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20/09/2018

De plus en plus difficile de ne pas être un salaud

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« Plus que jamais on n'est "motivé" dans son travail que quand on est ambitieux socialement, quand on a envie de faire gagner beaucoup d'argent à son entreprise, et d'en gagner beaucoup soi-même. Pour les autres, ceux qui ne sont pas spontanément acquis à la cause de l'Economie déchaînée, il n'est pas facile d'échapper au constat que travailler sans contribuer d'une façon plus ou moins intolérable au scandale qu'est notre société relève de l'exploit. Il y a dans notre génération comme une conscience diffuse et douloureuse qu'il est de plus en plus difficile de ne pas être un salaud, dans ce qu'on fait au quotidien et qui nous fait vivre. »

Matthieu Amiech, Le cauchemar de Don Quichotte. Sur l'impuissance de la jeunesse d'aujourd'hui

 

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14/09/2018

Les 12 fêtes et Pâques en Orthodoxie

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Suite à la demande de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) d'encourager les catéchèses dans les paroisses, un groupe de fidèles sensibles aux racines juives des Évangiles et du Nouveau Testament a proposé de présenter durant l'année 2010-2011 un cycle de catéchèses bibliques, pour les adultes, interparoissiales. La première catéchèse a eu lieu à la paroisse Notre-Dame-Souveraine de Chaville, après la divine liturgie (à 13h00) le 19 septembre 2010, elle a été donnée par Laurent Kloeble, étudiant à l'Enseignement théologique à distance de l'institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris. 

L’homme est appelé à participer pleinement à l’Economie Divine par sa propre Divinisation... Coeur de l’Orthodoxie...

Une conférence en deux parties pour comprendre plein de choses... et surtout tout ce que le christianisme doit au Judaïsme...

Une belle manière de commencer cette nouvelle année liturgique, (selon le calendrier Julien, aujourd'hui, nous sommes le 1er septembre)...

 

 

 

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Alexandre Scriabine - Symphonie no 3 ("Le divin Poème")

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Alexandre Scriabine

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13/09/2018

Carlo Gesualdo - Miserere

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Carlo Gesualdo

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12/09/2018

Finkielkraut : A la recherche du temps présent

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&

 

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Merci à Paglop...

 

Qu'est ce que le roman en particulier, et la littérature en général, ont à dire sur le monde contemporain qui ne peut se résumer aux enquêtes et statistiques des sciences sociales.

Sans les sciences sociales nous ne saurions pas comment la société fonctionne. Elle nous ouvre les yeux sur le monde dans lequel nous baignons et nous évoluons. Elle nous révèle en outre notre propre fonctionnement. Elle montre, impitoyable, ce qui pense en nous quand nous croyons naïvement agir et penser par nous même. On peut leur savoir gré de cette démystification salutaire sans leur abandonner pour autant tout le terrain. Le mot de science est certes intimidant mais il ne confère pas aux sciences sociales le monopole du vrai. Il y a d'autres accès à la réalité que celui que leurs enquêtes et leurs statistiques nous ménagent. L'étude du temps est aussi affaire de la littérature.

Avec Benoît Duteurtre, pour son livre "Pourquoi je préfère rester chez moi" et Patrice Jean pour "L'homme surnuméraire"...

 

 


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Joe Bonamassa - Taxman

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11/09/2018

La force

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« La peur du péché semble à beaucoup, par une dangereuse illusion, la peur d’une responsabilité, le refus de courir un risque, comme s’il fallait plus de courage pour commettre le péché que pour y renoncer. En vérité le péché tente, il attire, on y tombe. La force demanderait plutôt que l’on surmonte la tentation. »

Claude Jean-Nesmy, Saint Benoit et la vie monastique

 

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L’option fondamentale entre Dieu et Satan.

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« Qui éprouverait à présent de l’angoisse à l’idée qu’il se bat réellement contre Satan ? Tel est pourtant un des aspects essentiels d’une spiritualité qui n’est pas seulement celle de Saint Benoit, mais de tous les Pères du désert, et de Saint Paul lui-même qui, le premier, nous parle du dur combat contre le Prince de ce monde. Est-il d’ailleurs tellement inattendu qua la paix soit le prix d’une lutte sans concession ? La sagesse des nations nous l’enseigne autant que l’existence du Patriarche des moines : la véritable paix ne résulte jamais d’une démission ou d’une fuite devant nos responsabilité ; elle s’achète au prix d’un choix. Que l’on prenne avec Saint Augustin l’image des deux cités, ou avec Saint Ignace celle des deux étendards, c’est toujours, plus simplement, l’option fondamentale entre Dieu et Satan.


 
 L’illusion serait pourtant d’imaginer que l’on puisse prendre parti une fois pour toutes, en entrant au monastère par exemple. Ainsi pense naïvement tous ceux qui voit dans cette décision la fin du combat et l’établissement dans une paix désormais inaltérable. Que l’on en félicite les moines ou que l’on leur reproche comme une trahison, et comme l’acquisition à trop bon compte d’une félicité sans ombre, c’est la même erreur. Quiconque, au contraire, se jette résolument à la poursuite des réalités surnaturelles, doit bientôt sentir s’affronter en lui Dieu et le diable. Tout engagement pour Dieu entraîne ainsi la nécessité de s’armer contre l’ange déchu. Cela est bien visible dès le premier engagement chrétien, que sanctionne le sacrement du baptême : la renonciation à Satan va de pair avec l’enrôlement dans l’Eglise. Il n’en est point autrement dans la vie monastique. »

Claude Jean-Nesmy, Saint Benoit et la vie monastique

 

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Joe Bonamassa & Jimmy Barnes - Lazy

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10/09/2018

Coopérer à l’œuvre de la Création ou de la Rédemption

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« En quoi diffèrent les "moines" de ceux que le langage courant appelle "religieux", mot qui recouvre en fait tous les membres des ordres récents (je veux dire fondés à partir du XIIIè siècle, tout étant relatif). Tous c’est bien évident, cherchent à mener une vie parfaitement évangélique – autant du moins qu’il est possible – et, pour ce faire, tous prennent l’engagement solennel des trois vœux de religion : pauvreté, chasteté, obéissance. Si les moines ont une formule un peu différente (stabilité, conversion des mœurs et obéissance), elle recouvre en fait celle des trois vœux classiques, et la différence ne peut donc être cherchée de ce coté.

Partons de ce qui est le plus simple à délimiter : les "religieux" se groupent généralement dans un but défini : ils sont enseignants ou hospitaliers, ou bien voués à l’apostolat, à la presse catholique, que sais-je encore ? Les grands ordres, eux, par le fait même de leur développement, sont appelés à répondre aux multiples besoins de l’Eglise, mais ils n’en restent pas moins orientés dans un sens également déterminé : les Dominicains sont frères prêcheurs et maîtres en doctrine sacrée – sans pour autant qu’ils en aient le monopole – ; les Franciscains, marqués par leur Père saint François, s’adressent plutôt à des auditoires populaires ; quant aux jésuites, les écoles et les missions occupent une bonne part de leurs activités, depuis l’origine de la Compagnie.

Mais les moines ? La question leur est souvent posée par des fidèles ou même par des religieux d’autres ordres, qui, habitués, à classer par spécialisation, se demandent quelle peut bien être la différence spécifique des moines. Beaucoup répondent alors que leur rôle propre dans l’Eglise est d’assurer la prière commune ou, comme on dit un peu drôlement, les "beaux offices" (car les Dominicains ou les Franciscains ont eux aussi l’office du cœur). Mais on sait, à présent, combien une telle réponse est peu recevable, encore qu’elle commence à nous aiguiller sur une voie plus juste : la vie monastique est en effet certainement une vie de prière, ou, si l’on veut utiliser cette terminologie dangereuse, une vie contemplative.

En réalité, ce qui rend si difficile toute réponse à une pareille question sur la "spécificité du monachisme", c’est que, par le fait même, on pose le problème dans une optique tout à fait différente de celle qui est à l’origine de l’institution monastique. En bref, une telle définition est un anachronisme.

Nous sommes en effet dans une ère de spécialisation. Or ce processus à peu près irréversible de notre civilisation a commencé à quelle époque ? Autour de l’an 1200. La naissance des ordres au sens moderne du mot, dans la première moitié du XIIIè siècle, manifeste précisément dans le domaine de la vie religieuse cette tendance nouvelle. L’institution monastique, elle, remonte à un âge antécédent ; il ne faut donc pas lui attribuer des préoccupation ultérieures. […].

Saint benoît, lui, n’appelle point ses disciples à une tâche donnée à l’avance. Il s’adresse dans le prologue de sa règle à tous ceux qui veulent comme lui plaire à Dieu seul, et chercher à le servir vraiment. En quoi, dira-t-on, un tel programme diffère-t-il de la vie la plus simplement, la plus universellement chrétienne ? En rien, c’est vrai. Il importe de comprendre ce point avant de faire les distinctions nécessaires. Un moine est d’abord un homme à tout faire. Certaines tâches semblent moins indiquées et la tradition monastique s’est bien souvent interrogée sur ce qui convenait ou non ; mais en fait, au cours de l’histoire, on a vu que les moines pouvaient servir à toutes chose dans l’Eglise : tour à tour, et selon les besoins, ils ont été défricheurs, agents de commerce, hommes d’industrie. Ils ont construits des églises par milliers, ouvert des routes, lancé des ponts, fondé foires et marchés. Ils ont été apôtres – convertissant une bonne partie de l’Europe – puis pasteur d’âmes, mais aussi maîtres d’école, humanistes auxquels nous devons la transmission de la culture antique, théologiens, exégètes, canonistes, historiens, mathématiciens, médecins ; à l’occasion même, ils ont joué le rôle de super-diplomates, conciliateurs entre les Etats ou bien encore entre le pape et l’empereur, artisan inlassables de l’unité dans une chrétienté qui n’était pas moins divisé que le monde d’aujourd’hui.

On a tellement répété tout cela que certaines expressions font l’effet de clichés : les "moines défricheurs", ou encore "les savants bénédictins". mais l’on ne remarque pas suffisamment que ces hommes ont été capables de remplir tant bien que mal toutes ces tâches seulement dans la mesure où leur vocation ne les rivait point à une œuvre déterminée qui aurait été exclusive des autres. Ils n’ont pu faire tout que parce qu’ils ne se sentaient faits spécialement de rien de tout cela.

Répétons-le : on n’entre dans un monastère que pour y trouver Dieu plus pleinement. Mais comme Dieu peut se trouver partout et en tout, aucune activité n’est donc exclue de la vie des moines, du moment qu’elle peut se concilier d’une part avec les exigences les plus générales du régime claustral, et qu’elle se trouve d’autre part correspondre à la volonté plus particulière de Dieu sur chaque âme (c'est-à-dire à ce que nous appellerions la destinée de chacun, au sens chrétien de ce mot). Quoi que fasse le moine, sa tâche lui parait toujours occasionnelle : c’est un moyen entre une infinité d’autres, mais c’est aussi le bon moyen puisqu’il lui est actuellement donné, pour s’unir à Dieu et coopérer à l’œuvre de la Création ou de la Rédemption. Le moment venu, il changera donc d’occupation sans regarder en arrière – pour autant du moins qu’il se conduit bien réellement comme un moine – montrant ainsi qu’il reste libre à l’égard de tout ce qui n’est jamais qu’une "occupation", le but de sa vie demeurant toujours au-delà, en Dieu. »

 

Claude Jean-Nesmy, Saint Benoit et la vie monastique

 

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Charité Chrétienne

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« Les monastères ont connu, à différentes époques, une richesse inouïe. Ceci n’était pas prévu par saint Benoît. [D’autant que là où séjournait saint Benoît,] au mont Cassin la bourse et les caves de l’abbaye pouvaient se trouver à peu près vide. La Règle au surplus prévoit que l’on ne cherche point à s’enrichir par des gains excessifs sur les produits du travail monastique. Mais il s’est trouvé que la foi des riches de ce monde, dans le haut Moyen Age surtout, a voulu doter les monastères. Fallait-il refuser ce don périlleux ? Les monastères préfèrent appliquer une autre règle traditionnelle de la pauvreté et du travail chrétien, que saint Benoit avait lui-même pratiquée et prescrite : le surplus, qu’on le donne aux pauvres, c'est-à-dire cette fois aux mendiants.

On se scandaliserait facilement de la fabuleuse richesse des grandes abbayes au Xè ou au XIIè siècle ; mais sait-on assez que Cluny nourrit en une seule année jusqu’à dix-sept mille pauvres, et il n’y eut guère de monastère qui n’entretînt chaque jour les indigents par centaines ? En un temps, de surcroît, où l’assistance sociale de l’Etat restait, et pour cause, à peu près nulle, les moines eurent non seulement à secourir indigents, orphelins, vieillards ou réfugiés, mais aussi à remplir les tâches couteuses dont se charge désormais l’administration publique. Si bien que, malgré leurs immenses ressources, on vit des abbés – en particulier saint Odilon de Cluny lui-même – aller jusqu’à vendre les pièces du trésor de la sacristie pour faire face aux besoins de leurs frères les pauvres, afin que "tout soit partagé à chacun selon ses besoins". »

Claude Jean-Nesmy, Saint Benoit et la vie monastique

 

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Joe Bonamassa - Self Inflicted Wounds

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09/09/2018

Quelle heure est-il, Père ?

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« "Le Royaume des Cieux est comparé à un Roy, lequel voulut faire compte à ses serviteurs.
Et quand il eut commencé à faire compte, on luy en présenta un qui luy devoit dix mille talents.
Et d’autant qu’iceluy n’avoit de quoy payer, son Seigneur commanda que luy, et sa femme, et ses enfants, et tout ce qu’il avoit, fust vendu et que la debte fust payée.
Parquoy ce serviteur, se jettant à terre, le supplioit, disant : Seigneur, aye patience envers moy, et je payeray tout.
Adonc le Seigneur de ce serviteur, esmeu de compassion, le lascha, et luy quitta la debte. Mais quand ce serviteur fut party, il trouva un de ses compagnons en service, qui lui devoit cent deniers : lequel il saisit et l’estrangloit, disant : Paye-moy ce que tu dois.
Et son compagnon en service se jettant à ses pieds, le prioit en disant : Aye patience envers moy et je te payray tout.
Mais il n’en voulu rien faire, ains s’en alla et le mit en prison jusques à tant qu’il eust payé la debte.
Voyans ses autres compagnons ce qui avoit esté fait, furent fort marris : dont s’en vindrent, et narrèrent à leur Seigneur tout ce qui avoit esté fait.
Lors son Seigneur l’appela et lui dit : Meschant serviteur, je t’ay quitté toute ceste debte, pour tant que tu m’en a prié :
Ne te falloit-il pas aussi avoir pitié de ton compagnon en service, aisni que j’avoye eu pitié de toy ?
Adonc son Seigneur courroucé le bailla eux sergens, juqu’à ce qu’il luy eust payé tout ce qui luy estoit deu."

Quel texte à paraphraser, la veille du jour où on étrangle les pauvres diables ! Tous les amnistiés, tous les libérés, tous les propriétaires du pays sont là, et ils ne seraient peut-être pas absolument impossible d’atteindre la conscience de quelques uns. Mais le vicaire, qui est lui-même un pauvre diable et qui a la consigne générale de ménager les ventres pleins, tourne court sur "l’étranglement" et interprète la Parabole, si nette pourtant, si peu évasive, par le précepte infiniment élastique de pardonner les injures, noyant ainsi, dans la confiture sacerdotale de Saint Sulpice, l’indiscrète et désobligeante leçon du fils de Dieu.

Alors un nuage tombe sur Clotilde, qui s’endort. Maintenant, c’est un autre prêtre qui parle : - Voilà l’Evangile, mes frères, et voici vos cœurs. Du moins j’ose présumer que vous les avez apportés. Je veux être persuadé que vous ne les avez pas oubliés au fond de vos caisses ou de vos comptoirs, et que je ne parle pas seulement à des corps. Qu’il me soit donc permis de leur demander, à vos cœurs, s’ils ont compris quelque chose à la parabole qui vient d’être lue.

Absolument rien, n’est-ce pas ? Je m’en doutais. Il est probable que la plupart d’entre vous avaient assez à faire de compter l’argent qu’ils recevront ou qu’ils pourront recevoir demain de leurs locataires, et qui leur sera très probablement versé avec d’intérieures malédictions. Au moment où il est dit que le serviteur exonéré par son maître prend à la gorge le malheureux qui doit à lui-même une faible somme, les mains de quelques uns ou quelque uns ont dû se crisper instinctivement, à leur insu, ici même, devant le tabernacle du Père des pauvres. Et quand il l’envoie en prison, sans vouloir entendre sa prière, oh ! alors sans doute, vous avez été unanimes à vous écrier dans vos entrailles que c’était bien fait et qu’il est vraiment fâcheux qu’une pareille prison n’existe plus.

Voilà, je pense, tout le fruit de cet enseignement dominical que vos anges seuls ont écouté, avec tremblement. Vos Anges, hélas ! vos anges graves et invisibles, qui sont avec vous dans cette maison et qui, demain, seront encore avec vous quand vos débiteurs vous apporteront le pain de leurs enfants ou vous supplieront en vain de prendre patience. Les pauvres gens, eux aussi, seront escortés de leurs Gardiens, et d’ineffables colloques auront leu, tandis que vous les accablerez de votre mécontentement, ou de votre satisfaction plus cruelle, ces infortunés.

Le reste de la parabole n’est pas fait pour vous, n’est-ce pas ? L’éventualité d’un Seigneur qui vous jugerait à son tour est une invention des prêtres. Vous ne devez rien à personne, votre comptabilité est en règle, votre fortune, petite ou grande, a été gagnée le plus honorablement du monde, c’est bien entendu, et toutes les lois sont armés pour vous, même la Loi divine.

Vous n’avez pas d’idole chez vous, c'est-à-dire vous ne brûlez pas d’encens devant des images de bois ou de pierre, en les adorant. Vous ne blasphémez pas. Le Nom du Seigneur est si loin de vos pensées qu’il ne vous viendrait même pas à l’esprit de le "prendre en vain". Le dimanche, vous comblez Dieu de votre présence dans son Eglise. C’est plus convenable qu’autre chose, c’est un bon exemple pour les domestiques et cela ne fait, au demeurant, ni chaud ni froid. Vous honorez vos pères et mères, en ce sens que vous ne leur lancez pas, du matin au soir, des paquets d’ordure au visage. Vous ne tuez ni par le fer ni par le poison. Cela déplairait aux hommes et pourrait effaroucher votre clientèle. Enfin vous ne vous livrez pas à de scandaleuses débauches, vous ne faites pas des mensonges gros comme des montagnes, vous ne volez pas sur les grandes routes où on peut si facilement attraper un mauvais coup, et vous ne pillez pas non plus les caisses publiques toujours admirablement gardées. Voilà pour les commandements de Dieu.

Il est à peu près inutile de rappeler ceux de l’Eglise. Quand on est "dans le commerce", comme vous dites, on a autre chose à faire que de consulter le calendrier ecclésiastique, et il est universellement reconnu que "Dieu n’en demande pas tant". C’est une de vos maximes les plus chères. Donc, vous êtes irréprochables, vos âmes sont nettes et vous n’avez rien à craindre…

… Dieu, mes frères est terrible quand il lui plait de l’être. Il y a ici des personnes qui se croient des âmes d’élite, qui s’approchent souvent des sacrements, et qui font peser sur leur frères un fardeau plus lourd que la mort. La question est de savoir si elles seront précipitées aux pieds de leur Juge, avant d’être sorties de leur épouvantable sommeil… Les impies se croient héroïques de résister à un Tout-puissant. Ces superbes, dont quelques unes ne sont pas inaccessibles à la pitié, pleureraient de honte, s’ils pouvaient voir la misère, la désolation infinie de Celui qu’ils bravent et qu’ils outragent. Car Dieu, qui s’est fait pauvre en se faisant homme, est, en un sens, toujours crucifié, toujours abandonné, toujours expirant dans les tortures. Mais que penser de ceux-ci qui ne connurent jamais la pitié, qui sont incapables de verser des larmes, et qui ne se croient pas impies ? Et que penser enfin de ceux-là qui rêvent la vie éternelle, en bras de chemise et en pantoufles, au coin du feu de l’enfer ?

… Je vous ai parlé des locataires pauvres dont cette paroisse est suffisamment approvisionnée, et qui tremblent déjà en songeant à ce que vous pouvez leur faire souffrir demain. Ai-je parlé à une seule âme vraiment chrétienne ? Je n’ose le croire.

Ah ! que ne puis-je crier en vous ! sonner l’alarme au fond de vos cœurs charnels ! vous donner l’inquiétude salutaire, la sainte peur de trouver votre Rédempteur parmi vos victimes ? Ego sum Jesus quem tu persequeris ! est-il dit à Saint Paul fumant de rage contre les chrétiens, qui étaient alors comme les locataires de la cité du Démon et qu’on pourchassait de gîte en gîte, l’épée ou la torche dans les reins, jusqu’à ce qu’ils payassent de tout leur sang le logis permanent des cieux. Je suis Jésus que tu persécutes !

On sait que ce Maître s’est souvent caché au milieu des indigents, et quand nous faisons souffrir un homme plein de misère, nous ne savons pas quel est celui des membres du Sauveur que nous déchirons. Nous avons appris du même Saint Paul qu’il y a toujours quelque chose qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, et que ce quelque chose doit être accompli dans les membres vivants de son Corps.

- Quelle heure est-il, Père ? disent à Dieu ses pauvres enfants, tout le long des siècles, car nous veillons "sans savoir ni le jour ni l’heure". Quand finira-t-on de souffrir ? Quelle heure est-il à l’horloge de votre interminable Passion ? Quelle heure est-il ? …

- C’est l’heure de payer son terme, ou d’aller crever dans les rue, parmi les enfants des chiens ! répond le Propriétaire…

Ah ! Seigneur ! Je suis un très mauvais prêtre. Vous m’avez confié ce troupeau dormant et je ne sais pas le réveiller. Il est si abominable, si puant, si totalement affreux pendant son sommeil !

Et voici que je m’endors à mon tour, à force de les voir dormir ! Je m’endors en lui parlant, je m’endors en priant pour lui, je m’endors au lit des agonisants et sur le cercueil des morts ! Je m’endors, Seigneur, en consacrant le Pain et le Vin du Sacrifice redoutable ! Je m’endors au Baptême, je m’endors à la Pénitence, je m’endors à l’Extrême-onction, je m’endors au sacrement de Mariage ! Quand j’unis, pour votre éternité, deux de vos images engourdies par le sommeil, je suis moi-même si appesanti que je les bénis du fond d’un songe et que c’est à peine si je ne roule pas au pied de votre autel !…

Clotilde se réveilla au moment où l’humble prêtre descendait de la chaire. Leurs regards se rencontrèrent et parce qu’elle avait le visage baigné de larmes, il dut croire que c’était son prône qui les avait fait couler. Il avait raison, sans doute, car cette voyante était tombée à un si profond sommeil qu’elle pouvait bien avoir entendu les vraies paroles qu’il n’avait osé prononcer que dans son cœur. »

Léon Bloy, La femme pauvre

 

 

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Georges Rouault : Christ moqué par les soldats

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Georges Rouault

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Georges Rouault : Exhibitions

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« Pour moi, depuis la fin d’un beau jour où la première étoile qui brille au firmament m’a, je ne sais pourquoi, étreint le cœur, j’en ai fait consciemment découler toute une poétique. Cette voiture de nomades, arrêtée sur la route, le vieux cheval étique qui paît sur l’herbe maigre, le vieux pitre assis au coin de sa roulotte en train de repriser son habit brillant et bariolé, ce contraste de choses brillantes, scintillantes, faites pour amuser et cette vie d’une tristesse infinie si on la voit d’un peu haut… Puis j’ai amplifié tout cela. J’ai vu clairement que le "pitre" c’était moi, c’était nous… Presque nous tous… Cet habit riche et pailleté c’est la vie qui nous le donne, nous sommes tous des pitres plus ou moins, nous portons tous un habit "pailleté" mais si l’on nous surprend comme j’ai surpris le vieux pitre, oh ! alors qui oserait dire qu’il n’est pas pris jusqu’au fond des entrailles par une incommensurable pitié. J’ai le défaut (défaut peut-être… en tous cas c’est pour moi un abime de souffrance…) de ne jamais laisser à personne son habit pailleté, fut-il roi ou empereur. L’homme que j’ai devant moi c’est son âme que je veux voir… et plus il est grand et plus on le glorifie humainement et plus je crains pour son âme. »

Georges Rouault, lettre adressée au critique d’art Edouard Schuré en 1909, parue seulement en 1952, citée dans la biographie, Georges Rouault par Fabrice Hergott

 


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