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02/07/2015

L'amour reconnaît seul le visage à pétrir

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« Quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir, est déjà vainqueur. La victoire est fruit de l'amour. L'amour reconnaît seul le visage à pétrir. L'amour seul gouverne vers lui. L'intelligence ne vaut qu'au service de l'amour. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

 

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27/05/2015

Sachant qu’il est voué à l’oubli

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« Le Soldat n’est pas un homme de violence. Il porte les armes et risque sa vie pour des fautes qui ne sont pas les siennes. Son mérite est d’aller sans faillir au bout de sa parole tout en sachant qu’il est voué à l’oubli. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

 

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29/01/2015

L’obstacle

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« La terre nous en apprend plus long sur nous que les livres parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

 

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16/05/2013

Tu installes des émasculés à la tête de ton empire

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« Mais toi qui fais le dégoûté devant la puissance de la terre, devant la grossièreté de l'humus et de sa pourriture et de ses vers, tu demandes d'abord à l'homme de n'être pas et de ne point montrer d'odeur.
Tu blâmes en eux l'expression de leur force. Et tu installes des émasculés à la tête de ton empire. Et ils pourchassent le vice qui n'est que puissance sans emploi. C'est la puissance et la vie qu'ils pourchassent. Et à leur tour ils deviennent gardiens de musée et veillent un empire mort. »

Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle

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29/11/2012

J’ai le droit d’exiger l’obéissance parce que mes ordres sont raisonnables

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« — Je voudrais voir un coucher de soleil… Faites-moi plaisir… Ordonnez au soleil de se coucher...
— Si j’ordonnais, dit le Roi, à un général de voler d’une fleur à l’autre à la façon d’un papillon, ou d’écrire une tragédie, ou de se changer en oiseau de mer, et si le général n’exécutait pas l’ordre reçu, qui, de lui ou de moi, serait dans son tort ?
— Ce serait vous, dit fermement le petit prince.
— Exact. Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner, reprit le roi. L’autorité repose d’abord sur la raison. Si tu ordonnes à ton peuple d’aller se jeter à la mer, il fera la révolution. J’ai le droit d’exiger l’obéissance parce que mes ordres sont raisonnables. »

Antoine de Saint Exupéry, Le Petit Prince

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11/08/2012

Et je méditais sur ma condition, perdu dans le désert et menacé

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« Mais le plus merveilleux était qu'il y eût là, debout sur le dos rond de la planète, entre ce linge aimanté et ces étoiles, une conscience d'homme dans laquelle cette pluie pût se réfléchir comme dans un miroir. Sur une assise de minéraux un songe est un miracle. Et je me souviens d'un songe...

Echoué ainsi une autre fois dans une région de sable épais, j'attendais l'aube. Les collines d'or offraient à la lune leur versant lumineux, et des versants d'ombre montaient jusqu'aux lignes de partage de la lumière. Sur ce chantier désert d'ombre et de lune, régnait une paix de travail suspendu, et aussi un silence de piège, au coeur duquel je m'endormis.

Quand je me réveillai, je ne vis rien que le bassin du ciel nocturne, car j'étais allongé sur une crête, les bras en croix et face à ce vivier d'étoiles. N'ayant pas compris encore quelles étaient ces profondeurs, je fus pris de vertige, faute d'une racine à quoi me retenir, faute d'un toit, d’une branche d’arbre entre ces profondeurs et moi, déjà délié, livré à la chute comme un plongeur.

Mais je ne tombai point. De la nuque aux talons, je me découvrais noué à la terre. J’éprouvais une sorte d’apaisement à lui abandonner mon poids. La gravitation m’apparaissait souveraine comme l’amour.

Je sentais la terre étayer mes reins, me soutenir, me soulever, me transporter dans l’espace nocturne. Je me découvrais appliqué à l’astre, par une pesée semblable à cette pesée des virages qui vous appliquent au char, je goûtais cet épaulement admirable, cette solidité, cette sécurité, et je devinais, sous mon corps, ce pont courbe de mon navire.

J’avais si bien conscience d’être emporté, que j’eusse entendu sans surprise monter du fond des terres, la plainte des matériaux qui se réajustent dans l’effort, ce gémissement des vieux voiliers qui prennent leur gîte, ce long cri aigre que font les péniches contrariées. Mais le silence durait dans l’épaisseur des terres. Mais cette pesée se révélait, dans mes épaules, harmonieuse, soutenue, égale pour l’éternité. J’habitais bien cette patrie, comme les corps des galériens morts, lestés de plomb, le fond des mers.

Et je méditais sur ma condition, perdu dans le désert et menacé, nu entre le sable et les étoiles, éloigné des pôles de ma vie par trop de silence. Car je savais que j’userais, à les rejoindre, des jours, des semaines, des mois, si nul avion ne me retrouvait, si les Maures, demain, ne me massacraient pas. Ici, je ne possédais plus rien au monde. Je n’étais rien qu’un mortel égaré entre du sable et des étoiles, conscient de la seule douceur de respirer...

Et cependant, je me découvris plein de songes.

Ils me vinrent sans bruit, comme des eaux de source, et je ne compris pas, tout d’abord, la douceur qui m’envahissait. Il n’y eut point de voix, ni d’images, mais le sentiment d’une présence, d'une amitié très proche et déjà à demi devinée. Puis, je compris et m’abandonnai, les yeux fermés, aux enchantements de ma mémoire.

Il était, quelque part, un parc chargé de sapins noirs et de tilleuls, et une vieille maison que j’aimais. Peu importait qu’elle fût éloignée ou proche, qu’elle ne pût ni me réchauffer dans ma chair ni m’abriter, réduite ici au rôle de songe : il suffisait qu’elle existât pour remplir ma nuit de sa présence. Je n’étais plus ce corps échoué sur une grève, je m’orientais, j’étais l’enfant de cette maison, plein du souvenir de ses odeurs, plein de la fraîcheur de ses vestibules, plein des voix qui l’avaient animée. Et jusqu’au chant des grenouilles dans les mares qui venait ici me rejoindre. J’avais besoin de ces mille repères, pour me reconnaître moi-même, pour découvrir de quelles absences était fait le goût de ce désert, pour trouver un sens à ce silence fait de mille silences, où les grenouilles même se taisaient. Non, je ne logeais, plus entre le sable et les étoiles. Je ne recevais plus du décor qu’un message froid. Et ce goût même d’éternité que j’avais cru tenir de lui, j’en découvrais maintenant l’origine. Je revoyais les grandes armoires solennelles de la maison. Elles s’entrouvraient sur des piles de draps blancs comme neige. Elle s’entrouvraient sur des provisions glacées de neige. La vieille gouvernante trottait comme un rat de l’une à l’autre, toujours vérifiant, dépliant, repliant, recomptant le linge blanchi, s’écriant : "Ah ! mon Dieu, quel malheur", à chaque signe d’usure qui menaçait l’éternité de la maison, aussitôt courant se brûler les yeux sous quelque lampe, à réparer la trame de ces nappes d’autel, à ravauder ces voiles de trois-mâts, à servir je ne sais quoi de plus grand qu’elle, un Dieu ou un navire. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes

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12/07/2012

Ceux du désert ou du monastère, ne possédant rien, connaissent avec évidence d’où leur viennent leurs joies, et sauvent ainsi plus aisément la source même de leur ferveur

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« Et si l’expérience m’a enseigné que les hommes heureux se découvraient en plus grande proportion dans les déserts, et les monastères, et le sacrifice, que chez les sédentaires des oasis fertiles ou des îles que l’on dit heureuses, je n’en ai point conclu, ce qui eût été stupide, que la qualité de la nourriture s’opposait à la qualité du bonheur, mais simplement que là où les biens sont en plus grand nombre il est offert aux hommes plus de chances de se tromper sur la nature de leurs joies car elles paraissent en effet venir des choses alors qu’ils ne les reçoivent que du sens que prennent ces choses dans tel empire ou telle demeure ou tel domaine. Dès lors, dans la prospérité il se peut que plus facilement ils s’abusent et courent plus souvent des richesses vaines.

Alors que ceux du désert ou du monastère, ne possédant rien, connaissent avec évidence d’où leur viennent leurs joies, et sauvent ainsi plus aisément la source même de leur ferveur. »

Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle

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26/03/2012

Il serait monstrueux que les hommes fussent fondés pour servir de poubelles aux objets

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« J’interdis aux marchands de vanter trop leurs marchandises. Car ils se font vite pédagogues et t’enseignent comme but ce qui n’est par essence qu’un moyen, et te trompant ainsi sur la route à suivre les voilà bientôt qui te dégradent, car si leur musique est vulgaire ils te fabriquent pour te la vendre une âme vulgaire. Or, s’il est bon que les objets soient fondés pour servir les hommes, il serait monstrueux que les hommes fussent fondés pour servir de poubelles aux objets. »

Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle

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02/03/2011

Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession

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« Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui est le contraire de l’amour. Car d’aimer Dieu je m’en vais à pied sur la route boitant durement pour le porter d’abord aux autres hommes. Et je ne réduis point mon Dieu en esclavage. Et je suis nourri de ce qu’il donne à d’autres. Et je sais reconnaître ainsi celui qui aime véritablement à ce qu’il ne peut être lésé. Et celui-là qui meurt pour l’empire, l’empire ne le peut point léser. On peut parler de l’ingratitude de tel ou tel, mais qui te parlerait de l’ingratitude de l’empire ? L’empire est bâti de tes dons et quelle arithmétique sordide introduis-tu si tu te préoccupes d’un hommage rendu par lui ? Celui qui a donné sa vie au temple et s’est échangé contre le temple, celui-là aimait véritablement, mais sous quelle forme se pourrait-il sentir lésé par le temple ? L’amour véritable commence là où tu n’attends plus rien en retour. Et si se montre tellement important, pour enseigner à l’homme l’amour des hommes, l’exercice de la prière, c’est d’abord parce qu’il n’y est point répondu.

Votre amour est à base de haine car vous vous arrêtez dans la femme ou dans l’homme dont vous faites vos provisions et vous commencez de haïr, pareils à des chiens quand ils tournent autour de l’auge, quiconque lorgne votre repas. Vous appelez amour cet égoïsme du repas. A peine l’amour vous est-il accordé que là aussi, comme dans vos fausses amitiés, de ce don libre vous faites une servitude et un esclavage et commencez de la minute où on vous aime, à vous découvrir lésé. Et à infliger, pour mieux asservir, le spectacle de votre souffrance. Et certes vous souffrez. Et c’est cette souffrance même qui me déplaît. Et en quoi voulez-vous que je l’admire ?

Certes, j’ai marché, quand j’étais jeune, de long en large sur ma terrasse sous les étoiles brûlantes à cause de quelque esclave enfuie où je lisais ma guérison. J’eusse levé des armées pour la reconquérir. Et, pour la posséder, j’eusse jeté à ses pieds des provinces, mais Dieu m’est témoin que je n’ai point confondu le sens des choses et n’ai jamais qualifié amour, même s’il mettait en jeu ma vie, cette recherche de ma proie.

L’amitié je la reconnais à ce qu’elle ne peut être déçue, et je reconnais l’amour véritable à ce qu’il ne peut être lésé.

Si l’on vient te dire : "Rejette celle-là parce qu’elle te lèse...", écoute-les avec indulgence, mais ne change point ton comportement, car qui a le pouvoir de te léser ?
Et si l’on vient te dire : "Rejette-la, car tous tes soins sont inutiles...", écoute-les avec indulgence mais ne change point ton comportement, car tu as une fois choisi. Et si l’on peut te voler ce que tu reçois, qui détient le pouvoir de te voler ce que tu donnes ?
Et si l’on vient te dire : "Ici, tu as des dettes. Ici, tu n’en as point. Ici, on reconnaît tes dons. Ici, on les bafoue", bouche-toi les oreilles à l’arithmétique.

A tous tu répondras : "M’aimer, d’abord, c’est collaborer avec moi."

Ainsi du temple où seul l’ami entre, mais innombrable. »

Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle

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10/02/2010

Je suis celui qui porte les fardeaux du monde

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"Je suis la source de toute vie. Je suis la marée qui entre en vous et vous anime et se retire. Je suis le mal qui entre en vous et vous déchire et se retire. Je suis l’amour qui entre en vous et dure pour l’éternité.

Et vous venez m’opposer Marcion et le quatrième évangile. Et vous venez me parler d’interprétations. Et vous venez dresser contre moi votre misérable logique humaine, quand je suis celui qui est au-delà, quand c’est d’elle que je vous délivre !

O prisonniers, comprenez-moi ! Je vous délivre de votre science, de vos formules, de vos lois, de cette esclavage de l’esprit, de ce déterminisme plus dur que la fatalité. Je suis le défaut dans l’armure. Je suis la lucarne dans la prison. Je suis l’erreur dans le calcul : je suis la vie.

Vous avez intégré la marche de l’étoile, ô génération des laboratoires, et vous ne la connaissez plus. C’est un signe dans votre livre, mais ce n’est plus de la lumière : vous en savez moins qu’un petit enfant ! Vous avez découvert jusqu’aux lois qui gouvernent l’amour humain, mais cet amour même échappe à vos signes : vous en savez moins qu’une jeune fille ! Eh bien, venez à moi. Cette douceur de la lumière, cette lumière de l’amour, je vous les rends. Je vous asservis pas : je vous sauve. De l’homme qui le premier calcula la chute d’un fruit et vous enferma dans cette esclavage, je vous libère. Ma demeure est la seule issue, que deviendrez-vous hors de ma demeure ?

Que deviendrez-vous hors de ma demeure, hors de ce navire où l’écoulement des heures prend son plein sens, comme sur l’étrave luisante, l’écoulement de la mer. L’écoulement de la mer qui ne fait pas de bruit mais qui porte les iles. L’écoulement de la mer...

Venez à moi, vous à qui l’action, qui ne mène à rien, fut amère.

Venez à moi, vous à qui la pensée, qui ne mène qu’aux lois, fut amère.

Car je suis celui qui accueille. Je portais les péchés du monde. J’ai porté son Mal. J’ai porté vos détresses de bêtes qui perdent leurs petits et vos maladies incurables,et vous en étiez soulagés.

Mais ton mal, ô mon peuple d’aujourd’hui, est une misère plus haute et plus irréparable, et pourtant je le porterai comme les autres. Je porterai les chaines plus lourdes de l’esprit.

Je suis celui qui porte les fardeaux du monde.

Vous serez des enfants qui jouent.

Vos efforts vains de chaque jour, qui vous épuisent, venez à moi, je leur donnerai un sens, ils bâtiront dans votre coeur, j’en ferai une chose humaine... J’en ferai une chose humaine.

De vos amours, sèches, cruelles et désespérées, amants d’aujourd’hui, venez à moi, j’en ferai une chose humaine.

De votre hâte vers la chair, de votre retour triste, venez à moi, j’en ferai une chose humaine...

Je suis le seul qui puisse rendre l’homme à lui même ... car je suis celui qui s’est émerveillé de l’ homme."

Antoine de Saint-Exupéry, Le Courrier du Sud

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16/03/2008

«C'est moi qui ai abattu Saint-Exupéry»

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Un ancien pilote de chasse de la Luftwaffe de 88 ans affirme avoir tiré sur l'avion de l'écrivain, le 31 juillet 1944.

S'il est véridique, ce récit lève le voile sur plus de soixante années de mystère.. L'avion d'Antoine de Saint-Exupéry, dont la disparition le 31 juillet 1944, n'a jamais été élucidée, aurait été abattu par un pilote de chasse de la Luftwaffe, selon Le Figaro Magazine, qui publie des extraits du livre événement de Jacques Pradel et de Luc Vanrell, «Saint-Exupéry, l'ultime secret» (Editions du Rocher).

«Après l'avoir suivi, je me suis dit, si tu fous pas le camp, je vais te canarder. J'ai tiré, je l'ai touché, le zinc s'est abîmé. Droit dans l'eau. Le pilote, je ne l'ai pas vu. C'est après que j'ai appris que c'était Saint-Exupéry», raconte l'aviateur Horst Rippert, âgé aujourd'hui de 88 ans.

En poste dans la région deux semaines avant le débarquement de Provence, l'ancien aviateur allemand explique que c'est en regagnant sa base, qu'il a aperçu un avion d'observation Lightning P-38 volant vers Marseille, trois mille mètres en dessus de lui.

Horst Rippert confie qu'il «a espéré, qu'il espère toujours que ce n'était pas lui», car, «dans notre jeunesse nous l'avions tous lu, on adorait ses bouquins».

Hors Rippert, qui fut journaliste à la ZDF (2è chaîne de télévision allemande) a été retrouvé au terme d'une longue enquête, menée par un plongeur marseillais Luc Vanrell, et par le fondateur d'une association de recherches d'avions perdus pendant la guerre, Lino von Gartzen.



«Vous pouvez arrêter de chercher»

Deux ans après la découverte en 1998, d'une gourmette au nom de «Saint-Ex», remontée dans les filets d'un pêcheur au large de Marseille, Luc Vanrell retrouvait des débris de Ligthning et démontrait qu'ils provenaient de l'avion de l'écrivain.

Les morceaux de l'épave étaient remontés à la surface trois ans plus tard par la société d'exploration et de travaux sous-marins Comex. Un numéro de série sur la carlingue permettait d'identifier l'appareil.

Des débris d'un Messerschmitt allemand avaient été retrouvés près de l'épave, orientant l'enquête vers l'Allemagne. «Vous pouvez arrêter de chercher c'est moi qui ait abattu Saint-Exupéry» a déclaré Horst Rippert lorsque Lino von Gartzen l'a contacté.

Parti le 31 juillet 1944 de Borgo, en Haute-Corse, à bord de son Lightning P38 pour une mission de reconnaissance et d'observation photographique pour préparer le débarquement de Provence, Saint-Exupéry n'était jamais rentré à sa base.

Les morceaux de l'avion de l'auteur du «Petit Prince» et de «Pilote de guerre» ont été remis en juin 2004 au musée de l'Air et de l'Espace du Bourget.





Source : Le Figaro, 15/03/2008

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"Nous risquions de confondre, un jour, l'Homme avec le symbole de la moyenne ou de l'ensemble des hommes. Nous risquions de confondre notre cathédrale avec la somme des pierres (...) En place d'affirmer les droits de l'Homme au travers des individus, nous avons commencé de parler des droits de la Collectivité. Nous avons vu s'introduire insensiblement une morale du collectif qui néglige l'Homme (...). Nous avons glissé - faute d'une méthode efficace - de l'Humanité qui reposait sur l'Homme - vers celte termitière qui repose sur la somme des individus."

Antoine de Saint-Exupéry (Pilote de Guerre)

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09/10/2007

Il faut absolument parler aux hommes.

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Le choix de ce jour est d'Irina.

Irina :

St Ex et Pagnol : deux auteurs importants dans ma vie parce que liés à mon grand-père, qui m'a élevée, et qui m'a quittée beaucoup trop tôt.


Henri PETIT (19.10.1914 - 09.10.1977)

Henri Petit, mon grand-père, celui qui m’a transmis l’essentiel, dont St-Ex. Aussi amoureux des avions que lui, heureux en vol toujours et tout autant malheureux pour sa génération…

A obtenu son brevet de pilote en mai 1940, sous-lieutenant en 1944, lieutenant en 1945, capitaine en 1949, commandant en 1955, lieutenant colonel en 1961.

Campagnes Militaires : France (1939-1941), en mer (1941), Algérie (1941-1943), Maroc (1943-1944), Tunisie (1944-1945), Allemagne (1945-1946), Algérie (1946-1950), Indochine (1950-1951), Algérie (1956-1958)

Décorations :
-Août 1945 : Croix de guerre 1945 Et. de bronze
-Mai 1946 : Commémorative 39-45 avec "agr.libération"
-Novembre 1950 : Médaille coloniale
-Juillet 1951 : Chevalier de la légion d’honneur
-Octobre 1951 : Croix de guerre Théâtre des opérations extérieures avec palme
-Février 1954 : Médaille commémorative de la Campagne d’Indochine
-Octobre 1956 : Médaille commémorative OSMO
-Février 1957 : Croix du combattant
-Décembre 1961 : Officier de la légion d’honneur




Le texte que je veux vous faire partager cette fois m'est extrêmement cher ; premier écrit de St Ex qui m'ait été révélé à l'âge de 11 ans et qui m'avait déjà beaucoup troublée. Il a pris tout son sens quelques années plus tard et j'en remercie mon grand-père encore aujourd'hui...

Savourez.

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"LETTRE NON ENVOYÉE
DESTINÉE AU GÉNÉRAL X…
(Oudjda, mi-juin 1943)

Cher Général,

Je viens de faire quelques vols sur P 38. C'est une belle machine. J'aurais été heureux de disposer de ce cadeau-là pour mes vingt ans. Je constate avec mélancolie qu'aujourd'hui, à quarante-trois ans, après quelque six mille cinq cents heures de vol sous tous les ciels du monde, je ne puis plus trouver grand plaisir à ces jeux-là. L'avion n'est plus qu'un instrument de déplacement — ici de guerre — et si je me soumets à la vitesse et à l'altitude à un âge patriarcal pour ce métier, c'est bien plus pour ne rien refuser des emmerdements de ma génération, que dans l'espoir de retrouver les satisfactions d'autrefois.

Ceci est peut-être mélancolique — mais peut-être bien ne l'est pas. C'est sans doute quand j'avais vingt ans que je me trompais. En octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord, où le groupe 2/33 avait émigré, ma voiture étant remisée, exsangue, dans quelque garage poussiéreux, j'ai découvert la carriole à cheval. Par elle, l'herbe des chemins, les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure, derrière les vitres, à cent trente kilomètres-heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai, qui est de lentement fabriquer des olives. Les moutons n'avaient plus pour fin exclusive, de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l'herbe aussi avait un sens, puisqu'ils la broutaient.

Et je me suis senti revivre, dans ce seul coin du monde où la poussière soit parfumée (je suis injuste. Elle l'est en Grèce aussi comme en Provence). Et il m'a semblé que, durant toute ma vie, j'avais été un imbécile. (…)

Tout ça pour vous expliquer que cette existence grégaire, au cœur d'une base américaine, ces repas expédiés debout en dix minutes, ce-va-et-vient entre des monoplaces de deux mille six cents chevaux, et une sorte de bâtisse abstraite où nous sommes entassés à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n'a rien qui me caresse le cœur. Ça aussi, comme les missions sans profit ni espoir de retour de juin 1939, c'est une maladie à passer. Je suis « malade » pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de ne pas subir cette maladie. Voilà tout.

Ainsi je suis profondément triste — et en profondeur. Je suis triste pour ma génération, qui est vidée de toute substance humaine. Qui n'ayant connu que le bar, les mathématiques et la Bugatti, comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd'hui entassée dans une action strictement grégaire, qui n'a plus aucune couleur. On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d'il y a cent ans. Considérez combien il intégrait d'efforts, pour qu'il fût répondu à la soif spirituelle, poétique ou simplement humaine de l'homme.
Aujourd'hui que nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces naïvetés. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (il n'est plus de victoires aujourd'hui, rien qui ait la densité poétique d'un Austerlitz. Il n'est plus que des phénomènes de digestion lente ou rapide). Tout lyrisme sonne ridicule. Les hommes refusent d'être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaîne. Comme dit la jeunesse américaine « nous acceptons honnêtement ce job ingrat ». Et la propagande. dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir. Sa maladie n'est point d'absence de talents particuliers, mais de l'interdiction qui lui est faite de s'appuyer, sans paraître pompière, sur les grands mythes rafraîchissants. De la tragédie grecque, l'humanité dans sa décadence, est tombée jusqu’au théâtre de Monsieur Louis Verneuil. (On ne peut guère aller plus bas.) Siècle de la publicité, du système Bedeau, des régimes totalitaires et des armées sans clairons ni drapeaux, ni messes pour les morts. Je hais mon époque de toutes mes forces. L'homme y meurt de soif.

Ah général, il n'y a qu'un problème, un seul, de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle. Des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. Si j'avais la foi, il est bien certain que, passé cette époque de « job nécessaire et ingrat », je ne supporterai plus que Solesme. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de belote et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus. On ne peut plus vivre sans poésie, couleur, ni amour. Rien qu’à entendre les chants villageois du XVe siècle on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi).

Deux milliards n'entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot. Se font robots. Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources. Les impasses du système économique du XIXe siècle. Le désespoir spirituel. Pourquoi Mermoz a-t-il suivi son grand dadais de colonel, sinon par soif ? Pourquoi la Russie, pourquoi l’Espagne? Les hommes ont fait l'essai des valeurs cartésiennes : hors les sciences de la nature, ça ne leur a guère réussi. Il n’y a qu'un problème, un seul, redécouvrir qu'il est une vie de l'Esprit, plus haute encore que la vie de l'intelligence. La seule qui satisfasse l'homme. Ça déborde le problème de la vie religieuse, qui n'en est qu'une forme (bien que, peut-être, la vie de l'esprit conduise à l'autre nécessairement). Et la vie de l'Esprit commence là où un Être « vu » est conçu au-dessus des matériaux qui le composent. L'amour de la maison — cet amour inconnaissable aux États-Unis — est déjà de la vie de l'Esprit. Et la fête villageoise. Et le culte des morts. (Je cite ça, car il s'est tué, depuis mon arrivée ici, deux ou trois parachutistes. Mais on les a escamotés : ils avaient fini de servir. Ça, c’est de l'époque, non de l'Amérique l'homme n’a plus de sens.)

Il faut absolument parler aux hommes.

À quoi servira de gagner la guerre, si nous en avons pour cent ans de crises d'épilepsie révolutionnaire ? Quand la question allemande sera enfin réglée, tous les problèmes véritables commenceront à se poser. Il est peu probable que la spéculation sur les stocks américains suffise, au sortir de cette guerre, à distraire, comme en 1919, l'humanité de ses soucis véritables. Faute d'un courant spirituel fort, il poussera, comme champignons, trente-six sectes qui se dévoreront les unes les autres. Le marxisme lui-même, trop vieillot, se décompose en une multitude de néo-marxismes contradictoires. On l'a bien observé en Espagne. A moins qu'un César français ne nous installe dans un camp de concentration néo-socialiste pour l'éternité.

Il faut parler aux hommes, parce qu'ils sont prêts à se rallier à n'importe quoi. Je regrette de m'être, l'autre matin, si mal exprimé auprès du général Giraud. Mon intervention a paru lui déplaire comme une faute de goût ou de tact ou de discipline. Je m'en affecte absolument la faute : il est difficile d'aborder, à bâtons rompus, de tels problèmes. J'ai échoué par hâte. Cependant, le général a été injuste en me marquant si nettement sa désapprobation, car je n'avais pour but que le rayonnement de l'effort et de la forme de pensée qu'il représente. L'automatisme de la hiérarchie militaire émoussait mes arguments. Le général m'eût écouté avec plus de bienveillance si j'avais été plus adroit. Et cependant, ce que j'exprimais partait de mes tripes, et je parlais dans le seul but de lui être utile et, par lui, d'être utile à mon pays. Car il me paraît discutable que les commandants d'unité aient qualité pour substituer leur interprétation à un exposé fondamental. Ils n'ont point le pouvoir d'apaiser, s'ils ne se réfèrent pas à un exposé officiel, le sous-officier qui doute de soi, une action politique qui a eu en permanence le souci des exposés précis et simples, l'ayant tourmenté dans sa probité. son patriotisme et son honneur. Le général G[iraud] est dépositaire de l'honneur de ses soldats.

À ce sujet, j'ignore si le remarquable discours que le général Giraud a prononcé — et que la presse nous apportait ici avant-hier — doit quelque chose de ses thèmes à mon inquiétude. Le passage, concernant la résistance invisible et le sauvetage de l'Afrique du Nord, était exactement ce dont les hommes avaient soif. Les remarques entendues en font foi. Si j'ai ici servi à quelque chose, et si même le général Giraud me tient rigueur de mon intervention, je suis heureux d'avoir rendu service. Il ne s'agit point de moi. De toute façon, le discours était nécessaire : il a été remarquablement réussi. Cher général, mis à part ces dernières lignes concernant une visite qui m’a laissé un vague malaise, je ne sais trop pourquoi je vous fatigue de cette lettre longue, illisible (j'ai le poignet droit cassé, j'ai du mal à me faire lisible), et inutile. Mais je me sens assez sombre, et j'ai besoin d'une amitié.

Ah ! cher général, quelle étrange soirée ce soir. Quel étrange climat. Je vois de ma chambre s'allumer les fenêtres de ces bâtisses sans visage. J'entends les postes radio divers débiter leur musique de mirliton à cette foule désœuvrée, venue d'au-delà des mers, et qui ne connaît même pas la nostalgie. On peut confondre cette acceptation résignée avec l'esprit de sacrifice ou la grandeur morale. Ce serait là une belle erreur. Les liens d'amour, qui nouent l'homme d'aujourd'hui aux Êtres comme aux choses, sont si peu tendres, si peu denses, que l'homme ne sent plus l'absence comme autrefois. C'est le mot terrible de cette histoire juive : « Tu vas donc là-bas ? Comme tu seras loin ! Loin d'où ? » Le « où » qu'ils ont quitté, n'était plus guère qu'un vague faisceau d’habitudes. En cette époque de divorce, on divorce avec la même facilité d'avec les choses. Les frigidaires sont interchangeables. Et la maison aussi, si elle n'est plus qu'un assemblage. Et la femme. Et la religion. Et le parti. On ne peut même plus être infidèle : à quoi serait-on infidèle ? Loin d'où et infidèle à quoi ? Désert de l’homme. Qu’ils sont donc sages et paisibles ces hommes en groupe. Moi je songe aux marins bretons d’autrefois, qui débarquaient à Magellan, à la légion étrangère lâchée sur une ville, à ces nœuds complexes d'appétits violents et de nostalgies intolérables qu'ont toujours constitués les mâles un peu trop sévèrement parqués. Il fallait toujours pour les tenir des gendarmes forts ou des principes forts, ou des fois fortes. Mais aucun de ceux-là ne manquerait de respect à une gardeuse d’oies. L'homme d'aujourd'hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi, sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissé libres de marcher.

Moi je hais cette époque, où l'homme devient sous un «totalitarisme universel », bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral ! Ce que je hais dans le marxisme, c'est le totalitarisme à quoi il conduit. L'homme y est défini comme producteur et consommateur. Le problème essentiel est celui de distribution. Ainsi dans les fermes modèles. Ce que je hais dans le nazisme, c'est le totalitarisme à quoi il prétend par son essence même. On fait défiler les ouvriers de la Ruhr devant un Van Gogh, un Cézanne et un chromo. Ils votent naturellement pour le chromo. Voilà la vérité du peuple ! On boucle solidement dans un camp de concentration les candidats Cézanne, les candidats Van Gogh, tous les grands non-conformistes, et l'on alimente en chromos un bétail soumis. Mais où vont les États-Unis, et où allions-nous nous aussi, à cette époque de fonctionnariat universel ? L'homme robot, l'homme termite, l'homme oscillant d'un travail à la chaîne, système Bedaux, à la belote. L'homme châtré de tout son pouvoir créateur et qui ne sait même plus, du fond de son village, créer une danse ni une chanson. L'homme que l'on alimente en Culture de confection, en culture standard, comme l'on alimente les bœufs en foin. C'est ça l'homme d'aujourd'hui.

Et moi je pense que — il n’y a pas trois cents ans — on pouvait écrire La Princesse de Clèves ou s'enfermer dans un couvent pour la vie à cause d'un amour perdu, tant était brûlant l'amour. Aujourd'hui, bien sûr, des gens se suicident, mais la souffrance de ceux-là est de l'ordre d'une rage de dents intolérable. Ça n'a point affaire avec l'amour.

Certes, il est une première étape. Je ne puis supporter l'idée de verser des générations d'enfants français dans le ventre du moloch allemand. La substance même est menacée. Mais quand elle sera sauvée, alors se posera le problème fondamental qui est celui de notre temps. Qui est celui du sens de l'homme. Et il n'est point proposé de réponse et j'ai l'impression de marcher vers les temps les plus noirs du monde.

Ça m'est bien égal d'être tué en guerre. De ce que j'ai aimé, que restera-t-il ? Autant que des Êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d'une certaine lumière spirituelle. Du déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de Haendel. Les choses, je m'en fous, qui subsisteront. Ce qui vaut, c'est un certain arrangement des choses. La civilisation est un lien invisible, parce qu'elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l'une à l'autre, ainsi et non autrement. Nous aurons de parfaits instruments à musique, distribués en grande série, mais où sera le musicien ?

Si je suis tué en guerre, je m'en moque bien, ou si je subis une crise de rage de ces sortes de torpilles volantes, qui n'ont plus rien à voir avec le vol, et font du pilote, parmi ses boutons et ses cadrans, une sorte de chef comptable. (Le vol aussi, c'est un certain ordre de liens.) Mais si je rentre vivant de ce « job nécessaire et ingrat », il ne se posera pour moi qu'un problème : que peut-on, que faut-il dire aux hommes ?

Je sais de moins en moins pourquoi je vous raconte tout ceci. Sans doute pour le dire à quelqu'un, car ce n'est point ce que j'ai le droit de raconter. Il faut favoriser la paix des autres, et ne pas embrouiller les problèmes. Pour l'instant, il est bien que nous nous fassions chefs comptables à bord de nos avions de guerre.

Depuis le temps que j'écris, deux camarades se sont endormis devant moi dans ma chambre. Il va me falloir me coucher aussi, car je suppose que ma lumière les gêne (ça me manque bien, un coin à moi ! ). Ces deux camarades, dans leur genre, sont merveilleux. C'est droit, c'est noble, c'est propre, c'est fidèle. Et je ne sais pourquoi j'éprouve, à les regarder dormir, une sorte de pitié impuissante. Car s'ils ignorent leur propre inquiétude, je la sens bien. Droits, nobles, propres, fidèles, oui. Mais aussi terriblement pauvres. Ils auraient tant besoin d’un dieu.

Cher général, pardonnez-moi, si cette mauvaise lampe électrique que je vais éteindre, vous a aussi empêché de dormir. Et croyez en mon amitié.

Saint-Exupéry."

02/10/2007

Politique

=--=Publié dans la Catégorie "Citadelle : Saint-Exupéry"=--=

Lors d'une de nos soirées arrosées, lorsque mon ami Pierre me demanda, très sérieux, ce qu'était, selon moi, l'action politique, j'eus cette réponse simple : "Avoir des couilles !" Devant l'air amusé de mon ami, j'enchaînais sur la Grèce Antique et, de fil en aiguille, un bon Bordeaux aidant, je sautais sur Antoine de Saint-Exupéry qui, dans Citadelle, oeuvre monumentale laissée en chantier par l'écrivain à sa mort tragique au-dessus de la Méditerranée, donne quelque indication non dépourvue de grandeur mais qui le ferait passer de nos jours pour un fasciste de première ligne tellement, par les temps qui courent sans sens de la Valse, tout est aplani et nickel et qu'aucune hiérarchie des valeurs morales n'ayant plus cours un Saint-Ex se voit au pire réduit à de sordides comparaisons imbéciles, le réduisant presque à un Mussolini avec un peu plus de talent, au mieux édulcoré comme l'éternel et unique créateur du Petit Prince qui fait encore rêver nos jolies têtes blondes. D'ailleurs, faites l'expérience. Lisez le chapitre qu'Irina a pris la peine de taper pour vous avec ses doigts de fée pendant que je lui dictais, encore une fois émerveillé par la pensée de l'aviateur héroïque, le texte que je vous mets en ligne... lisez-le à quelqu'une de vos connaissance un peu trop lisse en lui précisant qu'il s'agit d'un texte de l'auteur du Petit Prince ! L'effet est garanti... Vous m'en direz des nouvelles.




" Il m’apparut qu’ils se trompaient sur le respect. Car je me suis moi-même exclusivement préoccupé des droits de Dieu à travers l’homme. Et certes le mendiant lui-même, sans m’exagérer son importance, je l’ai toujours conçu comme un ambassadeur de Dieu.
Mais les droits du mendiant et de l’ulcère du mendiant et de sa laideur honorés pour eux-mêmes comme idoles, je ne les ai pas reconnus.
Qu’ai-je côtoyé de plus repoussant que ce quartier de ville bâtit au flanc d’une colline et qui coulait comme un égout jusqu’à la mer ? Les corridors qui débouchaient sur les ruelles versaient par bouffées molles une haleine empestée. La racaille n’émergeait de ses profondeurs spongieuses que pour s’injurier d’une voix usée et sans colère véritable, à la façon des bulles molles qui éclatent, régulières, à la surface des marais.
J’y ai vu ce lépreux, riant grassement et s’épongeant l’œil d’un linge sordide. Il était avant tout vulgaire et se plaisantait soi-même par bassesse.
Mon père décida l’incendie. Et cette tourbe qui tenait à ses bouges moisis commença de fermenter réclamant au nom de ses droits. Le droit à la lèpre dans la moisissure.
« Ceci est naturel, me dit mon père, car la justice selon eux c’est de perpétuer ce qui est. »
Et ils criaient dans leur droit à la pourriture. Car, fondés par la pourriture, ils étaient pour la pourriture.
« Et si tu laisses se multiplier les cafards, me dit mon père, alors naissent les droits des cafards. Lesquels sont évidents. Et il naîtra des chantres pour te les célébrer. Et ils te chanteront combien grand est le pathétique des cafards menacés de disparition.
« Être juste…, me dit mon père, il faut choisir. Juste pour l’archange ou juste pour l’homme ? Juste pour la plaie ou pour la chair saine ? Pourquoi l’écouterai-je, celui-là qui vient me parler au nom de sa pestilence ?
« Mais je le soignerai à cause de Dieu. Car il est aussi demeure de Dieu. Mais non point selon son désir qui n'est que désir exprimé par l’ulcère.
« Quand je l’aurai nettoyé et lavé et enseigné, alors son désir sera autre et il se reniera lui-même tel qu’il était. Et pourquoi, aurai-je, moi, servi d’allié à celui-là qui l’aura lui-même renié ?
Pourquoi l’aurai-je, selon le désir du lépreux vulgaire, empêché de naître et d’embellir ?
« Pourquoi prendrai-je le parti de ce qui est contre ce qui sera. De ce qui végète contre ce qui demeure en puissance ? »

« La justice selon moi, me dit mon père, est d’honorer le dépositaire à cause du dépôt. Autant que je m’honore moi-même. Car il reflète la même lumière. Aussi peu visible qu’elle soit en lui. La justice est de le considérer comme véhicule et comme chemin. Ma charité c’est de l’accoucher de lui-même.
« Mais dans cet égout qui plonge vers la mer je m’attriste devant cette pourriture. Dieu s’y trouve déjà tellement gâté… J’attends d’eux le signe qui me montrera l’homme et ne le reçoit point.
– Cependant, j’ai vu tel ou tel, dis-je à mon père, partager son pain et aider plus pourri que lui à décharger son sac, ou prendre en pitié tel enfant malade…
– Ils mettent tout en commun, répondit mon père, et de cette bouillie font leur charité. Ce qu’ils appellent charité. Ils partagent. Mais dans ce pacte, que savent faire aussi les chacals autour d’une charogne, ils veulent célébrer un grand sentiment. Ils veulent nous faire croire qu’il est là un don ! Mais la valeur du don dépend de celui à qui on l’adresse. Et ici au plus bas. Comme l’alcool à l’ivrogne qui boit. Ainsi le don est maladie. Mais si moi c’est la santé que je donne, je taille alors dans cette chair… et elle me hait.
« Ils en arrivent, me dit encore mon père, dans leur charité, à préférer la pourriture… Mais si moi je préfère la santé ?
« Quand on te sauvera la vie, me dit encore mon père, ne remercie jamais. N’exagère point ta reconnaissance, c’est qu’il est bas, car que croit-il ? T’avoir servi ? Alors que c’est Dieu qu’il a servi en te gardant si tu vaux quelque chose. Et toi, si tu exprimes trop fort ta reconnaissance, c’est que tu manques à la fois et de modestie et d’orgueil. Car l’important qu’il a sauvé, ce n’est point ton petit hasard personnel, mais l’œuvre à laquelle tu collabores et qui s’appuie aussi sur toi. Et comme il est soumis à la même œuvre, tu n’as point à le remercier. Il est remercié par son propre travail de t’avoir sauvé. C’est là sa collaboration à l’œuvre.
« Tu manques aussi d’orgueil de te soumettre à ses émotions les plus vulgaires. Et à le flatter dans sa petitesse en faisant de toi son esclave. Car s’il était noble, il refuserait ta reconnaissance.
« Je ne vois rien qui m’intéresse, disait mon père, qu’admirable collaboration de l’un à travers l’autre. Je me sers de toi ou de la pierre. Mais qui est reconnaissant à la pierre d’avoir servi d’assise au temple ?
« Mais eux ne collaborent point vers autre chose qu’eux-mêmes. Et cet égout qui plonge vers la mer n’est point nourricier de cantiques ni source de statue de marbre, ni caserne pour les conquêtes. Il ne s’agit pour eux que de pactiser le mieux possible pour l’usage des provisions. Mais ne t’y trompe point. Les provisions sont nécessaires mais plus dangereuses que la famine.
« Ils ont tout divisé en deux temps, lesquels n’ont point de signification : la conquête et la jouissance. As-tu vu l’arbre grandir, puis, une fois grandi, se prévaloir d’être arbre ? L’arbre grandit tout simplement. Je te le dis : ceux-là qui ayant conquis se font sédentaires sont déjà morts… »

La charité selon le sens de mon empire c’est la collaboration.

Le chirurgien, j’ordonne qu’il s’épuise dans la traversée d’un désert s’il peut à celui-là refaire son instrument. Et cela même s’il s’agit de quelques vulgaires casseurs de pierre mais qui a besoin de ses muscles pour casser ses pierres. Et cela même si le chirurgien est de haute valeur. Car il ne s’agit point d’honorer la médiocrité mais de réparer le véhicule. Et ils ont tous deux le même conducteur. Ainsi de cela qui protège et aide les femmes enceintes. C’était d’abord à cause du fils qu’elles servaient de leurs vomissements et de leurs douleurs. Et la femme n’avait point à remercier, sinon au nom de son fils. Mais voici qu’aujourd’hui elle réclame l’aide au nom de ses vomissements et de ses douleurs. Alors s’ils n’étaient qu’elles, je les supprimerais, car leurs vomissements sont laids. Car il n’est d’important en elles que ceux qui se servent d’elles et elles n’ont point qualité pour remercier. Car qui les aide et elles-mêmes ne sont que serviteurs de la naissance et les remerciements n’ont point de signification.
Ainsi du général qui vint trouver mon père :
« Je me moque bien de toi-même ! tu n’es grand qu’à cause de l’empire que tu sers. Je te fais respecter pour, à travers toi, faire respecter l’empire. »

Mais je sentais aussi la bonté de mon père. « Quiconque, disait-il, a eu un grand rôle, quiconque a été honoré ne peut être avili. Quiconque a régné ne peut être dépossédé de son règne, tu ne peux transformer en mendiant celui-là qui donnait au mendiant, car ce que tu abîmes ici c’est quelque chose comme l’armature et la forme de ton navire. C’est pourquoi j’use de châtiments à la mesure des coupables. Ceux-là que j’ai cru devoir ennoblir, je les exécute mais ne les réduit point à l’état d’esclaves, s’ils ont failli. J’ai rencontré un jour une princesse qui était laveuse de linge. Et ses compagnes riaient d’elles : « Où est ta royauté, laveuse de linge ? tu pouvais faire tomber les têtes et voilà qu’enfin impunément nous pouvons te salir de nos injures… ce n’est que justice ! » Car la justice selon elles était compensation.
« Et la laveuse de linge se taisait. Peut-être humiliée pour elle-même mais surtout pour plus grand qu’elle-même. Et la princesse s’inclinait toute raide et blanche sur son lavoir. Et ses compagnes impunément la poussaient du coude. Rien d’elle n’invitant la verve car elle était belle de visage, réservée de gestes et silencieuse, je compris que ses compagnes raillaient non la femme mais sa déchéance. Car celui-là que tu as envié, s’il tombe sous tes griffes, tu le dévores. Je la fis donc comparaître :
« Je ne sais rien de toi sinon que tu as régné. À dater de ce jour tu auras droit de vie et de mort sur tes compagnes de lavoir. Je te réinstalle dans ton règne. Va. »
« Et quand elle eu repris sa place au-dessus de la tourbe vulgaire elle dédaigna justement de se souvenir des outrages. Et celles-là même du lavoir, n’ayant plus à nourrir leurs mouvements intérieurs de sa déchéance, les nourrir de sa noblesse, la vénérèrent. Elles organisèrent de grandes fêtes pour célébrer son retour à la royauté et se prosternaient à son passage, ennoblies elles-mêmes de l’avoir autrefois touchée du doigt. »

« C’est pourquoi, me disait mon père, je ne soumettrai point les princes aux injures de la populace ni à la grossièreté des geôliers. Mais je leur ferai trancher la tête dans un grand cirque de clairons d’or. »

« Quiconque abaisse, disait mon père, c’est qu’il est bas. »

« Jamais un chef, disait mon père, ne sera jugé par ses subalternes. » "


Citadelle, VIII
Antoine de Saint Exupéry

09/09/2007

Culture

=--=Publié dans la Catégorie "Citadelle : Saint-Exupéry"=--=

"Me vint encore l'image du temps gagné car je demande : au nom de quoi ? Et voici que l'autre me répond : au nom de sa culture. Comme si elle pouvait être exercice vide. Et voici que celle-là qui allaite ses enfants, nettoie sa maison et coud son linge, on la délivre de ces servitudes et désormais sans qu'elle s'en mêle, ses enfants sont allaités, sa maison lustrée, son linge cousu. Voilà maintenant que ce temps gagné il faut le remplir de quelque chose. Et je lui fais entendre la chanson de l'allaitement et l'allaitement devient cantique, et le poème de la maison qui fait peser la maison sur le cœur. Mais voici qu'elle bâille à l'entendre car elle n'y a point collaboré. Et de même que la montagne pour toi c'est ton expérience des ronces, des pierres qui boulent et du vent sur les crêtes, et que je ne transporte rien en toi en prononçant le mot montagne, si tu n'as jamais quitté ta litière, je ne dis rien pour elle en lui parlant maison car la maison n'est point faite de son temps ni de sa ferveur. Elle n'en a point goûté le jeu de la poussière, quand on ouvre la porte au soleil pour en balayer au jour levant la poudre de l'usure des choses, elle n'a point régné sur le désordre qu'a fait la vie, quand vient le soir, la trace des tendres passages et les écuelles sur le plateau et la braise éteinte dans l'âtre, jusqu'aux langes souillés de l'enfant endormi, car la vie est humble et merveilleuse. Elle ne s'est point levée avec le soleil pour elle-même chaque jour se rebâtir une maison neuve, comme les oiseaux que tu as observés dans l'arbre, et qui se refont d'un bec agile des plumes lustrées, elle n'a point de nouveau disposé les objets dans leur perfection fragile afin que de nouveau la vie de la journée et les repas et les allaitements et les jeux des enfants et le retour de l'homme y laissent une empreinte dans la cire. Elle ne sait point qu'une maison est pâte dans l'aube pour devenir le soir livre de souvenirs. Elle n'a jamais préparé la page blanche. Et que lui diras-tu quand tu lui parleras maison qui ait un sens pour elle ?

Si tu veux la créer vivante, tu l'emploieras à lustrer une aiguière de cuivre terni afin que quelque chose d'elle luise le long du jour dans la pénombre, et, pour faire de la femme un cantique, tu inventeras peu à peu pour elle une maison à rebâtir dans l'aube...

Sinon, le temps que tu gagneras n'aura point de sens.

Fou celui-là qui prétend distinguer la culture d'avec le travail. Car l'homme d'abord se dégoûtera d'un travail qui sera part morte de sa vie, puis d'une culture qui ne sera plus que jeu sans caution, comme la niaiserie des dés que tu jettes s'ils ne signifient plus ta fortune et ne roulent plus tes espérances. Car il n'est point de jeu de dés mais jeu de tes troupeaux, de tes pâturages, ou de ton or. Ainsi de l'enfant qui bâtit son pâté de sable il n'est point ici poignée de terre, mais citadelle. montagne ou navire.

Certes, j'ai vu l'homme prendre avec plaisir du délassement. J'ai vu le poète dormir sous les palmes. J'ai vu un guerrier boire son thé chez les courtisanes. J'ai vu le charpentier goûter sur son porche la tendresse du soir. Et certes, ils semblaient pleins de joie. Mais je te l'ai dit : précisément parce qu'ils étaient las des hommes. C'est un guerrier qui écoutait les chants et regardait les danses. Un poète qui rêvait sur l'herbe. Un charpentier qui respirait l'odeur du soir. C'est ailleurs qu'ils étaient devenus. La part importante de la vie de chacun d'entre eux restait la part de travail. Car ce qui est vrai de l'architecte qui est un homme et qui s'exalte et prend sa pleine signification quand il gouverne l'ascension de son temple et non quand il se délasse à jouer aux dés, est vrai de tous. Le temps gagné sur le travail s'il n'est point simple loisir, détente des muscles après l'effort ou sommeil de l'esprit après l'invention, n'est que temps mort. Et tu fais de la vie deux parts inacceptables : un travail qui n'est qu'une corvée à quoi l'on refuse le don de soi-même, un loisir qui n'est qu'une absence.

Bien fous ceux qui prétendent arracher les ciseleurs à la religion de la ciselure et les parquant dans un métier qui n'est plus nourriture pour leurs cœurs prétendent à les faire accéder à l'état d'homme en leur fournissant ciselures fabriquées ailleurs comme si l'on s'habillait d'une culture comme d'un manteau. Comme s'il était des ciseleurs et des fabricants de cuivre.

Moi je dis que pour les ciseleurs il n'est qu'une forme de culture et c'est la culture des ciseleurs. Et qu'elle ne peut être que l'accomplissement de leur travail, l'expression des peines, des joies, des souffrances, des craintes, des grandeurs et des misères de leur travail.

Car seule est importante et peut nourrir des poèmes véritables, la part de ta vie qui t'engage, qui engage ta faim et ta soif, le pain de tes enfants et la justice qui te sera ou non rendue. Sinon il n'est que jeu et caricature de la vie et caricature de la culture.

Car tu ne deviens que contre ce qui te résiste. Et puisque rien de toi n'est exigé par le loisir et que tu pourras aussi bien l'user à dormir sous un arbre ou dans les bras d'amours faciles, puisqu'il n'y est point d'injustice qui te fasse souffrir, de menace qui te tourmente, que vas-tu faire pour exister sinon réinventer toi-même le travail ?"


Antoine de Saint-Éxupéry "Citadelle"

23:20 Publié dans Citadelle : Saint-Exupéry | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : Citadelle, Culture, Saint-Éxupéry | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook