08/09/2012
La Vertu
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

« Que le robuste jeune homme, par une rude discipline, apprenne à subir sans se plaindre l’étroite pauvreté ; que, cavalier redoutable, il harcelle de sa lance les Parthes indomptés.
Qu’il vive toujours en plein air et au milieu des choses alarmantes. Que la femme du tyran ennemi, que la vierge fiancée, le regardant du haut des tours assiégées,
Soupire : — Hélas ! Puisse mon royal époux, ignorant les combats, éviter le choc de ce lion terrible qu’une fureur sanglante emporte à travers le carnage !
Il est doux et beau de mourir pour la patrie. La Mort poursuit le fuyard et n’épargne ni les jarrets, ni le dos timide d’une lâche jeunesse.
La Vertu ignore les honteux affronts, elle brille d’honneurs immaculés ; elle ne prend ni ne dépose les haches au gré du souffle populaire.
La Vertu, fermant le ciel à ceux qui ont mérité de ne point mourir, y monte par des voies inconnues ; elle fuit avec dédain, d’une aile rapide, les vulgaires multitudes et la terre fangeuse.
Une sûre récompense est aussi réservée au silence fidèle. J’interdirai à celui qui aura révélé les mystères de Cérès d’habiter sous les mêmes poutres et de monter sur la même nef fragile que moi.
Souvent Diespiter oublié joint l’innocent au coupable. Le Châtiment au pied boiteux abandonne rarement la trace du scélérat qui fuit. »
Horace, Ode II - À la jeune romaine

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ALAIN BASHUNG : « C'est comment qu'on freine » (1982)
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C'est la rentrée.
Tout le monde rentre...
C'est par où la sortie ?
Philippe "The Reverend" Nicole (Bassiste-chanteur des défunts King Size et ex-bassiste chez Peter Night Soul Deliverance et chez Margerin)...
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Il est bon aussi d'aimer
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« Il est bon aussi d’aimer ; car l’amour est difficile. L’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c’est le plus haut témoignage de nous-même ; l’œuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. C’est pour cela que les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer ; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur cœur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer. Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l’amour n’est longtemps, et jusqu’au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde. L’amour ce n’est pas dès l’abord se donner, s’unir à un autre. (Que serait l’union de deux êtres encore imprécis, inachevés, dépendants ?) L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l’amour de l’être aimé. C’est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu’appelle le large. Dans l’amour, quand il se présente, ce n’est que l’obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir (zu horchen und zu hämmern Tag und Nacht). Se perdre dans un autre, se donner à un autre, toutes les façons de s’unir ne sont pas encore pour eux. Il leur faut d’abord thésauriser longtemps, accumuler beaucoup. Le don de soi- même est un achèvement : l’homme en est peut- être encore incapable.
Là est l’erreur si fréquente et si grave des jeunes. Ils se précipitent l’un vers l’autre, quand l’amour fond sur eux, car il est dans leur nature de ne pas savoir attendre. Ils se déversent, alors que leur âme n’est qu’ébauche, trouble et désordre. Mais quoi ? Que peut faire la vie de cet enchevêtrement de matériaux gâchés qu’ils appellent leur union et qu’ils voudraient même appeler leur bonheur ? – Et quel lendemain ? Chacun se perd lui-même pour l’amour de l’autre, et perd l’autre aussi et tous ceux qui auraient pu venir encore. Et chacun perd le sens du large et les moyens de le gagner, chacun échange les va-et-vient des choses du silence, pleins de promesses, contre un désarroi stérile d’où ne peuvent sortir que dégoût, pauvreté, désillusion. Il ne lui reste plus qu’à trouver un refuge dans une de ces multiples conventions qui s’élèvent partout comme des abris le long d’un chemin périlleux. Nulle région humaine n’est aussi riche de conventions que celle-là. Canots, bouées, ceintures de sauvetage, la société offre là tous les moyens d’échapper. Enclins à ne voir dans l’amour qu’un plaisir, les hommes l’ont rendu d’accès facile, bon marché, sans risques, comme un plaisir de foire. Combien d’êtres jeunes ne savent pas aimer, combien se bornent à se livrer comme on le fait couramment (bien sûr, la moyenne en restera toujours là) et qui ploient sous leur erreur ! Ils cherchent par leurs propres moyens à rendre vivable et fécond l’état dans lequel ils sont tombés. Leur nature leur dit bien que les choses de l’amour, moins encore que d’autres, importantes aussi, ne peuvent être résolues suivant tel ou tel principe, valant dans tous les cas. Ils sentent bien que c’est là une question qui se pose d’être à être, et qu’il y faut, pour chaque cas, une réponse unique, étroitement personnelle. Mais comment, s’ils se sont déjà confondus, dans la précipitation de leur étreinte, s’ils ont perdu ce qui leur est propre, trouveraient-ils en eux-mêmes un chemin pour échapper à cet abîme où a sombré leur solitude ? »
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
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