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20/08/2019

Un lieu scandaleusement inexploité : le corps lui-même

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Il reste encore un lieu scandaleusement inexploité : le corps lui-même. Voilà le nouveau marché à investir, la "nouvelle frontière à conquérir". Pour cela, il est nécessaire de nous convaincre au préalable que notre corps est déficient, ridiculement peu performant, que nous sommes de pauvres choses qui réclament de toute urgence à être améliorées. Par chance, cela ne s'avère pas trop difficile. D'abord du fait de notre dépendance déjà immense à l'égard de la technologie, qui nous a fait perdre confiance en nos facultés propres. Ensuite, à cause du morcellement de la personnalité induit par les modes de vies contemporains, qui nous prédisposent aux appareillages de toutes sortes. »

« Tel est donc notre lot : vivre dans un monde où certains hommes, pressés et jaloux, veulent que les humains laissent place à des êtres plus performants. Et dans cette galère, tout le monde se trouve bon gré mal gré embarqué. Sans doute sommes-nous nombreux qui préférions rester à quai. Mais, enrôlés de force, nous ne pouvons traiter de mépris les tempêtes qui s’annoncent. Ce n’est pas par joie que nous nous préoccupons du transhumanisme, nous y sommes contraints. »

« La technologie, au fur et à mesure qu'elle se complexifie et que le rythme de l'innovation augmente, marginalise et élimine nécessairement la démocratie. Plus la technologie est sophistiquée, plus la démocratie doit céder le pas à la technocratie. Et plus le rythme de l'innovation croît, moins la démocratie, qui a besoin de temps pour que les débats s'organisent, mûrissent et aboutissent, a de prise sur les événements : elle en est réduite, dans les faits, à entériner ce qui se produit sans elle. Voilà pourquoi, prôner le développement technologique sans limite, tout en prétendant que la démocratie saura prévenir les dérives et veiller à ce que les avancées profitent à toutes-et-tous, est une plaisanterie sinistre. Il est difficile de savoir ce qui domine dans ce genre de propos, entre un raffinement dans le cynisme, afin de désarmer par de belles paroles les oppositions, ou une stupéfiante niaiserie. »

Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumansime

22:30 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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