Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/08/2018

Que sont les mousquetaires devenus ?

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« Il y a de grands écrivains, il y en a de moins grands, mais certains écrivains, en dehors de leur qualité, ont la capacité de créer des mythes. Je ne sais plus le nom de l'auteur d'Arsène Lupin, ni de celui de Fantômas, mais Fantômas et Arsène Lupin sont des mythes, Alexandre Dumas aussi, qu'il soit très grand ou moyen, a crée un mythe : l'esprit mousquetaire.

Qu'est ce que l'esprit mousquetaire ?

C'est, me disait-on récemment, "un esprit de service et d'insolence". La définition me semble bonne, au-delà de ce que le vocable même de mousquetaire, qui vient de mousquet mais a aussi des affinités avec moustache, peut avoir avoir de sonore et de provocant. Service, oui : les mousquetaires d'Alexandre Dumas sont au service du roi et, très précisément, de la reine, et, pour ce service, ils sont prêts à donner leur vie non seulement sans hésiter mais gaiement. Insolence, aussi, bien sûr : le cardinal est là pour qu'il y ait quelqu'un à défier, mais on ne le défie pas gratuitement, on le défie pour servir d'autant mieux celui qui doit être servi. Dans la trinité roi-reine-cardinal, la reine sert à être servi et le cardinal à être desservi, tandis que le roi assure la stabilité de l'ensemble.

Dans cette perspective, qu'est-ce qui compte pour un mousquetaire ? La vie ? Sûrement pas. La morale ? Encore moins. L'amour ? Peu… Mais l’amitié, oui. Le courage physique bien sûr. L'honneur (ou plutôt une certaine idée de l'honneur), plus que tout.

Et dans ces conditions, est ce que l'esprit mousquetaire peut signifier quelque chose aujourd'hui ou est-il à ranger définitivement au placard paléontologique ?

Lorsque j'écrivais — il y a quarante ans environ — un roman intitulé Les mousquetaires de la République, je voulais montrer que les sociétés ont les mousquetaires qu'elles méritent, et que, si la royauté était favorable à l'éclosion de cet "esprit de service et d'insolence", la république avec sa préférence délibérément accordée à la quantité plutôt qu'à la qualité, son civisme égalitaire débilitant, la mollesse invétérée de ces mœurs urbaines, ne pouvait produire que des mousquetaires idéalistes mais inefficaces, rebelles éphémères bientot domptés. Je pensais alors, je le pense toujours, que ni la gauche, pour qui le gouvernement des hommes est un paternalisme, ni la droite, pour qui c'est une gestion, ne sont équipées pour dispenser une denrée sociale pourtant élémentaire : j'entends l'inspiration. Oh ! il fut un temps, au tout début, où la Première République sut brièvement le faire : les volontaires de l'an II qui allaient se faire tuer en chantant la Marseillaise étaient surement inspirés-mal, mais ils l'étaient. Cela n'a pas duré. Rapidement, la République a retrouvé sa vocation qui est fondamentalement bourgeoise, et on ne sache pas que la bourgeoisie ait jamais été riche d'inspiration.

À notre époque, toute sorte de circonstances empêchent la renaissance de l'esprit mousquetaire, et avant tout le petit nombre d'hommes et de cause qui méritent d’être servis ; pour l'insolence, au contraire, les cibles foisonnent, mais quel intérêt y a t-il à cracher au nez de qui ne fera que s'essuyer avec un kleenex, à provoquer un quidam qui, tout au plus, vous enverra un papier bleu ?

Ces mots qui engagent

La disparition du duel, qui permettait à tout moment de "mettre sa peau au bout de ses idées" (selon une métaphore anatomiquement audacieuse), est en soi une catastrophe, autant pour l'esprit mousquetaire que pour la virilité, le respect des usages, l'honnêteté, le savoir-vivre et ce que les romains appelaient la dignitas : ne plus avoir l'occasion et l'obligation d'engager sa vie derrière chacune de ses paroles permet de dire et de faire n'importe quoi à n'importe qui, et comment réagir là-contre si on est un mousquetaire qui se respecte ? La gifle ou le coup de pied, même bien placé, n'ont pas les vertus curatives de l'épée choquée contre une autre épée.

Mais, il n'y a pas que le duel. Il y a à notre époque, toute une weltanschauung-guimauve, qui fait du mousquetaire un personnage odieux pour les uns, ridicule pour les autres. Le mousquetaire, par définition, n'est pas "politiquement correct" ; quant aux "Droits de l'Homme", pardonnez-moi, mais il s'en tamponne le coquillard. Il n'y a pas d'homme pour lui qui ne sache tenir une épée, et aux droits il préfère insolemment les passe-droits. Imaginez-vous un mousquetaire ne mettant pas flamberge au vent devant un défilé de grévistes ou une parade de Gay pride ?

Et pourtant ?

Et pourtant il ne se peut pas que ce mélange de panache et d'inconscience, de respect et de mépris, de dérision et de vénération, ait complètement disparu de l'âme humaine pour être plus précis. Qui sont les mousquetaires d'aujourd'hui ? Oh ! il y a toujours les hommes courageux, depuis les médecins sans frontières jusqu'aux chuteurs opérationnels ou aux nageurs de combat, mais ont-ils la légèreté de leurs ancêtres, leur élégance méprisante, leur dédain de toutes les conventions, y compris la mort ? Ont-ils cette qualité suprême que Hémingway appelait — expression à peu près intraduisible — grace under stress ? il n'est pas interdit d'en douter.

Non, si l'esprit mousquetaire peut encore servir de notre temps, c'est sans doute de façon plus intériorisée. Il consiste essentiellement, me semble t-il, à conserver son indépendance d'esprit dans l'univers de la pensée unique. À choisir les causes que l'on sert sans accorder de considération à leur popularité. À dire ce que l'on pense sans égard pour les idées reçues et les opinions à la mode. À faire un usage judicieux — et au besoin excessif — de l'esprit de contradiction. À ne céder aucune forme de vénalité. À savoir se montrer guelfe parmi les gibelins et gibelins parmi les guelfes. À appeler un chat un chat et un fripon, si haut placé qu'il soit, un fripon. À ne se laisser impressionner par rien ni personne. À avoir sa propre hiérarchie des valeurs sans se soucier de celle des autres. À répartir le service et l'insolence selon le mérite des uns et des autres. À savoir se choisir une reine qui soit assez noble et belle et un cardinal qui soit assez ignoble et puant.

Les ferrets de diamant sont à ce prix là. »

Vladimir Volkoff, in Le Journal "Les Epées" n°5, juin 2002

 

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/08/2018

Sous les cris et les rires

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Quelques jours plus tard, des voitures de résistants emplirent la cour de la ferme. Pour la première fois je les voyais en plein jour. Pas rasés, les visages fatigués faisaient peur à voir. Des femmes au crâne rasé étaient debout au milieu de tous ces hommes qui les insultaient. Moi, je ne comprenais pas. J’étais malheureux devant ces femmes en larmes. Les hommes leur vidaient du vin sur la tête en les traitant de putes à boches, de charognes, de chiennes. L’une d’elles avait le visage marqué par les coups et portait une croix gammée peinte sur le front. Elle ne disait rien, mais elle pleurait. L’un des résistants s’aperçut que mon regard la fixait. Il était déjà venu à la ferme, mais j’eus du mal à le reconnaître, il était terrifiant, il dégueulait de haine. Il s’adressa à moi : "Hé l’Parigot, tu veux la voir à poil, cette salope ?"… Sa main se posa sur l’encolure de la robe et il tira brutalement déchirant l’étoffe pour laisser apparaître les seins. Encouragé par les rires de ses compagnons, il s’acharna sur les lambeaux de tissu et se mit à caresser la fille, qui se débattait en l’insultant. "Si c’était bon pour les boches, c’est bien bon pour nous, maudite vache ! Pas vrai, les gars ?". Tous se ruèrent sur elle. Elle s’écroula au fond du camion. L’un des hommes leva la crosse de son fusil et lui frappa le corps en hurlant des injures. Elle ne se releva pas. (…) Les camions quittèrent la cour sous les cris et les rires. Je me mis à la fenêtre pour apercevoir la femme en espérant qu’elle se serait relevée. Non, rien ! Peut-être l’avaient-ils tuée. Je n’en sus jamais rien. »

Jacques Mesrine, L'Instinct de mort

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Homogénéisation et atomisation...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« Si la naissance n’est pas un hasard, le fait – tout particulièrement – qu’on s’éveille à soi-même dans un corps masculin ou dans un corps féminin ne sera pas non plus le fruit du hasard. Ici aussi, la différence physique doit être conçue comme le pendant d’une différence spirituelle ; il suit de là qu’on est physiquement homme ou femme que parce qu’on l’est transcendantalement, et que l’appartenance à tel ou tel sexe, loin d’être chose insignifiante dans l’ordre de l’esprit, est le signe révélateur d’une voie, d’un dharma distinct. On sait que la volonté d’ordre et de "forme" constitue la base de toute civilisation traditionnelle ; que la loi traditionnelle ne pousse pas vers l’in-qualifié, l’égal, l’indéfini – vers ce qui rendrait les différentes parties du tout semblables, sous l’effet de l’homogénéisation ou de l’atomisation –, mais veut que ces parties soient elles-même expriment de plus en plus parfaitement leur nature propre. Aussi, dans le domaine spécifique des sexes, homme et femme se présentent-ils comme deux types. Celui qui naît homme doit s’accomplir en tant que tel, celle qui nait femme doit se réaliser comme telle, en tout et pour tout, dépassant toute promiscuité et tout mélange. Quant à l’orientation surnaturelle, homme et femme doivent avoir, chacun, leur voie propre, qui ne peut pas être modifiée, sauf à tomber dans un mode d’être contradictoire et inorganique. »

Julius Evola, Révolte contre le monde moderne

 

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

15/08/2018

On pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu'elle est faite d'habitudes, d'usages, et qu'en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l'état d'atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu'un contenu concret : elle est faite d'équilibres entre de petites appartenances, de menues solidarités : ce contre quoi les idées théoriques qu'on proclame rationnelles s'acharnent ; quand elles sont parvenues à leurs fins, il ne reste plus qu'à s'entre-détruire. »

Claude Levi-Strauss, De près et de loin

 

17:32 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13/08/2018

"Il est plus tard que tu ne crois…"

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Aujourd’hui que le rapport de force s’est diamétralement inversé et que notre vieil Occident, tragiquement minoritaire sur cette terre, reflue derrière ses murailles démantelées en perdant déjà des batailles sur son propre territoire et commence à percevoir, étonné, le vacarme sourd de la formidable marée qui menace de la submerger, il faut se souvenir de ce qu’annonçaient les anciens cadrans solaires : "Il est plus tard que tu ne crois…" »

Jean Raspail, Préface du "Camp des Saints"

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Quand tu ne rencontreras plus en toi aucun obstacle qui t’empêche d’être un

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Rentre en toi-même et examine-toi. Si tu n’y trouves pas encore la beauté, fais comme l’artiste qui retranche, enlève, polit, épure, jusqu’à ce qu’il ait orné sa statue de tous les traits de la beauté. Retranche ainsi de ton âme tout ce qui est superflu, redresse ce qui n’est point droit, purifie et illumine ce qui est ténébreux, et ne cesse pas de perfectionner ta statue jusqu’à ce que la vertu brille à tes yeux de sa divine lumière, jusqu’à ce que tu voies la tempérance assise en ton sein dans sa sainte pureté. Quand tu auras acquis cette perfection, que tu la verras en toi, que tu habiteras pur avec toi-même, que tu ne rencontreras plus en toi aucun obstacle qui t’empêche d’être un, que rien d’étranger n’altérera plus par son mélange la simplicité de ton essence intime, que tu ne seras plus dans ton être tout entier qu’une lumière véritable, qui ne peut être mesurée par une grandeur, ni circonscrite par une figure dans d’étroites limites, ni s’accroître en étendue à l’infini, mais qui est tout à fait incommensurable parce qu’elle échappe à toute mesure et est au-dessus de toute quantité ; quand tu seras devenu tel, alors, puisque tu es la vue même, aie confiance en toi, parce que tu n’as plus besoin de guide ; regarde attentivement : car ce n’est que par l’œil qui s’ouvre alors en toi que tu peux apercevoir la Beauté suprême. Mais si tu essaies d’attacher sur elle un œil souillé par le vice, impur, et dépourvu d’énergie, ne pouvant supporter l’éclat d’un objet aussi brillant, cet œil ne verra rien, quand même on lui montrerait un spectacle naturellement facile à contempler. Il faut d’abord rendre l’organe de la vision analogue et semblable à l’objet qu’il doit contempler. Jamais l’œil n’eût aperçu le soleil, s’il n’en avait d’abord pris la forme : de même, l’âme ne saurait voir la Beauté si d’abord elle ne devenait belle elle-même. Tout homme doit commencer par se rendre beau et divin pour obtenir la vue du Beau et de la Divinité. »

Plotin, Ennéades, I, 6

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/08/2018

Une immense machinerie

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Le monde moderne est là devant nous comme une immense machinerie, et, sachant ce que celle-ci a gaspillé d'argent et de travail, nous calculons ce qu'il en coûte maintenant pour la démolir… Mais les civilisations ne sont nullement des machineries, elles ne se démontent pas comme des hangars de poutres d'acier, elles sont vivantes, elles obéissent aux lois de la vie ; pourquoi ne se résorberaient-elles pas ? Peut-être la liberté sera-t-elle sauvée par un très petit nombre d'hommes - petit au regard de la foule innombrable des lâches et des imbéciles ? »

Georges Bernanos, Lettre aux anglais

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/08/2018

Au frigo...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Cette époque va mettre son âme au frigo. Moi, je crois aux héros et aux saints. Les autres m'emmerdent. Entre le monde du fric et celui de Mao, il doit bien y avoir un peu de place pour des hommes pauvres mais libres. »

Xavier Grall, Solo

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/08/2018

Se tenir debout quoi qu'il arrive

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« La seule vérité est de se tenir debout quoi qu’il arrive, de faire face à l’absurdité du monde pour lui donner une forme et un sens, de travailler et de se battre si l’on est un homme, d’aimer si l’on est une femme. »

Dominique Venner, Le cœur rebelle

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Un murmure des temps anciens et du futur

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« La tradition est un choix, un murmure des temps anciens et du futur. Elle me dit qui je suis. Elle me dit que je suis de quelque part. Je suis du pays de l'arbre et de la forêt, du chêne et du sanglier, de la vigne et des toits pentus, des chansons de geste et des contes de fées, du solstice d'hiver et de la Saint-Jean d'été, des enfants blonds et des regards clairs, de l'action opiniâtre et des rêves fous, des conquêtes et de la sagesse. Je suis du pays où l'on fait ce que l'on doit parce qu'on se doit d'abord à soi-même. Voilà pourquoi je suis un cœur rebelle. Rebelle par fidélité. »

Dominique Venner, Le Coeur Rebelle

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/08/2018

Faire revivre, en cette époque mécan­iste, la fac­ulté de l’âme de se détacher de tout

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Ce qu’il nous faut faire revivre, en cette époque mécan­iste, c’est la fac­ulté de l’âme de se détacher de tout, et de jouir de la vie en dépit de tout. Sur les cir­con­stances extérieures, il est rare que nous puis­sions quelque chose. Les soucis d’argent, les soucis amoureux, les soucis que nous cause de l’ambition, les soucis de santé, les soucis dus au chô­mage, aucun ne nous n’y échappe. Ils sont là, et nous aussi, nous sommes là ! Sup­porter la douleur physique, gaspiller nos journées à des corvées absur­des, devoir pren­dre des déci­sions, cajoler, men­acer, duper autrui ou en être dupe à son tour, avoir de pénibles et stériles entre­vues avec des gens plus éloignés de nous que des archanges ou des gyrins – tout cela, c’est la vie, tout sim­ple­ment. Seul un nom­bre infinitési­mal de créa­tures réus­sis­sent, grâce à la faveur divine, à échap­per à tout cela. Subir telle ou telle douleur, avoir à affron­ter telle ou telle dif­fi­culté, c’est cela, vivre. La vie, ce n’est pas autre chose. Si vous déclarez for­fait devant tout cela, déclarer for­fait devant la vie. Si vous êtes inca­pable de ressen­tir une jubi­la­tion intime et secrète lorsque vous ten­tez de vous sous­traire à tout cela, aussi bien que mal­gré tout cela, mieux vaudrait vous sui­cider. Mieux vaut cent fois être mort, plutôt que de mener une vie de souffrances. »

John Cowper Powys, Apologie des sens

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Quelques efforts spasmodiques et dérisoires

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Il est grand temps main­tenant de nous poser la ques­tion cap­i­tale et de chercher la cause de cette expres­sion morne et ten­due, cette expres­sion de hâte et de fièvre – cette expres­sion à la fois si apathique et si anx­ieuse, d’où sont absentes la joie de vivre et la paix – qui se lit sur le vis­age des pas­sants que nous croi­sons dans les grandes métrop­o­les occi­den­tales. C’est une expres­sion exacte­ment sem­blable, en fait, à celle que l’on pour­rait observer sur les traits des four­mis, les plus mis­érables des insectes asservis à la cou­tume. Si un film nous mon­trait des images de four­mis en gros plans géants, nous auri­ons à coup sûr l’impression de nous voir dans un miroir !

Et cette apathie per­pétuelle, ce mélange de gri­saille et de ten­sion – quelle en est la cause psy­chique ? Tout sim­ple­ment le manque d’intelligence, l’incapacité de recon­naître où il faut chercher le bon­heur ! Car enfin on ne peut sup­poser que tous les indi­vidus désirent être ainsi mornes et mis­érables. Ils font, de fait, quelques efforts spasmod­iques et dérisoires pour s’arracher à cette effroy­able indif­férence, à cette futil­ité pous­siéreuse. Ils vont au “ciné” ; ils s’invitent les uns chez les autres ; ils boivent ; ils forniquent ; ils lisent les faits divers. Mais tous ces remèdes restent man­i­feste­ment inef­fi­caces – ou sont suivis d’effets si éphémères qu’ils ne valent pas la peine d’être mentionnés.

Certes, les plantes, les arbres, les ani­maux, les rep­tiles, les oiseaux et les pois­sons sont mor­tels, et con­nais­sent, qui plus est, une mort trag­ique; mais tant qu’ils sont vivants – il suf­fit de les regarder pour en être cer­tain ! – ils jouis­sent de longues péri­odes d’extase de vivre, alter­nant avec des péri­odes de paix pro­fonde et de sat­is­fac­tion indépen­dante. Ils sont la proie de mille ter­reurs, en butte à mille périls. Leur vie, tout comme la nôtre, n’est qu’un inter­minable com­bat pour se pro­curer de la nour­ri­t­ure. Mais par­al­lèle­ment à ces dan­gers et souf­frances trag­iques dont leur vie abonde, ils con­nais­sent – de façon répétée, bien qu’intermittente – la jouis­sance intense et mag­ique que leur cause ce sim­ple fait pri­mor­dial qu’ils sont en vie, qu’ils ne sont pas encore morts ! Alors que tant d’habitants de nos grandes villes, quant à eux, pour­raient tout aussi bien être morts, étant donné le peu de plaisir qu’ils tirent de ce fait essen­tiel qu’ils sont encore en vie. »

John Cowper Powys, Apologie des sens

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/08/2018

Je suis le prince débile issu d’une lignée de colosses

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Je suis le prince débile issu d’une lignée de colosses et qui va peut-être clore une race. Je mourrai sans postérité, stérilisé par l’atome ou égorgé par un fanatique. Et mes frères auront le même sort. Des géants nous précèdent, des héros et des savants, des explorateurs de la terre et des explorateurs de l’âme, des César et des Antoine, des monarques et des capitaines, des silhouettes sévères en robe de bure, de belles courtisanes ou des brutes implacables. Tout un cortège de grandes figures, resplendissantes de splendeur et de puissance, se déroule à nos yeux, immense fardeau pour nos contemporains dérisoires. Voici que s’amassent à l’Orient les nuages sinistres de la ruée païenne et barbare. »

Jean de Brem, Le Testament d'un Européen

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Taxez-moi de romantisme, qu’importe !

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Chaque geste que vous ferez vers une Europe unifiée protègera un peu plus le trésor du monde. Taxez-moi de romantisme, qu’importe ! Pour moi, le trésor du monde, c’est une infante de Vélasquez, un opéra de Wagner ou une cathédrale gothique. C’est un calvaire breton ou une nécropole de Champagne. C’est le Romancero du Cid ou le visage hugolien de "l’enfant grec". C’est un tombeau des Invalides ou le Grand Aigle de Schönbrunn, l’Alcazar de Tolède ou le colisée de Rome, la Tour de Londres ou celle de Galata, le sang de Budapest ou le quadrige orgueilleux de la Porte de Brandebourg devenue le poste frontière de l’Europe mutilée. Pour toutes ces pierres, pour tous ces aigles et pour toutes ces croix, pour la mémoire de l’héroïsme et du génie de nos pères, pour notre terre menacée d’esclavage et le souvenir d’un grand passé, la lutte ne sera jamais vaine. Frêle Geneviève de Paris, patronne de l’Europe, seule contre les hordes mongoles, tu symbolises notre esprit de résistance. Et toi, vainqueur blond au visage de dieu, macédonien aux dix milles fidèles, Alexandre, toi qui conquis le monde oriental avec ta foi et ton épée, dressé contre le destin et le sens de l’Histoire, tu symboliseras peut-être un jour le triomphe de l’Europe impériale. »

Jean de Brem, Le Testament d'un Européen

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07/08/2018

Je sens peser sur mes épaules misérables le poids démesuré du plus glorieux des héritages...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« Je sens peser sur mes épaules misérables le poids démesuré du plus glorieux des héritages. A moi, qui ne suis rien et qui n’apporte rien, la civilisation fait un cadeau gigantesque : le patrimoine de l’Europe. Il est fait de trésors et de souvenirs. Chacun de nous, je crois, à Londres et à Vienne, à Berlin et à Madrid, à Athènes et à Varsovie, à Rome et à Paris, à Sofia et à Belgrade, doit ressentir le même drame. Chacun de nous est le dernier des Européens. Je suis le prince débile issu d’une lignée de colosses et qui va peut-être clore une race. Je mourrai sans postérité, stérilisé par l’atome ou égorgé par un fanatique. Et mes frères auront le même sort. Des géants nous précèdent, des héros et des savants, des explorateurs de la terre et des explorateurs de l’âme, des César et des Antoine, des monarques et des capitaines, des silhouettes sévères en robe de bure, de belles courtisanes ou des brutes implacables. Tout un cortège de grandes figures, resplendissantes de splendeur et de puissance, se déroule à nos yeux, immense fardeau pour nos contemporains dérisoires. Voici que s’amassent à l’Orient les nuages sinistres de la ruée païenne et barbare. Je vais mourir. Je meurs. Et la race Europe avec moi. Avec nous. Je ne laisserai rien. Depuis cinquante ans j’ai dispersé l’héritage. Et laissé le royaume du ciel en friche. Je n’aurais pas d’héritiers dans ce monde hostile et chaotique. Je ne puis laisser qu’un message : l’histoire, la très belle histoire d’une civilisation mortelle, qui se croyait invincible. Une civilisation pour laquelle des milliards d’hommes ont lutté et vaincu pendant trente siècles. Personne ne sera là pour me lire. Qu’importe. Voici comme un dernier cri de rage et d’amertume. »

Jean de Brem, Testament d'un Européen

 

18:01 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook