27/03/2013
Failure...
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Un indéfectible lien que nous firent les larmes
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« Un jour que je versais amèrement des larmes, que défaite en douleur, mon espérance allait s'évanouir, - et j'étais solitaire, debout près de ce tertre aride qui, dans son lieu obscur et resserré, détenait l'être de ma vie - solitaire comme aucun solitaire n'avait jamais été - oppressé d'une angoisse indicible, à bout de force, plus rien qu'un souffle de détresse... Comme alors je quêtais des yeux quelque secours, ne pouvant avancer ni reculer non plus, un immense regret me retenait à la vie qui fuyait, s'éteignait ; - alors, du fond des bleus lointains, de ces hauteurs de ma félicité ancienne, vint un frisson crépusculaire, - et par un coup se rompit le lien natal : la chaîne de la lumière.
Loin s'est enfuie la terrestre splendeur, et avec elle ma désolation : - le flot de la mélancolie est allé se résoudre en un nouveau, un insondable monde. O nocturne enthousiasme, toi le sommeil du ciel, tu m'emportas : - le site s'enlevait doucement en hauteur, et sur le paysage flottait mon esprit libéré de ses liens, né à nouveau. Le tertre n'était plus qu'un nuage de poussière, que transperçait mon regard pour contempler la radieuse transfiguration de la bien-aimée. L'éternité reposait en ses yeux - j'étreignis ses mains, et ce fut un étincellent, un indéfectible lien que nous firent les larmes. Les millénaires passaient au loin comme un orage. Et ce furent des larmes d'extase que je versai sur son épaule, au seuil de la vie nouvelle.
Ce fut là le premier, l'unique rêve, - et depuis lors, à jamais, je sens en moi une foi éternelle, immuable, en le ciel de la Nuit et sa lumière, la Bien-Aimée. »
Novalis, les Hymnes à la Nuit
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Jusqu'à quand pourrai-je mener mon existence "ironique" ?
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« Jusqu'à quand pourrai-je mener mon existence "ironique" ? C'est la seule question importante. C'est aussi la seule que je devrais m'interdire de me poser. Vivre l'instant. Vivre dans l'instant. Ne jamais songer au lendemain. »
« L'homme dyonisiaque n'aime pas échouer. Comme les autres, il cherche le triomphe, mais, rencontrant la défaite, il découvre avec terreur et ivresse que celle-ci peut être voluptueuse. Nihiliste par occasion et non par volonté. »
Gabriel Matzneff, Cette camisole de flammes, journal 1953-1962

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L’idée athée par excellence est l’idée de progrès
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« L’idée athée par excellence est l’idée de progrès, qui est la négation de la preuve ontologique expérimentale ; elle implique que le médiocre peut de lui même produire le meilleur.
Or toute la science moderne concourt à la destruction de l’idée de progrès et à établir que tout progrès vient du dehors. Darwin a détruit l’illusion de progrès interne qui se trouvait dans Lamarck. La théorie des mutations ne laisse subsister que le hasard et l’élimination. L’énergétique pose que l’énergie se dégrade et ne monte jamais; qu’elle se gaspille et ne s’accroît jamais; que rien ne monte sans qu’autre chose ne soit davantage descendu; et cela s’applique même à la vie végétale et animale.
Principe de l’usage de la science moderne en faveur de la véritable foi. Très important.
La sociologie et la psychologie ne seront scientifique que par un usage analogue de la notion d’énergie, usage incompatible avec toute illusion de progrès ; et alors elles resplendiront de la lumière de la vraie foi. »
Simone Weil, Cahier VIII

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