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30/08/2015

Je n’appartiens pas à une paroisse où l’on croit que tout finit par s’arranger

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« Mon "optimisme", comme vous dites, n’est pas béat. Je n’appartiens pas à une paroisse où l’on croit que tout finit par s’arranger. Je vois parfaitement tout ce qui est noir dans notre époque. Je pressens, cependant, que les puissances qui pèsent négativement sur le sort des Européens seront sapées par les chocs historiques à venir. Pour parvenir à un authentique réveil, il faudra encore que les Européens puissent reconquérir leur conscience indigène et la longue mémoire dont ils ont été dépossédés. Les épreuves qui viennent nous y aideront en nous affranchissant de ce qui nous a pollué en profondeur. C’est la tâche téméraire à laquelle je me suis voué. Elle a peu de précédents et n’est en rien politique. Au-delà de ma personne mortelle, j’ai la certitude que les brandons allumés ne s’éteindront pas. Je m’en rapporte pour cela à nos poèmes fondateurs. Ils sont le dépôt de toutes nos valeurs. Mais ils constituent une pensée en partie perdue. Nous avons donc entrepris de la réinventer et de la projeter sur le futur comme un mythe créateur. »

Dominique Venner, La NRH n° 58, janvier 2012

 

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Une insurrection contre l’arrêt du Destin

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« Mise au tombeau de notre destinée ? En dépit d’apparences sinistres, mon intime conviction me conduit à rectifier aussitôt cette pensée. Tout ce que l’étude historique m’a appris, ce que je sais aussi des trésors d’énergie masqués, m’incitent à penser que l’Europe, en tant que communauté millénaire de peuples, de culture et de civilisation, n’est pas morte, bien qu’elle ait semblé se suicider. Blessée au coeur entre 1914 et 1945 par les dévastations d’une nouvelle guerre de Trente Ans, puis par sa soumission aux utopies et aux systèmes des vainqueurs, elle est entrée en dormition. Bien des fois dans ses écrits, Jünger a fait allusion au destin comme à une évidence se passant d’explication, ainsi que d’autres évoquent Allah, Dieu, la Providence ou l’Histoire.

(...)

Dans l’Iliade, Homère dit que les Dieux, eux-mêmes, sont soumis au Destin. L’épisode est conté au chant XXII lorsqu’il s’agit de trancher du sort d’Hector face au glaive d’Achille. Le Destin figure ici les forces mystérieuses qui s’imposent aux hommes et même aux dieux, sans que la raison humaine puisse les expliquer. Ce n’est pas la Providence des chrétiens, puisque celle-ci résulte d’un plan divin qui se veut intelligible, au moins pour l’Eglise. C’est en revanche, un autre nom pour la fatalité. Pour répondre à cette dernière, les stoïciens et, de façon différente Nietzsche, parlent d’amor fati, l’amour du destin, l’approbation de ce qui est, parce qu’on a pas le choix, rien d’autre en dehors du réel. Approbation contestée par toute une part de la tradition Européenne qui, depuis l’Iliade, a magnifié le refus de la fatalité. Citons le fragment du chant XXII qui suit la décision des Dieux. Poursuivi par Achille, Hector se sent soudain abandonné : "Hélas, point de doute, les Dieux m’appellent à la mort. Et voici maintenant le Destin qui me tient. Eh bien non, je n’entends pas mourir sans lutte ni gloire. Il dit et il tire le glaive aigu pendu à son flanc, le glaive grand et fort ; puis, se ramassant, il prend son élan tel l’aigle de haut vol qui s’en va vers la plaine. Tel s’élance Hector."

L’essentiel est dit. Hector est l’incarnation du courage tragique, d’une insurrection contre l’arrêt du Destin qu’il sait pourtant inexorable. Tout est perdu mais au moins peut-il combattre et mourir en beauté. (...) Et le lecteur méditatif songera que la tentation est forte, pour l’Européen lucide de se réfugier dans la posture de l’anarque. Ayant été privé de son rôle d’acteur historique, il s’est replié sur la position du spectateur froid et distancié. L’allégorie est limpide. L’immense catastrophe des deux guerres mondiales a rejeté les Européens hors de l’histoire pour plusieurs générations. Les excès de la brutalité les ont brisés pour longtemps. Comme les Achéens après la guerre de Troie, un certain nihilisme de la volonté, grandeur et malédiction des Européens, les a fait entrer en dormition. A la façon d’Ulysse, il leur faudra longtemps naviguer, souffrir et beaucoup apprendre avant de reconquérir leur patrie perdue, celle de leur âme et de leur tradition. »

Dominique Venner, Ernst Jünger, Un autre destin européen

 

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29/08/2015

Un grand bûcher

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« L’Europe est menacée par l’impérialisme capitaliste de l’Amérique et par l’impérialisme socialisant de la Russie. Elle est le champ clos où ces deux systèmes se heurtent. [...] Il faut faire l’Europe parce qu’il faut respirer quand on ne veut pas mourir.

Il faut faire l’Europe, à moins qu’on ne soit bolchevik d’extrême droite ou d’extrême gauche, à moins qu’on ne veuille laisser un grand bûcher s’amonceler sur lequel flambera avant vingt ans, toute la civilisation, tout l’espoir, tout l’honneur humain »

Pierre Drieu la Rochelle, Genève ou Moscou

 

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Nous, Européens, avons faim de beauté

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« Au-delà des croyances de chacun, il existe des principes fondamentaux de toute vie humaine que le brouillage de tous les repères exige de rappeler.Et d’abord, comme l’a génialement formulé Heidegger dans Être et Temps (Sein und Zeit) l’essence de l’homme est dans son existence et non dans un "autre monde".

C’est ici et maintenant que se joue notre destin jusqu’à la dernière seconde. Et cette seconde ultime a autant d’importance que le reste d’une vie. C’est pourquoi il faut être soi-même jusqu’au dernier instant, surtout au dernier instant. C’est en décidant soi-même, en voulant vraiment son destin que l’on est vainqueur du néant.

Il n’y a pas d’échappatoire à cette exigence puisque nous n’avons que cette vie dans laquelle il nous appartient d’être entièrement nous-mêmes ou de n’être rien. Homère avait très bien suggéré cette grande vérité, mais, à son habitude, sans conceptualiser.Dans leur diversité, les hommes n’existent que par ce qui les distingue, clans, peuples, nations, cultures, civilisations, et non par ce qu’ils ont superficiellement en commun. Seule leur animalité est universelle. La sexualité est commune à toute l’humanité autant que la nécessité de se nourrir.

En revanche, chaque civilisation a sa manière singulière, qui n’appartient qu’à elle, de ritualiser l’amour, d’accommoder les aliments et les boissons – arts, gastronomie, coutumes... procèdent d’un effort millénaire de création dans la continuité de soi. L’amour entre deux personnes de sexe opposé tel que le conçoivent les Européens, et qu’à magnifié l’amour courtois à partir du XIIe siècle, est déjà présent de façon implicite dans les poèmes homériques. De même, la perception forte de ce qu’est une personne, l’existence politique de cités libres, l’idée fondamentale aussi que les hommes ne sont pas étrangers à la nature, qu’ils en épousent le cycle de renouvellement perpétuel incluant la naissance et la mort, qu’enfin du pire peut surgir le meilleur, ce sont là des particularités constitutives déjà présentes dans les poèmes fondateurs qui nous offrent des modèles pour nous retrouver.Même quand ils ne le savent pas, les individus et les peuples ont un besoin vital de racines, de traditions et de civilisations propres, c’est-à-dire de continuités apaisantes, de rites, d’ordre intériorisé, et de spiritualité.

Nous, Européens, avons faim de beauté, notamment dans les petites choses de la vie, dans les œuvres d’art véritables, la musique, l’architecture et la littérature. Autrement dit, ces vérités dont beaucoup de peuples restent conscients ont été souvent effacés chez les Européens d’aujourd’hui par les effets conjugués de l’universalisme chrétien et de celui des Lumières, transposés dans le cosmopolitisme des sociétés marchandes. La croyance en notre vocation universelle est erronée et dangereuse.

Elle est erronée parce qu’elle nie les autres cultures et les autres civilisations qu’elle voudrait anéantir au profit d’une prétendue culture mondiale de la consommation et des "droits de l’homme" qui ne sont que les droits de la marchandise. Cette croyance est dangereuse parce qu’elle enferme les "Occidentaux" dans un ethnocentrisme négateur des autres cultures. Elle leur interdit de reconnaître que les autres hommes ne sentent pas, ne pensent pas, ne vivent pas comme eux, et que ces particularités sont légitimes, pour autant qu’on ne veuille pas nous les imposer.

Ayant ces réalités à l’esprit, on peut poser comme principe qu’il n’y a pas de réponse universelle aux questions de l’existence et du comportement. Chaque peuple, chaque civilisation a sa vérité et ses dieux également, sans lesquelles les individus, hommes ou femmes, privés d’identité, donc de substance et de profondeur, sont précipités dans un trouble sans fond.

Comme les plantes, les hommes ne peuvent se passer de racines. Mais leurs racines ne sont pas seulement celles de l’hérédité, auxquelles on peut être infidèle, ce sont également celles de l’esprit, c’est-à-dire de la tradition qu’il appartient à chacun de se réapproprier. »

Dominique Venner, Un samouraï d'Occident

 

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28/08/2015

Veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse

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« Être un insoumis ne consiste pas à collectionner des livres impies, à rêver de complots fantasmagoriques ou de maquis dans les Carpates. Cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. S’en tenir à soi devant le néant, veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse. Préférer se mettre le monde à dos que se mettre à plat ventre. Dans les revers, ne jamais se poser la question de l’inutilité de la lutte. On agit parce qu’il serait indigne de baisser les bras, et mieux vaut périr en combattant que se rendre.

Le premier acte par lequel on refuse d’être soumis consiste toujours à se libérer de la peur ou de la fascination des mots. Les mots suscitent des images, toniques ou toxiques, troublantes ou enivrantes. C’est par les mots, par leur pouvoir séducteur, perfide ou intimidant, qu’un système dominant enferme ceux qu’il veut neutraliser, bien avant de recourir à d’autres armes plus redoutables. Choisir le nom par lequel on désigne un adversaire, le nommer, c’est déjà s’imposer à lui, le faire entrer sans qu’il le sache dans son propre jeu, préparer son anéantissement ou, à l’inverse, se libérer de son emprise. Ainsi firent, pour être libres, l’empereur Julien, Machiavel, Voltaire, Nietzsche ou Soljenitsyne. Les mots sont des armes. Se donner à soi-même ses propres mots, et d’abord se donner un nom, c’est affirmer son existence, son autonomie, sa liberté. Ainsi pouvons nous assumer le nom d’insoumis.

(...)

La culpabilisation des Européens a favorisé l’invasion masquée de leurs territoires, le "grand remplacement" de leurs populations, comme jamais cela ne s’était vu dans le passé. Et si cette entreprise monstrueuse, dont les conséquences seront payées au prix fort sur le long terme, a pu s’imposer, c’est bien sur en raison de la complicité d’élites perverses ou décadentes, mais surtout parce que les Européens, contrairement à d’autres peuples, sont dépourvus de mémoire identitaire et de la conscience de ce qu’ils sont. Un vieux fond très enraciné de culture universaliste, religieuse ou laïque, les prédisposait à subir l’invasion comme une chose normale que les oligarchies dirigeantes ont elles-mêmes proclamée désirable et bienfaisante.

L’état de "dormition" fut la conséquence des excès de fureur meurtrière et fratricide perpétrés entre 1914 et 1945. Il fut aussi le cadeau fait aux européens par les États-Unis et l’URSS, les deux puisssances hégémoniques issues de la seconde guerre mondiale. Ces puissances ont alors imposé leurs modèles étrangers à nos traditions intellectuelles, sociales et politiques. Bien que l’une des deux puissances ait disparu entre temps, les effets vénéneux se font toujours sentir, nous plongeant de surcroît dans une culpabilité sans équivalent. Suivant le mot éloquent d’Elie Barnavi, "la shoah s’est hissée au rang de religion civile en Occident." »

Dominique Venner, Un Samouraï d’Occident

 

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Froid à l'intérieur

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« — J'ai froid, dit-elle. Froid à l'intérieur. Il y a un mot que j'aime bien et que je ne sais pas employer très justement, c'est le mot algide. Je crois que je passe par une période algide de ma vie. J'ai froid, terriblement froid. Ça ne s'explique pas. C'est peut-être le dégoût, c'est peut-être quelque chose de moins intelligent. Quelquefois, quand j'ai très froid comme ça, je bois des grogs, des punchs bouillants mais, en réalité, ça ne change rien. Je continue d'avoir froid à l'âme. À l'âme... voilà que je dis encore des gros mots. Il vaut mieux que je rentre. Ne bougez pas. Je n'ai que la rue à traverser. Restez tranquille. Chaque soir, il y a au moins deux ou trois filles qui viennent avec des types et qui s'ennuient. Vous pouvez en lever une. Bonsoir. »

Michel Déon, Les gens de la nuit

 

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27/08/2015

Contre la médisance il n'est point de rempart

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« CLÉANTE :

Hé ! voulez-vous, Madame, empêcher qu'on ne cause ?
Ce serait dans la vie une fâcheuse chose,
Si pour les sots discours où l'on peut être mis,
Il fallait renoncer à ses meilleurs amis.
Et quand même on pourrait se résoudre à le faire,
Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire ?
Contre la médisance il n'est point de rempart.
A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard ;
Efforçons-nous de vivre avec toute innocence,
Et laissons aux causeurs une pleine licence. »

Molière, Le Tartuffe ou L’Imposteur

 

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La République procède par instantanés

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« Le souvenir vous a aujourd'hui une singulière allure de complot contre la République.
Car ce régime, où l'on gouverne à l'heure ou à la journée, faute de pouvoir vous donner la moindre assurance sur ce que vous serez demain, vous interdit bien de renouer avec ce que vous étiez hier. [...] La République procède par instantanés. Elle vous veut sans bagage dans cette politique de "passes" où elle entraîne le pays. C'est la séparation de l'Histoire et de l'État. »

Antoine Blondin,  « Sans son Casque » in Aspects de la France, 23 février 1951

 

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Ces mêmes lois nous condamnent à l'ennui

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« Les lois qui nous maintiennent en toute sécurité, ces mêmes lois nous condamnent à l'ennui. »

« Nous sommes incapable de vivre avec les choses que nous ne pouvons pas comprendre, c'en est pathétique. A quel point nous avons besoin de voir tout étiqueté, expliqué, déconstruit. Même s'il est sûr que c'est inexplicable. Même Dieu. »

« Tout ce qu'on peut acquérir, n'est qu'une chose de plus à perdre. »

« La vérité c'est que si le Christ avait ri sur la croix, ou craché sur les Romains, s'il ne s'était pas simplement contenté de souffrir, il est certain que le gamin aurait aimé l'église beaucoup plus. »

« Elle a dit que quand un chien garçon et un chien fille copulent, la tête du pénis du garçon gonfle et les muscles vaginaux de la fille se contractent. Même après le sexe, les deux chiens restent verrouillés l'un à l'autre, impuissant et malheureux pendant une brève période.
La maman a dit que ce même scénario était une description de la plupart des mariages. »

Chuck Palahniuk, Choke

 

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26/08/2015

D’effroyables révolutions

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« Le législateur des chrétiens naquit d'une vierge, et mourut vierge. N'a t-il pas voulu nous enseigner par là, sous les rapports politiques et naturels, que la terre était arrivée à son complément d'habitants, et que, loin de multiplier les générations, il faudrait désormais les restreindre ? À l'appui de cette opinion, on remarque que les États ne périssent jamais par le défaut, mais par le trop grand nombre d'hommes. Une population excessive est le fléau des empires. Les barbares du Nord ont dévasté le globe, quand leurs forêts ont été remplies; la Suisse était obligée de verser ses industrieux habitants aux royaumes étrangers, comme elle leur verse des rivières fécondes ; et sous nos propres yeux, au moment même où la France a perdu tant de laboureurs, elle n'en paraît que plus florissante. Hélas ! misérables insectes que nous sommes ! bourdonnant autour d'une coupe d'absinthe, où par hasard sont tombées quelques gouttes de miel, nous nous dévorons les uns les autres, lorsque l'espace vient à manquer à notre multitude. Par un malheur plus grand encore, plus nous nous multiplions, plus il faut de champ à nos désirs. De ce terrain qui diminue toujours, et de ces passions qui augmentent sans cesse, doivent résulter tôt ou tard d'effroyables révolutions. »

François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme

 

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J’aurais donné cher pour éprouver une parcelle de l’orgueil des veilleurs solitaires

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« Rentrant à l’hôtel, je déclarai à Odile :
– J’ai découvert le drame de l’Espagne.
– Ah ! oui, fit-elle en riant. Puis, plus grave : c’est la misère, bien sûr, la misère des hommes et des chiens.
– C’est aussi que la nuit n’existe pas.
– En Espagne ! Es-tu fou ? Voilà au contraire un pays à tes mesures : sur la Castellana, durant toute l’année, on se croirait en plein jour, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
– Justement.

Elle passa sous la douche. Je renonçai à lui expliquer combien sur la Castellana, ou dans ces tranchées étincelantes que la population la plus quotidienne, renaissant aux étoiles, sillonnait sans fin, j’aurais donné cher pour éprouver une parcelle de l’orgueil des veilleurs solitaires dans les villes endormies et l’humeur complice d’une ronde de nuit. De même que l’érotisme est absent des plages où tout le monde est nu, le noctambulisme avait les jambes coupées sur ces promenades où l’on pouvait croiser, au-delà de minuit, des nourrissons vêtus comme des infantes.
Un liftier salace m’ayant promis chez Chicote, sur la Gran Via, de pittoresques conciles de putains, je n’avais vu que des duègnes, enrobées de voiles taillées dans des moustiquaires, occupées à hennir devant un chocolat de onze heures et une centaine de notaires présumés reconnaissables à leur complets noirs, qui se donnaient des bourrades sur l’épaule en pensant à autre chose. Les filles, elles, quand s’allumaient les feux du crépuscule, se retranchaient par discrétion de ces soirées qui tournaient sans heurts au réveillon de famille.
Ici, j’étais frustré d’une certaine émotion qui s’attache à la nuit, et qui ne tient peut-être que dans une recherche de la face cachée de la vie.

En désespoir de cause, je m’essayai à mener l’existence extravagante d’un diurnambule, adoptant un décalage horaire qui m’écartât des parcours concertés. Levé à sept heures du matin, quand les autres se couchaient, je me couchais à neuf heures du soir quand la ville s’éveillait. L’après-midi, sitôt qu’Odile s’allongeait pour la sieste (car je récusais désormais les excursions à travers la Castille), je m’évadais par des rues livrées à une solitude éblouissante, persuadé que ce décor dépouillé du conformisme nocturne devait libérer un visage secret de la clandestinité du soleil au zénith. La marée basse allait agir comme un révélateur sur ces plages brûlées. J’espérais voir surgir le fantastique dans les tavernes englouties plutôt que dans les palais.
Mes rapines furent maigres. Sous la clarté naturelle, les volets fermés qui recouvrent tant de romans dans les ténèbres me parurent maussades, comme une fin de non-recevoir, et les ombres portées d’une qualité plus vulgaire que celles produites par les réverbères. Aucune ne cherchait à en rejoindre une autre jusqu’à se confondre, ainsi qu’il arrive au clair de lune. Elles ne jouaient qu’un rôle accessoire que le théâtre des murs et des trottoirs, écrasées par la réalité des personnages sans mystère qui les avaient créées et qui semblaient n’avoir d’autre idée en tête que de se fuir. Tout cela n’était guère propice à susciter un univers en marge. Je soulevais beaucoup de poussière pour rien.
Finalement, je passais mon temps dans les boîtes de jour, d’une banalité fastidieuse. L’image d’un café pour hommes seuls, où des messieurs à moustaches courtes, chauves et mamelus, qui ressemblaient tous au général Franco, ruminaient en vitrine devant un verre d’eau glacée, couronna mes explorations. »

Antoine Blondin, Monsieur Jadis ou L’Ecole du Soir

 

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25/08/2015

Désastres lointains, inconnus, mais inévitables

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« Tout sera fini ? Une voix me parle, au fond de moi-même ; et je ne la comprends pas, mais je sais qu'elle me parle de désastres lointains, inconnus, mais inévitables, mystérieux mais inéluctables comme la mort. L'avenir est aussi lugubre qu'un cimetière plein de fosses déjà creusées et prêtes à recevoir des cadavres; et sur ce cimetière brûlent çà et là des fanaux pâles, que je distingue à peine; et j'ignore s'ils brûlent pour m'attirer vers le péril ou pour m'indiquer une voie de salut. »

Gabriele D'Annunzio, L'Enfant de volupté

 

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Avec le pouvoir on faisait de grandes choses

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« On aimait l'or parce qu'il donnait le pouvoir et qu'avec le pouvoir on faisait de grandes choses. Maintenant on aime le pouvoir pour qu'il donne l'or et qu'avec cet or on en fait de petites. »

Henry de Montherlant, Le Maître de Santiago

 

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Dans la société moderne

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« C’est un mystère de douleur qu’un homme tel que vous ait pu naître au dix-neuvième siècle. Vous auriez fait un Ligueur, un Croisé, un Martyr. Vous avez l’âme d’un de ces anciens apologistes de la Foi, qui trouvaient le moyen de catéchiser les vierges et les bourreaux jusque sous la dent des bêtes. Aujourd’hui, vous êtes livré à la gencive des lâches et des médiocres, et je comprends que cela vous paraisse un intolérable supplice. Vous avez passé quarante ans et vous n’avez pas encore pu vous acclimater ni même vous orienter dans la société moderne. Ceci est terrible… »

Léon Bloy, Le Désespéré

 

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24/08/2015

Ce rachat du temps par la beauté, la prière et l’amour

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« "Redimere tempus". L’unique noblesse de l’homme, la seule voie de salut tiennent dans ce rachat du temps par la beauté, la prière et l’amour. Hors de là, nos désirs, nos passions, nos actes ne sont que "vanité et poursuite du vent", remous du temps que le temps dévore. "Tout ce qui n’est pas de l’éternité retrouvée est du temps perdu". »

Gustave Thibon, Notre regard qui manque à la lumière

 

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