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21/04/2016

Indifférent au sort du monde

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« Ne pas dire un mot de toute une journée, ne pas avoir de journal, ne pas entendre la radio, ne pas écouter de commérages, s'abandonner absolument, complètement, à la paresse, être absolument, complètement, indifférent au sort du monde, c'est la plus belle médecine qu'on puisse s'administrer. »

Henry Miller, Le colosse de Maroussi

 

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Grâce irrésistible de la force

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« La désinvolture, grâce irrésistible de la force, est une forme particulière de l'allégresse ; à vrai dire, ce mot, lui aussi, comme tant d'autres de notre langue, a besoin d'être restauré. L'allégresse fait partie des puissantes armes mises à la disposition de l'homme; il la porte comme une divine armure avec laquelle il peut affronter les terreurs mêmes de l'anéantissent. De cette force radieuse qui se perd dans les rosées du matin de l'histoire, la désinvolture, jusque bien avant dans les siècles, fut comme le rejeton nourri dans les nobles maisons. Et qu'est-ce, sinon leur propre mythe, qui saisit les peuples devant un tel spectacle ? »

Ernst Jünger, Le Coeur aventureux

 

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Comme des êtres à qui manque l'équilibre

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« Arrivés dans de telles époques, nous vacillons et nous trébuchons comme des êtres à qui manque l'équilibre. Nous tombons de la joie obscure à la douleur obscure, le sentiment d'un manque infini nous fait voir pleins d'attraits l'avenir et le passé. Nous vivons ainsi dans des temps écoulés ou dans des utopies lointaines, cependant que l'instant s'enfuit. »

Ernst Jünger, Sur Les Falaises de Marbre

 

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Clôturer le jardin d'Eden

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« Les autorités soviétiques consacraient beaucoup d'efforts à prouver à leur peuple qu'il habitait au paradis, on comprend qu'elles aient tenu à clôturer le jardin d'Eden au cas où les occupants auraient eu le désir d'aller voir ce qui se passait de l'autre côté — en enfer. »

Sylvain Tesson, L'Axe du loup

 

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17/04/2016

Se saouler et chanter

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« Les hommes aiment se saouler et chanter ; peu leur importe ce qu'ils chantent, pourvu que ce soit beau ; et les chants immortels sont toujours beaux. »

Pierre Drieu la Rochelle, La Comédie de Charleroi

 

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15/04/2016

Une purification

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« Ainsi le miracle habituel, le miracle attendu s’accomplissait : la nature supprimait d’un seul coup en Simon tout ce qui dans ses pensées n’était pas absolument pur ; elle tuait son tourment et le remplaçait par un autre plus vaste, qui élevait son être au lieu de le courber vers la terre. Elle l’arrachait véritablement à la terre, à la vie quotidienne, à ses limites.
Une purification, oui, c’était cela. Ce n’était pas la fin des inquiétudes, des problèmes, c’était une inquiétude plus noble, un problème vraiment capital. De sorte que si l’angoisse qu’il avait éprouvée quelques instants plus tôt continuait à s’aggraver à mesure qu’il marchait, qu’il s’avançait au milieu de cette nature si peu humaine — il sentait du moins que cette angoisse se nouait à l’éternité autant qu’y était noué son amour. Oui, c’était cela. Toute chose trouvait ici son éternité : joie ou tourment, ce ne pouvait être que la joie ou le tourment de toujours... »

Paul Gadenne, Siloé

 

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Il s’étonnait de lui voir concilier des choses qu’on lui avait toujours enseignées comme inconciliables

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« —Oui, dit Jérôme, comme s’il avait compris la pensée de son compagnon, la chapelle va mettre la-dessus sa poésie, sa musique, ses cierges, son clair-obscur et ses incantations, et va convertir ces hommes et ces femmes de chair en hommes et en femmes de vitrail…
— C’est très fort, cette manière qu’à l’Église d’éteindre la sensualité.
— Mais elle ne l’éteint pas !
— Mettons qu’elle l’apprivoise…
— Pas du tout ! Elle l’approfondit, au contraire, en la convertissant; c’est-à-dire en la soumettant, comme elle fait de tout ce qui existe en l’homme, à un élément supérieur, au sentiment d’une présence sacrée qui est en nous, qui crée en nous un ordre, une hiérarchie, de sorte qu’en fin de compte, elle la subordonne et l’utilise, sans la supprimer, à des fins spirituelles : elle transpose en un rêve mystique mais ardent un rêve qui a toute la chaleur du sang, celui de la Sainte-Thérèse de Bernin — vous savez ?…

Simon écoutait Jérôme avec attention. Il s’étonnait de lui voir concilier des choses qu’on lui avait toujours enseignées comme inconciliables. Il n’était pas à même de décider si ce langage était bien orthodoxe, mais il était séduit par sa beauté, car il unifiait l’univers. Il ne supprimait pas la lutte, mais il la décentrait et laissait entrevoir la possibilité dans l’homme d’un emploi harmonieux des facultés et d’une synthèse féconde, au lieu de le montrer irréductiblement divisé contre lui-même.
— Quel déploiement de sensualité, d’ailleurs, dans l’Église ! continuait Jérôme. Ces lueurs, ces odeurs, ces scintillements, cet or…
— Luxe, calme !…
— Mais oui, c’est dans l’Église comme dans la nature “les couleurs, les parfums et les sons se répondent” ! …
C’est même bien plus vrai dans l’Église : il y a entre elle et la nature la même différence qu’entre la vie et une tragédie de Racine où toutes les valeurs sont portées à leur maximum. Il n’est pas étonnant que le théâtre ait pris naissance dans les cérémonies catholiques ; elles sont déjà, par elles-mêmes, un spectacle. Il s’agit d’attirer les âmes pour leur montrer Dieu. C’est qu’il n’est pas donné à tout le monde de trouver Dieu de soi-même. Il y tant d’êtres qui, sans l’Église, n’auraient jamais su adorer ! …

Simon était frappé. Voilà bien ce qu’il n’avait pas su répondre à Massube, le soir où celui-ci l’avait questionné sur la prière. Une leçon d’adoration, voilà ce qu’elle donnait, la petite chapelle méprisée par Massube. »

Paul Gadenne, Siloé

 

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14/04/2016

Les illusions de lucidité

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« Bien sûr, les choses tournent mal, pourtant, tu serais parti et, quand l’étreinte du monde serait devenue trop puissante, tu serais rentré chez toi. Mais ça ne s’est pas passé comme ça, car les choses tournent mal à leur manière mystérieuse et cruelle de choses et font se briser contre elles toutes les illusions de lucidité. Tu es parti, le monde ne t’a pas étreint et, quand tu es rentré, il n’y avait plus de chez toi. »

Jerôme Ferrari, Un Dieu un Animal

 

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Fais comme l'artiste qui retranche, enlève, polit, épure

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« Rentre en toi-même et examine-toi. Si tu n'y trouves pas encore la beauté, fais comme l'artiste qui retranche, enlève, polit, épure, jusqu'à ce qu'il ait orné sa statue de tous les traits de la beauté. Retranche ainsi de ton âme tout ce qui est superflu, redresse ce qui n'est point droit, purifie et illumine ce qui est ténébreux, et ne cesse pas de perfectionner ta statue jusqu'à ce que la vertu brille à tes yeux de sa divine lumière, jusqu'à ce que tu voies la tempérance assise en ton sein dans sa sainte pureté. »

Plotin, Ennéade I (Livre 6)

 

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Le défi que lancent les humains aux éléments du chaos

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« Le jardin entier paraissait vouloir dresser d’invisibles barrières contre tout ce qui, dans l’univers, manquait de grâce et de maturité. On eût dit que les fantômes aimables de plusieurs générations de jardiniers se courbaient au-dessus des sillons sarclés de terre brune, et levaient leurs mains noueuses, ridées et brûlées de soleil vers les clous rouillés et les bouts de tissus effrangés qui protégeaient les rameaux lisses des abricotiers ; et l’on croyait entendre leurs pas trainants dans les allées tranquilles, pour transporter de la serre aux plates bandes les géraniums à l’odeur musquée.
Ce jardin, d’une façon singulière, paraissait symboliser le défi que lancent les humains aux éléments du chaos. S’y attardant, Rook eut l’impression que la cause principale de son malaise était que sa vie manquait de ce labeur quotidien et patient accompli par ces générations passées, et qui avait permis à tout ce qu’il voyait d’exister. »

John Cowper Powys, Givre et Sang

 

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13/04/2016

Quand il a quelque chose d'important à dire, il le met dans un livre

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« — Il n'est pas né celui qui peut dire ce que Roger pense! Ce qui est sûr, c'est qu'il trouverait du dernier ridicule de parler de lui. Ce serait pour lui comme une faute de goût. Il connaît parfaitement son don et comme c'est un homme élégant, il doit penser que cela ne vaut pas la peine d'en rajouter.
— Alors, ensemble, de quoi parlez-vous ?
— De conneries, rien que des conneries. Quand il a quelque chose d'important à dire, il le met dans un livre. Sachez-le, vous n'aurez jamais avec lui ce qu'on appelle "une conversation sérieuse". Il n'arrête pas de jouer des personnages.
— Vous savez pourquoi ?
— Oui, sans doute. Il joue des personnages parce que le sien ne le réjouit pas. Drieu, non plus, ne s'aimait pas. »

Christian Millau, Au galop des Hussards

 

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La Place Dauphine était le sexe de Paris

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« Après dîner, au Palais-Royal, pendant qu’on revenait rue du Mail, je rappelais à W.S. que ce quartier avait été, jusqu’à la Première Guerre, celui des écrivains, des poètes, des musiciens, Molière, et Goldoni, Diderot, le neveu de Rameau, Mozart et Liszt… Tout au long de ces Passages, Galerie Vivienne, Choiseul, les Panoramas, on croise encore les silhouettes de Gérard de Nerval, de Lautréamont, de Louis-Ferdinand Céline, de Walter Benjamin… Pour André Breton, la Place Dauphine était le sexe de Paris. Mais la Place des Victoires, par sa forme, est son ombilic. Au cœur géographique exact de la ville, elle fut longtemps le centre de son petit monde intellectuel…
"Oui, dit-il, tout le monde, un jour ou l’autre, est venu habiter à Paris. Les seuls qui n’ont jamais pu le faire, c’est Hitler et Staline…" »

Jean Clair, Journal Atrabilaire

 

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L’imposture est la déesse des foules

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« Les peuples toujours idolâtrent la merde, que ce soit en musique, en peinture, en phrases, à la guerre ou sur les tréteaux. L’imposture est la déesse des foules. Si j’étais né dictateur (à Dieu ne plaise) il se passerait de drôles de choses. Je sais moi, ce qu’il a besoin le peuple, c’est pas d’une Révolution, c’est pas de dix Révolutions… Ce qu’il a besoin, c’est qu’on le foute pendant dix ans au silence et à l’eau ! qu’il dégorge tout le trop d’alcool qu’il a bu depuis 93 et les mots qu’il a entendus… Tel quel il est irrémédiable ! »

Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre

 

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09/04/2016

Une affaire de famille

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La grande avancée : nous héritons bien des traumatismes des générations passées et ce sont les gènes qui les transmettent...

Une étude récemment menée par une équipe de chercheurs américains sur des souris a montré que des événements traumatisants pouvaient avoir une influence sur leurs gènes, et avoir une influence sur le cerveau et le comportement de leur descendance.

Atlantico : Des expériences menées sur des souris par une équipe de chercheurs de l'université d'Atlanta ont mis en évidence le fait que des événements traumatisants provoquaient des modifications sur l'ADN observé dans leur sperme, et avoir des effets sur le cerveau et le comportement des générations suivantes (voir ici). D'après le professeur Marcus Pembrey, du University College London, ces découvertes sont transposables aux hommes. Notre ADN peut-il effectivement être modifié par des traumatismes ?

Pierre Roubertoux : Notons tout d'abord que cette étude est bien construite, et que pour une fois on ne se contente pas d'observer le pelage de la souris, mais le système nerveux (neurone et comportement).

Précisons également que ce n'est pas véritablement l'ADN qui est modifié, mais la transcription des gènes. Car ce qui impacte le fonctionnement de la cellule, c'est la protéine. On sait qu’un grand nombre de phénomènes qui se situent au niveau du génome interviennent sur la transcription. De telle sorte que le génome fera dire au gène reçu de vos parents des choses différentes de celles qu'on attendait du gène des géniteurs. C'est ce qu'on appelle l'épigénèse. Ces facteurs génétiques qui modifient d'autres gènes peuvent être modifiés, à long terme, par notre environnement. Le plus connu des mécanismes de l’épigenèse est la méthylation : la chromatine qui contient l'ADN sera compactée, et maintenue dans cet état par cette même méthylation. Pour qu'elle se "décompacte", un autre mécanisme intervient, celui de l'acétylation. Ces mécanismes peuvent être modulés par l'environnement.

Atlantico : Cette étude vient donc confirmer ce qu'on supposait déjà ?

Pierre Roubertoux : En effet. Par exemple, lorsqu'on effectue une transgénèse, on insère généralement le transgène dans le noyau mâle. Mais on s'aperçoit que parfois des transgènes ne s'expriment pas. On a découvert il y a une vingtaine d'années ce qui se produisait : le génome femelle empêchait le gène venant du père de se transcrire, c’est-à-dire d'aller jusqu'à la protéine. C'est ainsi que l'information parentale n'est pas égale ; elle est généralement plus favorable à la transmission des caractères de la mère que de ceux du père.

D'autres travaux menés depuis ont montré de tels phénomènes sur la couleur du pelage chez les souris. On a supposé que cela pouvait intervenir dans la genèse des cancers, et aussi jouer sur la morphologie et le fonctionnement du système nerveux central. Grâce à cette étude, c'est la première fois que l'effet de l'épigénèse est montré d'une façon aussi évidente sur le système nerveux central.

Atlantico : Quels sont les effets observables sur nous, humains ?

Pierre Roubertoux : Dans le syndrome d'Angelman (maladie neurogénétique caractérisée par un déficit intellectuel sévère et des traits dysmorphiques, ndlr), le trouble résulte (3 % des cas) d’une disomie uniparentale paternelle.

Atlantico : Les phobies, manifestations d'anxiété et troubles liés au stress peuvent-il en partie s'expliquer au travers de l'épigénèse ?

Pierre Roubertoux : On est encore loin de pouvoir répondre à cette question. On montre ici pour la première fois une manifestation de l’épigenèse au plan du gène, du cerveau et de certains comportements. Reste à savoir si cela peut jouer sur les pathologies mentales. Il existe quelques déficits intellectuels pour lesquels un mécanisme épigénétique a été invoqué. Il ne faut pas pour autant crier à l’hérédité des caractères acquis.

Dans quelle mesure les résultats de cette étude viennent-ils alimenter les débats sur le déterminisme ? A quel point sommes-nous façonnés par ce qui nous a précédé ? Nous sommes influencés culturellement. Mais nous le sommes de multiples façons. Pour cela je vous citerai une autre étude, qui a mis en avant un mécanisme différent mais a abouti à un résultat analogue. Des souris ayant subi une carence alimentaire et ayant été soumises à un stress apprennent mal. Même bien nourrie, leur progéniture apprend mal, et cela pendant deux générations. Que s’est-il passé ? Les grand-mères mal nourries n’ont pas donné de soins suffisants à la progéniture. De ce fait, cette dernière présente des performances cognitives faibles. Mais ces mêmes souris ne savent pas donner les soins nécessaires aux petits qui, de ce fait également apprennent mal. Linda Crnic, qui fit cette expérience voici trente ans, observa des conséquences des privations et stress infligés à une souris pendant trois générations. Il n’y a pas que les mécanismes génétiques ou épigénétiques qui nous aident à nous souvenir des ancêtres.

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SOURCE : ATLANTICO

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A lire, chez ATLANTICO, sur un thème similaire : Psychogénéalogie : L'impact sur ma vie de ma place dans la famille, Juliette Allais (Atlantico éditions), 2013

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07/04/2016

L'homme de la catastrophe

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« Nous vivons à l'ère de la catastrophe, chaque homme est un porteur de la catastrophe, c'est pourquoi il faut un art de vivre particulier si on veut survivre, dit-il. L'homme de la catastrophe n'a pas de destin, pas de qualités, pas de caractère. Son environnement social effroyable — L’Etat, la dictature — appelle cela comme tu veux, l'attire avec la force d'un tourbillon vertigineux jusqu'à ce qu'il cesse de résister et que le chaos jaillisse en lui comme un geyser brûlant — et que le chaos devienne son élément naturel. Pour lui, il n'y a plus de retour possible vers un centre du Moi, vers une certitude inébranlable et indéniable du Moi : il est au sens le plus propre du terme, perdu. L'être sans Moi, c'est la catastrophe, le Mal véritable dit Bé, et sans être mauvais lui-même, il est capable de tous les méfaits. Les paroles de la Bible sont à nouveau d'actualité : résiste à la tentation, garde -toi de connaître, sinon tu seras damné, dit-il. »

Imre Kertész, Liquidation

 

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