Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/08/2025

"Une armée de fourmis"...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« C’est parce que l’approche probabiliste a une portée totalisante qu’elle peut devenir régime ("regimen" : action de gouverner), et qu’il est essentiel d’en appréhender les formes, conséquences et prérequis.

Après avoir dépassé un premier seuil en étant appliquée à des domaines non scientifiques, elle semble en passe d’en franchir un second que l’on pourrait qualifier d’ "industrialisation de la probabilité". Pour reprendre le vocabulaire d’Ivan Illich, il y a de bonnes raisons de croire que nous nous dirigeons vers un nouveau monopole radical du probabilisme.

Au même titre qu’il est devenu extrêmement difficile de se passer de voiture aujourd’hui, il ne sera peut-être plus décemment possible d’échapper aux probabilités demain sans dégrader sérieusement sa qualité de vie.

Pourquoi parler de dégradation ? Parce que loin des fantasmes d’une société toute réglée, réflexive, "liquide", automatisée, où il ne resterait aux individus qu’à jouir, loin de ce rêve aseptisé, c’est davantage une prison algorithmique que la Silicon Valley nous prépare.

Ce qui se dessine, c’est une société où la majorité des aspects de nos vies seraient assistés – pour ne pas dire pris en main – par des algorithmes. Société de l’évaluation permanente produisant une réalité normée, tordue par la loi inhumaine des statistiques. Servitude allégorique dont on retient moins la dimension répressive que celle de l’enfermement – un enfermement imperceptible, enchaînement de l’individu à des outils et interface paramétrant toujours davantage son existence.
"Une armée de fourmis, guidée par ses prédictions, améliore des millions de petites décisions" (Eric Siegel).
Vision optimiste, car, en réalité, le projet des entreprises qui conçoivent ces algorithmes n’est pas tant d’améliorer, mais plutôt de se substituer à la décision humaine, ou de la contrôler autant que possible – tant que l’on peut conserver une apparence de liberté.

Individuellement, nos existences sont déjà plongées dans des écosystèmes de manipulations qui demain nous pousseront à consommer, influeront nos goûts, favoriseront les comportements vertueux et culpabiliseront les comportements considérés à risque.
Au niveau collectif, l’autonomie, la capacité d’auto-institution de la société, sera peu à peu transférée à des dispositifs rationnels et plus efficaces.

En définitive, renoncer à la maîtrise de nos vies par nous-mêmes, c’est accepter le contrôle de nos existence par des tiers ; contrôle doux, subtil, emprise plus incitative que répressive, dont la force réside dans son apparence inoffensivité.

Alors que toutes les pensées vont à "Big Brother vous surveille", c’est davantage un "Big Mother veille sur vous qui s’annonce". »

Philippe Vion-dury, La nouvelle servitude volontaire. Enquête sur le projet politique de la Silicon Valley

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Big Data nous enfume en nous faisant enfiler des perles.

Écrit par : Robert | 30/08/2025

Écrire un commentaire