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15/04/2013

Les Fleuves

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Nous sommes temps. Nous sommes la fameuse
parabole d'Héraclite l'Obscur,
nous sommes l'eau, non pas le diamant dur,
l'eau qui se perd et non pas l'eau dormeuse.
Nous sommes fleuve et nous sommes les yeux
du grec qui vient dans le fleuve se voir.
Son reflet change en ce changeant miroir,
dans le cristal changeant comme le feu.
Nous sommes le vain fleuve tout tracé,
droit vers sa mer. L'ombre l'a enlacé.
Tout nous a dit adieu et tout s'enfuit
La mémoire ne trace aucun sillon.
Et cependant quelque chose tient bon.
Et cependant quelque chose gémit. »

Jorge Luis Borges, La Proximité de la mer

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Nietzsche a confondu le christianisme avec la doctrine de Luther

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« Comme chacun sait, Nietzsche oppose Dionysos, le dieu des Grecs, à Jésus, le crucifié, le dieu des Juifs. "Dionysos contre le crucifié." Pour Nietzsche, Dionysos représente l'affirmation religieuse de la vie. [...] Le crucifié représente bien entendu, selon Nietzsche, la négation de la vie, la faiblesse, la pauvreté. "Le dieu en croix est une malédiction de la vie."

Ce qui, du point de vue scientifique, est comique en l'occurrence, c'est que, comme l'ami de Nietzsche, Erwin Rohde, l'a montré dans son très beau livre, "Psyché", les fidèles qui se réunissaient sous l'invocation d'Orphée, au VIe siècle avant notre ère, célébraient un culte - celui de Dionysos, précisément. Or s'il existe une doctrine pessimiste, et qui accuse l'existence présente, corporelle, physique, matérielle, c'est bien l'orphisme. Il suffit de se reporter au chapitre que Rohde a consacré à la doctrine des communautés orphiques. L'existence présente est considérée comme une chute, une catastrophe. L'existence corporelle est un mal. L'âme est exilée dans le corps comme dans une prison. Le salut consiste à fuir ce corps mauvais, cette matière mauvaise. Seule l'ascèse, qui nous libère des liens du corps, peut nous libérer du triste cycle lassant des réincarnations.

[...]

Nietzsche a confondu le christianisme avec la doctrine de Luther, dont la théorie du péché originel est typiquement gnostique, et le mythe de chute que l'on peut lire dans les systèmes gnostiques est parent, jusqu'à l'identité, avec le mythe de chute que l'on trouve dans la doctrine orphique. Or le christianisme orthodoxe a passé son temps, pendant des siècles, à rejeter le mythe gnostique et orphique de la chute - contre les gnostiques, contre Origène, contre les manichéens, contre les cathares, contre Luther finalement et sa théologie du péché originel.

Nietzsche pense que l'affirmation de la vie se trouve dans la religion de Dionysos, et la négation de la vie dans la doctrine qui a toujours affirmé l'excellence de tout l'ordre naturel, physique, cosmique et biologique, contre les thèmes orphiques ! Pour un philologue, c'est un quiproquo assez sérieux... »

Claude Tresmontant, Les problèmes de l'athéisme

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