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09/04/2013

C'est l'entrée d'un pays qui commence par l'abîme...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Femme, soeur, amie, amante, prêtresse, pécheresse,
j'ai appris de ton ventre plus que ne m'enseignèrent les livres.
Femme, soeur, amie, amante, prêtresse, pécheresse, agnelle, louve, succube, garce, grâce, FOLLE, j'ai noyé dans ton ventre plus de raison que ne s'en vidait mon esprit.
Mais, Femme unique,
jamais, au grand jamais, je ne pourrais jurer, sur ton ventre, à sa source, que je sais où je vais lorsque je vais en lui.
Ceci n'est pas tout-à-fait un sexe.
C'est l'entrée d'un pays qui commence par l'abîme.
Ceci n'est pas tout-à-fait une fissure.
C'est, balbutiée, la promesse d'une béance.
Ceci n'est pas tout-à-fait la naissance du désir.
C'en est la convocation, nocturne, moite, grondante, interlope.
Enfin, ceci n'est pas tout-à-fait la femme que l'on connaît.
C'est, par dessus sa feinte tranquillité de dormeuse, le sillon insomniaque de ses sens.
C'en est l'histoire immémoriale, ramassée dans un bras du fleuve Amazone. »

Marcel Moreau, Tectonique de la femme


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Supplique à une jeune passante

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Fille en short, qui ronges tes ongles en tortillant du cul,
les garçons te regardent -
tu as plus d’importance, semble-t-il,
que Gaughin ou Brahma ou Balzac,
plus, en tout cas, que les crânes qui nagent à nos pieds,
ta démarche hautaine brise la tour Eiffel,
fait tourner les têtes des vieux vendeurs de journaux à la sexualité
éteinte depuis longtemps ;
tes bêtises réfrénées, ta danse de l’idiote,
tes grimaces délicieuses – ne lave jamais tes sous-vêtements
sales, ne chasse jamais tes actes d’amour
à travers les allées résidentielles -

ne nous gâche pas ça
en accumulant kilos et fatigue,
en acceptant la télévision et un mari gnangan ;
n’abandonne jamais ce déhanchement maladroit et inepte
pour arroser la pelouse le samedi -
ne nous renvoie pas à Balzac ou à l’introspection
ou à Paris
ou au vin, ne nous renvoie pas
à l’incubation de nos doutes ou au souvenir
du frétillement de la mort, salope, affole-nous d’amour
et de faim, garde les requins, les requins sanglants
loin du coeur. »

Charles Bukowski, Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines

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Une écriture qui supporte l'infini

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« Une écriture qui supporte l'infini,
les crevasses qui s'étoilent comme le pollen,
la lecture sans pitié des dieux,
la lecture illettrée du désert.

Une écriture qui résiste
à l'intempérie totale.
Une écriture qui puisse se lire
jusque dans la mort. »

Roberto Juarroz, Onzième poésie verticale

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