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06/08/2012

Fissure

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

J'ai, aussi, cette autre certitude : je sais que je suis parvenu plusieurs fois à rompre le silence des endormis en le faisant voler en mille éclats, autour de moi, à ma portée, dans mon entourage. Cela me suffit.
Il est triste de voir de belles âmes se tasser doucement au fil du temps, devenir aigries et coincées dans des postures idéologiques, par soucis familiale ou par peur de se retrouver seules face à elles-mêmes et d'émettre de tels jugements à mon égard dans l'hypocrite retrait des masques et des intrigues que ce ne sont pas mes oreilles qui sifflent mais mon coeur qui saigne.
Il m'importe par soucis d'excellence et de distinction affirmée, de ne pas me rabaisser à cette désespérance. Je me refuse à cultiver l'amertume à l'endroit où j'ai, jadis, cultivé de l'amour et de l'admiration.

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Sincérité vide

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Elle parlait à tort et à travers. Elle fait partie de cette culture débile du bla-bla. De cette génération qui est fière de son manque de profondeur. Tout est dans la sincérité du numéro. Sincère, mais vide, totalement vide. C'est une sincérité qui part dans tous les sens, une sincérité pire que le mensonge, une innocence pire que la corruption. Quelle avidité ça cache,  cette sincérité, et ce jargon ! Ce langage extraordinaire qu'ils ont tous, et on dirait qu'ils y croient, quand ils parlent de leur manque de valeur, alors qu'en disant ça ils estiment au contraire avoir droit à tout. Cette impudence qu'ils baptisent faculté d'amour, l'avidité brutale qu'ils camouflent sous la prétendue "perte de leur estime de soi". Hitler aussi manquait d'estime de soi. C'était son problème. L'arnaque que ces jeunes ont montée ! Cette mise en scène de la moindre émotion. Leurs "relations". Ma relation. Il faut que je clarifie ma relation. Dès qu'ils ouvrent la bouche, j'ai envie de grimper aux rideaux. Tout leur discours est un florilège des conneries qui ont traîné ces quarante dernières années. La clôture narrative. Autre cliché, tiens. Mes étudiants n'arrivent pas à maîtriser leur pensée. La clôture narrative ! Ils sont polarisés sur le récit conventionnel avec commencement, milieu et fin - toute expérience ambiguë qu'elle soit, si épineuse, si mystérieuse, doit se prêter à ce cliché de présentateur télé normatif et bien-pensant. Le premier qui me parle de clôture narrative, je vous le recale. Je vais leur en donner, moi, de la clôture narrative, leur chapitre est clos. »

Philip Roth, La tache

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