu’au dégoût."

Bataille parle de son cœur "blessé d’une incurable blessure". C’est un des derniers romantiques avant la grande normalisation technique. Le plus étonnant est qu’il ait pu aimer la merveilleuse indifférence de Manet. Mais cette scène est belle, et ne parlez plus de beauté si vous n’êtes pas de cet avis. La beauté sur fond noir, voilà le vrai. Exemple : je suis dans une fête avec une folle, près d’une fenêtre ouvrant sur une cour. Tout à coup, après m’avoir passionnément embrassé, elle me dit : "Jette-toi par la fenêtre pour voir si je jouis." Elle me pousse, mais elle a trop bu, elle n’a plus la force. Pour cette révélation, j’ai de l’amitié pour elle.

Une autre, camée à fond, me menace avec un couteau dans ma chambre. Il est deux heures du matin, elle veut absolument dormir chez moi, elle me fait le numéro de la grande sorcière primordiale, elle était jolie en début de soirée, maintenant elle grimace, et sa voix est rauque. J’ai toutes les peines du monde à la faire descendre, et, en bas de l’immeuble, sur le trottoir, elle vomit son injure : "Lâche !"

Des trucs comme ça.

On a tendance à oublier les souvenirs agréables puisqu’ils se répètent. Les désagréables, eux, s’inscrivent dans la mémoire en relief. Écorchures, incisions, reproches, mauvaise humeur, tout est fait pour user son prochain comme soi-même. Il y a des natures douées pour l’usure. C’est un travail à plein temps.

En revanche, une bonne partenaire érotique (je pense à Lisa) sait exactement ce qu’elle veut quand elle veut. C’est une séance musicale d’une heure et demie, un quart d’heure de conversation sous-tendue par ce qui va avoir lieu (actualités mises en abîme), une grande demi-heure de caresses et de baisers profonds, et puis conclusion, et, de nouveau, conversation, cette fois sérieuse. Tel concert, tel enregistrement, telle retransmission, tel voyage, telles contraintes. On s’embrasse tendrement, je lui dis qu’elle a encore embelli, elle s’en va. Sinon, dîner calme, et bonsoir. »

Philippe Sollers, Beauté

 

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27/07/2021

Zeus

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« Nous voici donc à Égine, île depuis longtemps pourrie par les promoteurs immobiliers et le cancer touristique. Olympie, en 2007, a été cernée par un incendie furieux qui a pourtant épargné le temple de Zeus, et l’état islamique menace de détruire Palmyre. Nous, demain, on va monter vers une ruine grandiose, plus vivante que jamais. Lisa, ce soir, est très silencieuse.

Le temple d’Athéna Aphaia s’est longtemps appelé seulement d’Athéna, avant qu’on lui ajoute "Aphaia", divinité mystérieuse, dont le surnom est "l’invisible". Athéna se déploie dans des apparitions multiples, Aphaia reste en retrait. Le temple pourrait ainsi être nommé le "visible-invisible", sanctuaire du jour et de la nuit. Le ciel est très bleu, le soleil brille.

Et voici l’événement : un éclair en plein jour, un coup de foudre sans le moindre orage. C’est stupéfiant et très bref. Zeus vient de parler, on est traversés par cet éclat, on en pleurerait de joie. Il est donc toujours là le vieux Zeus, "l’assembleur de nuées", le père ? On est pétrifiés, on ne bouge pas, on se tait. Et puis Lisa, qui a déjà vu ça dans son enfance, murmure : "C’est très rare." Je lui serre la main, tout est tranquille. Je pense que l’éclair vient d’un repos profond, insondable éclat d’harmonie complète. Platon, trahi par son tyran de Syracuse, a passé un certain temps en exil à Égine. Je me demande s’il a vu ça. Platon, peut-être pas, mais Heidegger, oui, comme le prouve son intervention sur la formule d’Héraclite "la foudre gouverne l’univers". Il dit tout à coup : "Je me souviens d’un après-midi lors de mon séjour à Égine. Brusquement, j’ai perçu un éclair unique, qui n’a été suivi d’aucun autre. J’ai pensé : Zeus."

Ce n’est pas mon premier contact avec la foudre. J’ai 12 ans, je suis seul à la campagne dans une grande maison, la foudre tombe dans le jardin, et, par la fenêtre ouverte, entre dans la pièce où je suis. C’est une boule de feu qui monte et descend le long d’un rideau. Je suis là, debout, elle va me consumer sur place. Je suis dans une angoisse folle (la plus folle de ma vie), mais cette irruption d’or brûlant compact est d’une beauté incroyable. C’est une planète qu’on pourrait saisir dans la main. Dix secondes d’enfer, et la voilà qui sort et disparaît dans les arbres, sans que le rideau ait pris feu. Je me jette sur un divan, je ferme les yeux, j’ai compris. Quoi ? Aucun mot pour le dire. Mon corps, ou plutôt mon cadavre aurait pu être le héros d’une information locale. "Orage tragique : un jeune garçon foudroyé près d’une fenêtre, chez lui."

Après ce coup de foudre à Égine, on est rentrés à Athènes, d’où Lisa devait prendre un avion pour un concert à Berlin. Je la revois à Paris où elle vient de temps en temps. Un soir, à dîner, je lui ai demandé si elle avait repensé à Égine. Elle m’a regardé, et m’a dit simplement avec un sourire : "Tu n’as pas remarqué que, depuis, je joue mieux ?" »

Philippe Sollers, Beauté

 

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Vieilles sirènes

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« En fin d’après-midi, le bateau file vite vers Égine dans le couchant rouge. On va dormir là-bas, et, le lendemain, montée au temple. Je suis déjà venu, je connais l’endroit. Elle le connaît mieux que moi, puisqu’elle est née là. Ses parents et elle vivent maintenant en suisse, ils sont partis avant la dictature bancaire fracassant le pays, et lui imposant une austérité rageuse. La dette engendre la culpabilité, et si vous ne remboursez pas, c’est de votre faute. Les banques organisent le ravage, mais sont très morales. Vous devez expier votre péché d’exploités.

Lisa, heureusement, n’a jamais mordu aux vieilles sirènes d’une révolution impossible, et n’a jamais cru à une rédemption via un prolétariat désormais introuvable.

Les théoriciens "marxistes" n’ont rien compris au capitalisme financier et à son énorme délire frigide. Ils se sont recyclés en tribuns démagogues toujours prêts à haranguer des foules sur des places bondées. La musique a sauvé Lisa dès son enfance. Son père est violoncelliste, sa mère violoniste, ils donnent encore des concerts de musique de chambre un peu partout. Ils ont veillé sur leur petite fille, pianiste déjà géniale. »

Philippe Sollers, Beauté

 

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26/07/2021

Pauvre Grèce, devenue la poubelle de l'Europe

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« On est en mai, il fait très beau, je suis avec Lisa à Athènes. La nuit, vers 3 h du matin, l’expérience se renouvelle. Mon corps n’est plus là, je plane au-dessus de lui, ça dure à peine trois secondes, mais j’ai tort de dire "secondes", puisque le temps a disparu. Plus de temps, plus d’espace, mais un drôle de lieu à faible lumière bleutée, juste à côté de Lisa qui dort sur cette planète. On en découvre tous les jours, des planètes, elles tournent autour de leurs étoiles, le problème étant de savoir si l’une ou l’autre est "habitable", c’est-à-dire comporte de l’eau, nécessaire pour produire la vie. Les humains, malgré leurs atrocités et leurs misères, ne renoncent pas à rencontrer leurs semblables à des années-lumière de leurs migrations terrestres. Il faut de l’eau, point. Je descends doucement, je me réincarne, je me lève avec précaution, je vais boire un verre d’eau.

Sauf à respirer en hauteur, sur le Lycabette, Athènes est une ville invivable. Chaleur, pollution, circulation folle, et, de plus en plus, corruption, déliquescence, réfugiés, faillites en tous genres. Pauvre Grèce, devenue la poubelle de l’Europe ! Lisa, en principe, devrait être une Grecque déprimée, et moi un Français morose. Pourtant, non, on s’est rencontrés, et ça marche. C’est une virtuose du piano, je me débrouille avec les mots, on aime par-dessus tout le silence. »

Philippe Sollers, Beauté

 

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De l'or...

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« Tout se détraque, et se recompose en douce. On n'a jamais vu autant de folie, mais celui qui garde la raison tient de l'or. La perversion règne, l'innocence brille. L'escroquerie est partout, l'honnêteté se renforce. Le désert s'accroît, les fleuves débordent. Le doute prolifère, la foi s'approfondit. L'ignorance augmente, la science progresse. La vulgarité explose, la délicatesse s'impose. La violence s'acharne, la douceur répond. »

Philippe Sollers, Légende

 

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25/07/2021

La joie

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« Se tenir à la joie est un principe de vie, une politesse, un savoir-vivre. »

« La joie est ma philosophie essentielle. »

Philippe Sollers, Agent secret

 

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Clandestinité

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« Encore une fois, ce qui compte, ce sont les rencontres de singularités. Elles sont radicalement inabsorbables par le tissu social officiel. Tout ça se passe dans une profonde clandestinité. Sans clandestinité, rien. »

Philippe Sollers, Agent secret

 

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24/07/2021

Le chemin que prend ce pays...

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« Il y a deux mois Loretta et moi on est allés à une conférence à Corpus Christi et j'étais assis à côté d'une dame, c'était l'épouse d'un tel ou d'un tel et elle n'arrêtait pas de parler de la droite par-ci et de la droite par-là, je ne suis même pas sûr de savoir ce qu'elle voulait dire. Les gens que je connais sont généralement des gens très ordinaires. Ordinaires comme la poussière, comme dit le dicton. C'est ce que je lui ai dit et elle m'a regardé avec un air bizarre. Elle croyait que j'en disais du mal, mais bien sûr c'est un grand compliment dans la partie du monde où je vis. Et elle continuait, continuait. Finalement, elle m'a dit comme ça : Je n'aime pas le chemin que prend ce pays. Je veux que ma petite-fille puisse avoir une IVG. Et je lui ai dit eh bien madame je ne crois pas que ça doive vous inquiéter le chemin que prend ce pays. Moi au train où vont les choses je ne doute pas une minute que votre petite-fille pourra avoir une IVG. Je dirais même que non seulement elle pourra se faire avorter, mais elle pourra vous faire endormir... ce qui a tout de suite coupé court à la conversation. »

Cormac McCarthy, No country for old men

 

 

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Ces immenses solitudes

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« On peut donc voyager non pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver. (...) On oublie les journées écoeurantes du voyage en mer et les insomnies du train quand on est parvenu à se reconnaître (et par-delà soi-même autre chose sans doute), et cette "reconnaissance" n’est pas toujours au terme du voyage qu’on fait : à vrai dire, lorsqu’elle a eu lieu, le voyage est achevé. Il est donc bien vrai que dans ces immenses solitudes que doit traverser un homme de la naissance à la mort, il existe quelques lieux, quelques moments privilégiés. (...) La fausse reconnaissance, c’est la plus vraie de toutes : on se reconnaît soi-même : et quand devant une ville inconnue on s’étonne comme devant un ami qu’on avait oublié, c’est l’image la plus véridique de soi-même que l’on contemple. »

Jean Grenier, Les Îles

 

 

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23/07/2021

Julien Rochedy : Devra-t-on se séparer ?

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22/07/2021

Grand entretien avec Renaud Camus - Le Grand Remplacement - Éditions de la Nouvelle Librairie

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24/06/2021

Michel Maffesoli - "L'abstention montre la saturation d'un idéal démocratique"

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22/06/2021

Face au duel Macron-Le Pen, un général providentiel pour 2022 ?

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