27/05/2018
Entre gens sensibles
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« Le truand, vivant le plus fréquemment sous des identités bidons, blazes fantoches, qualités supposées, état-civil de la Sainte-Farce, la coutume de souhaiter les anniversaires de naissance s’est, pour les raisons d’incertitude qu’on suppose, perdue dans le Milieu.
Quelques anniversaires peuvent toutefois se célébrer, entre gens sensibles, soucieux de marquer l’écoulement du temps. Il sera de bon ton de participer à ces commémorations, dès lors que vous y serez conviés, et notamment dans les circonstances suivantes. Anniversaire entre équipiers.
L’anniversaire d’une affaire bégalante et où tout a baigné dans l’huile, peut se fêter entre équipiers par un solide casse-graine. Assurez vous toutefois au préalable que tous les hommes qui y assistent ont bien vieilli, faute de quoi, le repas risque de tourner au banquet d’anciens combattants. Il est en effet fréquent, les souvenirs s’émoussant, de découvrir chaque convive persuadé qu’il a été l’artisan de la victoire, et de s’entendre raconter une version purement imaginaire d’un turbin auquel vous avez pourtant participé.
Défiez-vous, au cours de ce genre d’agapes, des flambeurs chroniques. Ayant depuis longtemps évaporé leur fade sur les hippodromes, il n’est pas rare que ce genre de gonzes, se croyant reporté par la magie de l’évocation à la veille du partage, et se croyant de ce fait de l’artiche à emplâtrer, ne tentent au dessert de vous donner un coup de bottine.
L’anniversaire d’une sortie du bing, à l’issue d’un trop long séjour, peut aussi se fêter, mais uniquement entre intimes. »
Albert Simonin, Le savoir-vivre chez les truands
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Angoisse existentielle...
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Action...
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Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois
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« Croisset, 7 octobre 1871
(...)
Si la France ne passe pas, d’ici à peu de temps, à l’état critique, je la crois irrévocablement perdue. L’instruction gratuite et obligatoire n’y fera rien – qu’augmenter le nombre des imbéciles. Renan a dit cela supérieurement dans la préface de ses Questions contemporaines. Ce qu’il nous faut avant tout, c’est une aristocratie naturelle, c’est-à-dire légitime. On ne peut rien faire sans tête. – Et le suffrage universel tel qu’il existe est plus stupide que le droit divin. Vous en verrez de belles si on le laisse vivre ! La masse, le nombre, est toujours idiot. Je n’ai pas beaucoup de convictions. Mais j’ai celle-là, fortement. Cependant il faut respecter la masse si inepte qu’elle soit, parce qu’elle contient les germes d’une fécondité incalculable. – Donnez-lui la liberté mais non le pouvoir. Je ne crois pas plus que vous aux distinctions de classes. – Les castes sont de l’archéologie. – Mais je crois que les Pauvres haïssent les Riches, et que les riches ont peur des pauvres. Ce sera éternellement. – Prêcher l’amour aux uns comme aux autres est inutile. Le plus pressé est d’instruire les Riches, qui en somme sont les plus forts. Eclairez le bourgeois d’abord ! Car il ne sait rien, absolument rien. Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. – Le rêve est en partie accompli ! Il lit les mêmes journaux et a les mêmes passions.
Les trois degrés de l’instruction ont donné leurs preuves depuis un an . 1° l’instruction supérieure a fait vaincre la Prusse ; 2° l’instruction secondaire, bourgeoise, a produit les hommes du 4 septembre ; 3° l’instruction primaire nous a donné la Commune. Son ministre de l’Instruction primaire était le grand Vallès, qui se vantait de mépriser Homère.
Dans trois ans tous les Français peuvent savoir lire. Croyez-vous que nous en serons plus avancés ? Imaginez au contraire que, dans chaque commune, il y ait un bourgeois, un seul, ayant lu Bastiat, et que ce bourgeois-là soit respecté, les choses changeraient ! »
Gustave Flaubert, "Flaubert à George Sand, 7 octobre 1871", in Correspondance - La Pléiade Tome IV
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