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13/09/2013

La solitude mortelle et irrationnelle est toujours couronnée

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Un nouvel amour donne toujours de l’espoir, la solitude mortelle et irrationnelle est toujours couronnée ; cette chose que j’ai vue (cette horreur du vide reptilien) quand j’ai inspiré à fond l’iode mortelle de la mer, à Big Sur, est maintenant justifiée et sanctifiée, levée comme une urne sacrée vers le ciel, par le simple fait de se déshabiller, de faire aller les corps et les esprits dans les délices mélancoliques, inexprimables et frénétiques de l’amour. Ne laissez aucun vieux chnoque vous dire le contraire ; quand on pense que personne, dans ce vaste monde, n’ose jamais écrire l’histoire véritable de l’amour, on nous colle de la littérature, des drames à peine complets à cinquante pour cent. Quand on est allongé, bouche contre bouche, baiser contre baiser dans la nuit, la tête sur l’oreiller, rein contre rein, l’âme baignée d’une tendresse qui vous submerge et vous entraîne si loin des terribles abstractions mentales, on finit par se demander pourquoi les hommes ont fait de Dieu un être hostile à l’amour charnel. »

Jack Kerouac, Big Sur

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Je n’ai personne avec qui partager mon oui et mon non

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« L’Occident que j’aurais aimé n’existe plus ; l’Orient que j’aime n’existera bientôt plus, et j’ai pour lui la tendresse désespérée que j’aurais pour une jeune maîtresse que je saurais cancéreuse, et condamnée, me disant à chaque baiser que ce sera peut-être le dernier. Dans un mois, dans un an, l’Orient entier ressemblera à Beyrouth ou à Tel-Aviv, c’est la même chose, l’Orient entier aura été atteint par la laideur et la vulgarité de l’Occident moderne. L’ancien Japon est mort. L’ancienne Russie est morte. L’ancienne Chine est morte. L’ancien Thibet est mort. Demain, ce sera au tour de l’Orient arabe d’être tué par l’architecture, les mœurs et la pensée d’un Occident qui, libéral ou socialiste, marxiste ou capitaliste, noie la noblesse, la beauté et la poésie de la vie sous les flots irrémédiables d’un océan de merde grisâtre.

Blâmé ou loué, mais jamais compris, je n’ai personne avec qui partager mon oui et mon non. Je n’en souffre pas, car dès l’enfance j’ai su que je serais toujours marginal, solitaire, différent, mais j’éprouve au vif l’ennui que m’inspire un monde - la société européenne industrielle et petite-bourgeoise - dont je ne parle pas la langue, et qui n’entend pas la mienne. C’est parce que l’Occident est le point où le soleil se couche, le royaume de la nuit, du froid et de la mort, que, comme les autels de nos églises, je me tourne vers l’Orient, cette terre bénie où naissent les dieux et leur gracieux cortège de chimères enchanteresses, avec l’espoir que sa beauté condamnée durera aussi longtemps que moi et que je pourrai - jusqu’à l’instant où je m’embarquerai à mon tour sur la gondole funèbre vers la Venise ultime d’où l’on ne revient pas - y étancher ma soif de bonheur et mon goût du malheur qui sont, l’une et l’autre, inassouvissables. »

Gabriel Matzneff, Le carnet arabe

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Allégeance

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« Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima ?

     Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

     Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

     Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ? »

René Char, Fureur et mystère

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