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09/06/2019

Diagnostic Prophétique

=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=

 

« Pourquoi les faibles sont victorieux

En somme les malades et les faibles sont plus compatissants, plus "humains" — ; les malades et les faibles ont plus d'esprit, ils sont plus changeants, plus multiples, plus divertissants, — plus méchants; ce sont les malades qui ont inventé la méchanceté. (Une précocité maladive se rencontre souvent chez les rachitiques, les scrofuleux et les tuberculeux). L'esprit est le propre des races tardives : les juifs, les Français, les Chinois. (Les antisémites ne peuvent pas pardonner aux juifs d'avoir de l'esprit — et de l'argent. Les antisémites — c'est un nom que se donnent les "déshérités").

Les malades et les faibles ont eu pour eux la fascination, ils sont plus intéressants que les bien portants ; le fou et le saint — les deux espèces d'homme les plus intéressantes... ayant quelque parenté avec le "génie". Les grands "aventuriers et criminels" et tous les hommes, avant tout les mieux portants, sont malades à certaines époques de leur vie ; — les grands mouvements de l'âme, les passions de la puissance, l'amour, la vengeance, sont accompagnés de troubles profonds... Et pour ce qui est de la décadence, tout homme qui ne meurt pas trop tôt la représente presque à tous les points de vue — il connaît donc aussi, par expérience, les instincts qui en font partie. Pour la moitié de presque toute vie humaine l'homme est décadent.

Il y a aussi la femme ! Une moitié de l'humanité est faible, essentiellement malade, changeante, inconstante, — la femme a besoin de la force pour s'y cramponner, il lui faut une religion de la faiblesse qui la glorifie, comme s'il était divin d'être faible, d'aimer et d'être humble, — la femme règne si elle parvient à subjuguer les forts. La femme a toujours conspiré avec les types de la décadence, avec les prêtres, contre les "puissants", les "forts", les hommes —. La femme met à part les enfants pour le culte de la piété, de la compassion, de l'amour ; — la mère représente l'altruisme d'une façon convaincante...

Il y a encore la civilisation qui va en augmentant. Elle apporte nécessairement avec elle l'augmentation des éléments morbides, la psycho-névrose et la criminalité. Il se forme une espèce intermédiaire, l'artiste, séparé de la criminalité en action, par la faiblesse de volonté et la crainte sociale, il n'est pas encore mûr pour la maison d'aliénés, mais il étend avec curiosité ses antennes dans les deux sphères. C'est un curieux produit de la culture, cet artiste moderne, peintre, musicien, avant tout romancier, qui emploie pour caractériser sa façon d'être le terme très impropre de ce "naturalisme"...
Le nombre des déments, des criminels et des "naturalistes" augmente : c'est le signe d'une culture grandissante qui s'avance à pas de géant, — c'est-à-dire que le rebut, les déchets, les excréments prennent de l'importance — le courant descendant tient le pas.

Il y a enfin le brouillamini social, conséquence de la Révolution, de l'établissement des droits égaux, de la superstition de "l'égalité entre les hommes". On voit se confondre les représentants des instincts de décomposition (du ressentiment, du mécontentement, de la destruction, de l'anarchisme, du nihilisme), avec ceux d'esclavage, de lâcheté, de ruse, les instincts canailles des couches longtemps maintenues en bas ; tout cela se mêle au sang de toutes les classes : après deux ou trois générations la race est méconnaissable, — tout est encanaillé. De tout cela résulte un instinct général qui se dirige contre le choix, contre les privilèges de tout ordre, et cet instinct agit avec tant de puissance et de sûreté, il est si dur et si cruel dans la pratique, que les privilégiés eux-mêmes finissent par se soumettre de fait. Ce qui veut se maintenir dans la puissance flatte la populace, travaille avec la populace, est forcé d'avoir la populace de son côté, — les "génies" avant tout : ils deviennent les hérauts des sentiments, qui servent à enthousiasmer la masse, — le ton de pitié, la vénération même en face de tout ce qui souffre, de tout ce qui a vécu bas, méprisé, persécuté, ce ton s'élève au-dessus de tous les autres tons (types : Victor Hugo et Richard Wagner). — La montée de la populace signifie encore une fois la montée des valeurs anciennes... »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

11:51 Publié dans Friedrich Nietzsche | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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