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03/11/2012

Sans doute faudra-t-il des siècles pour admettre que le nazisme a bel et bien été un marxisme non perverti

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« ...La religion des ancêtres. La guerre moderne repose sur le culte nécrophile qui n’a pas besoin d’être avoué pour être évident. Ce n’est pas le 19e siècle qui est mort en 1914, c’est le 20e qui, à peine né, a plongé dans la découverte de lui-même comme dixneuviémité en acte. A travers l’enfer de fer, de feu, de boue, du national-occultisme-socialiste universel. La nationalisation intégrale de l’occulte dans sa socialisation achevée. Je l’ai déjà suggéré, Hitler n’est que la figure la plus cauchemardesque de tous les revivals dixneuviémistes de notre temps. Comme socialiste d’abord, réalisateur et accomplisseur fanatique du marxisme ayant simplement pris au sérieux, ainsi qu’il s’en vantait devant Rauschning, le programme envisagé timidement par “ces âmes de petits boutiquiers et de dactylos” qu’étaient à ses yeux les socialistes et donnant à leur “volonté de construction révolutionnaire” la logique du meurtre intégral. “Qu’avons-nous besoin de nationaliser les banques et les usines? s’écriait-il. Nous socialisons les hommes.” Disons les choses brutalement, quitte à scandaliser: le marxisme sous le Troisième Reich, a marché. Il a même couru comme la peste. Mais sans doute faudra-t-il des siècles pour admettre que le nazisme a bel et bien été un marxisme non perverti... C’est à dire une guerre de croyance parfaitement lucide. »

Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges

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Les prix des fillettes et des petits garçons étaient tombés depuis quelques jours, et continuaient à baisser

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« Des femmes livides, défaites, aux lèvres peintes, aux joues décharnées, couvertes d'une croûte de fard, horribles et pitoyables, se tenaient au coin des rues, offrant aux passants leur misérable marchandise : des garçons et des petites filles de huit ou dix ans, que les soldats marocains, hindous, malgaches, palpaient en relevant les robes ou en glissant leur main entre les boutons des culottes. Les femmes criaient : "Two dollars the boys, three dollars the girls !"

-Tu aimerais, dis, une petite fille à trois dollars, disais-je à Jack.

- Shut up, Malaparte.

- Ce n'est pas cher après tout, une petite fille pour trois dollars. Un kilo de viande d'agneau coûte bien plus cher. Je suis sûr qu'à Londres ou à New York une petite fille coûte plus cher qu'ici, n'est-ce pas, Jack ?

- Tu me dégoûtes, disait Jack.

- Trois dollars font à peine trois cent lires. Combien peut peser une fillette de huit à dix ans ? Vingt-cinq kilos ? Pense qu'un seul kilo d'agneau, au marché noir, coûte cinq cent lires, c'est-à-dire cinq dollars.

- Shut up, criait Jack !

Les prix des fillettes et des petits garçons étaient tombés depuis quelques jours, et continuaient à baisser. Tandis que les prix du sucre, de l'huile, de la farine, de la viande, du pain, étaient montés, et continuaient à augmenter, le prix de la chair humaine baissait de jour en jour. Une fille de vingt à vingt-cinq ans, qui, une semaine avant coûtait jusqu'à dix dollars, ne valait désormais que quatre dollars, os compris. La raison d'une telle baisse de prix de la chair humaine sur le marché Napolitain dépendait peut-être du fait que, de toutes les régions de l'Italie méridionale, les femmes accouraient à Naples. Pendant les dernières semaines, les grossistes avaient jeté sur le marché d'importantes livraisons de femmes Siciliennes. Ce n'était pas que de la viande fraîche, mais les spéculateurs savaient que les soldats nègres ont des goûts raffinés, et préfèrent la viande pas trop fraîche. Toutefois, la viande Sicilienne n'était pas très demandée, et même les nègres finirent par la refuser. Les nègres n'aiment pas les femmes blanches trop noires. »

Curzio Malaparte, La Peau

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