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22/08/2016

L'islam est le plus grave dé posé à l'Europe

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 


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L'Europe peut-elle rester la même dès lors que sa population se modifie ? L'introduction massive de l'islam sur le Vieux Continent est-elle sans conséquence ? A ces questions, le journaliste américain Christopher Caldwell répond par la néga tive dans un livre choc. Rencontre avec un esprit libre.

L'homme n'est pas un excité, un boutefeu, un prêcheur de croisade. De manières policées, cet Américain presque quinquagénaire, diplômé de Harvard, appartient à un milieu social nourri de références culturelles européennes. De passage à Paris, il s'exprime d'une voix douce, en pesant ses mots et dans un français châtié. Journaliste, spécialiste des affaires politiques du Vieux Continent, Christopher Caldwell est éditorialiste au Financial Times et rédacteur au Weekly Standard et au New York Times Magazine.

En 2009, il publiait aux Etats-Unis un livre choc : Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam and the West. Voici cet ouvrage traduit en français, avec un titre légèrement adapté : Une révolution sous nos yeux. Comment l'islam va transformer la France et l'Europe. La préface de cette édition est signée de la démographe Michèle Tribalat, une spécialiste de l'immigration. « Les Français, et les Européens en général, écrit-elle, doivent lire ce livre car c'est d'eux qu'il est question et jamais on ne leur a parlé comme le fait Christopher Caldwell. »

Est-ce pour cette raison que plusieurs grandes maisons d'édition ont d'abord refusé de publier l'ouvrage ? Décrivant la progression de l'immigration dans tous les pays européens, spécifiquement de l'immigration musulmane, l'auteur pose une question résumée par le sous-titre de l'édition américaine : « L'Europe peut-elle rester la même avec en son sein des peuples différents ? » Question cruciale, que le politiquement correct à la française voudrait enterrer. Il faut donc se féliciter qu'un esprit libre, venu du Nouveau Monde, apporte sa contribution à un débat essentiel pour notre avenir.

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-- Comment avez-vous été amené à vous pencher sur la question de l'immigration en Europe ?

Christopher Caldwell -- Né en Nouvelle-Angleterre en 1962, j'appartiens à une génération où 80 % des bons éléments apprenaient le français au lycée, les autres étudiant l'allemand ou l'espagnol. Même si les Etats-Unis étaient le pays le plus puissant du monde, notre éducation était liée à l'Europe, dont la prééminence culturelle était reconnue. J'ai toujours voulu être écrivain. Si j'ai publié quelques romans, ce n'était pas vraiment ma vocation. Je suis devenu journaliste et, dès ce moment, les questions touchant à l'immigration et à la confrontation des cultures m'ont intéressé. L'immigration, quelles que soient les circonstances historiques, produit toujours des conflits économiques, sociaux ou culturels, or le journalisme se nourrit de conflits. J'avais idée d'écrire un livre sur Tijuana. Située à la frontière des Etats-Unis et du Mexique, cette localité était un village il y a soixante-dix ans ; aujourd'hui, c'est une métropole de 3 millions d'habitants, ville-frontière dont la population change tout le temps. Mais mes recherches en vue de ce projet m'ont donné envie d'écrire sur l'Europe, que je connais mieux que le Mexique ou même que la Californie. J'ai donc publié des articles sur l'immigration en Europe, et je pense que j'ai été parmi les premiers à le faire. C'était à la fin des années 1990, et par conséquent avant le 11 Septembre. Après le choc de 2001, les journaux américains ont été nombreux à me commander des articles sur l'immigration en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en Italie. En enquêtant sur place, j'ai découvert qu'il y avait des problèmes communs à tous les pays européens confrontés au phénomène migratoire. Afin d'aborder le sujet de manière globale, j'ai décidé alors d'écrire un livre.

-- En quoi le phénomène migratoire en Europe concerne-t-il les Américains ?

Christopher Caldwell -- Aux Etats-Unis, nous connaissons aussi le phénomène de l'immigration. Si certains le considèrent comme un problème, ce n'est pas mon cas. La grande vague migratoire, au cours des dernières décennies, est surgie du Mexique, d'Amérique centrale ou d'Amérique du Sud. Ces migrants étaient porteurs de la culture catholique latino-américaine. Or cette culture n'est pas étrangère aux Etats-Unis, pays qui compte depuis l'origine une forte minorité catholique. Les gens qui viennent d'Amérique du Sud sont très pauvres, mais leurs références et leurs façons de vivre sont à peu près similaires à celles des Siciliens, dont descendent la grande majorité des citoyens italo-américains. C'est une culture fondée sur la solidarité familiale, avec des taux de divorce beaucoup plus bas que les nôtres, sur une grande piété et sur des valeurs morales affirmées. Pour la société américaine, une telle population n'est pas un problème : c'est au contraire un atout. Avec nos immigrés, nous n'avons donc pas un problème culturel comme vous.

Le débat européen sur l'immigration tourne autour de la distinction entre l'assimilation et l'intégration. Chez nous, nous avons une bonne tradition d'assimilation. Il y a cependant une chose qui ne s'assimile jamais : c'est la religion. Tout le monde, aux Etats-Unis, a la religion de la mère de la mère de sa mère. On peut avoir une ascendance irlandaise lointaine, mais on reste un catholique irlandais. Ce n'est pas une difficulté dans un pays qui possède tous les éléments pour faire vivre ensemble les protestants, les catholiques et les juifs. Toutefois, il ne va pas de soi que les religions puissent coexister. Donc cette question de la croyance religieuse est une vraie question en Europe, car l'islam est une culture religieuse qui veut structurer la société. Est-ce compatible avec la tradition européenne ? Vous me demandez en quoi l'immigration en Europe concerne les Américains. Ce n'est pas pour en tirer des leçons pour les Etats-Unis, car la situation est très différente. En fait, les Américains s'y intéressent pour des raisons géostratégiques : leur interrogation porte sur les populations non assimilées de l'Europe, vues comme des sources potentielles de terrorisme ou d'antiaméricanisme. Personnellement, ce n'est pas là que se situe ma préoccupation. Mon livre s'attache à réfléchir aux conséquences de l'immigration d'origine musulmane sur la société européenne en tant que telle.

-- L'Islam représente une anthropologie différente de celle de la civilisation judéo-chrétienne. N'est-ce pas là que commence la difficulté ?

Christopher Caldwell -- C'est une bonne question, mais ce n'est pas la mienne. Je ne cherche nullement à démontrer la valeur comparée de la culture occidentale ou de la culture islamo-arabe. Mon objectif est le suivant. Dans une démocratie, il faut partager des règles. Or deux cultures incarnant des visions différentes du monde ont du mal à s'accorder sur de telles règles. Cela ne veut pas dire qu'il est impossible d'y parvenir, mais que c'est difficile. Je crois que l'Islam et le monde chrétien représentent des visions différentes de la société. Est-ce circonstanciel ? Verrons-nous un jour un féminisme musulman ? Je ne sais pas. Ce que je sais, aujourd'hui, c'est que la conception occidentale de la femme ne s'accorde pas avec la conception arabo-musulmane de la femme.

-- Votre livre traite de l'ensemble de l'Europe. Mais n'y a-t-il pas des situations dissemblables selon les pays ?

Christopher Caldwell -- Je me suis concentré sur les pays où j'ai effectué des reportages et que je pense connaître assez bien : la France, l'Allemagne, l'Italie, la Grande-Bretagne, le Danemark, l'Espagne, les Pays-Bas, la Suède. Certes, selon les pays que j'ai étudiés, des différences sont perceptibles dans les rapports entre la société d'accueil et la population immigrée. Cependant, ce sont les mêmes problèmes qui reviennent d'une manière ou d'une autre. Pour commencer, l'inté gration des immigrés s'apparente globalement à un échec. Et les mêmes questions sont posées partout : les taux de chômage et de délinquance supérieurs à la moyenne dans les quartiers peuplés de migrants, les reven dications concernant les prescriptions alimentaires islamiques, les demandes de séparation des sexes à l'hôpi tal ou dans les activités sportives, la recherche d'inter locuteurs musulmans modérés... Quand on voyage d'un pays européen à l'autre, comme je l'ai fait pendant plusieurs années, on entend les mêmes préoccupations, les mêmes mots, et jusqu'aux mêmes blagues.

-- Aux lecteurs français, votre livre paraîtra d'une grande liberté de ton, parce qu'ici, ce sujet ne se manie qu'avec la plus grande prudence...

Christopher Caldwell -- Je sais que chez vous, ce thème est entouré de tabous et de non-dits. Mais je suis journaliste, et le plus grand service que puisse rendre un journaliste est d'ouvrir un débat. Si l'on cherche une différence entre pays européens quant au traitement de l'immigration, elle est précisément là : en France, la parole est verrouillée, contrairement à la Grande-Bretagne, à l'Italie ou à l'Allemagne. Pierre-André Taguieff a raison quand il évoque l'idéologie de l'« immigrationnisme ». Chez vous, il est presque illégal d'avoir une réflexion négative sur un phénomène qui, comme tout fait de société, ne devrait pas échapper à l'esprit critique. Ce que mon regard peut apporter, en tant qu'étranger, c'est un peu de distance. Citoyen américain, c'est de l'extérieur et sans passion personnelle que j'observe la société européenne.

Les Etats-Unis, comparativement à l'Europe, sont un pays jeune. Mais notre histoire nous a confrontés au choc interethnique. Ce qui m'inquiète pour vous, c'est que la situation européenne commence à ressembler au problème racial qui a longtemps empoisonné la vie américaine. Cela ne veut pas dire qu'il n'existe aucune solution pour l'Europe, ni que deux groupes ethniques ne peuvent pas travailler ensemble pour bâtir quelque chose qui soit mutuellement satisfaisant. Mais il faut avoir conscience que l'Europe fait désormais face à un problème durable. Chez nous, il a duré trois cent cinquante ans... Je pense que les enjeux de ce problème sont encore plus grands que ne le pensent les Européens. La conclusion de votre livre est peu optimiste. Entre une culture qui doute d'elle-même et une culture forte, écrivez-vous, c'est la culture forte qui va l'emporter...

Ce que je voulais montrer à la fin de mon livre, c'était qu'une culture religieuse forte et un système contractuel basé sur la tolérance sont difficiles à concilier parce que, dans une telle rencontre, c'est toujours le côté qui ne veut pas négocier qui a l'avantage. Une religion qui ne doute pas de soi et qui prétend structurer toute l'organisation sociale, comme l'islam, n'est pas prête à transiger.

-- Qu'attendez-vous de l'édition française de votre ouvrage ?

Christopher Caldwell -- Je suis journaliste et écrivain. Ce n'est pas un livre politique. Les problèmes que je décris ont évidemment une dimension politique, mais mon ouvrage n'est pas un manifeste politique, encore moins une déclaration de guerre à l'islam. C'est une description, un état des lieux, dans toutes ses facettes, de ce que je considère comme le plus grave défi posé à l'Europe.

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« Une révolution sous nos yeux. Comment l'islam va transformer la France et l'Europe », de Christopher Caldwell, préface de Michèle Tribalat, Editions du Toucan, Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Johan Frederik Hel Guedj.

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De Vienne à Bruxelles, une jeunesse musulmane

L'Autriche est un pays propice à l'étude du différentiel de croissance de la population entre autochtones et nouveaux arrivants. C'est l'un des rares pays à forte immigration non-européenne qui recueille la religion lors des recensements. L'indicateur conjoncturel de fécondité des catholiques y est de 1,32 enfant par femme. Il est de 1,21 enfant chez les protestantes et de 0,86 chez les femmes sans religion. Cet indicateur est de 2,34 chez les musulmanes. Les écarts peuvent paraître modestes, mais leurs effets vont s'accentuer au fil du temps. Selon quatre démographes de l'Institut viennois de la démographie, d'ici le milieu du siècle, l'islam pourrait être la religion majoritaire chez les Autrichiens de moins de 15 ans. En Belgique, la communauté belgo-marocaine, relativement bien intégrée, affiche un indicateur conjoncturel de fécondité deux fois et demie plus élevé que celui des Belges autochtones. A Bruxelles, où le quart des habitants sont des citoyens étrangers et où plus de la moitié des enfants nés en 2006 étaient nés de musulmans (56 %), les sept prénoms de garçons les plus courants parmi ces nouveau-nés étaient Mohamed, Adam, Rayan, Ayoub, Mehdi, Amine et Hamza.

A Duisbourg, en Rhénanie, un minaret de 34m de haut

L'établissement d'institutions religieuses est une étape habituelle, prévisible de la vie immigrée, mais les autochtones qui habitent l'ouest d'Amsterdam, de Munich et Cologne - qui ont tous assisté à de vraies batailles rangées autour de la construction de mosquées - ne voyaient pas les choses du même oeil. Le complexe de la mosquée de Duisbourg/Marxloh, le plus grand d'Allemagne, rencontra lui aussi de la résistance, alors même qu'il s'agissait d'un établissement religieux moderne, un modèle, avec ses fidèles appartenant à la moyenne bourgeoisie et ses millions d'euros de financement de l'Union européenne et des pouvoirs locaux. La demande d'autorisation de la mosquée pour l'édification d'un minaret de trente-quatre mètres de haut fut approuvée, mais celle d'un muezzin (l'appel à la prière) une fois par semaine fut d'emblée rejetée. La chaîne de télévision ZDF diffusa des déclarations à sensation selon lesquelles les Allemands devaient maintenant parler turc quand ils vaquaient à leurs occupations quotidiennes dans Marxloh. Cette grande mosquée destinée à faire entrer la communauté turque de Duisbourg dans l'ère moderne provoqua plus de craintes qu'aucune des quarante-quatre autres mosquées de la ville auparavant, même celles qui se trouvaient abritées dans des garages, des sous-sols ou des ruelles - et certaines d'entre elles étaient pourtant dirigées par des musulmans purs et durs. La raison en est évidente : la grande mosquée signifiait que l'islam était arrivé en Allemagne pour y rester.

Pour l'heure, l'avantage est à l'Islam

Le problème fondamental de l'Europe avec l'islam, et avec l'immigration en général, c'est qu'en Europe, les communautés les plus fortes ne sont, culturellement parlant, pas du tout européennes. Malgré la grande variété de mesures prises pour le résoudre - multiculturalisme en Hollande, laïcité en France, laisser-faire en Grande-Bretagne, pointillisme constitutionnel en Allemagne -, ce problème existe dans tous les pays européens. C'est avec l'islam et l'immigration que l'Europe a un problème et non avec l'usage impropre de certains moyens mis en place pour le traiter. L'islam est une religion magnifique qui a aussi été, parfois, au cours des siècles, une culture brillante et généreuse. Mais malgré toutes les protestations du contraire, ce n'est en aucun cas la religion ou la culture de l'Europe.

Il est sûr que l'Europe sortira changée de sa confrontation avec l'islam. Il est bien moins sûr que ce dernier se révèle assimilable. L'Europe se retrouve à devoir disputer à l'islam l'allégeance de ses nouveaux arrivants. Pour l'heure, l'islam est en meilleure position pour l'emporter à la fois démographiquement, c'est une évidence, et philosophiquement, même si cet avantage paraît moins net. En effet, en de telles circonstances, des mots comme « majorité » et « minorité » ont peu de sens. Quand une culture peu sûre d'elle, malléable et relativiste, rencontre une culture ancrée, confiante et renforcée par des doctrines communes, c'est généralement la première qui change pour s'adapter à la seconde.

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Par Jean Sévilla pour Le Figaro

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