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02/02/2023

Maitrise de soi

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« L'AMI. — Un de tes malheurs consiste à t'identifier complètement avec tes impressions du moment.

— N'est-ce pas là plutôt une force et ce que la franchise réclame ?

L'AMI. — Sans doute, c'est une force que de vibrer avec énergie à tout contact et de traduire avec entrain l'impression ressentie. Une des conditions d'une vie saine est là. Ceux-là seuls ont de la chaleur et savent en communiquer, qui ressentent profondément et traduisent avec simplicité et de toute leur âme.

— Alors que me veux-tu ? Lorsque je pleure, je ne dérobe pas mes larmes ; lorsque je ris, je ne cache pas mes dents. J'y vais de tout coeur. Pour dire ma sympathie, je ne mets pas de sourdine, et pour exprimer mon indignation, je ne mets pas de gants. Tu trouves cela mauvais ? Ce jugement mesurprend. N'est-ce pas de toi que j'ai appris la vie droite, la parole sans fard, cette vérité de tout l'être qui nous habitue à vivre et penser au grand jour ? Aurais-je ton approbation, si je ne me donnais pas avec entrain et tel que je suis ; si je m'enveloppais de réserve, de demi-teintes, d'hésitations ? Me serrerais-tu la main,si, quand je la donne, j'avais en même temps l'air de la retirer ?

L'AMI. — Nous sommes d'accord en tout cela. Je ne te demande pas de dissimuler, mais de te gouverner. Si tu es l'esclave de tes impressions, ta franchise même peut fairedumal.il ne fautpas se détacherde ce que l'on ressent, ni faire tout ce qu'on fait, comme ne le faisant pas. Ce serait inhumain, et tout ce qui est inhumain est mauvais. Mais autre chose est de faire corps avec ses impressions, autre chose de s'y livrer. Dans tes rapports avec tes semblables, si tu veux rester juste, domine-toi, sois maître de toi ! Souviens-toi que tu es sujet à te tromper ! Souviens-t'en surtout lorsque tu conçois une opinion défavorable ! N'as-tu pas fait l'expérience que les impressions se suivent sans se rassembler ? Rien n'égale leur mobilité, surtout chez ceux qui les ont vives. A quel résultat prétends-tu aboutir en te livrant tour à tour et sans réserve aux effets contradictoires ressentis, leur donnant à toutes une traduction aussi énergique que possible? Ce sera de l'incohérence, et ce que tu nommes franchise n'aura servi qu'à faire de toi une énigme pour les autres. Il faut se gouverner, réfléchir à soi, ne pas donner tête baissée dans une direction, et cela par franchise autant que par sagesse. Mais j'avouerai que je ne pensais à aucune de ces choses en t'adressant ma critique amicale. Ta réponse seule m'a conduit à ces réflexions. Voici ma préoccupation à ton endroit, pour ce qui concerne la vivacité des impressions. Trop facilement, tu suis certaines sugges- tions sombres des événements ou de la vie humaine. Et devant des faits regrettables et tristes qui te frappent, ta vue se trouble. Une brume noire et froide envahit ton âme. Tout te semble perdu, parce que le soleil s'est dérobé et que les contours familiers des objets se sont altérés. Déconcerté, égaré, tu souffres alors un martyre sans nom. L'épaisseur de tes nuits menace d'étouffer ton espérance. Cela est mauvais : il faut y remédier. Apprends à te dominer, à maintenir tes sentiments à leur rang! Tout ce que Dieu t'a fait voir de lumineux sera-t-il effacé par une heure de ténèbres ? Accorderas-tu à tes impressions un tel crédit, qu'il suffira que l'une d'elles soit bien noire pour détruire tout le reste à tes yeux ? Et ton âme serait-elle semblable à la surface des eaux changeantes où subsiste seulement le sillage du dernier navire ? Aspire à mieux !

— A qui le dis-tu ? Je souffre cruellement de cet empire des dispositions momentanées. Toute réalité nette m'en impose. Son empreinte est telle, sur le fond sensible de mon être, qu'elle prend, pour une heure, toute la place. Or une heure suffit à faire une folie, à s'abandonner au désespoir, à manquer de fermeté dans son devoir. Il y a des jours où je sens le monde crouler sur moi. Comme les messagers de malheur se succédant auprès de Job, des rencontres déconcertantes, des paroles d'égarement, des scènes où triomphent le mal et le désordre, frappent successivement aux portes de mon âme, et bientôt je suis la proie de leurs sinistres Annonces. C'est une maladie. Autant au sein des difficultés pratiques je me suis senti encouragé et soutenu parfois au-dessus de toute attente, autant je me sens faible à réagir contre ces dispositions pessimistes. J'en suis venu à admirer comme des héros tous ceux qui savent garder une âme plus égale.

L'AMI. — Ceux-là ne sont pas toujours des héros, mais simplement des êtres aux nerfs épais. Tu ne saurais te procurer leur cervelle, ni changer la tienne. Mais surveille-toi mieux d'abord ; ensuite appuie-toi sur Dieu ! Sache te souvenir que si tes impressions du moment sont noires, elles n'ont qu'une valeur relative et très limitée ! Ne leur permets pas de voiler le monde ! Ce sont des lambeaux de brouillard qui traînent sur toi. La nuit que tu aperçois n'est qu'une tache dans le jour infini. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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01/02/2023

Prière

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« Ô Dieu, que ta figure paternelle me sauve de la face indéchiffrable des noires fatalités ! Ne laisse pas mon âme s'user contre l'incompréhensible, l'incohérence et la brutalité, l'injustice des hommes et des choses ! Mets dans mon coeur ta clarté familière ; donne-moi ta paix, malgré le chaos où je me débats ! Fais-moi comprendre que le désordre tient à mon point de vue ! A ma hauteur, tout est embrouillé. Plus haut apparaît l'harmonie. Sauve-moi du désordre de ma pensée ! »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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31/01/2023

Volonté de Dieu

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« L'HOMME. — Heureux celui qui peut dire avec simplicité : "Que ta volonté soit faite !"

L'AMI. — Oui, car il se repose dans l'éternel, et l'agitation éphémère ne trouble plus sa paix. Il a jeté l'ancre sur le roc. Prenons garde, cependant, de ne point nous abuser ! Pour quelques-uns, la volonté de Dieu c'est le "fait accompli". Il suffit qu'une chose soit arrivée, pour qu'ils y voient le doigt de Dieu. Il l'a voulue, permise du moins, autrement elle ne serait pas. Ceci est très grave. Il y a là de quoi nous plonger dans le marasme, l'immoralité, le doute horrible. Mais il faut reconnaître que le raisonnement est simple et paraît irréfutable.
Un pays se gouverne lui-même par le concours de ses enfants, et jouit de toutes les libertés. Soutenu par une conspiration, un tyran entreprend de renverser les institutions que ce pays s'est données. Si les citoyens font bonne garde, sa tentative échoue. Mais si le contraire arrive, si elle réussit, ce nouveau gouvernement sera-t-il légitime, par cela même qu'il a pratiqué l'usurpation avec succès ? Pourra-t-on, en vérité, lui appliquer la parole singulièrement facile à exploiter : Toute autorité vient de Dieu ? La veille, tous les honnêtes gens avaient pour devoir de le combattre. Le lendemain, ils doivent acclamerleur vainqueur. Quelleest la conscience droite qui ne se soulève, en face d'une semblable prétention ? Je crois qu'il faut suivre sa conscience et faire opposition.

Tu t'es bâti une maison, à force d'économies, et tu l'habites en paix avec tes enfants. Le feu du ciel y tombe et la consume, que feras-tu ?
Il est des contrées où de telles demeures ne sont jamais rebâties. Non pas que leur emplacement ait été reconnu dangereux, à la suite d'une première catastrophe. Mais le feu du ciel semble une manifestation directe de la volonté divine. Relever ce qu'il a détruit est un acte de révolte contre Dieu.
Lorsque Franklin trouva le paratonnerre, on vit son invention de mauvais oeil, dans certains milieux dits pieux. Cet homme ne tentait-il pas d'enlever à Dieu une de ses principales armes de châtiment ? A suivre ce raisonnement, dont la forme est loin d'être absurde ou impie, on en arriverait à considérer comme sacrilège l'arrosage des jardins ou l'irrigation des prairies en temps de sécheresse. S'il plaît à Dieu de refuser la pluie à la terre, de quel droit y supplées-tu par ton industrie ?

Dans le même ordre d'idées, assainir un marais, percer un tunnel, détourner le lit d'un fleuve, sont des infractions à l'ordre établi par Dieu.
Quelques-uns n'usent d'aucun remède dans leurs maladies, et réprouvent l'art du médecin. D'autres soignent les malades, mais ils suffit que ceux-ci meurent, pour que leur fin apparaisse comme un accomplissement de la volonté de Dieu. Si tel est le cas, pourquoi soignez-vous les malades ? N'est-ce pas une façon d'entraver la volonté divine ? Si elle veut leur guérison, ils se rétabliront, même sans soins ; si elle veut leur mort, tous vos soins seront inutiles. Que pourrait-on bien objecter contre ce raisonnement ? Absolument rien. Pourquoi donc n'a-t-il jamais prévalu, même auprès des hommes les plus résignés à la volonté de Dieu ? C'est parce que, juste en apparence, il est impie au fond. On ne saurait ériger le fatalisme en règle de l'homme. Si de telles théories sont vraies, pourquoi donc as-tu une intelligence, un vouloir ? La volonté de Dieu est que le bien soit. A notre égard, elle est le salut. Voilà qui est vrai, d'une vérité absolue. Mais c'est une entreprise pleine de péril, de vouloir interpréter en détail cette volonté et de se servir de son propre doigt pour indiquer celui de Dieu. De graves méprises, de cruelles injustices résultent infailliblement de cette prétention. Elle est odieuse surtout, quand elle s'exerce sur la destinée des autres. Dire que Dieu a frappé un tel, châtié telle nation ; traduire les intentions divines cachées dans les événements historiques, comme les reporters traduisent la volonté des souverains et des hommes d'État, à travers ce qui apparaît de leurs combinaisons, quelle oeuvre d'orgueil et de folie, de la part de la créature ! Que le prophète a bien dit, qui a mis dans la bouche de Dieu cette déclaration si vraiment empreinte d'humilité humaine : "Mes pensées ne sont pas vos pensées !"

L'HOMME. — Mais, à ce compte, nous sommes absolument incapables de savoir quelle est la volonté de Dieu ?

L'AMI. — Non pas, mais il n'a chargé personne de nous expliquer son plan par le détail. La clef du monde et des destinées est trop colossale, pour que les mains d'une créature la soulèvent. N'est-il pas suffisant de savoir que Dieu veut faire concourir toutes choses à notre bien, même le mal que nous font nos ennemis, contrairement à sa volonté. Il n'est donné à personne de sortir de l'Univers, d'orga- niser une création dans la création. Le poète a dit : "Et l'oiseau le plus libre a pour cage un climat."
L'homme le plus méchant, le plus absolument insurgé contre l'humanité et contre Dieu, vit et meurt au sein des lois éternelles. Il en arrive à contribuer à l'équilibre qu'il essaie de détruire, comme le menteur, par ses artifices, accumule les matières inflammables pour le jour de la lumière. Personne ne se permettra de dire, cependant, que le menteur ment au service de Dieu et par son ordre. Non, il ment à son compte, mais il tombe malgré lui dans l'addition d'où résultent sa faillite et la victoire de la vérité.

— Et comment me résumeras-tu ma ligne de conduite ?

L'AMI. — Voici : Tu es un mousse à bord d'un bâtiment colossal dont les dimensions mêmest'échappent. Mais tu as ta bonneconsigne à exécuter à ton poste. Agis, en toute circonstance, selon tes meilleures lumières loyalement consultées ! Tu seras sûrement alors dans la ligne indiquée par celui qui tient le gouvernail. Le vaisseau est solide, le capitaine bon. Tu peux avoir confiance. Rien de définitivement mauvais ne peut t'arriver, ni à toi ni aux tiens. Toutes les plus rudes péripéties ne sont que des incidents de route. La volonté qui nous guide et contre laquelle rien ne prévaudra est "qu'aucun de nous ne périsse". Les cheveux mêmes sur notre tête sont comptés. Travaille, lutte, peine, et puis repose-toi sur l'Éternel ! Et si parfois tu es obligé de dire en pleurant : "Que ta volonté soit faite !" parce que tu auras les mains en sang et le coeur déchiré, tu ne le diras pas comme un écrasé résigné à l'écrasement, mais comme le vaincu d'aujourd'hui, certain de la victoire future. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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30/01/2023

Résignation

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« — Que faut-il penser de la résignation ?

L'AMI. — Expliquons-nous ! Si, par ce mot, tu devais entendre la disposition passive, décidée à tout supporter, je te mettrais en garde contre ce vice. Être d'avance décidé à se laisser faire, à accepter tout ce qui plaira aux événements ou ce que décréteront sur nous les volontés des hommes, n'est pas digne de nous. Es-tu un instrumentaux mains d'un autre, une pâte à pétrir selon son caprice ? Non, tu es quelqu'un, et tu dois compter. Même en passant sur toi, les forces supérieures sentiront que tu es là. Il ne leur est pas accordé de t'annihiler. Sois donc ce que tu es, une énergie consciente se sentant tenue d'agir pour le bien ! Garde avec soin le tourment du mieux qui habite en toi ! Ose affirmer ce que tu aimes, ce que tu sais juste ! Ne crains pas de dire ta conviction et, s'il le faut, de la crier. Sache qu'il est des heures où se résigner au silence est une lâcheté ! Lève-toi, insurge-toi, et si la force de compression grandit, que ta résistance grandisse avec elle jusqu'à l'explosion !
On a fait tort à la résignation, en abritant sous ce nom la paresse d'esprit, l'indifférence, l'amour de la paix à tout prix, la perpétuelle capitulation devant les obstacles et la menace. L'humeur passive qui jamais ne résiste a été appelée : bon esprit. Mensonge que tout cela, pour excuser les âmes sans vigueur et rendre faciles toutes les tyrannies ! Arrière Cette résignation qui souvent, ô ironie ! est tout simplement la résignation à la douleur des autres ! Ce qu'il faut crier sur les toits, c'est l'insurrection de l'esprit contre toutes les forces contraires. Jamais ne nous contentons du "statu quo", sous prétexte qu'il est le calme, l'ordre, la convention respectée, car il est, hélas ! un oreiller de mollesse pour les satisfaits et une couronne d'épines pour les opprimés ! La résignation au "statu quo", c'est l'injustice perpétuée, le droit tombé en prescription, l'iniquité sociale érigée en ordre social, les vieilles erreurs consacrées en formules et imposées comme vérités.
Qui donc nous a dit que le christianisme enseignait cette résignation-là ? Il serait bien loin de ressembler à son fondateur. Jésus était un lutteur toujours prêt, un arc toujours tendu, indomptable, animé d'une immense espérance de vaincre, un jour, le mal et de transformer la terre en un royaume de Dieu. Il a comparé son esprit au levain, c'est-à-dire à la chose du monde la plus active et la plus énergique, n'ayant de repos que lorsqu'il a fait lever la pâte. Et cet esprit n'a jamais accepté de compromis avec rien ni personne. Intangible, incorruptible, il n'a pas abaissé son idéal sublime au niveau des égoïsmes et des prétentions d'un monde résigné à sa propre médiocrité. Aucun effort ne lui a semblé trop dur, aucune bataille trop rude, aucune souffrance ne l'a fait reculer.

Depuis qu'il est entré dans l'histoire, il a été de toutes les levées de boucliers pour la lumière, la liberté, la fraternité. Le bien a toujours été accompli par ceux qui ne pouvaient prendre leur parti d'un état de choses offensant leur conscience. Et de ceux-là, il faut en être.
Mais eux seuls aussi connaissent la résignation véritable. Et voici en quoi elle consiste : Elle consiste à accepter les conditions de l'existence, quitte à en tirer le meilleur parti possible. Les révoltés n'acceptent pas la vie, ils la maudissent, la méprisent et passent leur temps en récriminations. Ils perdent la vie, aussi bien que les trop résignés.

La vraie résignation prend la vie telle qu'elle est, comme inévitable point de départ. Mais elle commence aussitôt à la transformer, je compare l'existence, avec ses douleurs et ses difficultés, à un champ à défricher. L'être passif se couche dessus, le révolté s'y promène en maugréant. Nous autres, nous l'acceptons : en attendre un autre serait une illusion vaine ; mais nous y mettons immédiatement la pioche et la charrue.

L'HOMME. — N'y a-t-il pas cependant des choses auxquelles on ne peut rien changer ? La mort de ceux qu'on aime, par exemple.

L'AMI. — Non, ces faits n'existent pas. Même la mort est transformable. Toute calamité, toute douleur, tout deuil est un champ inculte. Ce que vous appelez la fatalité, dans votre esprit enténébré, est un terrain où il s'agit de porter le pic. Notre espérance de vaincre est illimitée. Toute chose dépend de la forme qu'elle prend dans l'esprit. Même la mort peut s'y transformer en vie, et la fatalité peut devenir un élément de libération. Il nous faut labourer.

Vois ce rocher nu, aride. Rien n'y germe.

Demain, grâce aux spores qu'apporte le vent, un lichen presque imperceptible y naîtra. De sa poussière se nourrira une mousse. Elle vivra d'air et de l'eau du ciel, mais le rocher lui cédera des parcelles. Après la mousse, une graminée germera, et les végétations mourront les unes sur les autres, laissant après elles de quoi en faire vivre d'autres. Un jour, sur cette pierre, une forêt surgira. De,leur effort, les plantes auront créé la terre. Voilà ce que l'homme fait de la fatalité. Pas de caillou qui ne finisse par le nourrir !

Résignons-nous donc au champ austère, à la pluie, au vent, mais labourons, labourons tou- jours, labourons tout, et le désert lui-même fleurira ! »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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29/01/2023

Mécontent

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« Je suis mécontent, archimécontent.

L'AMI. — Sais-tu pourquoi ? Dans ce cas, il n'y a que demi-mal. Car il y a des nuances dans le mauvais. Le pire mécontentement est celui qui ignore sa cause.

— Je n'en suis pas là. Je sais fort bien pourquoi je suis mécontent, et tu vas voir qu'il y a de quoi :
J'ai averti, on ne m'a pas écouté, signalé les dangers, on s'y est précipité. J'ai donné aux jeunes des conseils excellents, qui les eussent gardés des pièges. Mes conseils ont été méprisés.
Et maintenant, tout ce que je craignais est arrivé. Oh ! la triste chose de prêcher aux sourds, de montrer l'évidence aux aveugles !
Quand je pense que tout ce qu'ils se sont attiré dans leur folie eût pu être évité, je suis indigné.
Et les suites, pour qui donc sont-elles ? Pour moi.
Autant ils méprisaient mes avertissements, autant, à cette heure, ils comptent sur moi.
Ils se sont jetés à l'eau avec préméditation et presque en me narguant, alors que je leur criais : casse-cou ! Maintenant ils se noient et m'appellent au secours. Et je devrais me jeter à l'eau pour cette espèce-là ?

L'AMI. — Tes raisons d'être mécontent sont bonnes. Je le reconnais. Mais peut-être as-tu tort quand même.

— Cela me paraît difficile à soutenir.

L'AMI. — Cependant c'est simple. On peut avoir d'excellentes raisons de faire une chose, et des raisons encore meilleures de ne la point faire.
Ton mécontentement est légitime, il ne saurait l'être plus. Ce qui t'arrive est tout bonnement révoltant ; mais ici, comme en toute autre circonstance, la règle à suivre est celle-ci : faire ce qu'il y a de mieux.
Dans le cas présent, ta juste indignation, est-elle ce que tu peux fournir de plus utile. Et peut-il en sortir du bien et le plus grand bien dont tu sois capable ?

— Voilà une question que je ne me suis pas posée. On a, je pense, le droit de s'indigner ; cela soulage.

L'AMI. — Certainement, et tu uses de ce droit en pleine liberté. Personne ne peut te le disputer. Mais, y renoncer serait peut-être plus digne de toi, que de t'en servir. Et d'abord, cela te rend-il très heureux d'être mécontent ? Trouves-tu à cet état d'âme des charmes qui méritent qu'on se livre à leur attrait ?

— En aucune façon. Quand je suis mécontent, je suis malheureux. Il me semble que tout est sorti de l'harmonie : chaque objet fait une figure déplaisante. Le monde grimace autour de moi.
Je suis, en outre, dégoûté de tout et voudrais ne plus jamais rien entreprendre.

L'AMI. — Un pareil état d'esprit est abominable. Pourquoi se l'infliger ?

— C'est plus fort que moi.

L'AMI. — Je m'en aperçois. Mais pour irrésistibles que soient ces mouvements intérieurs qui s'emparent de notre personne, ne peut-on, du moins, les haïr, en raison du mal qu'ils nous font ? Et si d'aventure ils nous surprennent, pourquoi nous y complaire ?

— Voudrais-tu par hasard que je sois content ?

L'AMI. — Comment le serais-tu, sans mentir ? Avant tout, soyons francs ! Mais je veux seulement te préserver du danger de submersion. Un flot noir monte autour de ton esprit. L'assaut est organisé contre ta bonne volonté. A l'abri d'une juste indignation, l'ennemi pénètre dans la place. Prends garde à toi ! Fais serrer les rangs à toutes les puissances amies ! Élève ton regard vers les hauteurs ! Pense à tout ce qui peut te réconforter ! Cherche les contacts amis ! Sors-toi de cette atmosphère où l'asphyxie te guette !
Et s'il s'est fait du mal que tu avais prévu, si des fautes ont été commises, graves, et par des gens dûment avertis, essaie de réparer le dommage, même celui qui arrive par mépris de tes conseils ! Ne va pas répétant ces paroles d'une sagesse mesquine : "Je vous l'avais bien dit !" Renonce à ces médiocrités ! Si le dégât est réparable, répare ! S'il est irréparable, regrette-le sans amertume ! Passe ton chemin et sois un homme, ne perds pas le temps à maugréer ! S'ils ont organisé le désordre et le gâchis, fais en silence une oeuvre d'avenir ! Plante un arbre, sème une graine ! Cela vaut mieux que le plus magistral mécontentement.
Surtout que Dieu te préserve de devenir un mécontent de profession ! Ces gens-là sont des pestes.
Et s'il te faut être mécontent de temps en temps, afin de ne pas laisser inactive cette corde de ton âme : sois mécontent de toi-même ! Cela, du moins, peut avoir un bon côté, à condition qu'on n'en fasse pas son pain quotidien. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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13/01/2023

Le personnage que mon amour pour toi rêvait

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« Je crois que tu ne m'as jamais aimé, que tu as joui de me voir délirer avec passion, que tu as profité du personnage que mon amour pour toi rêvait, que tu t'es regardée avec un égoïste émerveillement, déformée et embellie par moi, et que tu m'as regardé t'aimer, exaltée par ta puissance sur mon coeur. »

Louis Pauwels, L’amour monstre

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04/01/2023

Servitudes

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« — Je veux bien combattre, mais pourquoi ces entraves ? Je veux bien gravir le sentier ardu, mais que ce fardeau me soit ôté !

L'AMI. — Tu ne serais pas un homme, si tu n'éprouvais ce désir. Mais resterais-tu semblable aux autres, si ce désir s'accomplissait ? Les servitudes, grandes ou petites, ont dans l'existence un caractère accidentel. Mais l'accident, par sa régularité, se rapproche de l'essentiel. Qui donc est exempt de servitudes ? Lorsque les grandes difficultés s'éloignent, les petites misères apparaissent. Nous passons le temps à changer de servitudes. Demande son secret à chacune d'elles ! Ne les retiens pas inutilement, mais profite de leur passage ! Si elles deviennent chroniques, apprivoise-les ; qu'elles se rendent utiles dans la maison ! Selon leurs aptitudes, fais-leur cultiver ton âme ou cirer tes souliers !

Il faut des servitudes, afin de s'initier à la vie, et surtout pour comprendre les embarras des autres. Tout joug est une révélation à celui qui le porte en conscience. Chaque misère, de quelque nom distingué ou vulgaire qu'elle se nomme, est une messagère capable de nous expliquer ceux de nos frères qui en sont atteints. Elle nous offre la clef d'un mystère. Profite de la clef ; ouvre la porte fermée ! Ce que tu apprendras sera le prix de ce que tu auras souffert. Ne te plains pas d'être astreint à des soins vulgaires, indignes d'un homme d'esprit ; ne te plains pas des irritants détails, des heures perdues à entendre bavarder des fâcheux ! A supposer qu'on te force tous les matins à balayer une rue, balaye de bon coeur et fraternise avec ceux qui balayent comme toi ! Ce sera là ta prière du matin, ton élévation en fraternité. — Arrive l'occasion ensuite de parler à tes semblables ou de prendre la plume, ta pensée aura ce goût authentique conféré par l'expérience directe, et que rien ne remplace. C'est au "balai" que tu le devras. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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03/01/2023

Contrariétés

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« L'AMI. — Ne te plains pas des contrariétés, des difficultés ! Les choses déplaisantes font notre éducation.
Une vie régulière et facile serait la meilleure condition de progrès, si l'homme n'avait pas besoin d'être excité pour travailler. Mais les natures qui peuvent se passer d'aiguillon sont rares. Existent-elles ?
Presque toujours, ce qui nous pousse en avant, a sa source à l'extérieur. Le ressort intérieur, sans doute, est la chose essentielle. Mais fonctionnerait-il, sans être préalablement tendu, comprimé ? Les actions les plus énergiques sont souvent des réactions, et nous devons une grande partie de nos conquêtes aux nécessités qui nous font violence.
Plus d'un, faisant un retour sur lui-même, s'est aperçu de ceci : Combien de temps précieux et calme n'avais-je pas à tel moment de ma vie, et quel emploi médiocre en ai-je tiré ?

On travaille, non parce qu'on a le temps de travailler, mais parce que la vie vous y contraint. Un homme doué, quand il est sollicité, fournit plus dans ses heures de loisir, qu un homme engourdi de repos, dans sa journée entière. L'activité, une fois stimulée, a une tendance à augmenter. Une entreprise soutient et provoque l'autre. Mais si l'existence entière est seulement loisir, on ne trouve plus le temps de rien faire. Il est bon de lutter, de souffrir, d'être jeté à l'eau avec obligation de se débrouiller. Ce que vous perdez en confort, vous le gagnez en énergie. Or, de toutes les armes de l'homme, la plus précieuse est l'énergie. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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02/01/2023

Tentations...

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« La première tentation est celle des pains: "Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces cailloux deviennent des pains!" C'est ce que j'appelle la tentation de l'économie politique (et aussi celle de la médecine, qui est devenue une annexe de l'économie politique). Nourrir les hommes, répartir entre eux les biens de ce monde, les guérir de leurs maux physiques, leur donner l'illusion qu'ils vaincront la mort même, tel semble être, réduit à sa plus simple expression, l'art de rendre aujourd'hui les hommes heureux ici-bas et tout de suite. Si vous leur donnez tout cela, les hommes doivent vous obéir, ou alors c'est qu'ils sont fous et qu'ils relèvent de l'hôpital psychiatrique, lequel hôpital fait lui aussi partie du système, comme nous le voyons en Russie.
Le Christ – et c'est là qu'à des yeux modernes il doit paraître un imbécile – repousse cette tentation, affirmant fortement une autre dimension de l'homme, qui ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute Parole proférée par Dieu. Et c'est bien cette autre dimension de l'homme que la scolastique moderne, non seulement oublie, mais renie et tente de rendre impossible. Il faut à tout prix limiter, réduire les désirs de l'homme à ce bas monde; alors après, fermer solidement le couvercle et s'asseoir dessus.

La seconde tentation est celle que j'appelle la tentation de la science et du miracle technologique: "Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas : les Anges te porteront dans leurs mains". Nous faisons tellement mieux aujourd'hui. Vaincre la pesanteur est même l'aspect le plus spectaculaire de nos performances, puisque nous allons sur la Lune et nous baladons entre les planètes. Nous en sommes éblouis.
Le Christ rejette aussi cette tentation : "Tu ne provoqueras pas le Seigneur, ton Dieu !" J'ai déjà parlé longuement du miracle et dit combien les hommes préfèrent le miracle à Dieu. Si Dieu existe, ils savent bien qu'ils doivent lui obéir, tandis que le miracle à leur disposition représente leur domination sur l'univers. Certes ce n'est pas la science que le Christ condamne et repousse, mais son aspect provocateur de rivalité avec le Créateur, la volonté de puissance qu'elle déchaîne en l'homme.
Au 19e siècle, les hommes ont carrément mis la science à la place de Dieu. "Seule la science est pure", écrivait Renan... Elle était notre Providence, nous attendions d'elle tout, absolument tout, en tous les cas le Salut. Nous avons un peu déchanté depuis. Il semble aujourd'hui que la Science ne soit pas que bénéfique et qu'elle ne peut pas nous dispenser de notre responsabilité ultime à propos de l'usage que nous en faisons. Bref c'est une divinité foireuse qui n'inspire plus le même respect. Elle tourne vers nous parfois un visage de Méduse qui ne laisse pas d'être épouvantant.

La troisième et dernière tentation est tout à fait explicite, c'est la tentation politique: "Tous les royaumes de la terre et leur gloire !" Jésus repousse cette tentation non moins catégoriquement que les deux autres, c'est ce que le Grand Inquisiteur [dans Les frères Karamazov] lui reproche le plus: "Cependant tu aurais pu t'emparer du glaive de César. Pourquoi as-tu repoussé ce dernier don ? En suivant ce dernier conseil du Puissant Esprit, tu réalisais tout ce que les hommes désirent sur la terre: un Maître devant qui s'incliner, un Gardien de leur conscience, le moyen de s'unir finalement dans la concorde en une commune fourmilière. Car le besoin de la Communion universelle est le troisième et suprême tourment de la race humaine." Le premier étant le pain quotidien et la santé du corps; le second étant le goût de la science et du miracle.

Encore une fois, et il faut le dire très clairement : le Christ ne porte pas une condamnation absolue contre l'économie politique et son annexe la médecine; pas davantage contre la science et son annexe, la technique; ni même contre la politique. Toutes ces choses sont bonnes et nécessaires. Il faut d'abord faire attention qu'elles ne nous soient pas offertes par le Diable et par magie, comme il arrive qu'elles le soient.
En tout cas, pour ce qui le concerne lui, le Christ proclame solennellement que là n'est pas son affaire, et qu'il n'est venu en ce monde ni pour nourrir les hommes de pain, ni pour guérir leurs corps, ni pour leur donner la science de l'univers, ni pour faire des miracles, ni pour régner sur un trône terrestre. Quant au chrétien, qui veut être disciple du Christ, même s'il est embringué dans le temporel, même s'il donne dans l'économie politique, la médecine, la science, la technique, la politique, du moins qu'il ne leur donne pas toute son âme, qu'il n'en fasse pas des idoles. C'est pourtant sur cette triple idolâtrie qu'est fondé le monde moderne. S'il y a une époque dans l'histoire qui ait sacralisé l'économie politique et la médecine, la science et la technique, la politique, c'est bien la nôtre. Notre époque est idolâtre, elle a l'épaisse bêtise de l'idolâtrie, la bêtise et la cruauté. Et à nos idoles, nous immolons par milliers, et parfois par millions, des victimes innocentes. Quel siècle de sang ! Et pourtant, nous continuons d'embrasser les genoux de nos idoles et d'en attendre le salut. Et dans les entrailles de la terre, retentit le rire de Satan...

Quant à l'Eglise, comment à son tour ne subirait-elle pas les mêmes tentations que son Maître a subies ? Il les a victorieusement repoussées, et c'est bien ce que lui reproche le Grand Inquisiteur, qui lui, est homme d'Eglise. S'adressant toujours au Christ, "Je ne veux pas de ton amour, lui dit-il, car moi-même, je ne t'aime pas. Pourquoi le dissimulerais-je ? Je sais à qui je parle, tu connais ce que j'ai à te dire, je le vois dans tes yeux. Est-ce à moi de te cacher notre secret ? Mais peut-être veux-tu l'entendre de ma bouche ? Le voici : Nous ne sommes pas avec 'toi', mais avec 'lui', depuis longtemps déjà !" Et il conclut : "Nous atteindrons notre but, nous serons César. Alors nous songerons au bonheur universel." »

Raymond Léopold Bruckberger, L'Évangile, Commentaires pour le temps présent

 

 

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01/01/2023

Dans la boue

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« J’aimerais mieux une de ces époques où l’on croit que l’Eglise va disparaître dans les flots de sang. J’aurais meilleure espérance de la voir se relever. Bienheureux ceux qui ont entendu la messe dans les catacombes, bienheureux ceux qui l’ont servie à quelque prêtre fugitif de la Vendée, au milieu des blessés, des orphelins et des veuves ! Ceux-là ont pu prédire des triomphes. Dans nos cathédrales où l’on nous laisse en paix, nous avons à compter que sur des abaissements. Ce n’est pas la chair qui vous parle et qui se révolte ; c’est l’esprit. Des abaissements, j’en veux pour moi Dieu merci ; mais je n’en veux pas pour Jésus, et c’est Lui que l’on abaisse.

Considérez bien ceci, je ne crois pas que le monde ait vu rien de pareil. On outrage l’Eglise et nous ne sommes ni fugitifs, ni réduits à nous cacher, ni sans moyen d’agir. Tout au contraire, nous jouissons de nos biens, de notre liberté, nous exerçons les pouvoirs de citoyens, nous sommes gaillards et l’arme au bras pendant qu’on L’outrage. Nous regardons faire et nous allons communier. (…) Je crains moins pour un temple les furieux qui veulent le démolir que les fidèles qui ne songent qu’à leur potage en présence de ce danger. Ceux-là détruisent vraiment l’Eglise qui ne lui font pas un rempart de leur corps, qui ne se font pas massacrer sur les marches pour la moindre de ses prérogatives.

Jadis les parents chrétiens plutôt que d’abjurer dévouaient leurs enfants à la misère et les voyaient d’un œil ferme massacrer sous leurs yeux : aujourd’hui on s’expose plus volontiers à leur voir perdre la foi qu’à leur voir manquer un diplôme. On achète froidement un titre d’avocat ou de médecin au prix de cent péchés mortels qu’ils pourront commettre avant de l’obtenir. On appelle cela "songer à leur avenir" : ce mot dit tout. Quand on était chrétien, l’avenir était au ciel ; il n’y est plus, il est ici dans les boutiques, dans les négoces, dans les affaires, dans la boue : et pour y arriver, on marche d’abord sur le crucifix. Il n’y a plus de chrétiens, car il n’y a plus de foi. S’il y avait de la foi, on saurait qu’avec tant de lâchetés on expose son âme, et on verrait ce que nous ne voyons pas : des hommes.

Je vous déclare, entre nous, que les sociétés de Saint-Vincent-de-Paul et toute cette charité de bons de soupe et de bons de pommes de terre, réduite aux termes où je les vois, me font pitié ! Je ne comprends rien à ce système de vouloir sauver des âmes moyennant des pièces de dix sous, et de refuser une parole toutes les fois qu’il faut la dire. On a trouvé l’art d’assister les pauvres sans assister Jésus-Christ. Si le Journal des Débats n’avait inventé pour nous le nom de néo-catholique, nous devrions l’inventer, nous, pour cette race poltronne, car elle est en effet nouvelle. Partout où je la tâte, sous la mitre, sous la soutane, et sous l’habit bourgeois, j’y sens des lacunes et des excroissances qui en font une espèce particulière. Ce sont des chrétiens avec beaucoup de ventre en plus et beaucoup de cœur en moins.

Ce qu’il faut faire, cher Maurice ? Prier le Bon Dieu d’abord ; Lui demander pour unique grâce de l’aimer follement, sans aucune espèce de prudence ni de raison en ce qui nous concerne ; accepter les croix, les affronts, les solliciter, nous préparer à ne rien craindre et ne point jurer qu’on ne s’appliquera pas un jour quelque peu de discipline. Pour ce qui concerne nos chers frères, aviser le plus tôt possible à les faire rouer de coups, car ce n’est qu’alors qu’ils se défendront et qu’ils se souviendront qu’ils sont ici l’Eglise militante, non pas l’Eglise croupissante.

Quand je vois les Evêques supporter l’Université, les laïcs ne songer qu’à leur pot-bouille, les ordres religieux mourir d’inanition au milieu de cette jeunesse qui n’a rien à faire et qui se met à entretenir les pauvres parce que cela coûte moins que les filles et que c’est plus honnête, je dis qu’il n’y a plus qu’un péril : c’est de laisser les choses sur ce pied là. Cherchez des affaires et poussez-les.

Je n’ai point la vocation monastique, surtout la bénédictine ; mais j’obtiendrai, s’il plait à Dieu, la vocation du dévouement. Il n’y a que servir Dieu. Tout le reste est par trop misérable et par trop dangereux en un temps comme celui-ci, pour une âme qui a pu entrevoir une fois la Croix où Jésus est mort. Quand je serai de retour à Paris, vous tâcherez de venir me voir, et nous arrangerons une campagne d’hiver. Adieu, cher enfant ; je vous aime dans mon cœur. présentez mes tendres respects à votre excellente et vénérée mère. Dites-lui que Dieu l’aime et qu’on est heureux d’être du nombre de ses martyrs, à une époque où les chrétiens ne redoutent que la Croix ; c’est-à-dire ce qui est le caractère même du chrétien. »

Louis Veuillot, Lettre à monsieur de Foblant, le 8 août 1843, in Œuvres complètes, Vol XV, Correspondance, Tome 1

 

 

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31/12/2022

L'acte de sauter par-dessus soi-même

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« L'acte de sauter par-dessus soi-même est partout le plus haut — le point originel — la "genèse" de la vie. Ainsi la flamme n'est rien d'autre qu'un tel acte. Ainsi toute philosophie commence là où le philosophant se philosophe lui-même — c'est-à-dire en même temps consomme (détermine, contraint) et régénère (ne détermine, laisse libre). La philosophie est l'histoire de ce processus. Ainsi toute moralité vivante débute quand j'agis par vertu contre la vertu — c'est de cette manière que commence la vie de la vertu, grâce à laquelle la capacité augmente peut-être à l'infini, sans jamais perdre une limite — c'est-à-dire la condition de possibilité de sa vie.

Devenir un homme est un art. »

Novalis, Poésie, Réel Absolu

 

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30/12/2022

Le germe de la vie autopoétique

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« Presque chaque homme est déjà artiste à un degré infime — il voit ce qu'il tire de lui-même et non ce qui lui vient du dehors — il sent ce qu'il tire de lui-même et non ce qui lui vient du dehors. La grande différence consiste en ceci : l'artiste a animé dans ses organes le germe de la vie autopoétique — il a augmenté l'excitabilité de ceux-ci "dans leur lien avec l'esprit", et il est ainsi en mesure de diffuser à travers ces mêmes organes les idées qu'il désire — sans sollicitation extérieure —, de les utiliser tels des outils en vue des modifications du monde réel de son choix. »

Novalis, Poésie, Réel Absolu

 

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29/12/2022

Ils suivent le système de planification

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« Comme il est souhaitable d'être le contemporain d'un authentique grand homme ! La majorité actuelle des Allemands cultivés n'est pas de cet avis. Ils sont assez fins pour nier toute grandeur et suivent le système de planification. Si le système copernicien n'était pas si solidement installé, il leur conviendrait tout à fait de faire à nouveau du soleil et des étoiles des farfadets, et de la terre l'univers. C'est pourquoi Goethe, qui est désormais le véritable gouverneur de l'esprit poétique sur terre, est traité de la manière la plus commune possible et considéré de façon odieuse, quand il ne satisfait pas les attentes du commerce habituel de l'époque, et met celle-ci un instant dans l'embarras vis-à-vis d'elle-même. Un symptôme intéressant de cette faiblesse directe de l'âme est l'accueil qui fut généralement réservé à "Hermann et Dorothée". »

Novalis, Poésie, Réel Absolu

 

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28/12/2022

La peur

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« S'il m'était donné de formuler un voeu, je demanderais que la peur me soit ôtée et que la paix règne dans mon coeur.

L'AMI. —Tu ne saurais rien souhaiter de meilleur et de plus rare.
La fausse sécurité, celle qui dort sur les deux oreilles, en s'imaginant posséder des "valeurs de tout repos", est assez ordinaire. La majorité des hommes se reposent sur ce qui n'a que l'apparence de la solidité. Mais ils ne connaissent pas la paix résultant, pour le coeur, de la certitude qu'on peut se fier à la divine volonté qui besogne au fond des choses,et lui accorder un crédit sans limites. De cette méfiance sur le point essentiel naît le grand mal de la peur. La peur est la reine des maux. On a nommé la mort le roi des "épouvantements" ! Mais sans l'épouvante, que serait le roi ? Tout son prestige vient de la peur. C'est d'elle aussi que tiennent leur puissance la tyrannie humaine, les malheurs, les calamités, tout le mal qui nous menace.
La menace vit d'emprunts audacieux ; la peur est son bailleur de fonds ; mais que le prêteur ferme sa caisse, et la menace n'est plus qu'une lettre de change refusée.
La plupart des hommes sont esclaves de la peur. S'ils s'en rendaient compte, la liberté pourrait être par eux conquise. Ils sont malheureusement si rongés par le mal, qu'ils ne le sentent même plus.
J'ai parfois essayé de faire un parallèle entre les peurs du sauvage et celles du civilisé. Une telle comparaison peut jeter de la lumière sur ce que nous appelons : LE PROGRÈS. Un sauvage a quelques peurs rudimentaires. Des fauves redoutables lui disputent l'usufruit de la forêt : il peut craindre leur visite. D'autres sauvages convoitent son gibier, ses armes, sa femme, la peau d'ours qui le garantit du froid. L'orage, la foudre, l'inondation, le froid peuvent être par lui justement redoutés. Mais somme toute, semblable en cela aux oiseaux, le sauvage, toujours sur ses gardes, l'oreille tendue, l'oeil ouvert, n'en connaît pas moins, comme l'oiseau lui-même, le calme et la tranquillité d'esprit. Ses craintes sont de nature simple, de nombre réduit.
Le civilisé, lui, armé de moyens extraordinaires de se garantir, se protéger, se mettre à l'abri, devrait avoir l'esprit plus en repos que le sauvage. Tant de lois veillent sur lui, tant d'institutions appuient son droit. A comparer son sort à celui du sauvage, il jouit de privilèges exceptionnels. A sa place, le sauvage serait entièrement rassuré. Et cependant le civilisé a des peurs plus nombreuses, plus raffinées que son ancêtre des bois.
S'il est riche, que n'a-t-il à redouter ? Il a beau enfermer ses titres : la rente baisse au coffre-fort, sans que personne y ait touché. Aujourd'hui vous y enfermez une fortune. Demain, parce que des spéculateurs auront conspiré à l'autre bout de la terre, vous en retirerez du papier sans valeur. Conservateur, le civilisé est livré aux plus effrayants cauchemars. Il tremble pour l'état social présent, le voyant battu en brèche de toutes parts. En quel recoin tranquille peut-il se tapir ? Partout les novateurs ont pénétré. Au-dessus des toits fragiles établis par les institutions des hommes, et dont les abris troués recouvrent des murs pleins de brèches et de lézardes, il redoute l'écroulement de l'édifice vénérable des croyances. Cette crainte, si ridicule aux yeux de nos ancêtres gaulois, la crainte que le ciel ne s'écroule, il l'éprouve et la savoure. Il voit dans l'avenir le ciel s'effondrer, les astres pâlir et choir dans l'abîme, pêle-mêle avec les divinités mortes. — Le civilisé découvre les dangers de si loin, qu'il se rend malheureux pour des accidents à survenir après son décès, sinon après la disparition du genre humain. L'angoisse de voir le soleil se refroidir, la terre perdre sa fécondité, les mines de charbon tarir en ses entrailles, il en connaît la torture. Il a tant appris de choses, que sa science le traque et le suit comme une meute en forêt suit le gibier. Dans chaque goutte d'eau, le guettent des myriades de microbes, il les respire, les mange, les boit, les nourrit de son sang. Sans doute, il leur oppose l'antisepsie, mais il sait bien que ce n'est jamais qu'une précaution imparfaite. On ne saurait fermer les portes à un ennemi pour qui la plus petite fissure est une route nationale, et le moindre coin invisible un vaste continent.
Le civilisé cultive-t-il les lettres ? Pendant ses études, il craint les examens ; après, il tremble devant ses supérieurs. Qui mettra dans une balance les terreurs d'un fonctionnaire subalterne, ses craintes de déplaire à celui-ci, à celui-là, qu'on ne peut satisfaire tous deux cependant, leurs exigences étant contraires ! La civilisation, prise par un certain côté, est la culture de l'inquiétude, de l'agitation. Il n'y a plus ni repos ni répit pour personne. Partout où elle règne en maîtresse, il n'y a plus ni jour ni nuit. Elle obscurcit le jour par sa fumée, ses bâtisses et ses poussières. Elle profane la nuit par ses engins d'éclairage, et de tout cela résulte une mentalité noctambule, affolée, impatiente, trépidante, qu'excite de son mieux et qu'exaspère encore l'usage des liqueurs fortes, des lectures capiteuses, l'incessant chauffage des passions par les exploiteurs et les meneurs de l'opinion. Quant à ceux-ci, ils connaissent leur public et savent que si la peur le ronge, il ne saurait pourtant s'en passer. Comme les enfants, le soir, demandent avec insistance aux nourrices de leur raconter dés histoires de revenants, qui les empêcheront ensuite de dormir, nous demandons à notre journal de nous faire peur. Sous une forme ou une autre, c'est par la peur que chaque parti croit avancer ses affaires. Aussi les citoyens ont peur les uns des autres et s'attribuent mutuellement les plus noirs desseins. Dans l'obscurité favorable aux folles imaginations, chacun apparaît à l'autre comme un monstre. Notre politique est celle de la peur ; notre morale n'a pas de plus puissant ressort. La peur est aussi la clef de voûte de la religion. Agiter des spectres diversement habillés, voilà la méthode de la plupart de ceux qui parlent au peuple pour l'endoctriner, le convaincre, l'améliorer. Aussi nos progrès en terreur sont-ils incessants. Nous sommes montés si haut dans l'art de faire et d'avoir peur, que le moment est venu d'aspirer à descendre.

Comment se convertir de la peur ?

Copierons-nous le sauvage ? On perd son temps à regretter ce qui ne saurait nous être rendu. N'avons-nous pas d'autres moyens de retrouver la paix du coeur ? Connaître son mal est déjà une chance d'en être un jour délivré. Entraînons-nous à la confiance, au calme. La peur se trompe et nous trompe. Avoir peur, c'est avoir tort. Notre sagesse, faite de craintes sans nombre, mériterait plutôt le nom de folie, étant basée sur la croyance à un univers livré au hasard et à l'anarchie. Le sage, c'est celui qui parmi toutes les voix frappant son oreille, parvient de plus en plus à distinguer celles qui lui disent : Ne crains rien ; car la vérité doit être rassurante. La fleur qui pousse en paix, l'oiseau qui dit son chant, l'étoile qui suit sa course, l'homme qui suit sa conscience, sont d'accord avec la source des êtres et se reposent en elle. La paix les enveloppe, et d'eux se communique à qui sait les comprendre.

Fuir ce qui augmente la peur, rechercher ce qui fait naître et cultive la haute confiance, voilà la règle à suivre, pour quiconque est las de trembler. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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27/12/2022

Le beau risque

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« L'AMI. — La peur empêche l'homme de connaître le bonheur, car c'est dans les entreprises qu'elle déconseille que se rencontrent les grandes et fortes émotions dont vibrent les coeurs généreux. Se mouvoir calme au milieu des circonstances redoutables, préoccupé par le seul souci de marcher vers le but, quelle belle vie libre et purifiée! De combien d'humiliantes misères s'affranchit la volonté qui sait virilement accepter le beau risque ! »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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Sois prêt !

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« L'AMI. — Sois prêt ! L'imprévu nous guette ; attends-le sous les armes ! Et lorsque l'heure t'appelle, réponds-lui : Me voici ! L'essentiel n'est pas d'être heureux ou malheureux, bien portant ou malade, mais de rester disponible. Il ne faut pas que l'occasion frappe à ta porte et trouve visage de bois. Nous sommes, à travers les phases changeantes de la vie, les exécuteurs d'une volonté qui nous dépasse et par là même nous soutient. Mettons-nous de bon coeur à son service comme des instruments dociles ! Maintiens sèche ta poudre, et ton épée fourbie ! »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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26/12/2022

Heures Molles...

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« L'AMI. — C'est par l'effet de la même faiblesse que nous sommes sans défense devant la douleur, et sans résistance devant le plaisir. Hier, la tristesse te noyait ; aujourd'hui, l'ivresse des sens t'emporte... A la surface tout est changé. Tu n'es plus le même. Et pourtant, tu as seulement changé de maître. Sous ta livrée nouvelle bat ton vieux coeur d'esclave. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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Chaînes

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« — Oh ! ces chaînes !

L'AMI. — Plonge-les au feu, au feu vivace de l'amour ! Forge-les, d'un marteau vaillant, sur l'enclume de la patience ! Et tes chaînes deviendront des armes. Ce qui fut une entrave se convertira en force. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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Bonne Humeur

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« L'AMI. — La mauvaise humeur où nous plongent les choses est une preuve de la victoire qu'elles ont remportée sur nous. Elles nous font porter la livrée grise des vaincus et des forçats.
Garde ta bonne humeur ! C'est un signe de défaite pour tous les ennemis de l'âme ; un honneur rendu à Dieu, du sein des obscurités ; un acte de foi parmi les plus hauts et les plus purs. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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24/12/2022

La rouille

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« L'AMI. — Le fer se couvre de rouille, et les meubles de poussière. Quiconque a un outil, un instrument de précision, un objet d'art à garder, doit craindre cette lente invasion des oxydes et des poussières.
L'esprit a les siennes, comme le corps. Tout homme est guetté par la rouille.
Les membres ont l'ankylose ; l'intelligence, la routine ; la volonté, l'imperceptible amollissement.
Personne n'est à l'abri, s'il ne veille. Sans cesse il faut s'exercer, astiquer, se dégourdir.
Jamais on ne peut se flatter d'être brossé pour plus d'un jour. Le lendemain, c'est à recommencer.
Tant pis, si le laisser-aller a pour toi du charme ! Il est le prodrome de toutes les décadences. Je serais ton ennemi, si je ne sonnais le clairon d'alarme à travers ton esprit assoupi.
Regarde les hommes qui se négligent, les peuples qui dorment sur leurs lauriers, les Églises qui dorment sur leurs doctrines.
Leur sentence de mort est écrite, par le doigt du destin, sur la poussière dont se couvre leur tête.
L'avenir est aux vaillants qui ne souffrent point de nuage au métal de leurs armes.
Debout, mon fils, ne te relâche point. Toute main qui nous secoue est une main amie. Guerre à l'indolence ! guerre à la rouille ! »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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Très petit et très grand...

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« L'homme est très petit et très grand. Il est grand du côté de Dieu et de sa destinée, par où il s'ignore et se méprise. Il est petit du côté de lui-même, dans son rôle factice et sa gloire empruntée. Et c'est là qu'il se gobe. Tel ce fou qui avait élu domicile dans le chenil de son propre château. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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13/12/2022

Michel Maffesoli : "La force de l’imaginaire contre les bien-pensants"

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Un nouveau prophète

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« La joie vraie est une grande libératrice, un filtre merveilleux où toute souillure s'élimine. Mais son secret nous est voilé, autant que les énigmes de l'univers. Et nos coeurs sont pareils aux harpes muettes.

Il nous faudrait un Prophète de la vraie Joie. Je me le représente vieux, avec les balafres de la vie sur la figure, ayant passé par de rudes combats, et laissé un peu partout des lambeaux de son coeur aux épines de la route. Sa joie ne serait pas celle du matin de l'existence, pure et brillante, pour n'avoir pas connu encore les atteintes des orages. Ce serait une sérénité intérieure éprouvée au creuset, quelque chose comme l'or des beaux soirs, après la chaleur du jour. Son sourire ne pourrait pas être interprété comme celui des satisfaits, remerciment à la chance libérale qui leur a jeté en passant l'obole du privilège. Ce serait un signe de victoire de l'Esprit sur tous les pouvoirs oppresseurs. Un tel homme serait réconfortant, encourageant, bienfaisant pour tous. Il ranimerait dans chacun le pauvre lumignon de joie qui fume encore. De la plus tourmentée des destinées, de celles qui nous apparaissent comme des rébus impossibles, il ferait sortir un sens lumineux ; Il enseignerait à la jeunesse la joie virile, la joie des vaillants et braves coeurs, dégagés des peurs viles et des basses jouissances. Il leur donnerait son élan, son nerf, son indomptable énergie et sa douce foi d'enfant. Et nous entendrions sous ses doigts l'âme humaine vibrer de cordes inconnues, de cordes d'or et de cristal, où chante l'amour sans fond et l'espérance sans limites. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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12/12/2022

Les mamans

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« — Nos grandes filles discutent avec nous à perte de vue. Les choses ne se passaient pas ainsi de notre temps. Nous respections nos parents.
Par quels moyens éviter ces pénibles rencontres d'opinions, ces échanges de paroles trop vives, regrettées ensuite ? La paix familiale en est troublée, les bons rapports altérés.

L'AMI. — Pour discuter, il faut être deux, au minimum. Une discussion commence lorsque la fille répond à la mère et formule un avis différent. La mère s'efforce de ramener la fille sur son terrain ; la fille défend ses positions... Dès lors il n'y aura pas de raison que cela finisse.

— On ne peut cependant pas laisser le dernier mot à une enfant inexpérimentée.

L'AMI. — Avoir le dernier mot est effectivement le désir passionné de la jeunesse. C'est de l'enfantillage. Il est mauvais d'y tenir. Donnons l'exemple ! Laissons-leur le dernier mot ! Mais que ce dernier mot soit au début de la discussion. Établissons nettement notre idée, qu'il n'y ait point de malentendu ! Cela fait : restons tranquilles ! Les paroles inutiles font toujours du mal.

— Alors les enfants triomphent.

L'AMI. — Non ; si nous restons fermes. Deux mots nets, appuyés par un esprit calme et une résolution sûre, valent mieux qu'un flot de paroles vives, précipitées, dont le sens premier, s'il fut équitable, s'altère et se ternit bientôt par la vivacité.

Vous parliez d'autrefois, de vos mères. Autrefois les parents étaient plus calmes et, par cela même, leur ascendant plus positif. Une résistance de la part des enfants pouvait les faire souffrir ; mais ils gardaient le sang-froid et ne descendaient pas sur le terrain des opposants. Leur méthode était préférable.

Il faut laisser les enfants manifester leurs idées, les écouter, méditer leurs objections, en tirer ce qui est juste ; mais non se mesurer avec eux en paroles : ils seraient les plus forts, étant les moins raisonnables.

La discussion cultive l' "obstination". Discuter, c'est s'exposer à prononcer des paroles où se lie notre faux amour-propre. Mieux vaut réfléchir sans parler : les pensées ont plus de chance de se rencontrer. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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11/12/2022

Pères inquiets

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« — La jeunesse est trop hardie. Rien n'échappe à son esprit révolutionnaire. Mes grands fils disent à table des choses énormes. Ils tiennent couramment des propos subversifs qui font leur joie et me navrent. Que pourrai-je tenter pour les en empêcher ?

L'AMI. — Ces jeunes Seigneurs se trouvent dans le tempérament de leur âge. Toi, reste dans le tien ! Ils sont fougueux, sois sage et pondéré ! Pourquoi veux-tu les empêcher de parler ? Parce qu'ils disent de grosses bêtises, dangereuses pour la sécurité des familles et l'ordre établi ? Et d'abord, es-tu bien sûr que leurs idées soient toutes mauvaises ? La vérité aussi est choquante, et tu sais qu'elle est sou- vent sur les lèvres des enfants. Mais ne diraient-ils que des bêtises, celles qu'on dit sont infiniment moins dangereuses que celles qu'on pense et cache. Les empêcher de parler ? Veux- tu les faire mourir de confidence rentrée ?

Garde-toi bien de réprimer leur exubérance ! Qu'elle se donne, sous tes yeux, libre carrière. S'il éclate un pétard, ne pousse pas des cris d'orfraie ! Écoute et retiens ! Que ta sagesse se prépare à servir leur inexpérience, lorsque les feux d'artifice tirés, il viendra des heures de calme raison ! N'essaie pas de les réfuter séance tenante, quand l'ardeur les emporte et que le bruit de leurs paroles les grise ! Tu serais emporté comme un fétu dans le torrent. Prends patience ; tu passeras le torrent à gué, si tu sais observer l'instant propice. Il y a dans chaque jeune compagnon deux hommes. Un "frondeur" souvent d'apparence irrespectueuse, trouvant son plaisir à mettre en question ce qui est convenu, à contester l'autorité reconnue. Un "disciple" plein de déférence qui ne demande pas mieux que de suivre un maître. Le frondeur est gênant pour notre tranquillité ; mais il est nécessaire. Sa fonction consiste à empêcher les jeunes de devenir la chose des vieux. Le frondeur casse parfois les vitres ; mais ses méfaits profitent à la ventilation. Laissons le frondeur accomplir sa fonction ! Observons-le dans son répertoire, prêts à faire droit à ce qu'il apporte de juste ! C'est la meilleure façon de lutter contre ce qui est faux et insalubre. Que ce frondeur ait pleine liberté de déballer son arsenal, de l'exposer au grand jour, à la bonne lumière où tout prend sa forme vraie et sa place équitable ! Ainsi nous lui garderons sa confiance en nous, qu'il perdrait, rebuté, tyrannisé par notre autorité. Et notre façon cordiale de traiter le frondeur maintiendra toute sa bonne volonté au disciple, allié précieux dans la place, mais camarade fidèle du frondeur et toujours prêt à partager son exil et sa disgrâce. »

Charles Wagner, L'ami - Dialogues intérieurs

 

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