21/06/2012

Destroy

=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=

 

 

Chris Hedges

14:25 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (5) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

On vit le monde de l'horizontalité, appelé aussi monde du Bien, où journalistes, publicitaires, politiques, artistes post-modernes et cadres corporate mondialisés travaillent CONTRE la verticalité et la transcendance, un monde aplati dont la langue appauvrie ne pourra bientôt même plus rapporter la fin.

Dans un essai terrible, Richard Millet écrit:
"Les langues perdent leur universalisme singulier pour s'effacer dans la rumeur d'un monde horizontal, celui d'une Californie généralisée, dans laquelle les Maeva Johnson rencontrent les Kevin Durand, et les Océane N'Dongo les Julio Mayoshi, et les Jennifer Ben Mouloud, les Mustapha Meunier. Ce dernier nom, je l'emprunte d'ailleurs au 'Meilleur des mondes' de Huxley, qui date de 1932, première et visionnaire description du monde horizontal. L'homme horizontal est un homme abrégé, comme son langage. L'orthographe est simplifiée en Allemagne, et le sera bientôt en France. La Suède a renoncé au vouvoiement au profit du tutoiement. (...) L'effondrement de la langue a pour résultat son flottement syntaxique et sémantique: régime de l'à peu près, du 'cool', du libidinal, de tout ce qui cherche dans le tout-venant de la langue une authenticité qui est en réalité une forme "naturellement" dégradée de la vérité sur soi. (...) La langue française n'est plus que le lieu d'une singulière solitude; comme les autres langues occidentales, l'anglais y compris, mais plus que les autres, elle est le corps mort de la civilisation occidentale, laquelle fut française comme elle fut grecque, les Français ayant été les seuls, après les Grecs, à identifier avec justesse et opiniâtreté les Barbares avant de les accueillir, cédant aux vertiges du nihilisme américain. Elle flotte, cette langue, sur l'océan des vocables, parmi d'autres épaves, abandonnée au main stream du renoncement."

Richard Millet, "Arguments d'un désespoir contemporain" Hermann Littérature, 2011

Écrit par : Paglop77 | 27/06/2012

Merci, Paglop, celle-là, je vais la récupérer et la mettre directement dans ma "Catégorie" : "Lectures"...

Écrit par : Nebo | 27/06/2012

Je serai ravi de pouvoir discuter de l'essai magistral, lucide et (donc) dérangeant de Richard Millet, un "écrivain de l'aube" comme il se dépeint avec ses passions et ses rejets sans appel.

Écrit par : Paglop77 | 27/06/2012

Dans 'Harcèlement littéraire', un recueil d'entretiens de très haute volée accordés à Delphine Descaves et Thierry Cecille (Gallimard, 2005) par Richard Millet, l'état de la langue contemporaine est abordé:

Thierry Cecille: Le relâchement de la langue ternirait la vision ?

Richard Millet: C'est vous qui employez le mot relâchement. Ça me fait penser à ces écrivains qui disent écrire avec leurs tripes et dont la prose a quelque chose d'un produit intestinal. J'ai parlé du tout-venant de la langue; on pourrait même parler, parfois, de tout-à-légout linguistique. On peut certes envisager un travail littéraire à partir de ce relâchement, mais il faudrait invoquer Rabelais, Queneau, et tout un savoir que les plumitifs contemporains n'ont pas... On m'a quelquefois reproché une attitude réactionnaire à propos de la langue; c'est ne pas lire ce que j'écris, et croire que je campe sur une position défensive, ou crispée, ou prescriptive, alors qu'il me semble que le redéploiement d'une syntaxe puissante et riche permet les innovations les plus singulières - le paradoxe n'est qu'apparent -, ce qui est beaucoup plus générateur de nouveauté, voyez Racine, Sade, Proust, Genet, Ponge, que le fait de s'abandonner à une sorte de flux linguistique qu'on retranscrit avec tous les euphuismes argotiques, les pitoyables jeux de mots dans le goût de Libération, et les académisme.

Écrit par : Paglop77 | 29/06/2012

Excellent !

Écrit par : Rex | 29/06/2012

Écrire un commentaire