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10/04/2017

La vieillesse est un naufrage

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

Un gauchiste sûr de lui-même me disait une fois... : « Tout a été changé sous le régime de Vichy par Pétain, même la devise de la République "Liberté, Egalité, Fraternité" par "Travail, Famille, Patrie". »

« Excellent slogan », lui ai-je répondu... « mais jamais appliqué par Pétain lui-même : Militaire, il n'a jamais vraiment travaillé. Famille, il n'a jamais eu d'enfant. Et la Patrie, il l'a donnée aux boches nazis ! »

 

« Toute la carrière de cet homme d’exception avait été un long effort de refoulement. Trop fier pour l’intrigue, trop fort pour la médiocrité, trop ambitieux pour être arriviste, il nourrissait en sa solitude une passion de dominer, longuement durcie par la conscience de sa propre valeur, les traverses rencontrées, le mépris qu’il avait des autres. La gloire militaire lui avait, jadis, prodigué ses caresses amères. Mais elle ne l’avait pas comblé, faute de l’avoir aimé seul. Et voici que, tout à coup, dans l’extrême hiver de sa vie, les événements offraient à ses dons et à son orgueil l’occasion tant attendue de s’épanouir sans limites, à une condition, toutefois, c’est qu’il acceptât le désastre comme pavois de son élévation et le décorât de sa gloire [...]

Malgré tout, je suis convaincu qu’en d’autres temps, le maréchal Pétain n’aurait pas consenti à revêtir la pourpre dans l’abandon national. Je suis sûr, en tout cas, qu’aussi longtemps qu’il fut lui-même, il eût repris la route de la guerre dès qu’il put voir qu’il s’était trompé, que la victoire demeurait possible, que la France y aurait sa part. Mais, hélas ! Les années, par-dessous l’enveloppe, avaient rongé son caractère. L’âge le livrait aux manœuvres de gens habiles à se couvrir de sa majestueuse lassitude. La vieillesse est un naufrage. Pour que rien ne nous fût épargné, la vieillesse du maréchal Pétain allait s’identifier avec le naufrage de la France. »

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, l’Appel, 1940-1942

 

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