04/12/2013
Au miracle de l’Incarnation a succédé le scandale de la Désincarnation
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« Abbaye de… Le Dimanche des Chasubles Roses.
Nous restons debout, au moment de l’élévation, au milieu des gens prosternés. Pour cette même raison, pour ne s’être pas incliné au passage d’une procession, le Chevalier de la Barre est mort supplicié. Les temps ont bien changé.
Éxécuté à 27 ans. Son effigie dans une niche décore toujours un coin de rue à Gruissan. Couleurs délavées, fleurs défraîchies, derrière les barreaux l’effigie elle-même reste prisonnière de l’intolérance.
Ne pas s’incliner - geste souverain, mieux qu’une violence, mieux qu’une révolte armée. Ne pas en faire une cause morale, ni donner à son geste un sens universel - simplement ne pas s’incliner. Quel acte équivaudrait à celui-ci aujourd’hui ?
Aujourd’hui je peux rester debout pendant l’élévation, affronter du regard l’hostie et son ostension, sans encourir quoi que ce soit. Telle est notre liberté - mais y a-t-il de quoi être fier ?
Dans l’abbaye moderne (voile de béton et vitraux abstraits, avec le Christ en trapéziste néo-giottesque au-dessus de l’autel vide) règne une absence flagrante de divinité. Au miracle de l’Incarnation a succédé le scandale de la Désincarnation. Chants grégoriens pour maison de campagne. L’homélie sur saint Jean interviewant le Christ : Êtes-vous le vrai, ou devons-nous en attendre un autre ? (Réponse du Christ, apocryphe : Je suis le vrai, mais il ne faut pas le dire). À quelques kilomètres de là, assemblée celtique néolithique, au coeur du tumulus, les yeux clos en signe de synergie silencieuse. »
Jean Baudrillard, Cool Memories IV
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Mais qu'on sache bien que je n'abdique aucune de mes erreurs
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« Le temps peut passer et les convulsions sociales du monde ravager les pensées des hommes, je suis sauf de toute pensée qui trempe dans les phénomènes. Qu'on me laisse à mes nuages éteints, à mon immortelle impuissance, à mes déraisonnables espoirs... Mais qu'on sache bien que je n'abdique aucune de mes erreurs. Si j'ai mal jugé, c'est la faute à ma chair, mais ces lumières que mon esprit laisse filtrer d'heure en heure, c'est ma chair dont le sang se recouvre d'éclairs. »
Antonin Artaud, Fragments d’un Journal d’Enfer
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