29/11/2013
Ce ne sont plus des femmes...
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Les bêtes sont le Christ, pensais-je, et mes lèvres tremblent, mes mains en tremblent...
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« Les autres officiers, les camarades de Frédéric, sont jeunes aussi : vingt, vingt-cinq, trente ans. Mais tous portent sur leur figure jaune et ridée des signes de vieillesse, de décomposition, de mort. Tous ont l’œil humble et désespéré du renne. Ce sont des bêtes, pensé-je; ce sont des bêtes sauvages, pensé-je avec horreur. Tous ont, sur leur visage et dans leurs yeux, la belle, la merveilleuse et la triste mansuétude des bêtes sauvages, tous ont cette folie concentrée et mélancolique des bêtes, leur mystérieuse innocence, leur terrible pitié. Cette terrible pitié chrétienne qu’ont les bêtes. Les bêtes sont le Christ, pensais-je, et mes lèvres tremblent, mes mains en tremblent. Je regarde Frédéric, je regarde ses camarades; tous ont le même visage flapi et ridé, le même front dénudé, le même sourire édenté, tous ont le même regard de renne. Même la cruauté, la cruauté allemande est éteinte sur leurs visages. Ils ont l’œil du Christ, l’œil d’une bête. Et, brusquement, me revient à l’esprit ce que j’ai entendu raconter dès le premier moment où je suis arrivé en Laponie, et dont chacun parle à voix basse, comme d’une chose mystérieuse (c’est chose véritablement mystérieuse), ce dont il est interdit de parler. Il me revient à l’esprit ce que j’ai entendu raconter dès le premier moment où je suis arrivé en Laponie au sujet de ces jeunes soldats allemands, de ces Alpenjäger du général Dielt qui se pendent aux arbres dans l’épaisseur des forêts ou s’asseyent des jours et des jours au bord d’un lac, en regardant l’horizon, puis se tirent un coup de revolver dans la tempe, ou bien, poussés par une extraordinaire folie, sorte de fantaisie amoureuse, vagabondent dans les bois comme des bêtes sauvages, se jettent dans l’eau immobile des lacs, ou s’étendent sur un tapis de lichens, au-dessous des pins que le vent fait gronder, et attendent la mort, se laissent tout doucement mourir dans la solitude glaciale et distraite de la forêt. »
Curzio Malaparte, Kaputt
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J'imagine que les secours en argent iront surtout à quelques millionnaires
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[Après la destruction, le 8 mai 1902, de Saint-Pierre de la Martinique par l'éruption de la montagne Pelée]
« On a récolté près d'un million, pour la Martinique. Les malheureux en recevront-ils seulement un quarantième ? J'imagine que les secours en argent iront surtout à quelques millionnaires dont l'opulence a été plus ou moins entamée par le volcan et qui ont besoin de se refaire. Pour ce qui est des mourants de faim, on leur expédiera de la morue invendable, des farines avariées, des conserves en putréfaction, tous les rebuts et déchets des entrepôts de la France ou de l'Angleterre. Les fournisseurs nageront dans l'allégresse et les tenanciers de la Compassion publique achèteront des immeubles situés à d'énormes distances de tout cratère. »
Léon Bloy, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne
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Ils s'en allaient, mornes, sans joie, et sans expression
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« Les gens n'avaient pas de figures, ou plutôt ils avaient tous la même figure. Ces hommes paraissaient enchaînés. Ils ne semblaient être conscients ni de l'espace, ni de l'ampleur. Ils s'en allaient, mornes, sans joie, et sans expression, presque comme des machines, des machines bien graissées, assouvies, au souffle rapide et frémissantes de vitalité, mais nullement vivantes. »
Ernst von Salomon, Les Réprouvés
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La haine envers soi équivaut à l’égoïsme
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« Pour ce qui est des autres, du monde environnant, il faisait continuellement et héroïquement effort pour les aimer, leur rendre justice, ne point leur faire de mal, car “aimer son prochain” était inscrit en lui aussi profondément que se haïr lui-même : ainsi, toute sa vie n’a-t-elle pas démontré qu’il est impossible d’aimer son prochain sans s’aimer soi-même, que la haine envers soi équivaut à l’égoïsme et engendre le même isolement sinistre, le même désespoir ? »
Hermann Hesse, Extrait de "La préface de l’éditeur" ( à propos de Harry Haller) en ouverture de Le Loup des steppes
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Ceci n'est plus une femme...
00:08 Publié dans Gender... | Lien permanent | Commentaires (0) |
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