04/06/2011
Au Pakistan, regarder vers La Mecque ce n’est pas forcément regarder vers l’avenir
=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=
Un jour de 1947 Lord Mountbatten, vice-roi des Indes, embarqua sur un croiseur anglais à destination de la Grande-Bretagne. C’est ainsi que sonna le glas de l’empire des Indes, sous tutelle britannique depuis des siècles. La proclamation de l’indépendance entraina d’abominables massacres auxquels le pacifique Gandhi assista triste et impuissant. De ce flot de sang émergèrent deux états : l’Inde et le Pakistan. 65 ans ont passé depuis…
L’Inde est aujourd’hui une démocratie visitée par des millions de touristes. Le Pakistan est un pays rongé par le tribalisme, le terrorisme, les assassinats politiques et où personne ne va. D’où vient cette différence entre deux pays issus du même socle ?
L’Inde est devenue une des premières puissances économiques émergentes du monde. Technologies de pointe, informatique etc : toute la planète recrute des spécialistes et des étudiants indiens. Et c’est bien Mittal (un exemple parmi d’autres) qui a racheté Arcelor. Le Pakistan traîne sa misère dans le peloton des pays qui s’enfoncent. D’où vient cette différence ?
L’Inde rayonne dans le domaine du cinéma à telle enseigne qu’Hollywood doit négocier, tête basse, avec Bollywood. Le Pakistan ? Avez-vous déjà entendu parler d’un film pakistanais. D’où vient cette différence ?
L’Inde développe ses universités, ses écoles, et cherche, difficilement certes, à combattre l’illettrisme. Le Pakistan demeure dans une arriération culturelle et intellectuelle effrayante, quels que soit les efforts, réels, de certaines de ses élites. D’où vient cette différence ?
Regarder vers La Mecque ce n’est pas nécessairement regarder vers l’avenir
On peut trouver une réponse à cette question dans un livre qui vient de sortir. Il raconte l’histoire d’Asia Bibi, une chrétienne condamnée à mort pour avoir préféré Jésus à Mahomet. Oui, ce « délit » est puni par la peine capitale au Pakistan. C’est dans la loi. C’est la loi. La changer ? Impossible ! Des députés pakistanais ont voulu légèrement amender (pas abolir quand même…) cette sympathique disposition. Des centaines de milliers de Pakistanais, encadrés par des mollahs fanatiques, sont descendus dans la rue, hurlant à la vengeance. Cette tentative déicide fut aussitôt et évidemment abandonnée. Voilà pourquoi Asia Bibi attend que la Cour Suprême du pays décide si elle sera pendue ou si elle troquera la potence pour une peine de prison. Il y a au Pakistan des gens biens et courageux. Shabbaz Batti, Ministre des Minorités, était intervenu en sa faveur : assassiné ! Salman Taseer, le gouverneur de Pendjab, l’avait soutenue : assassiné ! Précisons, à toutes fins utiles, que la loi sur le blasphème ne concerne qu’une religion, l’Islam, et qu’un seul prophète, Mahomet.
Telle est la réponse à la question posée plus haut concernant un pays qui va de l’avant et un autre qui court très vite en arrière. Le mal, car mal il y a, remonte à loin. A 1947 précisément. Quand l’indépendance des deux Etats fut acquise, l’un se dota d’une constitution laïque (pas hindouiste) et l’autre d’une constitution religieuse (islamique). En 65 ans ils n’ont pas suivi le même chemin : regarder vers La Mecque ce n’est pas nécessairement regarder vers l’avenir. Et c’est ainsi que le Pakistan est devenu, d’une certaine façon, la banlieue misérable, haineuse, et criminogène de l’Inde.
C’est aussi pourquoi depuis toujours, que de génération en génération, des centaines de milliers d’Européens et d’Américains ont défilé et défilent en Inde pour y trouver de gentils gourous, ont séjourné et séjournent dans des ashrams pour y plonger, un peu naïvement, dans l’amour des fleurs, des animaux et pour découvrir les chakras qui seraient le secret de leur énergie vitale. On est pas obligé d’y croire mais ça ne fait de mal à personne. D’autres pèlerins heureusement bien moins nombreux, partent depuis un certain temps pour le Pakistan. Là-bas dans les madrassas on leur apprend la charia et la haine…
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Benoît Rayski - historien, écrivain et journaliste.
Il a écrit notamment L'homme que vous aimez haïr qui analyse l'"anti-sarkozysme primaire" ambiant.
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Ne penser à rien, oublier la souffrance même là où elle est montrée
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Theodor W. Adorno
« Plus les positions de l’industrie culturelle se renforcent, plus elle peut agir brutalement envers les besoins des consommateurs, les susciter, les orienter, les discipliner, et aller jusqu’à abolir l’amusement : aucune limite n’est plus imposée à un progrès culturel de ce genre. Mais la tendance est immanente au principe même de l’amusement "éclairé" et bourgeois.
Si le besoin d’amusement a été produit dans une large mesure par l’industrie qui utilisait l’image du pudding pour vendre de la poudre de pudding, l’amusement, lui, a toujours révélé combien il dépendait de la manipulation commerciale, du baratin du vendeur, du bonimenteur des foires. Mais l’affinité existaient déjà à l’origine entre les affaires et l’amusement apparaît dans les objectifs qui lui sont assignés : faire l’apologie de la société. S’amuser signifie être d’accord. Cela n’est possible que si on isole l’amusement de l’ensemble du processus social, si on l’abêtit en sacrifiant au départ la prétention qu’a toute œuvre, même la plus insignifiante, de refléter le tout dans ses modestes limites.
S’amuser signifie toujours : ne penser à rien, oublier la souffrance même là où elle est montrée. C’est effectivement une fuite mais, pas comme on le prétend, une fuite devant la triste réalité ; c’est au contraire une fuite devant la dernière volonté de résistance que cette réalité peut avoir encore laisser subsister en chacun. La libération promise par l’amusement est la libération du penser en tant que négation.
L’impudence de cette question, qui est de pure rhétorique : "que croyez vous que les gens réclament ?" réside dans le fait qu’elle en appelle à ces gens même en tant que sujets pensants qu’elle pour tâche spécifique de priver progressivement de leur subjectivité. Même lorsqu’il arrive que le public se révolte contre l’industrie culturelle, il n’est capable que d’une très faible rébellion, puisqu’il est le jouet passif de cette industrie. »
Theodor W. Adorno & Max Horkheimer, Dialectique de la raison, 1944

Max Horkheimer
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