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22/03/2016

Zombie Rights Activists

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(*) Le cri a été modifié

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Bruxelles...

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Comme une salissure

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« Mabel était presque nue sous sa robe, mais la femme la plus prête est encore harnachée de telle façon qu'il lui faut pour se livrer tout à fait deux ou trois gestes qui précisent son consentement. Gilles, en dépit de son ivresse, remarqua la sûre rapidité des mains de Mabel. Un peu plus tard, il sut ce qu'il aurait dû savoir depuis le premier jour qu'il l'avait vue à l'hôpital. L'exactitude de sa réaction prouvait son expérience. Myriam. Elle était son bien, son seul bien. Il avait manqué de la perdre. Mabel, ahurie, vît se dresser un garçon méprisant, sifflant.

— Combien ?

— Quoi ?

— Combien d'hommes ?

Aussitôt il vint à la jeune femme à demi redressée un énorme sanglot qui hésita une seconde, puis, devant ce terrible visage, se déclara :

— Je vous aime.

Ce cri toucha le débauché, l'ami des filles, mais comme une salissure. Debout, devant Mabel, complètement immobile, il la considérait dans son désordre et lui même demeurait dans le sien. Son immobilité persistante rendit tout cela odieusement ridicule. Mabel dut s'épouvanter, elle qui était si sûre de sa sincérité et que la force de son élan laissait loin en arrière un passé où beaucoup de gestes irréfléchis coulaient à pic dans l'oubli. Le silence et l'immobilité de Gilles croissaient. Il voyait ce linge se remuer, se froncer et se froisser et se friper dix fois, en d'autres mains. Une même fleur ne peut se faner et renaître.

— Vous avez déjà couché avec beaucoup de types, insista-t-il avec un mépris rageur. Ce mépris, en avilissant la jeune femme, l'avilissait lui. Il voulait dire : "Vous êtes médiocre. Mais vous n'avez pas l'ombre d'une idée de ce qu'il y a en moi. Vous ne savez pas quelles profondeurs j'ai atteintes en moi, à la guerre." Il aurait pu dire bien des choses tout bas. Mais c'était donner trop de poids à son silence. Il grogna à haute voix :

— J’aurais pu m'en douter.

Mabel avait balbutié :

— Mais voyons, Gilles, comment pouvez-vous me croire...? Mais non.

— Enfin, vous avez déjà couché...

— Mais non... Si... Mais est-ce que cela compte ? Je vous aime. Vous êtes le premier qui... Vous ne comprenez donc pas, vous ne comprenez donc rien... »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable

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« Dès qu’il se rapprocha d’elle, il baigna dans une mer de douceur éperdue. Il était ému, apitoyé et effrayé comme s’il avait pris dans ses bras un nouveau-né. Une chair si tendre en proie à une confusion si embrouillée, un silence si oppressé car tout le poids de l’univers était soudain tombé sur ce faible sein. Un silence puis un souffle, un souffle peu à peu vainement contenu. Un petit animal affolé envahit par une convulsion bientôt exorbitante. Voilà ce qu’est la chair, une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable. Il était pris d’admiration, de respect, de terreur. Lui qui aimait tant la chair, il ne la connaissait pas, il l’avait méconnue. Il n’avait touché que des femmes sans mystère, ou chez qui le mystère, quand la tendresse se réveillait avec le plaisir, ne passait que comme un fantôme reflété. Ici c’était le mystère, le mystère du monde dans toute sa jeunesse farouche épanouissant son énigme avec une force confondante. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang

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« Je suis un type d’homme qui a toujours été. Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang. C’est ce que l’on peut saisir de moi. Le reste est-il insaisissable ? Peut-on saisir une pensée qui à force de s’éprouver dans les circonstances diverses et de faire face à des difficultés contradictoires se retourne sur elle-même ? La pensée et l’action se perdent dans les hauteurs. Moi, je suis un de ces humbles qui aident l’action et la pensée à recommencer toujours leurs épousailles compromises. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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