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26/11/2013

Un dégoût anonyme de tous les sentiments

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« Mais ce qui nous en reste, sans nul doute, c’est un dégoût de la vie et de toutes ses actions, une lassitude anticipée de tous les désirs et de toutes leurs manifestations, un dégoût anonyme de tous les sentiments. Dans ces heures de subtile mélancolie, il nous devient impossible, même en rêve, d’être amoureux, d’être héroïque, d’être heureux. Tout cela est vide, jusque dans l’idée de ce qu’il est. Tout cela nous est dit dans une autre langue, incompréhensible, suite sonore de syllabes qui ne prennent aucune forme dans notre esprit. La vie est creuse, notre âme est creuse, le monde entier est creux. Tous les dieux meurent, d’une mort plus profonde que la mort. Tout est plus vide que le vide. Tout se réduit à un chaos de choses inexistantes. »

Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité

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Je ne sais si ces sentiments trahissent une lente folie

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« Je ne sais si ces sentiments trahissent une lente folie, née de la détresse, ou s’ils sont les réminiscences de quelque autre monde où nous aurions déjà vécu – réminiscences croisées et entremêlées comme les choses vues en rêve, dont l’aspect nous semble absurde, mais dont l’origine ne le serait pas – si seulement nous la connaissons. Je me demande s’il n’a pas existé d’autres êtres – nous-mêmes autrefois – dont nous percevons aujourd’hui, ombres de ce qu’ils furent, la plus grande complétude, mais de manière incomplète, une fois perdue leur consistance que nous pouvons tout juste imaginer, réduits aux deux dimensions de cette ombre que nous vivons. »

« Je sais que ces pensées de l’émotion font rage dans notre âme. Notre incapacité à imaginer à quoi elles peuvent correspondre, ou à trouver quoi que ce soit pour remplacer ce qu’elles étreignent en vision – tout cela nous pèse comme une condamnation, infligée nous ne savons ni où, ni par qui, ni pourquoi. »

Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité

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