13.06.2008

Cohorte

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Parfois, comme ce jour, me reviennent ces lointains souvenirs, telle une cohorte bariolée et sanglante, un défilé de fantômes, mes frères passés d’un instant perdu dans les limbes de la destruction, avec lesquels j’ai partagé des dérives creuses, des naufrages plein des rêves éteints, des espoirs futiles. Stéphane M., Guy D., Kiki (guitariste prometteur), Gauge, Gros Bob, Tifton, Titi (batteur de métal redoutable), Pupuce, Mingo, Milo, David B., Jean-Michel D. (guitariste avec moi au sein d’un groupe de hard rock pendant six mois), et tous ceux que j’ai oubliés qui m’apparaissent, parfois, subreptissement, malgré moi, sans que je saches pourquoi, et, enfin, tous ceux dont j’ai oublié le nom mais dont les visages sont restés gravés sur le celluloïde de ma mémoire. Une bande de pirates nocturnes, d’agités du bocal, de « dingues et de paumés », de déglingués de la vie. Toujours dans des piaules sordides, sombres et sales, humides, puantes et enfumées. Fournaise de joints et aiguilles semeuses d’éclairs. Pilules et buvards. Acides de toutes sortes. Alcools qui rendent fou. Et même tout en même temps. Tous sont morts. Overdose, Sida. La déchéance spectaculaire projetée sur nos écrans argentés étalée dans nos médias vampires ne présente au grand public que la partie visible de l’iceberg de la souffrance. Comment ai-je fait pour survivre à cette longue chute de deux longues années ? 1983-1985. Est-ce ma bonne étoile ? Dieu existe-t-il ? Ai-je été touché par une grâce céleste ? Couché sur des matelas aux tâches douteuses, de sang, de foutre, de sueur et d’urine, tandis que mes compagnons d’infortune refaisaient le monde guère mieux que des piliers de comptoirs, c’est-à-dire capables de s’enterrer dans les plus sordides certitudes avant de briller quelques instants en se surprenant eux-mêmes, moi, de corps présent mais d’âme absente et alors que mes yeux les fixant leur signifiaient mon accord de principe, mon regard, en vérité, basculait progressivement vers les territoires intérieurs où, en secret silence, je radiographiais mes cellules, mes neurones, mon système lymphatique et musculaire, équarrissais mon âme que je suspendais aux crocs de ma boucherie interne. Géographe de mes viscères, de mon foie, de mon cœur, de mes poumons, de ma bite accrochée à mes bijoux de famille. Cartographe de ma colonne. Explorateur de ma moelle. Curieusement je n’ai pas désintégré mon esprit. Mon âme vivante. Je n’ai pas anesthésié mes énergies dans cette longue et éblouissante liturgie personnelle. Hallucinante théologie. Cosmogonie écarlate. Quel outrage que cette comète qui fut la mienne. Six heures du matin, quatorze heures : sommeil profond. Après-midi entières passées à la bibliothèque à lire comme un pèlerin possédé par le Verbe. En début de soirée un unique repas de la journée : des pâtes et des œufs au plat. Ma mère me faisant la guerre ne faisait plus aucune course. Les meubles de la cuisine étaient désespérément vides mais je me débrouillais. Il y a prescription. À partir de 20h, la nuit une fois installée, je m’enfonçais dans la jungle des fièvres futuristes et antiques avec mes frères de défonce. À la maison vers 2 ou 3h du matin, j’écrivais jusqu’à ce que l’exorcisme et la catharsis réduisent mes forces à néant. Alors je sombrai comme un cadavre au fond de mes abysses. Mais au réveil je trouvais sur la table de ma chambre les feuilles et les cahiers dans lesquels gisaient des quartiers de viandes : mes mots concrets que je pouvais sentir, toucher, sucer, mâcher et même vomir jusqu’aux larmes. Bah ! Que les souvenirs demeurent mais que la chasse se poursuive.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

12.06.2008

Homme précaire

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=


« Combien d’œuvres avons-nous choisies, ou par combien d’œuvres avons-nous été choisis ? »
André Malraux, L’Homme précaire et la littérature

« L’Homme précaire » s’adonne, entre autres choses, à la littérature. Elle donne à chaque plume l’orientation adéquate correspondant à chaque caractère par une sorte de distanciation avec la Réalité afin de saisir le Réel. On se doit de s’emparer de cet Ordre qui est innommable, tel le saint tétragramme.
Ecrivant, je ne souhaite être le guide de personne, perdu que je suis sur mon propre chemin. Mais si mon lecteur pouvait user de ma modeste contribution en guise de boussole et de carte, j’en serai ravi. Car quel chemin prendre ? Je ne sais. Par contre, savoir les divergences, les contradictions des chemins ainsi que leurs nœuds aux carrefours et tendre à les résoudre est la seule manière pour demeurer sur et dans LA Voie. Correspondances. Ainsi, où que l’on aille, on sort de la brume de la noire forêt et on s’avance, éclairé par les éclairs de l’orage, vers le soleil du Grand Midi.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

11.06.2008

Réel

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Lorsque le Réel se donne à voir, il est explosif et transfigurant.

Souffrance, si je te murmure, c’est comme pour te mettre sous une roche, mais tôt ou tard tu te manifestes à nouveau et me délabres, me dévastes, comme une demeure offerte à un ouragan. Cyclone de l’Equateur, la jungle à même la mer, océan de l’inconscient scrutateur. Etuve de ma mémoire blessée, bordel de mes déraisons nocturnes. Trois heures du matin devant ma page qui exige sa pitance. Irina dort d’un sommeil profond. Les dalles de béton qui nous portent sont celles d’un caveau paisible. Une barre HLM parmi tant d’autres, perdues à l’horizontal dans leurs verticalités orgueilleuses. Le ciel tourne au-dessus de nous comme un malheur et une espérance. Nous sommes vivants.

« Le milieu physique où nous vivons nous tous ceux du Soleil, est le pus qui convient aux bactéries que nous sommes. »
Louis Scutenaire, Mes inscriptions. 1943-1944

Me frayer au milieu de tout ça par l’écriture, comme par un repli sur soi en même temps qu’une ouverture qui est intrusion. Le sens de LA Présence je le trouve en un Exil Absolu et l’encre de mes spasmes est un acide corrosif. Une fois l’impossibilité d’exister digérée on peut tout prendre et le mettre en abîme, c’est-à-dire chercher à voir ce qui tient la route et ce qui glisse et s’échappe comme des couleuvres. Je sais jouir dans la négativité, ma jeunesse en est la preuve, mes jours actuels aussi dans une certaine mesure c’est que je ne me dérobe pas à ce que décrit Louis Scutenaire.

03:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

10.06.2008

Caravane

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

« L’état de ce monde me révulse, m’indigne, me déchire, et c’est mieux que l’indifférence, mais rien ne sera changé si je n’entre pas dans la compassion. »
Christiane Singer, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

Mais nous aurons nos querelles, nos massacres, nos envolées festoyantes, nos râles ravalés jusqu’à la nausée ultime, jusqu’à ce que la terre transformée par nos soins en désert nous prenions la décision de former une caravane pour le traverser et partir à la recherche de LA Présence qui est, pourtant, à portée de main.

17:50 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Issues secrêtes

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Notre époque est paradoxale. Elle est lourde et rapide. Et elle est d’autant plus lourde et rapide qu’elle est violente dans l’abjection la plus totale. Les issues secrètes, dont je parlais hier, sont des expériences musicales intérieures. Notre époque est wagnérienne, pathologique, bruyante. L’issue secrète est mozartienne, un feu qui brûle mais ne consume pas, purifie.

10:51 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

09.06.2008

La Glèbe en nous...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

L’Homme ne serait-il réduit qu’à n’être qu’une statistique, un chiffre binaire codé dans la Matrice qui l’a chié ?

« Les droits de l’homme ne nous feront pas bénir le capitalisme. Et il faut beaucoup d’innocence, ou de rouerie, à une philosophie de la communication qui prétend restaurer la société des amis ou même des sages en formant une opinion universelle comme « consensus » capable de moraliser les nations, les États et le marché. Les droits de l’homme ne disent rien sur les modes d’existence immanents de l’homme pourvu de droits. Et la honte d’être un homme, nous ne l’éprouvons pas seulement dans les situations extrêmes décrites par Primo Levi, mais dans des conditions insignifiantes, devant la bassesse et la vulgarité d’existence qui hantent les démocraties, devant la propagation de ces modes d’existence et de pensée-pour-le-marché, devant les valeurs, les idéaux et les opinions de notre époque. L’ignominie des possibilités de vie qui nous sont offertes apparaît du dedans. Nous ne nous sentons pas hors de notre époque, au contraire nous ne cessons de passer avec elles des compromis honteux. Ce sentiment de honte est un des plus puissants motifs de la philosophie. Nous ne sommes pas responsables des victimes, mais devant les victimes. Et il n’y a pas d’autre moyen que de faire l’animal (grogner, fouir, ricaner, se convulser) pour échapper à l’ignoble : la pensée même est parfois plus proche d’un animal qui meurt que d’un homme vivant, même démocrate. »
G. Deleuze, F. Guatari, Qu’est-ce que la philosophie ?

C’est l’enfer sur terre. « Tout ce qui est en haut est en bas. Tout ce qui est en bas est en haut. » dit la sapience des alchimistes. Et l’Enfer, ici-bas, est bien implanté : Ignorance revendiquée, répétition programmée, lourdeur inconsciente, esclavagisme du corps soumis au puritanisme ou à la jouissance orgiaque (ce qui est la même chose), mensonge généralisé, absence de sortie (« s’il y avait une sortie, je l’aurais trouvée » disait espièglement Emile Michel Cioran). Quelques issues secrètes ici et là, données aux pèlerins seuls, issues pleines de promesses paradisiaques. Car c’est un voyage que peu assument. Un souffle intérieur qui vient gonfler la voile et même immobile, le monde dans son intégralité vient tourner autour de nous, yeux clos et souriants, regard pur et attentif. Pleinement Homme, l’espace d’un brin d’éternité. Printemps ensoleillé dont nous voudrions faire passer la lumière à travers les murs de la Citadelle grise et sanglante de ces hommes binaires qui ont oublié leur glèbe en eux.

10:58 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

04.06.2008

Clergé

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Je ne saurai dire avec précision, pris de court, pour quelle raison précise j’écris toutes ces lignes. Je pourrais, bien sûr, en me penchant sur la question élaborer une suite de réponses diverses fusionnées en une sorte de réponse générale unique et étayer mes propos par des allusions à la purge, à l’angoisse existentielle et métaphysique, à la volonté de poser des questions et de tenter des percées par des réponses créatrices, progressivement, de valeurs nouvelles au fil des ans et des pages tracées dans la fièvre et la brume. Mais je sais que j’écris pour survivre et avoir suffisamment de forces pour m’aménager des instants de pure vie bienheureuse. J’écris, surtout, pour les bienheureux, la vérité est là. Les bienheureux inquiets. Ceux dont le front se plisse devant le précipice du cosmos, mais qui dansent de joyeuses prières face à lui. Poètes qui s’assument ou s’ignorent, musiciens sachant jouer et même, mieux, composer sur le clavier de l’Être, sur la guitare du Réel, sur la harpe de la Création qu’ils transcendent de leurs notes. J’écris, donc, pour les insoumis légers, les rebelles propices à la valse.

Les incultes pénétrés d’eux-mêmes, les sinistres mondains « people », les certains de leur merde, les assurés sentant la naphtaline, les pétitionnaires ambitieux, les politicards rayonnants, les éditeurs véreux, les journaleux à l’âme propre, les universitaires bilieux, les révolutionnaires bobos, les médiatiques cancéreux, les moralistes immoraux, les affairistes littéraires, les religieux sclérosés, les apocalyptiques de la haine de soi, les pétainistes masqués, les fascistoïdes populistes, les démocrassouillards humanitaristes, les rancuniers vengeurs, les sacraliseurs de la chair, les contempteurs du corps, les peine-à-jouir, les employés grisâtres, les déprimés contaminants, les militants de gôche et les militants de drouâte, les féministes couillues et les tapettes castrées, bref… tous les membres du clergé nihiliste : passez votre chemin. À moins que vous ayez pris la décision du risque de la métamorphose radicale, vous ne trouverez dans mes mots que vos propres marécages plutôt que mon haut soleil. Car c’est trop vous demander que d’apprendre à lire. Lire, à vos yeux, est une perte de temps. Lire, vous vous en passez à merveille. C’est votre force. Vous ne vous consacrez qu’à vos réseaux, votre domination ou votre soumission. Votre contrôle. Votre Golem abstrait, votre Big Brother virtuel tellement présent, comme le Diable. Vous aimez que ça fourmille, que ça s’agite, que ça sautille, dans la fureur, la violence ou la paix calculée, qui n’est pas moins violente. Un géant de fer et d’acier et de câbles de communication aux pieds d’argile, avec entre les jambes un petit pénis ridicule mais, juste en dessous, une chatte béante, puante et pondeuse de clones, pondeuses de bruit, pondeuse de mauvais livres, de pitoyables films, de tableaux insignifiants, de pensées obtuses, d’artifices sans culture, de mort. De mort vers laquelle nous devrions l’encourager à aller se dissoudre, ô Matrice purulente.

La solitude de l’écrivain, la solitude de l’artiste, est récupérée par la jolie société qui est la nôtre sur le mode de la sacralisation de sa souffrance. Mais peu sont ceux qui parviennent à en lire la profondeur, à en éprouver l’ardeur, à en mesurer le poids. Un poids qui est celui d’une croix. Les crucifixions emmerdent notre époque qui se rêve propre et bien portante (grand bien lui fasse), puritaine elle abhorre les purs. L’antisémitisme supposé d’un film magnifique comme La Passion de Mel Gibson n’a été mis en avant que pour masquer le vrai problème : le dégoût que la croix, en tant que telle, inspire : instrument de supplice et de rédemption non assumé.

Méfiance. Le nihilisme qui consiste aussi à nier l’instinct violent, l’agressivité dans la sphère clinique du politiquement correct qui nous sculpte et nous domine finira par entrainer une violence et une agressivité supérieures à tout ce qu’a vécu le Christ, ont écrit Sade, Bataille ou Artaud. Le clergé aime à organiser et entretenir avec une constance volontaire l’abandon de ses ouailles à la servilité ambiante, à l’angoisse et à la dépression, à l’incapacité de regarder la mort en face.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03.06.2008

Le déplacement immobile du point

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

« La première éjaculation d’un môme est le premier signe de la mort. »
Léo Ferré Benoît Misère

Je cherche encore le sens profond de ce lien intime entre Eros et Thanatos. Quand on jouis on meurt un peu, mais quand on meurt est-ce qu’on jouis ? Je cherche à voir ce qui m’inclut afin d’inclure ce qui m’inclut. Expérience Dantesque. Voir tout et me voir tel que je suis vu, avec cet éloignement, dans le tout. Le déplacement immobile du point. Je marche pieds nus le long du rebord de mes phrases.

13:30 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Etuve...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Tenir le cap, garder l’œil sur l’étoile, au milieu de ces métamorphoses. S’il faut mentir : mentir adroitement. Je me suis rasé la barbe et ayant vu le visage qui a émergé dans le miroir j’ai eu du mal à lui conférer un sens. Systématiquement, de me regarder dans les yeux convoque mes ombres, mes fantômes, mes illusions. Si je m’élève par la pensée dessus la ville, j’en vois les lumières pâles, à travers son nuage de pollution, qui transpercent les flancs de l’air et fument. Un tas doré d’ordures en fermentation avancée. S’il faut mentir : mentir adroitement, pour mettre à jour la vérité. Tenir le cap, garder l’œil sur l’étoile, au milieu du chuintement des vagues qui rend fou. Fixer les impressions qui viennent de loin avant qu’elles ne s’évanouissent dans l’âtre que je tisonne. Écrire. La valse des ombres tourbillonne comme des sheitans masqués en derviches tourneurs malsains, sans pivot, sans autre but que la noirceur. Je croupis dans mon étuve, emplis de dards empoisonnés. Plus de 42 années d’ampoules et de cornes aux pieds.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

02.06.2008

Rien II

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Peu, si peu. Si peu de forces. Si peu d’argent. Si peu de rêves. On croit faire sa vie mais c’est la Vie qui nous fait. Parfois mangeant je m’aperçois que c’est la nourriture qui me mange. Vaste sphère, le monde est devant moi. C’est ce qu’on croit. Mais c’est moi qui suis en le monde. La lumière vient se casser contre les murs. Naufrage. Que m’offre donc la vie ? Je ne sais. C’est, en vérité, à moi de lui faire des offres. Le ciel pèse sur tout, sur les arbres, sur les hommes, sur les chiens. Comment parvenir à faire basculer le jour en ma faveur ? D’y songer en cette aube de désastres, me donne la fièvre. Quand je perds pieds dans mes instants de désordres intenses, je m’aménage ma solitude en faisant grincer ma mémoire. La continuité cohérente des reliefs continentaux se trouve brisée lorsque on est face à l’océan. Et ma mémoire est un océan. À s’y noyer.

15:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note

01.06.2008

Rien

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Le monde est un lieu funeste dont s’est emparé un esprit de vertige, d’ivresse et de violence. Sodome, Gomorrhe, Babel fusionnés sur toute la face de cette misérable planète.
Début Juin dans cette opacité, cette brume. Ce ciel d’acier, bas, oppressant. Dans le cercle quotidien à l’incertaine pâleur. Reflets d’ardoise sur des murs de craie et d’aluminium. Thé et whisky. Tabac. Lectures possédées. Conjuration du temps contre ma carne. Je retournerai à la poussière dont cette farce fut tirée. Que restera-t-il des mots tracés par les hommes pour défaire la conjuration en question ? Que signifie la pensée humaine de l’autre côté des étoiles des Pléiades ? Même les massacres, les orgies, les génocides, les cathédrales, les pleurs d’enfants, les gémissements solitaires, les odes de Novalis, les Nations, les Empires, la syphilis de Nietzsche, la main gauche de Ravel, la jambe de Rimbaud. Ce souffle qui fouille la chair, la tend la taille, la coupe, la cisaille en tous sens pour s’emparer de l’âme secrète qu’elle renferme et lui donner le don d’avaler toutes les couleuvres de la condition humaine, toutes les angoisses de la terre et les porter à l’incandescence expiatrice dans l’Athanor intérieur des supplices existentiels. Gangrène. Putréfaction. Fumier propice à l’émergence des fleurs les plus délicates.

23:25 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

11.05.2008

Sommeil...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Cet hémisphère quotidien qui est le mien durant mes fins de semaines prolétariennes est celui du sommeil profond qui vient me prendre, à peine levé aux alentours de midi et quelques fruits secs avalés en compagnie d’un thé vert brûlant, sur les coups des deux heurs de l’après-midi je sombre à nouveau, parfois pour quatre ou cinq heures d’affilée, dans une nuit diurne qui m’emporte profondément vers mes abysses sereins. Bercé par les bruits de la maison, la télévision et les ronronnements de Minette qui vient se blottir contre moi. Lorsque je me réveille je m’en veux. Mais que puis-je faire contre une fatigue physique et morale à laquelle ma profession me condamne inexorablement ? De l’intérieur, cependant, ma rétine exulte à la vue des paysages que mon royaume compose selon l’humeur de mon verbe. Au-dedans de mes muscles, de mes nerfs et par-delà. Je songe à la masse prolétaire au jour où elle travaillait 12h00 par jour, 6 jours sur 7.

19:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note

09.05.2008

Petits bouts de papiers

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Triste sort que celui-là. Je n’ai que cette écriture qui m’allège et c’est tout. Petits bouts de papiers ou carnets secrets, fiches insignifiantes où je me délasse de ma lourdeur et de quelques stridences excessives. Le lendemain, j’ai déjà oublié et le tout brûlerai que cela ne me ferait presque, ni chaud ni froid. Si je regarde tout cela de très près, en l’intérieur, je constate que cela ne règle rien, la solution (à supposer qu’il y en ait une) demeure absente et je ne reçois pas même de l’argent à dépenser d’un éditeur admiratif, ou, au moins, convaincu. Brûlez donc, petits papiers, quelle importance, puisque mes mots ne trouvent guère le moindre échos obsessionnel et ne sont pas même un fil d’Ariane. Je rêve de me glisser dans un silence comme on se glisserait sous un voile, et de vivre satisfait d’un mutisme de poète.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

08.05.2008

Provocateur

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Je songe à ces personnes qui me considèrent, de par mes propos, mes idées (à supposer que j’en ai), mon aspect d’homme social, comme un provocateur ! Alors que je ne me construis pas de personnage pour les faire sursauter dans leurs candides certitudes. Je suis ce que je suis tout le temps, je suis comme je suis que cela plaise ou non, d’ailleurs qu’y puis-je ?

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

07.05.2008

Être là, ici et maintenant.

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Douce lumière du réveil. Sentir le corps à nouveau. Renouer le contact. Reprendre le fil. Vivant. Partir sur la voie comme chaque jour. En avoir conscience. La pensée s’enroule, se déroule, se propage. Voici, comme à chaque fois, le Domaine où tout a lieu, où tout se perpétue. Point nodal se liant et se déliant en même temps sous le regard de Dieu, ou l’œil impitoyable du Néant.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

06.05.2008

Seigneur... t'es là ?

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

« En Californie, il y avait de vieilles femmes avec un drôle de regard convaincues que la fin du monde était pour bientôt, ou encore que des hommes de l’espace n’allaient pas tarder à atterrir pour le Jugement dernier. On avait le choix entre les Vénusiens, les Martiens, Jésus-Christ, quand ce n’étaient pas des gens avec douze bras, des Indiens à la peau bleue. Sodome et Gomorrhe avaient été détruites par une bombe atomique larguée d’une fusée.
Jamie entendit le faible ronflement de la plus petite des deux sœurs, qui était censée prier. Dieu connaissait la chanson par cœur et ne prit même pas la peine de la réveiller. Surgie de nulle part, la rose aux couleurs vives était réapparue et elle l’étranglait à deux mains dans son sommeil. »

Denis JohnsonLa Débâcle des anges

Il me prend parfois l’envie de recevoir concrètement un baiser venu du Ciel, l’étreinte spirituelle donnant les larmes de la quiétude, de la joie couronnée.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

04.05.2008

Dans la nuit

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Nuit gonflée de vent. On entend le murmure de la ville et les fureurs retenues de l’immeuble. Gargouillis d’estomac. Ciment, tuyauterie, chuchotements chute d’objets, voix de béton, morts-vivants à l’affut. Ô fous qui s’ignorent. Grande dépression sur le système moléculaire général. Vision holoscopique. Comme une toile géante qui fourmille d’un suicide. Point terminal qui s’éternise. Ça suinte. Seule faille, ici, dans cette épaisse réalité visqueuse de tout le mal que l’homme engendre depuis la chute : Dieu ?

04:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03.05.2008

Écrire - XI

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Mes meilleurs auto-exorcismes sont ceux qui consistent, ayant écrit des phrases de sang, à lire, seul, à haute voix les mots de l’abandon sournois auquel je me suis livré pour le meilleur comme pour le pire. Ce sont de curieuses noces que celles de l’écrivain. Des noces quotidiennes. Des invocations ancestrales et futuristes. Des prières incarnées l’espace d’un spasme toujours recommencé. Parvenir au manuscrit qui annulerait tous les précédents. Impossible pari puisque, la plupart du temps, les nouveaux écrits ne viennent que compléter en aval les jaillissements en amont.

Écrire est une mise à l’écart, un labeur apocalyptique au sens étymologique du terme.

« Comme Shéhérazade sauve sa vie en racontant des histoires, aussi je sauve la mienne ou la maintient à force d’écrire. » Sören Kierkegaard

05:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

02.05.2008

Écrire - X

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Ce sentiment, parfois, d’avoir des souvenirs qui ne sont plus vraiment à moi, comme s’ils étaient d’un autre corps, d’une autre voix, d’une langue qui n’est pas la mienne. Je suis déjà tombé sur des bouts de papiers non datés, clairsemés d’une écriture que je ne parviens même pas à déchiffrer, des mots qui disent l’agonie avec délectation et candeur, et quand je réalise par je ne sais quel sinueux parcours mental que j’en fus l’auteur je reste estomaqué par la fureur de cet acte de survie, lointain et probablement nocturne, alcoolisé et fiévreux, alors je soupire ou je souris, mais aussi, parfois, je pleure.

Je sais néanmoins, même si cela ne sert à rien, que la seule quiétude que j’ai pu trouver ici-bas, je l’ai enfermée dans cet immense amas de feuilles, de nappes de table, de cahiers écornés, de carnets décolorés par la violence de la lumière des longs jours qui reposent dans un monstrueux désordre dans la boite en carton débordée de toutes parts.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

01.05.2008

Meuh !

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Les vaches grasses qui peuplent ce monde (et je ne parle pas de ces vaches dont se sert Nietzsche pour inviter ses lecteurs à s’exercer dans l’art de la rumination afin de bien peser ce qu’ils absorbent), les bovidés tatoués, installés confortablement, le cul dans leur bouse, qui mâchent leur herbe et leur foin en regardant passer les trains ont le sens de la pérennisation, puisque, croient-ils, c’est en se goinfrant, en tapissant leurs bourses de billets et en l’alourdissant de pièces de monnaie, en pondant de la marmaille qui mâchera et chiera à son tour qu’ils se préserveront de la disparition inéluctable. À les considérer j’éprouve bien souvent un gouffre sidéral, en moi, monstrueux, aux effluves de métal froid. Abasourdi par leur bêtise sale et hautaine, je tente parfois une prière pour me laver de mon dégoût. Puis je m’allume un joint en ouvrant un livre avant, tard le soir, d’écrire mes mots éteints que je tente, maladroitement, d’allumer comme un âtre désespéré par son bois humide. Le temps compte soudain triple dans ces conditions de détresse. Je bois du picon-bière et dresse mes propres latitudes. En feu. Je me retrouve terrassé, déchiré, à la dérive et me répète, comme pour me donner du courage, ou est-ce pour justifier l’injustifiable ? que ma situation destructrice est mille fois préférable à la terreur métaphysique que suscite en moi l’état confortable de ces bovidés mâchant sous le ciel de Dieu. Ô putréfaction onctueuse des étables garnies de paille. De la viande aux étals à perte de vue.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

30.04.2008

Oui

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

« Ta joie est ton chagrin démasqué, et le même puits d’où jaillit ton rire fut maintes fois empli de tes larmes. »
Khalil Gibran

C’est le même moi qui versa des larmes pour les raisons qui, à présent, me font sourire, l’expérience ayant creusé son sillon et les moissons douloureuses ayant donné du bon pain. Le bonheur, comme l’imaginent aisément les consciences naïves n’est pas et, probablement, n’a jamais été. On le croit en possession par d’autres que nous afin de se donner le faux espoir d’un jour être en mesure de le posséder nous-mêmes. Ce qui existe, en outre, ce sont les petits instants de bonheur qu’il ne tient qu’à nous de cueillir chaque fois qu’ils se présentent à nous, les cueillir pour nous, les offrir aussi dans une gratuité totale, par simple soucis jubilatoire. Un proverbe chinois dit : « Une seule joie disperse cent chagrins. » Jouir de cette incarnation, profonde, intime, c’est parvenir à remplir les grains de sable du temps tueur de sens et ne s’embarrasser d’aucune entrave, ne laisser aucune brèche pour un remord ou, même, un faux consentement. Être dans une acceptation légère, dansante, sans petit « oui » ni petit « non ». Dans un grand « oui » total.

« Considérons comme perdu chaque jour où nous n’avons pas dansé au moins une fois. Et considérons comme fausse chaque vérité qui ne fut pas accompagnée d’un rire. »
Friedrich Nietzsche

Combien de fausses vérités ai-je, ainsi, embrassé et combien de jours ai-je perdu ? oui !

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

29.04.2008

Shalom

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

J’ai rêvé que j’étais un juif, marchant dans le froid humide du ghetto de Venise. Usurier le jour, seule charge professionnelle autorisée par le Doge. Dieu donne et il reprend, qu’il soit béni. Formidable religion flirtant avec le blasphème, où Dieu, Adonaï, Eternel, tétragramme imprononçable, qui bénit et vous donne le don de le bénir en retour. Kabbaliste au soir descendant, avec quelques autres sages, je parcours la sainte Torah en souriant, ivre de son Amour et de ses mystères. C’est l’hiver. Seules nous réchauffent les candélabres à sept branches qui nous rappellent depuis Moïse le feu du Buisson Ardent. Porteur de l’Ancienne Alliance. Je la porte, là, gravée dans ma chair, ce prépuce cisaillé proprement par le vieux barbier du quartier, mort avant qu’ayant grandi je puisse me le remémorer, au huitième jour de ma vie, alliance scellée par la prière du Rabin de la communauté, un vieillard à présent qui s’inquiète des avancées de mes travaux mystiques et n’a de cesse, souriant, irradié de me mettre en garde contre la tentation de franchir la frontière, car l’Ancienne Alliance est toujours à la limite. À l’extrême limite des confins de la vie et de la mort.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

28.04.2008

Connection

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Alcools forts. Toujours à me connecter à mon alchimie interne selon des voies néfastes. L’album du jour, THE VINES, Vision Valley. Dehors le froid nocturne d'Avril. La nuit épaisse. La fumée qui me glace, le joint une fois éteint. Les mots qui, soudain, se bousculent et me basculent dans le précipice d’une musique que l’écrivain seul connaît. Je me garde le reste des impressions, par peur de faire se tarir le jaillissement nuptial qui invite au rire et à la danse.

22:20 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

27.04.2008

En attendant la Rédemption...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

« Pour écrire, pour dormir et pour penser, j’allais au drugstore local et j’achetais de la Sympatine pour m’exciter, du Diosan pour le rêve à la codéine et du Sonéryl pour dormir. — En outre, Burroughs et moi achetions également de l’opium à un gars coiffé d’un fez rouge dans le Zoco Chico, et nous préparions des pipes maison avec de vieux bidons à huile d’olive. Et nous fumions en chantant : Willie le Mendiant ; le lendemain, nous mélangions du haschisch et du kif avec du miel et des épices et nous faisions de gros gâteaux « Majoun » que nous mastiquions lentement, en buvant du thé brûlant ; et nous partions faire de longues promenades prophétiques vers les champs de petites fleurs blanches. — Un après-midi gorgé de haschisch, je méditais sur mon toit, au soleil, et je me disais : « Toutes les choses qui se meuvent sont Dieu, et toutes les choses qui ne se meuvent pas sont Dieu » et, à cette nouvelle expression du secret ancien, tous les objets qui se mouvaient et faisaient du bruit dans l’après-midi de Tanger parurent se réjouir soudain, et tout ce qui demeurait immobile sembla satisfait.
Tanger est une ville charmante, fraiche, délicieuse, pleine de merveilleux restaurants continentaux comme El Paname et L’Escargot, avec une cuisine qui vous fait venir l’eau à la bouche ; on y dort très bien, il y a du soleil et on y voit des théories de saints prêtres catholiques, près de là où je m’étais installé, qui prient tous les soirs, tournés vers la mer. — Qu’il y ait des oraisons partout ! —
Pendant ce temps, Burroughs, génie démentiel, tapait, échevelé, dans sa chambre qui s’ouvrait sur un jardin, les mots suivants : — « Motel Motel Motel la solitude traverse le continent en gémissant comme le brouillard au-dessus des fleuves calmes et huileux qui envahissent les eaux de la marée… »
(Il voulait parler de l’Amérique.) (On se souvient toujours de l’Amérique quand on est en exil.)
Le jour de l’anniversaire de l’indépendance marocaine, ma bonne, une grande négresse arabe, séduisante malgré ses cinquante ans, a nettoyé ma chambre et plié mon T. shirt crasseux, sans le laver, bien proprement sur une chaise…
Et pourtant Tanger parfois était intolérablement morne ; aucune vibration ; alors je faisais à pied trois kilomètres le long de la plage au milieu des pêcheurs qui scandaient les rythmes ancestraux, ils tenaient les filets, en groupe, chantant quelque ancien refrain le long du ressac, laissant tomber le poisson sur le sable de la mer ; et parfois je regardais les formidables matchs de football que jouaient de jeunes fous arabes, dans le sable ; parfois il y en avait qui marquaient des buts, en envoyant le ballon dans le filet avec l’arrière de la tête ; des galeries d’enfants applaudissaient à ce spectacle. —
Et je marchais, à travers cette terre maghrébine, cette terre de huttes qui est aussi belle que le vieux Mexique avec ces vertes collines, les ânons, les vieux arbres, les jardins. —
Un après-midi, je m’assis dans le lit d’un cours d’eau qui se jetait dans la mer, non loin de là, et je regardai la marée montante, envahir la rivière qui allait grossir, dépasser la hauteur de ma tête ; un orage soudain me fit partir en courant le long de la plage, pour rentrer en ville comme un champion de petit trot, trempé comme une soupe ; tout d’un coup, sur les boulevards bordés de cafés et d’hôtels, le soleil apparut, illumina les palmiers mouillés et je ressentis alors une impression qui m’était familière. — J’avais déjà éprouvé cela — je pensai à tous les hommes. »

Jack KerouacGrand voyage en Europe

Je rêve de retrouver, parfois, cette douce perdition, cette dérive, ce flottement, ce largage calme dans le tumulte rugissant du monde des hommes, comme au temps de ma dernière jeunesse, 17/20 ans et armé juste de désir, me laisser mener par les courants du fleuve impétueux du « Bateau ivre » en mâchant la fièvre du Harrar par une curieuse synesthésie. Relire Les Mémoires de Zeus de Maurice Druon en me saoulant au Sauternes en fumant et en parlant aux dieux comme un prophète d’une race nouvelle sur son chemin de Damas, dans le désert des visions et des révélations souveraines. Hirsute. Pâle malgré le brûlant soleil. Ivre de cette sainte fatigue que ne connaissent que les ermites, les camés, les artistes. Pèlerin. Esclave en fuite. Roi sans royaume. Crève-la-faim. Mendiant Céleste. Voyou en cavale. Imprécateur hilare. Clown métaphysique. Virus Divin. Porteur de flambeau, seul dans la nuit. Cerné d’une cohorte de fantômes. Traqué par les démons anciens, protégé par les anges. Confiant. Inconscient. Singulier. Hors-la-loi. Hors la norme. Apôtre. Se purifiant. Bénissant. Aimant. Fou. Proie du Verbe. En érection. Jusqu’à la Rédemption.

Pâques Orthodoxe ce jour.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

26.04.2008

Eden intérieur

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

« Il n’est rien de plus noble que de s’accomoder de quelques désagréments comme les serpents et la poussière pour jouir d’une liberté absolue. »
Jack Kerouac
Le Vagabond américain en voie de disparition


Je vis, à ma manière dans la poussière, entouré de serpents et ce n’est que par une retraite intérieure que je parviens à relever le défi qui consiste à me confronter à la grande illusion quotidienne que tout le monde vit sans moufeter. Triste et nauséabonde pitance agitée comme une laisse. Il y a une part en moi, inatteignable, un Eden Secret sans Mal ni moraline où je me délecte de la Beauté, en jouissant comme bon me semble : lecture, écriture, pensée vive, tendresse et courtoisie, bien-être. Dieu merci. À croire que Dieu existe vraiment. Champs des possibles. Paix.

19:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Cheminement humain trop humain

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Demain c'est la Pâques Orthodoxe. Et ce sera la fin de mon deuxième carême. Le deuxième de ma vie. J’ai eu quelques écarts. Dieu est grand et je suis tout petit petit minus de peu de consistance. Qu'il me pardonne.

J’ai traversé les quarante jours de mon premier carême en songeant au Christ au moins pendant quelques secondes, si ce n’est quelques minutes, à chaque repas, tous les jours. La lecture qui m’avait accompagné : La Colline inspirée de Maurice Barrès. De quoi faire se hérisser le système pileux de tous les crétins tellement heureux de leur hédonisme consumériste post-moderne, de leurs certitudes démocratiques, de leurs croyances parfumées. François, Quirin et Théobald, ombres crépusculaires aveuglées par une foi destructrice et païenne, croyant avoir trouvé le lieu et la formule, noyés dans l’onde de leur avancée mortelle, ô Gloire, ô Chute, ô Rédemption. Âtre. Foyer. Appartenance. Souvenir. Fondation. Sauvés, au final, par leur sincère dévotion par-delà l’agonie. Noces du pardon. Écarlate blancheur.

Le soir de Noël, repas en famille, chez ma mère. La présence de ma défunte petite mamie dans mon cœur. La bougie que fait brûler ma mère pour elle dans ce qui fut la chambre de son agonie. Parfois, au détour d’un objet, un peu de son odeur est venue me clouer, me transpercer de part en part.
Je ne suis rien, rien du tout. Je ne sais rien, rien du tout. Mais je ressens tout, je respire et souris, ris encore avec le temps qui me flingue, et si tu es là, Seigneur, ou plus près, ou plus loin, que sais-je ? puisque je ne sais rien, sers ma petite mamie, ou son souvenir pour le jour des rétributions, contre ton cœur, contre ton feu ardent qui ne brûle pas mais réchauffe, éclaire, illumine par l’Amour, ô prend soin d’elle, pardonne, abrège le mal en elle, révèle, touche, atteint au plus profond, atténue, équilibre, forme, façonne, Verbe Saint, Christ-Roi, Justice, Vérité.

Curieusement, mélange de tristesse, de satisfaction, de désœuvrement.

Pour ce deuxième carême, j'ai médité un peu plus. Un appel sourd vers le dedans de mon âme... si elle existe. Curieux cheminement humain trop humain... et parcours biblique tâtonnant. Je fais ce que je peux.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

25.04.2008

"Je Veux"

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Comme Sartre, je pourrais retenir du fameux mythe de Sisyphe que le rocher, à l’approche du sommet, dégringole de la pente laissant l’homme laborieux face à l’absurde et l’obligeant par la damnation des dieux à redescendre en bas pour se remettre à l’ouvrage malgré la folie de l’acte qui se répète de tentative en tentative vouées à l’échec. Nulle foi n’anime cette cause à défendre qui n’en est même pas une. La foi est abolie. Sartre, parlant de Merleau-Ponty, chrétien dans sa jeunesse, affirme qu’il cessa de l’être car : « On croit qu’on croit mais on ne croit pas », par cette formule faussement lapidaire — dont l’existentialisme a le talent pailleté d’un faussaire — pense contribuer à saper l’édifice de la civilisation dont il fut l’avorton. Mais Camus veille. Dans son "Mythe de Sisyphe" il retient, lui, que Sisyphe y retourne. Il a même le culot de l’imaginer heureux. Il faut en tout cas beaucoup de volonté, contrairement à ce que pense mon ami Pierre, pour retourner dans la fournaise infernale de la damnation, même si le calvaire que les dieux ont imposé à Sisyphe semble éternellement le lier, l’attacher à un destin funeste écrit d’avance. À ce titre, Merleau-Ponty a une analyse non dépourvue d’intérêt lorsqu’il dit dans La Structure du comportement (1942) : « À partir du moment où le comportement humain est pris "dans son unité" et dans son ensemble, ce n’est plus à une réalité matérielle qu'on a affaire et pas d'avantage d'ailleurs à une réalité psychique, mais à un ensemble significatif ou à une structure qui n’appartient en propre ni au monde extérieur, ni à la vie intérieure. C’est le réalisme en général qu’il faut mettre en cause. »

Le réalisme en général, c’est-à-dire la totalité phénoménologique de la réalité car selon Merleau-Ponty, ce qui importe c’est « le sens qui transparait à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui, par l’engrenage des unes et des autres. » Ce potentiel de significations à découvrir, de champs des possibles, éloigne Merleau-Ponty de Sartre pour lequel « l’homme n’est qu’une situation… Totalement conditionné par sa classe, son salaire, la nature de son travail, conditionné jusqu’à ses sentiments, jusqu’à ses pensées. » (Situations, II) et qu’il ne peut exercer sa volonté qu’en fonction de ce déterminisme. À mes yeux « l’intersection » dont parle Merleau-Ponty éloigne considérablement son existentialisme de celui de Sartre. Je ne sais s’il a perdu vraiment la foi selon la formule sartrienne que j’ai citée plus haut mais cette notion d’« intersection » a quelque chose de chrétien par-delà la négation existentialiste supposée. Il est évident que nous sommes fondés par un milieu socio-culturel, une langue, une ethnie, une région, un pays. Je frémis d’ailleurs, au passage, de ce que seront les générations à venir sans culture digne de cette appellation, analphabêtisées par une novlangue cybernétique et « SMS-isée », sans aucune idée de l’Histoire et apatrides. De nouveaux mythes apparaîtront. Néanmoins, ne croyant pas en une volonté pure, encore moins en une volonté de volonté, je reste persuadé que l’homme a le choix et la capacité de se dépasser en créant et en se créant, aussi, soi-même. En poursuivant l’écriture de ce qui a été écrit précédemment.
Dans la nuit des temps à l’instant même du big-bang l’univers a-t-il eut la volonté d’advenir pour que ce caillou bleu advienne à son tour et que la conscience émerge du dehors de la valse des étoiles dans le déploiement de l’infini ? La volonté de l’univers ou bien celle de Dieu ?

Curieux comme la vie des bactéries incite les scientifiques à parler, les concernant, déjà, de « vouloir vivre ». De ce « vouloir vivre » primitif (comme un premier pallier à un programme d’hominisation ?), essentiel à toute matière organique de base, s’est dégagé au fil du temps la volonté qui a tendu vers une indépendance plus grande, rêvant même d’atteindre à l’indépendance du pur esprit. Mais la matière, la chair ont de curieuses raisons et, quant à moi, je bande souvent, et sans volonté, de façon purement mécanique, malgré moi. Nietzsche, comme toutes les grandes sagesses, a tenté de penser un être parvenu à un ultime niveau de possession de soi capable de chevaucher son destin avant que celui-ci ne le chevauche. Selon mon ami Pierre c’est une chimère. Et une chimère est difficile à appréhender, c’est dans sa nature, alors sa dissection semble encore plus compromise. Notre esprit est aussi, ne l’oublions pas, une lourde incarnation, modelée par un environnement dont nous ne pouvons faire l’économie de la considération. Information esprit-corps, corps-esprit ; affects, organisme. Le « vouloir vivre » devenu volonté créatrice de civilisations, se perd parfois, s’immobilise, se sclérose, se noue. La volonté a des anomalies de fonctionnement. D’ailleurs, quand je parle de volonté, je ne la conçois pas comme un ordinateur froidement calculateur. Je laisse ces fantasmes aux tyrans et aux despotes, la pureté n’est pas de mon ressort. Cette volonté de puissance est, à mon sens, destructrice. Loin de vouloir faire croire que la volonté annihile les puissances divines ou démoniaques qui tentent perpétuellement de nous façonner, je crois plutôt qu’elle les organise, les met en ordre et les utilise pour augmenter la conscience sous le couvert de la raison. Les personnes volontaristes vivent d’ailleurs un apprentissage sans fin, je n’ai pas peur de le dire : une initiation.

J’ai un côté taoïste aussi. La volonté ultime ne serait-elle pas dans le fait de non pas être apte à prendre une décision tranchante ou d’entreprendre une action éclatante mais bien plutôt dans la capacité à organiser les choses, sans même employer la force, sans même la montrer, selon une pente naturelle et ordonnée ? Nous avons tous des instants de volontarisme évidents, lorsque les circonstances de la vie l’exigent et qu’il faut pouvoir faire face. Mais la plupart du temps la volonté se dissout dans une attitude programmée par des habitudes réfléchies qui deviennent vite des banalités irréfléchies, par des sentiments et des opinions balisées. Ce cercle existentiel vulgaire est bien plus puissant que les éclats rayonnants et les explosions volontaristes. La volonté étant liée à la raison, c’est dans ce cercle quotidien qu’il convient aussi de la travailler et de la faire surgir.
« L’empreinte chez l’homme n’est pas un déterminant absolu comme le croyait Lorenz puisque chaque stade de son développement est gouverné par des déterminants de nature différente. Encore faut-il qu’à chaque niveau de la croissance le cerveau établisse des transactions avec les enveloppes sensorielles, verbales et culturelles. » (Boris Cyrulnik, De chair et d’âme)
« L’intersection » dont parlait Merleau-Ponty.

En 1940, il y avait 2500 habitants à Dieulefit, un village en Drôme provençale. Durant l’occupation le nombre d’habitants monta jusqu’à 5000. À la mairie de Dieulefit on fabriqua de faux papiers. L’école accueillit des enfants juifs, puis leurs parents arrivèrent aussi, enfin un nombre considérable de peintres, de poètes, de penseurs, de photographes, de médecins. Tous Juifs. Le village doubla sa population dans le miracle d’une résistance silencieuse qui ne fit pas la moindre vague. Les 2500 habitants de Dieulefit envahis par 2500 Juifs pourchassés ne dénoncèrent personne. Le village entier de Dieulefit fut un village de justes qui surent probablement l’importance de « l’intersection » qu’évoquait Merleau-Ponty avec justesse. Durant 4 ans Juifs et villageois vécurent en bonne intelligence par la grâce de Dieu. Pierre Vidal-Naquet, réfugié dans le village durant ces années sombres, parle même de Dieulefit comme de la « capitale intellectuelle de la France » tellement les intellectuels de sa communauté s’y sentirent bien tandis qu’au dehors de ce cercle régnaient la grisaille et se propageait la moisissure.
Je ne sais pas qu’elle fut la nature de l’empreinte des Dieulefitois et dans quelle mesure on pourrait dire que les décisions du moindre villageois furent prédestinées. Je pense qu’il a fallu exercer un libre-arbitre digne de ce nom pour prendre les décisions qui s’imposaient et traverser les quatre années d’une France collaborationniste dans un mutisme angélique sans attirer la moindre attention. Que les SS eurent découvert les agissements de ce village et Oradour-sur-Glane passerait pour un pétard mouillé. Libre arbitre mais volonté aussi et résistance ordonnée pour que chacun collabore à la résistance en question. Confronté à des situations extrêmes la vie devient une conquête permanente jamais fixée d’avance ni par nos gênes, ni par notre fondation psycho-socio-familiale. Rien n’interdit l’évolution sur le champ des possibles. Et chaque saut qualitatif arrive en temps et en heure au terme parfois d’une vie de préparation dans une banale quotidienneté.

« Quel est le grand dragon que l'esprit ne veut plus appeler ni Dieu ni maître ? "Tu dois" s'appelle le grand dragon. Mais l'esprit du lion dit : "Je veux".» Friedrich Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra

00:30 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

24.04.2008

Démerde-toi Camarade

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Aux pires instants de ma vie j’ai brûlé tant de feuillets épars, déchiré des cahiers maudits, égaré volontairement des carnets confidentiels. Je me suis allégé comme j’ai pu, pour ne pas devenir fou. Parfois des phrases me reviennent, des mots écrasés, des vers délabrés qui me surprennent comme une lointaine musique dont je n’arrive pas à déterminer le titre et l’auteur, jusqu’au moment où, surpris, je réalise que ce sont mes mots à moi, mes maux jamais vraiment guéris, qui remontent comme de lointains vestiges. Oui. Dans la sincérité la plus absolue possible on finit toujours par tricher pour ne pas avoir à couler dans les abysses. Profond, profond, profond sous le niveau de conscience un démon redoutable mène la danse qu’il veut. Démerde-toi Camarade.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

23.04.2008

Déjà le 23 Avril...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Déjà le 23 Avril. J'ai le sentiment d'être au lendemain du 1er Janvier. Wagons de jours qui passent. Les voeux sont morts et enterrés. Bonne année, bien-sûr. Identique rengaine qui se répète d’année en année. Souhaiter quoi à qui ? Les mêmes banalités à n’en plus finir. En début d’année on mesure surtout tout ce qu’on n’a pas su faire, tout ce qu’on a pas su entreprendre pour atteindre un but qui ait de l’épaisseur lors de l’année écoulée. On brûle, de toute façon, sa vie comme on peut, vous permettez ?

Parfois je me dis, sans blague, que toute ma vie fut une série de cuisants échecs. Il n’y aurait mon couple et mes enfants, je n’aurais qu’à m’autoriser à sombrer dans le nihilisme le plus radical. Je me torture tout seul à trouver un sillon lumineux à cette dépravation hasardeuse qu’est ma vie, un bouquet de Rédemption. Pas même un bouquet, juste une pétale. Une pétale de Rédemption qui m’allégerait le corps et l’âme. Je ne dis rien, mais intérieurement je rumine comme un vieux fou (que je suis probablement déjà) quémandant un peu de repos.

Dormir longtemps, d’un sommeil serein et profond, sans alcools, sans substance autre que celle de la sève vivante que je ne parviens plus, depuis bien trop longtemps, à capter, à sucer comme une glace de l’enfance ou comme des seins de femme dressés tels des autels, délicats et durs, suc de l’abondance. Dormir d’un sommeil calme, léger. Un sommeil d’eau limpide. Un sommeil aquatique clair, reconstitutif de mes dérives terrestres désastreuses.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

21.04.2008

Les cadres aussi sont mortels

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=


Je me surprends, vraiment, quand dans le calme je me considère avec distance, à ne pas savoir comment ni où je parviens à puiser la force pour affronter la bêtise quotidienne de mes collègues de travail et de mes supérieurs hiérarchiques qui n’ont rien de supérieur et de hiérarchique que le statut. Recevoir des ordres de ces pauvres satisfaits qui se branlent juste de se savoir là où ils sont est un enfer pour moi. Bien entendu je me fais une raison. Il faut toujours se faire une raison, seul moyen de survivre à la crasse mentale qui m’assiège au jour le jour. La manière qu’a "untel", ô triste cadre, « cadrillon de service » empreint de félicité sociale de me demander chaque jour si « ça va ? » et de me lâcher quelque information professionnelle plus pour afficher devant moi sa maîtrise, oui, la maîtrise qu’il a de sa vie, de son travail, de son accomplissement, que pour être dans l’échange et le partage humain est d’un comique malheureux. Du vent tout cela, mon pauvre trouduc. En temps voulu le sol se dérobera sous tes talons, ou alors tu te retrouveras assailli par les vagues et tu n’auras plus pieds. Je sais ce qu’il pense, c’est écrit dans ses yeux vides qui ont même perdu la verve adolescente qu’ils recelaient il y a encore 5 ou 6 ans de ça : « alors lecteur de Nietzsche de mes deux, seigneur de pacotille, tu as lu 1000 livres que je ne pourrais même pas concevoir mais je suis CADRE A LA FNAC et toi un magasinier sinistre, avec ta vie de merde, tes soucis de fric et ta grande gueule qui ne peut que te desservir. J’ai réussi à éloigner qui il faut de toi, de ton sombre labyrinthe, de tes idées néfastes. Je suis vainqueur par K.O. technique et c’est tout ce que tu mérites, que je te le rappelle à chaque fois que je te croise. »

Oui oui oui, "machin", c’est bien.

J’imagine très bien les chuchotements, à mon égard, cinq jours sur sept, quand à la cantine je m’assois seul avec mon plateau, accompagné de Roger Nimier, Edouard Mörike ou Barrès. Ça doit se concentrer pour ne pas avaler de travers et puiser quelque satisfaction intérieure pour se donner une conscience convenable face à son reflet dans le miroir des chiottes de l’entreprise. Ah ! Ils peuvent tous se targuer d’avoir réussi la saison, d’avoir réceptionné et servi la marchandise en temps et en heure, la prime d’intéressement, la prime de participation n’en seront que plus convaincantes. Ils se foutent du Peintre Nolten ou de savoir si Les épées brillent encore au sommet de La Colline inspirée. Ils veulent du CASH, des divertissements et la fausse assurance qu’ils tiennent leur vie en laisse. ABSURDE. Ils sont tellement mortels.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

20.04.2008

Point Mort...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Être brûlé par ces lectures dont les mots tissent une trame à chaque fois singulière, à chaque fois nouvelle qui m’érige un peu plus loin, un peu plus haut hors la glèbe du potier. Je n’ai rien d’autre, ma fatigue mise à part.

16:23 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

10.01.2008

Vivant - II -

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Attendu que l’homme est un être scrutant l’horizon, aussi bien parce que Dieu aurait mis le goût de l’Infini dans son cœur, que parce que notre village mondial cherche à le nomadiser envers et contre tout, l’imminent et le prochain ne requièrent point son attention. Le proche se dérobe à sa pensée. L’immédiat est absent. Il le traverse en aveugle.

De même, l’Antique Fondation (murs de millénaires comme des murs de marbre, massifs, lisses, de cette lourdeur protectrice infranchissable) agrée de son silence notre oubli. Nous avons perdu les premiers matins du monde, quand l’Homme, probablement, estimait son souffle.

De l’Athanor de sang et de Glèbe fûmes tirés, promesse brisée comme une rose des sables.

Ancestral et muet, le soubassement même de notre résidence résignée ne collabore-t-il pas à cette amnésie ? Force qui nous balaye au lieu de nous ancrer.

Car il y a une dimension opaque qui perce, par moments, un flux qui vient poindre, obscurément, une présence qui s’absente, retirée du monde et de nous-mêmes, dont on devine la subtile émanation.

___________________________________________________________
Lectures du moment :
*La Colline Inspirée de Maurice Barrès
*Récits d'un pèlerin Russe (Auteur Russe anonyme - 19ème Siècle)
*L'Absurde et la Grâce de Jean-Yves Leloup
Bande son :
*The Mission : Carved in Sand
*Frank Marino and Mahogany Rush : Mahogany Rush IV
Citation du jour : « Ce sont les paroles les moins tapageuses qui apportent la tempête, et les pensées qui mènent le monde viennent sur des pattes de colombe. » Friedrich Nietzsche (Ainsi Parlait Zarathoustra)

12:45 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

09.01.2008

Vivant

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=


À tout j’ai subsisté et je demeure. Ma durée s’inscrit. Mon fardeau m’a sculpté. J’ai contourné les écriteaux et panneaux de toutes sortes
qui énoncent la sagesse législative :

« Interdiction d’empoigner !
Il est proscrit de hurler !
Crachats exclus !
Regardez vos chaussures !
Les aboiements sont pour les chiens ! »

J’en ai ri sous le soleil de Dieu, en me frottant la panse contre des ventres si doux. Ô mes suaves, ô mes perverses. Des baies prohibées dégueulaient une lumière crue. Je dansais après avoir chié à la belle étoile, le cul dans la rosée avec mes couilles alchimiques. Mon vit boursouflé par la verve concrète, des chiennes lubriques me faisaient de l’œil avec leurs croupes soumises.

Les reins défoncés par la fatigue d’être, je bondissais néanmoins d’esquif en esquif. Je mettais les voiles, les guibolles autour du cou, en bouffant du vent à chaque enjambée, à chaque coup de rame, le cœur en sueur, le corps ensanglanté. Il est bon de s’élancer pour nulle part. L’Errance et les fièvres. Sans dire adieu. En mâchant un brin d’herbe. La bouteille de rosée dans la besace. Et l’haleine à fromage.
Dionysos gambadant tantôt à mes côtés, tantôt devant moi, m’ouvrant le chemin. Pèlerin sans ambages. Charmeur de serpents. Va-nu-pieds séraphique. Aux ordres de personne. Encore moins d’une femme. Le couteau dans la botte. Le souffle de gitan.

___________________________________________________________
Lectures du moment :
*La Colline Inspirée de Maurice Barrès
*Récits d'un pèlerin Russe (Auteur Russe anonyme - 19ème Siècle)
*L'Absurde et la Grâce de Jean-Yves Leloup
Bande son :
*Ted Nugent : Spirit Of The Wild
*Neil Young and The Crazy Horse : Re-ac-tor
Citation du jour :"Nul ne ment autant qu'un homme indigné." Friedrich Nietzsche

18:45 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (80) | Envoyer cette note

20.09.2007

Écrire - V

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=


Entre Varna qui se demande si je ne me pose pas trop de questions sur l'Écriture pour oser écrire...(Voir ici...) et Saneptia qui me met en garde contre l'emphase...(Voir là...)... j'ai décidé, bien entendu, d'être encore et toujours dans le questionnement et l'écriture, fut-elle qualifiée d'emphatique, à mon modeste niveau. Mais en auriez-vous douté ?

Ce n’est pas la première fois que l’on sous-entend, autour de moi, que je me pose un peu trop de questions en matière d’écriture. Pour ce qui est de la critique littéraire, je n’ai pas de culture véritablement assise et la sémantique, dans mon cas, est synesthésie du Verbe. Mais même la synesthésie doit faire sens et ne pas se parer d’un hermétisme gratuit. Rimbaud. Artaud. Lautréamont. Baudelaire et ses correspondances. Les formes, le fond, l’inspiration se percutent, se répercutent, se déclarent et se professent, certifient quelque chose qui va au-delà. Au-delà de quoi ? Au-delà de cet espace-temps qui me porte, vers Le Lieu et La Formule.

Il est exact que je ne suis pas prêt à écrire, c’est précisément pour cela que j’écris, sinon je n’écrirais certainement pas. Je serais, une fois prêt, comme un Verbe incarné ?

Non… je ne suis pas prêt.

Il est exact, aussi, que faibles sont mes certitudes… pour tout un tas de raisons. Passons.

J’admire ceux qui ont tranché et assis ne bougent plus, satisfaits, s’agitent sur place et, s’agitant sur place, croient parcourir l’univers. Je les admire car j’aspire moi aussi, de temps à autre, à un peu de repos. Être là, en le point nodal qui les fonde, les affirme, et les projette, parés d’une force que je n’ai pas, comment me mesurerais-je à eux, moi qui ne suis qu’un pèlerin dérivant de questions en questions ? Peut-être suis-je trop « juif » pour eux ? Peut-être ma culpabilité est-elle trop innocente aussi ? Peut-être suis-je trop nomade ?

Après son baptême, Jésus, le Verbe en personne, partit jeûner 40 jours au désert pour que le Malin le tente. Lorsque le Verbe incarné se confronte aux 1000 et 1 questions de sa part « humaine trop humaine », qui suis-je, moi, pauvre glèbe, pour m’affirmer seigneurial ?

J’écris, sans aucune autre prétention que celle de survivre. Ça aide. C’est déjà pas mal par les temps qui courent. Mais, bien entendu, même si mon blog est une part de mon autobiographie (infime… sachez-le), même s’il est le reflet de mes réflexions, de mes lectures, du parcours de mon Corps à travers ce Temps et cet Espace, je ne souhaite en rien faire croire que les désastres du monde tournent autour de mon nombril. J’écris juste pour avoir un peu d’air pur dans cette fournaise infernale. Et si quelqu’un d’autre reçois un peu d’air pur à la lecture de mes petites brèves, de mes humeurs littéraires ou de mon « écriture en acte » j’en suis plus que satisfait et m’en contente avec jubilation.

Mais avant tout, Montaigne l’a très bien dit, écrivant on se sonde, on se sculpte, on se découvre, on se bâtit. Je me détermine par ma quête perpétuelle dans la conscience que j’ai de ma durée, dans ma capacité ou absence de capacité à réagir, agir, me soumettre et m’affirmer face aux représentations de mon Espace et de mon Temps et aux manières que je trouve (il s’agit de tenter constamment de les renouveler) à investir cet Espace et ce Temps comme des territoires de bonheur et de litige. Ici la langue est primordiale car dés l’instant où elle me structure, me faisant m’élaborer dans une relation vivante avec moi-même, mes semblables, elle passe vite le stade de l’instrument, de l’outil permettant une structuration individuelle et sociale, et devient une altération de mes perceptions immédiates m’ouvrant mille portes dérobées vers… l’INTIMITÉ DE L’ÊTRE… canal me reliant au monde, à la communauté, au Logos révélé… la Langue devient une révélation. Et soudain, tout se détruit et se crée, se fait… rien n’est maintenu, tout est illusoire, permanent… se transforme sans se perdre, car la Langue, ici, là, hier, maintenant, demain, toujours… comme existant par elle-même, au delà du livre et de ses phrases –ô Voluptueuses Phrases– dans la texture même du Réel demeure, se perpétue, s’élabore et change.

Écrire c’est parfois pénétrer une pièce, une chambre baignée de lumière où l’on voit se soulever la poussière et cette poussière pénètre les lignes de l’écrit comme des trophées arrachés à la pénombre, voire aux ténèbres ! Poussière d’Or. Le Pouvoir des ténèbres, le Pouvoir de la Lumière s’échangent et s’intervertissent remarquablement : la Lumière parfois nous aveugle, là où la Ténèbres vient à nous éclairer.

Écrire, c’est ressentir le mouvement interne, lent et affirmatif des plaques tectoniques qui envers et contre tout avancent. Combinaisons dévastatrices du centre, ses champs multiples en liaison nerveuse avec son épicentre gravitationnel creusant un peu plus loin la boursouflure inévitable, existentielle, de la profondeur. Abcès appelé à exploser là où on ne l’attend pas toujours. Au sommet de l’accouchement douloureux ou joyeux, ou joyeusement douloureux, ou douloureusement joyeux, par le Magma apparaît le poème, le souffle, la Stance Vivante. Et malgré moi, croyez-le bien. J’écris, oui, mais ce n’est pas moi, c’est l’Autre en moi, l’Ange qui affrontait déjà Jacob.

Vient, après, le sentiment d’être un assentiment incarné. Le goût des origines et du futur assiège mon palais. Sel et miel et vin et lait. Chairs.

Transfigurer la douleur en Extase Incarnée. Me tromper parce que JE SUIS. Jouir d’Être, bien sûr.

Saint-Exupéry dans « Citadelle » : « Mais il est des heures où le marin s’interroge :"Pourquoi la mer ? " Et l’époux : "Pourquoi l’amour ?" Et ils s’occupent dans l’ennui. Rien ne leur manque sinon le nœud divin qui noue les choses. Et tout leur manque. »

Et il dit aussi plus loin : « Ceux-là qui mélangent les langages se trompent, car, certes, il peut manquer ça et là une épithète comme d’un certain vert qui est celui de l’orge jeune et peut-être la trouverai-je dans le langage de mon voisin. Mais il s’agit ici de signes. Ainsi puis-je désigner la qualité de mon amour en disant que la femme est belle. Ainsi puis-je désigner la qualité de mon ami en parlant de sa discrétion. Mais ainsi je ne porte rien qui soit mouvement de la vie. Mais considération sur l’objet tel que mort. »

Pourtant les questions s’imposent au pauvre ermite sur son chemin de Damas. Et qu’est-ce donc que l’écriture si ce n’est un autre chemin de Damas qui peut aveugler pour éclairer plus en profondeur et tenter de défaire les litiges du Langage, des concepts, des pensées emmêlées les unes aux autres.

Écrire c’est parvenir à danser dessus le gouffre avec l’Infini, le Néant, le Singulier, le Multiple et s’emparer de la Vie par-delà la morne bassesse sociale, quotidienne, figurative, comédienne. Redevenir le metteur en scène et le narrateur de sa langue, saisir, enfin, le feu qui consume tout. C’est emphatique, dites-vous ?

« Les livres tournent sur eux-mêmes, sortis des noms propres comme des langues de feu, et ces mêmes langues de feu sortent d'elles-mêmes et viennent se dire à moi. Ce sont des paroles ailées toute la nuit, les livres défilent et leur voix sort du volume en panaches entrelacés, comme une neige douce, comme des phylactères. Ces phrases volantes composent bientôt, éployés en ramures qui me couvrent le corps, un lierre vert et frais qui m'embrasse, et par lequel je respire l'effluve inconnu des plus anciennes beautés : à mesure que fleurit le lierre en moi, et que mes phrases aux siennes s'enchevêtrent pour ne plus bientôt faire qu'une seule plante grimpante, je descends les siècles; mes phrases s'offrent avec l'application du buisson à rejoindre cette région peuplée de noms propres où étant reconnues, agrées, leur descente s'inversera : avec des tremblements de joie continue, elles se feront la courte échelle, elles grimperont, bourgeon sur bourgeon, afin d'atteindre, en bas ou en haut peu importe, plus loin en tout cas que ces limites vers lesquelles le désir humain aime à lancer ses filets, à ce nulle part où les phrases éclosent, sans nous, sans personne, et d'où elles nous sont renvoyées à travers le temps, signées par l'un, signées par l'autre, qui se saluent depuis toujours et se parlent dans le lierre dont la feuillaison prolifère. » Yannick Haenel (Introduction à la mort française)

Ah ! Ces emphatiques !

_____________________________________________________

Lecture du moment :

*Le peintre Nolten d'Eduard Mörike

Bande son :

*Ronnie Montrose : Speed of Sound

Citation du jour :

"I hurt myself today
to see if I still feel
I focus on the pain
the only thing that's real
the needle tears a hole
the old familiar sting
try to kill it all away
but I remember everything

what have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
you could have it all
my empire of dirt
I will let you down
I will make you hurt

I wear my crown of thorns
on my liar's chair
full of broken thoughts
I cannot repair
beneath the stain of time
the feeling disappears
you are someone else
I am still right here

what have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
you could have it all
my empire of dirt
I will let you down
I will make you hurt

if I could start again
a million miles away
I would keep myself
I would find a way"


Trent Reznor, la chanson "Hurt" du groupe NIN, dont je conseille aussi la version bien incarnée de feu Johnny Cash.

20:29 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note

28.08.2007

Eve/Lilith

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

La Femme. Cette Volonté démesurée pour obtenir ce qu’elle veut. Salope calculatrice. Même inconsciemment. Surtout inconsciemment, c’est sa profonde nature. Elle sait être dictatoriale et despotique. Quand elle perd la tête elle ne s’en rend même pas compte. Objet tout désigné pour les névroses et l’hystérie. Un homme un peu clairvoyant peut en faire ce que bon lui semble. Exterminatrice, elle devient facilement proie lascive à son tour. Mais si on lui affirme un semblant de résistance, quand elle exulte sur son trône impérial, elle explose avec une telle force. Et cette force n’en est pas une. C’est juste une très forte énergie. La Force de la Femme vient d’ailleurs. Ou plutôt, elle vient, cette force, de cet endroit même, lorsque, enfin, le ménage y a été fait. Car la Femme semble être le terrain propice pour les hallucinations de toutes sortes. Un remue-ménage hormonal constant. D’une redoutable curiosité quand elle ne sait rien, elle en vient à oublier ce qu’elle sait quand elle sait tout. Un véritable fatras organique où se tissent mille problèmes moraux quand, passionnée, elle met en marche avec une fureur tout juste contenue, son désir, le flot de sa vulve, pour obtenir ce qui lui incombe. Destructrice.

07:25 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note

05.08.2007

Possession - II

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Je respire encore malgré la transe intérieure qui me défait.

03:10 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

04.08.2007

Possession

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Ma main se saisit du stylo. Le regard se perd. Dans mon cercle visuel et tactile l’action prime. Je crois que ça y est : quelque chose de terrible, de violent est en train d’éclore et j’ai cette force en moi pour recevoir même l’horreur.

20:10 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

27.06.2007

"Love me tender, love me true..."

D’une façon générale on forme un couple en espérant qu’il est et demeurera une construction fixe, inaltérable, immuable. Or, les premiers meubles installés et les premiers vêtements rangés dedans, les premiers draps inaugurés dans le nid douillet (home sweet home), les premiers petit-déjeuners pris ensemble entre quatre yeux pétillants, le couple change déjà, n’est plus le même. On peut se faire des déclarations d’amour quotidiennes, se promettre la Lune à défaut de Mars, dire « toujours » et « rien que toi », chercher la fusion, la routine telle une valse enivrante (mais d’un mauvais vin) nous fera effectuer les mêmes gestes, adopter la même attitude avec constance et sans discernement, distribuer les mêmes caresses, éprouver les mêmes désirs, et nous nous mentirons en très bons comédiens, parfois même en excellents acteurs, en nous persuadant mutuellement que nous sommes identiques au premier jour béni des dieux et égaux à nous-mêmes. Faux, bien-sûr. Le temps nous change. Le temps change l’autre. Nous nous réveillons un jour à côté d’un ou d’une inconnu(e). Il ou Elle nous a échappé. Il ou Elle nous échappe encore. Nous redoutons l’inconnu. Nous quémandons avec nostalgie le retour de la routine salvatrice. Mais la Vie balaye ça d’une simple pulsion. Une pulsion vitale, pour être plus précis.

La vérité c’est qu’un individu est en constante mutation. Qu’il le veuille ou non. S’il se refuse à cette évidence, le cancer le guette. S’il s’accroche à ce qu’il croit acquis, le retour de manivelle sera foudroyant. Il y a LUI, il y a Elle. Le couple est encore une troisième entité qui devrait trouver une dynamique et l’appliquer, y répondre, se construire ainsi dans le changement, le dialogue constant, la redéfinition commune de règles en perpétuelles avancées. Les envies, les désirs peuvent changer de cibles. Pour l’UN, pour l’AUTRE, pour le COUPLE. Ce sont là trois secteurs qui se doivent de trouver leurs Libertés particulières, leurs confrontations communes d’où doivent aussi émerger des obligations, des devoirs auxquels on ne peut échapper. Un couple qui dure dans la joie est un couple dont les protagonistes savent changer ensemble par le dialogue tel que l'a défini David Bohm.

________________________________________________________________

Bande son du moment : Le Groupe Black Stone Cherry, album du même nom.

Lecture du moment : "Le peintre Nolten" d'Eduard Mörike

Citation du jour : « Et surtout soyons-nous l'un à l'autre indulgents. » Paul Verlaine (Jadis et naguère)

Humeur du moment : Humeur musicale...

21:35 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

16.06.2007

United States of the World

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

A l’origine, un fait, un acte, une information qu’on se donnait la volonté de diffuser faisait créer une communication propice à l’expansion de l’information en question. De nos jours, c’est le contraire qui s’est installé dans les habitudes de ce qu’on nomme à présent les médias : la communication tend à créer une information. Oui, faut tout de même pas déconner,y’a la boutique à faire tourner pour pouvoir casser la croûte, si possible chez Maxim et pas au bistrot du coin, encore moins dans une petite kitchenette aménagée. Le spectaculaire est bien intégré et il règne.

Il est cependant encore donné, à qui veut bien se creuser la cervelle, d’apercevoir la magouille, souvent grossière, la combine, le mensonge trafiqué, rendu acceptable, la ligne de front, la frontière du risque, l’injustice masquée, l’inégalité et la différence qui nécessitent un considérable effort de compréhension ; car, si les distances se sont amenuisées et que le Monde est disponible et vacant par un simple « click » de souris, il y a encore et toujours une réalité Historique (même si les abrutis pensent que nous accédons en ce moment même à la Fin de l’Histoire), Géographique, Géo-politique même, une réalité Sociologique, Religieuse, Culturelle, Militaire… Et dans chaque cas aux lectures et interprétations multiples . Jadis Réalité Ethnologique lointaine qui n’intéressait pas beaucoup les simples et braves gens mais faisait beaucoup rêver l’adolescent Rimbaldien, l’Archéologue, le Scientifique, l’Ecrivain, le Monde nous laissait le temps de le comprendre, de l’ignorer, de le savourer ou de le vomir. A présent la complexité est omniprésente, oppressante et semble toujours grandir, comme un monstre qui nous échappe.

La Mondialisation n'oeuvre qu’à une seule chose : simplifier