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18/04/2019

104 églises profanées sur les 4 premiers mois de l’année : plongée dans la France des actes antichrétiens

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CHRISTIANOPHOBIE OU CONNERIE ?

Selon les rapports mensuels publiés par christianophobies.fr, le nombre d'église profanées en ce début d'année et jusqu'au mois d'avril s'établirait à 104.

Atlantico : Qu'est-ce qui caractérise les actes christianophobes, quelle diversité dans les actes et les profanations observez-vous ?

Jean-Pierre Bouchard : Il faut commencer par dire que les auteurs de ces profanations ne sont pas suffisamment appréhendés, et que notre connaissance n'est donc pas suffisamment précise sur ce point. En revanche, dans ce que l'on peut observer sur le terrain, il y a effectivement une large diversité dans les motivations des auteurs de ces profanations.

Tout d'abord, on constate que les individus qui les commettent répondent souvent d'une forme de sectarisme religieux, dont de revendications anti-chrétiennes. Si cela peut venir de personnes qui croient en d'autres religions, et où l'islam est très représenté, il peut également y avoir des individus qui pratiquent la démonologie, même si cela demeure marginale.

Il y existe également le problème des incivilités qui camoufle aussi souvent la motivation du sectarisme religieux dans les médias (on a pu le voir des les profanations de cimetières en début d'année), ou en tout cas un dénigrement à l'égard du christianisme : il n'est jamais vraiment anodin de s'attaquer à ces lieux chargés religieusement. Je réfute l'erreur communément admise selon laquelle le fait de voler un chapelet, de faire un graffiti sur une tombe puisse être du ressort de la simple désorientation des jeunes. En effet, ces mêmes personnes auraient pu commettre leur délit ailleurs, au supermarché par exemple. Il y a toujours, effectivement, une portée symbolique dans le fait de s'attaquer à un lieu ou un édifice à connotation religieuse. Car on s'en prend à un héritage, à un patrimoine architectural, à la notion de respect des morts, des croyances… C'est donc très chargé sur le plan symbolique, que ces individus s'en prennent à la représentations des valeurs occidentales ou à la religion chrétienne en elle-même.

De même, entre les piratages de sites web ou la profanations des cimetières, certains actes comme le fait de perturber une cérémonie religieuse comme c'est relevé dans le rapport ressurgit aussi : récemment un individu serait rentré dans une église et aurait crié Allah Akhbar pendant la messe par exemple.

Les Eglises étant anciennes, leur mobilier a bien entendu aussi une valeur marchande qui peut intéresser des délinquants crapuleux (calices, chapelet, tableaux). C'est d'ailleurs dans cette dernière catégorie que l'on peut voir aussi des anarchistes, ou des extrémistes, voire des individus qui souffrent de délires mystiques. Il y a un grand magma.

Atlantico : Quelle évolution avez-vous pu remarquer ces dernières années ?

Jean-Pierre Bouchard : Ce qui est marquant, c'est l'ampleur de l'augmentation de ce nombre de faits. Entre 2008 et 2012, le nombre d'actes islamophobes a doublé. Ce que l'on peut remarquer, c'est qu'il y a un décalage dans la représentation dans les médias de ces profanations, car les actes christianophobes sont très largement majoritaires. C'est un phénomène extrêmement important, beaucoup plus que ce que l'on peut imaginer en comparaison des profanations d'autres lieux religieux, qu'ils soient musulmans ou juifs. Pour des raisons sociologiques, politiques, ou idéologiques, certains médias et journalistes ont tendance à sur-réagir lorsqu'il s'agit des profanations de mosquées par exemple, ou "d'actes islamophobes". Or les édifices liés à la chrétienté sont beaucoup plus souvent la cible des vandalismes ou des actes haineux.

Atlantico : Sur les 807 cas de profanations recensés l'an dernier (deux par jour), la grande majorité d'entre-eux avaient pour cible des monuments chrétiens (206 cimetières et 467 lieux de culte). Comment expliquer que ce phénomène si imposant soit si peu relayé ou évoqué, que ce soit dans les médias ou de la part des pouvoirs publics ?

Vincent Tournier : Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. On a ici un exemple malheureusement classique d’aveuglement idéologique. Le propre de l’idéologie, c’est de retenir ce qui arrange et d’écarter ce qui dérange. Aujourd’hui, la haine anti-chrétienne, voire anti-blanche, fait partie de cet aveuglement. Quelle est son importance ? On n’en sait rien parce que la question n’a même pas droit de cité. Le récent rapport de la CNCDH en fait une nouvelle démonstration : en France, on a de très beaux sondages sur le racisme et les Français sont scrutés sous tous les angles, mais l’idée d’aller étudier le racisme qui émane des autres groupes de la société est tout simplement inconcevable. Par exemple, on enquête beaucoup sur les discriminations de la population majoritaire, auxquels on consacre une grande partie du temps et des ressources de la recherche publique, mais nous n’avons aucune étude sur les préjugés qui émanent des minorités elles-mêmes, sur leur niveau d’intolérance ou de discrimination. Pourtant, quand on regarde des atteintes aux édifices religieux entre 2008 et 2012 (sépultures et lieux de culte), il y de quoi se poser des questions. Bien sûr, les atteintes contre les édifices chrétiens ne sont pas forcément motivées par des raisons politiques ou religieuses. Mais le problème est qu’on n’en sait rien. Et puis, pourquoi n’en irait-il pas de même pour les autres lieux de culte ? Qu’est-ce qui permet d’affirmer que seules les atteintes aux édifices chrétiens seraient comme miraculeusement dépourvues de toute motivation politique ou religieuse ? J’ajoute une question subsidiaire : pourquoi ces statistiques ne sont plus fournies par le ministère de l’Intérieur ? Cécité volontaire ?

Atlantico : De quelle nature est cet aveuglement ? Quelles en sont les racines ?

Vincent Tournier : L’aveuglement se produit lorsque l’information que l’on reçoit ne coïncide pas avec les grilles de lecture auxquelles on souscrit. Les révélations sur le goulag ont été minimisées ou rejetées parce qu’elles étaient trop éloignées de la vision idyllique du communisme. Aujourd’hui, les attaques contre les chrétiens perturbent une certaine idéologie issue de l’anti-colonialisme et amplifiée par une interprétation pessimiste de l’histoire nationale. Dans ce contexte hypercritique, les minorités ne peuvent être vues que comme des victimes. L’idée que ces minorités puissent à leur tour se transformer en bourreau est tout simplement inconcevable. Les massacres de chrétiens ont beau se généraliser en Afrique et en Orient, l’information ne fait que rebondir ; elle interpelle beaucoup moins que les noyades de migrants en Méditerranée, même si le récent drame des chrétiens jetés à la mer par des musulmans vient perturber cette grille de lecture victimaire.

On peut ajouter deux autres facteurs pour expliquer l’aveuglement. Le premier est le déclin de l’identité chrétienne en France et en Europe, en lien avec les processus de sécularisation. Peu de chrétiens aujourd’hui mettent en avant la religion pour se définir, y compris chez les catholiques pratiquants. Du coup, les Européens ont du mal à comprendre les enjeux des conflits en cours car pour eux, la religion ne peut pas être une source déterminante de mobilisation.

Le second facteur tient à la faiblesse des moyens de mobilisation dont disposent les chrétiens. Les associations chrétiennes ont appris à être discrètes, et elles n’ont pas une culture de la revendication et de l’action militante, comme on l’a vu lors du mariage gay. Leurs liens organiques avec les pouvoirs publics sont également limités, d’autant que ces derniers sont surtout préoccupés par la situation des minorités. La situation actuelle est donc très différente de celle qui prévalait au XIXème siècle lorsque des massacres de chrétiens avaient enflammés l’Europe et conduit les puissances européennes à intervenir dans l’Empire ottoman au nom d’un quasi droit d’ingérence. Aujourd’hui, personne n’a intérêt à œuvrer dans ce sens.

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SOURCE : Atlantico

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