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11/06/2022

Le Grand Simulacron

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« Pour ne s’attacher qu’aux deux événements, me semble-t-il, cruciaux du XXe siècle (Auschwitz, Hiroshima), on constatera très aisément qu’ils ne furent possibles que grâce à la mise en place d’une technoscience hautement intégrée du CHIFFRAGE (secret ésotérique) et du SECRET (camouflage exotérique). Le programme "Nacht Und Nebel", né de la démence vulgaire d’un Hitler et d’un Himmler, assigna le matriculage de l’humanité mise à nu, non seulement à l’extermination systématique et industrielle (la "fabrication de cadavres" dont parle Heidegger) d’un groupe ethnico-religieux particulier et fort singulier (le "Peuple de la Parole", le "Peuple du Livre"), mais à une EXPÉRIENCE BIO-POLITIQUE concernant la nature de l’homme générique, et sa frontière avec le non-homme spécique, comme l’explique fort justement Giorgio Agamben : le moment où l’on découvre, comme Blanchot, cité fort à propos par Agamben dans "Que reste-t-il d’Auschwitz", que l’Homme est l’indestructible qui peut être infiniment détruit. Or ce plan démoniaque, terminal ne put s’accomplir, en tant qu’expérience biopolitique "radicale", que dans le secret le plus absolu, en programmant pour ainsi dire à l’avance sa "déconstruction" négationniste, soit une modalité particulière, mais en fait centrale, de la post-production actuelle du passé par le présent.

Par cet ensemble de procédures, le nazisme a secrètement envahi toutes les formes de production sociales et conceptuelles après sa propre disparition : aujourd’hui, par le totalitarisme de la technique devenue métaphysique de l’enfermement du Monde dans le Monde, et de l’aliénation sans cesse plus infinie de la conscience par la conscience asservie aux seules possibilités d’apparition réglées par le Grand Simulacron, l’homme moderne est toujours plus attiré vers le non-homme qui réside en lui, en son centre infiniment destructible, et si l’humanité, je devrais dire l’esprit humain, est justement un écart dynamique entre soi et soi, alors l’homme zombie du XXIe siècle aura considérablement réduit cette différence, jusqu’à faire coïncider parfaitement son humanité avec sa non-humanité, avec ce qui RESTE TOUJOURS de la destruction infinie de son humanité. Il ne sera plus que ce reste, infiniment détruit, et infiniment destructible, il sera la misère absolue. »

Maurice G. Dantec, Le Complot -- Entretien avec Maurice G. Dantec in Ouvrage Collectif « Noirs complots »

 

 

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