26.03.2007

Vranac

Une bouteille de Vranac (prononcez : Vranats), un petit vin très sympathique du Monténégro, est à envisager. Pas épais, tanin plutôt léger, alcool fruité et suffisamment de délicatesse pour être bu aussi bien avec du poisson que de la viande... le Monténégro qui est, je vous le rappelle, une grosse montagne posée au bord de l'Adriatique avec ouverture sur la Méditerranée.

Vous le trouverez au rayon "Vin étrangers" dans les grandes surfaces du type CORA... c'est simple !

À moins de bouffer des merguez évitez le vin Croate qui a la délicatesse des Sidi Brahim, ça passe avec les barbecue... mais c'est tout.




"C’est moi qui bois, Seigneur, et c’est toi qui est ivre
Un verre bien en main, c’est mieux que la jolie pour demain
Boire du vin, chatouiller les jolies comme des tulipes
Boire un verre, ça vaut le royaume de Chine !
Nous sommes avec le vin, avec les filles, avec Dieu jour et nuit
C’est parce qu’on a péché qu’arrive le pardon ;
Si personne n’avait péché, il n’existerait pas, le pardon !
Que je boive ou ne boive pas, ils diront fous : « il boit ! »
Donc je bois pour leur épargner un mensonge vilain !
C’est que tout m’est désespoir, sauf boire !
S’il y a l’enfer pour ceux qui font l’amour et qui boivent,
Alors personne jamais ne verra le paradis des âmes.
Le ciel, bol à l’envers, redressons-le en bol de vin !
Quand je cuisine, tout m’indiffère !
Au vin ne renonce personne d’esprit résolu
Bois du vin ! sinon du monde des hommes ton nom s’en ira
Je pratique la religion du jus de la vigne
Sans arrêt bois du vin ! tourne autour des jolies !
Si les potiers sur leur tour changent ma poussière en pot
Que ce pot soit toujours rempli de vin pur !
Prendre garde à fouler doucement la poussière :
Ce grain de poussière fut, qui sait ? la prunelle d’une jolie !
Dieu, quand il mêla, moula notre glaise
D’avance savoir tout ce que je ferais, dirais ;
Je n’ai commis aucun péché qu’il ne l’ait ordonné ;
Donc au jour du jugement pourquoi me condamner ?

Puis le jour que tu passes sans boire de vin,
Dans tes jours pas de jour plus perdu que ce jour !

Fais-toi sur terre un paradis avec le verre de vin

Bois du vin ! tu ne sais pas d’où tu es venu !
Bois du vin ! sais-tu vers où t’en iras-tu ?

Dans une main le Livre, le verre dans l’autre main

Le temps vieillissant dans l’argile va t’allonger

Bois du vin ! car Dieu sait que tu sommeilleras dans la glaise
Le plaisir entre tes doigts, prend-le !bois le verre de vin !
Ma moustache, maison de vin, a balayé ta porte !
De tout ce qui n’est pas le vin, s’écarter c’est le mieux !

Bois ! Bois du vin sans souci ! L’Islam, où est-il ?
Fait la fête ! ne laisse pas en vent s’en aller tes jours !
Le paradis : un instant de notre vie vécu paisiblement !
L’état de la rose, le buveur seul est en état de le savoir
Bois du vin ! de toute façon que tu boives du vin ou non,
Tu n’iras pas au ciel, si ton destin c’est le feu de l’enfer
Du poison de la douleur, c’est le vin le contrepoison
Bois du vin ! dans l’herbe assis avec des jolies
Avant que sur ta tombe on fasse des fenaisons !
Rien ne manquait sur terre avant notre arrivée ;
Tout restera de même après notre départ."


Omar Khayyam

Khayyam (Omar) (Nichapur, v. 1050 – id., v. 1123), poète persan. Il doit sa notoriété en Occident au poète anglais E. Fitzgerald, qui traduisit, en les adaptant (1859), les célèbres ruba’iyyat (quatrains) de Khayyam. Il fut au début de sa carrière un brillant savant (mathématicien et astronome). En raison de son esprit libertaire et libertin il fut pourchassé par l'Islam officiel de son temps.

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Bande son du moment : Toujours "La Passion selon Saint Jean" de Jean Sébastien Bach sous la direction de Stephen Cleobury

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citation du jour : « Les femmes : bulles de savon ; l'argent : bulles de savon ; la renommée : bulles de savon. Les reflets sur les bulles de savon sont le monde dans lequel nous vivons. » Yukio Mishima (Le Pavillon d'Or)

Humeur du moment : Le regroupement des forces se poursuit...

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25.03.2007

Sauternes

Le Sauternes"Pavois d'Or" a le grand intérêt, me concernant, de me mettre rapidement de bonne humeur.




C'est un Vin qu'il faut boire frappé, pour ne pas dire glacé !!!!

Généralement, je n'aime pas ces vins blancs de "gonzesses", comme dirait certaine de mes connaissances, cependant je fais une exception pour le Sauternes qui se laisse véritablement savourer comme on ne savoure que... euh... les bonnes choses.

Le rouge est ma couleur préférée. De vin en vin, le rouge n'est jamais le même, 1000 et 1 aspects différents nous enchantent lorsque nous ne faisons que contempler les nuances lumineuses au travers d'un verre, à proximité d'une bougie, par exemple... Les rouges explosent littéralement le sens de la vue : cinabre, roux, carmin, cerise, groseille, grenat, rubis, pourpre, bordeaux... Ces termes sont à eux seuls des jouissances en attente... des jus qui ne demandent qu'à être appréciés...
Le rouge a la couleur du sang, du feu. Il brûle.

Mais le Sauternes, chers amis, lorsqu'il a passé une petite heure au frigo... laissez-moi vous dire que son attrait est des plus évidents avec viandes blanches en sauce et fromages qui fouettent ! L'arôme de bouche est des plus surprenant. Ici un fond de noix et de miel nous exalte le dôme du palais. Il n'est guère astringent comme le Bourgogne dont l'épaisseur peut vous permettre de vous passer d'un repas. Le miel, dont je parlais tout à l'heure, subsiste après la première attaque en bouche qui est gargantuesque. Exubérance et richesse du sucre. Guère d'acidité, d'amertume ou de dépôt tannique, par contre la sensation est tout de même alcoolisée.

Il faut prendre la peine d'en humer le bouquet en bouteille avant même que de verser en les verres l'agape salvatrice. Juste après le "plop" du bouchon... Le Sud et le sel de ses vents y a laissé des empreintes.

Très charnu, le Sauternes assiège la bouche non comme des hordes barbares mais comme des femmes lascives. De quoi tirer des plans sur la comète si, compagnon, tu le bois en compagnie féminine. Car s'il est charnu, il est aussi généreux et les inhibitions seront levées et jetées aux oubliettes comme du linge sale. Que Dieu me pardonne !

Sucré mais pas gras... le Sauternes est avant tout gouleyant... ça passe comme une lettre à la poste... ça se boit comme du p'tit lait... et sa persistance aromatique intense qui subsiste quelques minutes après le dernier verre prouve que c'est un bon vin...






Bordeaux, Cité des Lumières


par Philippe Sollers

"Où que je me trouve, je peux revenir soudain à Bordeaux par la couleur ou par le vin, par un signal lumineux sombre ou par un certain parfum dans la bouche.

Avant d'être la ville où je suis né, Bordeaux est ainsi une information diffuse, distribuée dans les tissus ou le contenu des bouteilles. Le mot de « bordeaux » lui-même, en dehors de l'étymologie, évoque pour moi la rive, le lieu stable d'où l'on pourrait voir, indéfiniment, couler l'espace et le temps. L'eau, le vin, le sang transformé en vin, le bord de la durée physique, et voilà une idée de ce que peut être un port dans l'aventure du corps, « le port de la lune », en plus, avec un croissant bienveillant et oriental, comme un poinçon des mille et une nuits en cours de sommeil.

La ville est entourée par des centaines de contes de fées protégés. Bordeaux est le château principal des châteaux environnants, une sorte de « coffre », un peu en retrait de l'océan dont la pression douce se fait sentir. Au sud : le brasier permanent des Landes. Au nord-ouest : l'ouverture atlantique. Entre le feu résineux et l'espace maritime incurvé : une ville tempérée qui résume tous les climats. Supposons maintenant que je sois à New York, à Pékin, à Amsterdam ou à Londres : j'ouvre cette bouteille de margaux, je la bois lentement, je vais dormir, et le lendemain matin, je sais que j'ai été filtré par Bordeaux. Il faut « dormir » le vin pour le comprendre. C'est d'ailleurs plutôt lui qui vous comprend, qui vous accepte ou qui vous refuse. N'est pas dans le bordeaux qui veut. Un Bordelais est souvent bavard, mais c'est pour mieux cacher son silence. Personne n'est aussi trompeur sans avoir à le faire exprès. Cette gaieté ? Peut-être une mélancolie profonde. Cet art de vivre ? Sans doute une conscience aiguë du néant. Bordeaux ou la contradiction : comme une relativité généralisée, d'ailleurs concentrée dans le livre par excellence, les Essais de Montaigne, « que philosopher c'est apprendre à mourir », pages lues au lycée, commentées, relues et apprises par coeur. Avec les Lettres persanes, l'Esprit des lois, avec le Discours de la servitude volontaire, on a l'inspiration libérale et juridique de la cité frondeuse fondamentale, ville de dissidence par rapport au pouvoir central, ville où l'on préfère les Anglais à Jeanne d'Arc et à Napoléon, Louis XV à Louis XIV, ville du Prince noir et de la belle Aliénor.

« Esprit frondeur » : je retrouve cette annotation à l'encre rouge sur mes bulletins d'écolier, et, avec le temps, je me rends compte qu'il s'agissait plutôt d'un éloge, d'un encouragement discret sous la réprobation d'apparence. Montaigne, La Boétie, Montesquieu, et, plus tard, pendant la Révolution, le parti girondin, si mal connu et réhabilité par l'Histoire. Mauriac, enfin, ce Landais, romancier fiévreux et conscience morale intraitable. Les Bordelais ont l'habitude de célébrer leurs « trois M », Montaigne, Montesquieu, Mauriac : il est temps de leur ajouter un quatrième mousquetaire, de les inscrire mieux au pluriel. Un S, donc : le mien.

Impression de Bordeaux, capitale du XVIIIe siècle, sur les écrivains : c'est Stendhal qui note que « sans contredit, Bordeaux est la plus belle ville de France ». Il la compare à Venise, d'autres à Versailles. C'est Hölderlin, en 1802, qui parle « des montagnes de raisins d'où la Dordogne descend, où débouchent le fleuve et la royale Garonne, leurs eaux unies ». Voici l'Aquitaine, le pays des eaux, mais aussi la Gironde, mot merveilleux ; girond, gironde : « beau, gentil, mignon ». Mais aussi : « joyau en forme de médaillon, comme une broche ». À Bordeaux, le jeune Baudelaire s'est embarqué sur le bateau des Mers-du-Sud. À Bordeaux, Lautréamont a débarqué un jour, portant avec lui toute une sauvagerie d'Amérique. La place de la Bourse (ex-place Louis XV) est la mémoire de ce temps passé. Comme les deux grandes colonnes rostrales, consacrées l'une au commerce, l'autre à la navigation. Échanger, circuler : c'était, et ce sera de nouveau, après le tunnel du XIXe siècle et d'une grande partie du XXe siècle, le destin de Bordeaux, ville européenne comme Londres, Hambourg, Barcelone, Naples, Venise, Amsterdam. Les Français aiment-ils l'Europe ? Pas sûr. Je me suis fait traiter de tous les noms pour avoir dit que je me sentais un écrivain européen d'origine française. C'était pourtant du Montesquieu adapté. Montesquieu, à propos des Lettres persanes (à relire ces temps-ci) : « L'auteur s'est donné l'avantage de pouvoir joindre de la philosophie, de la politique et de la morale à un roman, et de lier le tout par une chaîne secrète et, en quelque façon, inconnue. »

Une chaîne secrète ? Celle, simplement, des Lumières. L'aventure continue"


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Bande son du moment : "La Passion selon Saint Jean" de Jean Sébastien Bach sous la direction de Stephen Cleobury

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citation du jour : « Quand dans un royaume il y a plus d’avantage a faire sa cour qu’à faire son devoir, tout est perdu. » Montesquieu

Humeur du moment : Regroupement des forces...

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