Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/09/2013

Les intel­lectuels doivent être, au moins morale­ment, élim­inés...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« La Démocratie-chrétienne ne pou­vait que nour­rir un pro­fond et incur­able mépris pour la cul­ture : pour la petite-bourgeoisie (même dans ses aber­ra­tions “rouges”), la cul­ture est tou­jours “sous-culture”. Le pri­mat est à l’action. Qui pense est coupable. Les intel­lectuels, comme ils sont en pos­ses­sion de quelques vérités (même si elles sont con­tra­dic­toires) que la petite-bourgeoisie soupçonne d’être vraies, doivent être, au moins morale­ment, élim­inés. L’arrière garde démocrate-chrétienne pour­suit encore cette poli­tique obscu­ran­tiste qui lui a donné tant de sat­is­fac­tions déma­gogiques par le passé et qui est si inutile aujourd’hui que la fonc­tion anti­cul­turelle est assumée par les mass media (qui, toute­fois, font sem­blant d’admirer et de respecter la cul­ture). L’épigraphe de ce chapitre de l’histoire bour­geoise, Goer­ing l’a écrite une fois pour toutes: “Quand j’entends le mot cul­ture, je sors mon pis­to­let.” »

Pier Paolo Pasolini, Ecrits cor­saires

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Nécrologie des désenchantés de l’amour

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Les désenchantés de l’amour
se tirent des balles dans le coeur.
De ma chambre j’entends les coups de feu.
Les bien-aimées se tordent de jouissance.
Oh que de matière pour les journaux.

Désenchantés mais photographiés,
ils ont écrit des lettres d’explication,
ils ont pris toutes les dispositions
pour le remords de leur bien-aimée.
Pan pan pan adieu, écoeurante.
Je m’en vais, tu restes, mais nous nous retrouverons
dans le ciel lumineux ou l’enfer tortueux.

Les médecins procèdent à l’autopsie
des désenchantés qui se sont tués.
Quels grands coeurs ils possédaient.
Des viscères immenses, des tripes sentimentales
et un estomac tout rempli de poésie...

Allons maintenant au cimetière
accompagner les corps des désenchantés
dûment mis en boîte
(passions de première et seconde classe).

Les désenchantés viennent après les enchantés,
sans coeur, sans tripes, sans amour.
Unique fortune, leurs dents en or
ne serviront pas de caution financière
et recouvertes de terre perdront leur brillant
tandis que les bien-aimées danseront une samba
féroce, violente, sur leur tombe. »

Carlos Drummond de Andrade, Marigot des âmes (Brejo das Almas)

14:17 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les vieillards d'hier avaient la tristesse de laisser leur monde durer après eux

=--=Publié dans la Catégorie "Ô Mort... Ô Mort..."=--=

« On ne peut parler de la mort que très simplement, car déployer de l'éloquence sur ce sujet-là ne ferait que prouver qu'on n'a pas pensé à ce dont on parle. L'idée de la mort apparaît nécessairement au-delà de toute idée sérieuse de la vie, comme la mer au fond d'un grand paysage. Elle a en chacun de nous un caractère différent selon notre propre nature, notre âge et le plus ou moins d'attache que nous gardons à la vie que les circonstances nous ont faite. Quand, dans mes premières réflexions ma propre fin me faisait horreur, et plus encore, je crois, la pensée que ceux que j'aimais auraient à mourir.

Plus tard, quand nous avons en effet connu toute la monstruosité de la mort par la fin de ceux que nous aimons, il nous devient aisé de lui donner beaucoup moins d'importance quand il ne s'agit plus que de nous même, et de la considérer alors soit avec indifférence, soit avec plus ou moins d'attrait. Pour moi, cet attrait naît en partie des circonstances présentes. Très convaincu que nous assistons à une chute immense de l'homme, et que des forces matérielles d'une puissance irrésistible travaillent, sans cesse et partout, à réduire à l'uniformité, à l'insignifiance, à la platitude, ces êtres humains qui se signalaient jadis par la fantaisie de tant de caractères divers, persuadés que l'homme laisse derrière lui les sommets de l'art, de l'héroïsme et de la sainteté, assuré que ma propre patrie est dans le passé, il doit me devenir beaucoup plus facile de quitter un monde qui n'a plus rien pour me retenir et où je n'aurai à regretter que la lumière. Les vieillards d'hier avaient la tristesse de laisser leur monde durer après eux. Une mélancolie plus subtile est réservée à quelques uns d'entre nous : c'est d'avoir vu leur monde finir avant eux. Il ne leur reste plus qu'à rejoindre ce grand cortège doré qui s'éloigne, et j'avoue que parfois j'ai un peu honte de tarder. »

Abel Bonnard

06:45 Publié dans Ô Mort... Ô Mort... | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook