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29/04/2010

02-Little Richard: "Tutti Frutti" (1955) , à propos de "Predator", de John McTiernan (1987)

=--=Publié dans la Catégorie "Une Chanson, Un Film, par The Reverend..."=--=

Pendant les trois minutes du générique, Big John passe en revue tous les clichés du film de guerre gros bras-gueules burinées, histoire de bien brouiller les pistes, jusqu’au gros plan sur Schwarzie et au bras de fer ridicule qu’il entame avec un primate de ses amis. On se dit alors qu’on est parti pour une énième connerie guerrière quand soudain Little Richard en pousse un vrai, de cri de guerre, et voilà nos amis les bêtes en train de se maquiller comme des folles excitées dans l’hélico qui les conduit vers la party du soir. Léger décalage. C’est quoi ce bordel, uh ?

A partir de là, c’est la dégringolade pour cette jolie bande de patriotes en goguette, et plus rien ne sera comme avant. Maman, c’est donc ça la guerre ? C’est vraiment dégueulasse, dis donc...

Nous étions partants pour un truc bien codifié comme il faut et voilà que les forces armées occidentales s’en prennent plein la gueule et commencent à douter de tout. Y’a guère que l‘Indien du lot qui flaire quelque chose de pas catholique (hé, hé), et qui va bientôt donner le LA à toute la troupe : retour aux instincts primaires, à la bestialité, et, yes sir, we’re gonna have some fun tonight !

Tant et si bien qu’à la fin, lorsque le bel Arnold se retrouve seul, couvert de boue, partie intégrante de la végétation, et qu’il se colle des peintures de guerre sur la tronche, ce n’est plus du tout pour aller faire la fête aux crypto-communistes, mais pour sauver son cul de petit blanc en allant exploser la tête de l’alien qui commence à sérieusement faire chier son monde, là.

Bon, mise en scène sublime, maîtrise du cadre, sans parler de l’utilisation parfaite du corps de Schwarzie. Il n’est que ça, d’ailleurs, un corps, et il le dit lui même : un objet que l’on jettera lorsqu’il ne sera plus utile. Voila du cinéma, et voilà un metteur un scène : donnez lui un crétin autrichien musculeux avec deux expressions à son jeu d’acteur (colère, pas colère) et il vous en fait un prédateur ultime, un sauvage magnifique.

Sans être anglophile, on peut tenter l’expérience de la VO sans sous-titres, et ça marche, parce que Mc Tiernan est grand !
Sa mise en scène est tellement parlante, pleine de sens, que les dialogues sont presque inutiles. La scène grandiose à la sortie de la chute d’eau, lorsque Arnold couvert de vase se planque dans les racines et DEVIENT racine à son tour, se passe sans un seul mot, et l’on comprend uniquement grâce aux images que c’est la boue qui le cache au regard du Predator. Et Mc Tiernan autorise Schwarzie à prononcer cette phrase à la fin de la scène, d’une voix complètement atonale, pas jouée du tout : « C’est la boue qui l’empêche de me voir », exactement comme, au temps du muet, on aurait intercalé un carton explicatif.

C’est toujours la même histoire, Ford avait su tirer parti de John Wayne, en son temps. Bon, c’est vrai , l’Irlandais savait AUSSI sourire, ce n’est pas négligeable, et il n’a JAMAIS été gouverneur de Californie, c’est appréciable.
Mais bon sang, Mc Tiernan filme le Vietnam, là, carrément, et sa jungle est dix fois plus hostile et inquiétante que celle de « Platoon », tout simplement parce qu’il ne fait jamais appel à la fameuse psychologie (« La psychologie est la mère de tous les vices » Nietzche) qui gangrène ces soi-disant films de guerre réalistes. Et qu’est ce que le réalisme viendrait donc foutre dans le cinéma, dites moi ?

Et en particulier dans un film de gladiateurs...

 

podcast

 

Philippe "The Reverend" Nicole (Bassiste-chanteur des défunts King Size et, actuellement, bassiste chez Peter Night Soul Deliverance et chez Margerin)...

Le Don de l'Inquiétude

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Est-ce que j’adhère à ma pratique ? Je n’ose pas m’avouer à moi-même que je suis de la même chair que tous ceux qui m’ont marqué en tant qu’artistes ? Cela paraîtrait orgueilleux malgré toute mon humilité. Au rasoir je déplie les chairs sous l’épiderme. J’y vois des univers.

Quand le rêve se déploie, Nombres et Chiffres s’exclament silencieusement. L’Infini tisse ses variations sans limites, formes changeantes et immuables. Ondes intérieures. Luminosités. Rythmes. Et tout est là-bas, ailleurs, en dehors et en dedans.

Aussi, ceci : les eaux vertes intérieures, nauséabondes, dans la fosse septique où nous amassons nos merdes psychiques et où personne n’ose aller voir. Méfiance. Une merde de trop et ça déborde. Par tous les trous : du nez, des oreilles, des yeux, de la bouche et ça pisse et ça chie, d’étranges ectoplasmes auto-construits par des mois et des années de tassages autoritaires, d’étouffements abusifs. Je songe à ce film, « Soudain l’été dernier ». Je songe, également, à leur tenir tête à tous. Parfois je suis sur la limite des limites, m’invitant presque à l’abolition de tout impératif moral. Rendre tout permis. Les incendier tous. Je suis épuisé par une pénible affection qui vient de ses eaux vertes intérieures. J’ai poussé ma quête dans ses ultimes retranchements en l’état actuel de choses. J’ai parfois un visage livide, morbide, proche de la démence. Un sourire parvient à l’éclairer un court instant.

Enfant j’ai été un rêveur malheureux. Adolescent je devins résolu. Adulte : disparues mes belles résolutions.

La Vie, je l’ai célébrée. Elle m’a éreinté et affaibli. Mais je ne suis pas fini encore. Il faudrait qu’elle m’achève.

Il ne faut rien dompter. Apprivoiser plutôt.

Il y a une joie de vivre à communiquer...à offrir en partage. Même si la situation semble désespérée. Sollers dirait : « mon propos est le suivant : je cherche le bonheur sur fond noir »...

Le système n'attend que ça de nous,(C'est mon avis) : que nous désespérions suffisamment pour rester tranquilles et être, du coup, facilement manipulables. Être heureux, aujourd'hui, avec des choses simples (un repas fraternel, l'amour de la Culture, un air de musique, jouer avec des enfants, faire vraiment l'amour, se promener au bord de la mer, croquer des raisins, caresser un chat, donner les miettes de la table aux oiseaux, voyager, rire à flanc de montagne, fumer un bon joint, boire un Sauternes Glacé, faire les bouquinistes, dialoguer, etc...) être heureux aujourd'hui, disais-je, c'est un acte de Révolte. C'est tout le contraire « d'être RE » comme dit la publicité du Club Med'... C'est se contenter de ce qu'on a, tenter de l'améliorer en prenant date avec soi-même, ne pas s'apitoyer sur son sort…et c'est TRÈS DIFFICILE À APPLIQUER! Mais, avec le temps, j'y arrive de plus en plus. C'est une affaire d'équilibre et l'équilibre ne s'obtient qu'avec le temps.

Les hurlements de Nietzsche ont traversé tout le 20ème Siècle. Massacres. Sang. Horreur. Négation du corps jusque dans sa pseudo-libération. Mise en troupeau du bétail humain. Règne de plus en plus évident de la médiocrité. Planification et normalisation en cours. Tout part en couilles !

On s’en sortira ! On est condamnés à s’en sortir.

« Je suis tourné vers ceux qui portent le don de l'inquiétude et je crie vers eux. » Pierre Drieu la Rochelle

09:54 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook